Le 6 septembre 2021, BrokerDefense publiait sa première enquête sur ifeeuam.com, une plateforme qui se présentait comme une société de gestion luxembourgeoise autorisée et réglementée par la CSSF, la mise en garde de l’AMF n’interviendrait que trois semaines plus tard. Dès cette première analyse, nos recherches mettaient en évidence deux éléments décisifs : l’usurpation de l’identité d’une entité réelle et dûment agréée, LFE European Asset Management Sàrl, et l’existence d’un espace de connexion privée destiné à isoler les victimes du regard extérieur. Ces deux mécanismes, combinés à une incohérence chronologique flagrante, constituaient les marqueurs d’une fraude organisée.
La rapidité de cette publication a permis d’alerter le public avant que l’Autorité des marchés financiers ne se prononce officiellement. Le 27 septembre 2021, l’AMF inscrivait ifeeuam.com sur sa liste noire au motif d’usurpation d’identité, confirmant point par point les conclusions de notre enquête. Depuis lors, la plateforme a cessé toute activité visible, et les vérifications conduites en 2026 établissent que le nom de domaine a été totalement effacé du registre des .com, une disparition qui clôt définitivement le dossier sur le plan technique, sans pour autant éteindre les recours des personnes qui ont versé des fonds.
L’ensemble de ces éléments composait une fraude organisée : une identité empruntée, un espace de connexion conçu pour tromper, et une date d’enregistrement qui contredisait à elle seule toute la mise en scène.
Sommaire
- Une fausse identité dénoncée par BrokerDefense avant la mise en garde de l’AMF
- L’identité empruntée : la société de gestion LFE European Asset Management Sàrl
- L’espace de connexion privée, un huis clos au service de l’arnaque
- Un domaine d’avril 2021 pour une société présentée comme établie depuis juin 2015
- En 2026, plus aucune trace du nom dans le registre des .com
- Les recours des personnes qui ont versé des fonds à la fausse plateforme
- FAQ : les personnes ayant versé des fonds à ifeeuam.com ont-elles des recours ?
Une fausse identité dénoncée par BrokerDefense avant la mise en garde de l’AMF
Lorsque BrokerDefense publiait son enquête le 6 septembre 2021, la plateforme ifeeuam.com était encore en ligne et continuait d’attirer des épargnants. Notre analyse documentait alors deux anomalies majeures : la plateforme empruntait l’identité d’une société de gestion luxembourgeoise réelle, et elle proposait un espace de connexion privée à l’adresse services.lfeeuam.com/login/, conçu pour maintenir les victimes dans un environnement fermé, à l’abri de tout contrôle extérieur. Ces constats étaient formulés et publiés vingt et un jours avant que l’AMF ne se prononce officiellement.
Le 27 septembre 2021, l’AMF avait inscrit ifeeuam.com sur sa liste noire, en retenant expressément le motif d’usurpation d’identité. Cette inscription, documentée dans notre enquête d’origine, venait valider les conclusions que nous avions rendues publiques trois semaines plus tôt. Le 2 octobre 2021, BrokerDefense publiait une seconde enquête sur le même domaine, consacrée à la mécanique de la double stratégie et à d’autres aspects de la fraude. Ces deux publications forment un ensemble documentaire cohérent sur l’affaire ifeeuam.com.
En 2026, le nom ifeeuam.com a disparu du registre des .com géré par Verisign. Aucune fiche d’enregistrement ne subsiste, le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine, et aucune archive publique ne conserve de capture du site. Cette disparition totale constitue la confirmation technique finale d’une fraude qui avait été identifiée et dénoncée dès l’automne 2021. Pour toute question relative à la régulation des placements financiers en France, les épargnants peuvent consulter l’espace épargnants de l’AMF.
Dernière mise à jour : 31/08/2026
L’identité empruntée : la société de gestion LFE European Asset Management Sàrl
La plateforme ifeeuam.com se présentait comme « une société de gestion et gestionnaire de fonds d’investissement alternatifs basée au Luxembourg, autorisée et réglementée par la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) en juin 2015 ». Cette description n’était pas une invention de toutes pièces : elle s’appuyait sur l’existence réelle de LFE European Asset Management Sàrl, une société de gestion luxembourgeoise dûment autorisée par la CSSF. Les opérateurs de la plateforme avaient repris le nom, le cadre réglementaire et la réputation de cette entité pour donner une apparence de légitimité à leur dispositif.
LFE European Asset Management Sàrl n’a ni créé ni exploité le site ifeeuam.com. Elle n’entretient aucun lien avec la plateforme frauduleuse et n’a jamais mandaté quiconque pour collecter des fonds en son nom via ce canal. L’usurpation consistait précisément à utiliser l’autorisation réglementaire d’une entité tierce pour rassurer des épargnants qui, en vérifiant l’existence de la CSSF ou du nom LFE European Asset Management, auraient pu croire avoir affaire à un acteur légitime.
Ce procédé d’usurpation d’identité n’est pas isolé. Notre seconde enquête sur le même domaine, publiée le 2 octobre 2021, détaille d’autres dimensions de la fraude, notamment la disparition du nom du registre et la mécanique de la double stratégie : retrouvez l’ensemble de ces développements dans notre seconde enquête sur ifeeuam.com. Le recours à un espace de connexion privée pour isoler les victimes est également documenté dans le dossier consacré à Ald-cpl.com, un autre site frauduleux fondé sur le même procédé. Ces rapprochements illustrent la systématisation de techniques rodées, appliquées à des domaines différents pour multiplier les victimes potentielles.
L’espace de connexion privée, un huis clos au service de l’arnaque
Une fois sur le site ifeeuam.com, les visiteurs étaient invités à se connecter via l’adresse https://services.lfeeuam.com/login/ à un espace personnel présenté comme leur permettant de « suivre la progression » de leurs investissements. Cette interface avait toutes les apparences d’un tableau de bord financier classique : soldes affichés, historique de transactions, évolution du portefeuille. Rien, dans la présentation, ne permettait à un épargnant non averti de distinguer ces données de celles d’une plateforme réglementée.
La fonction réelle de cet espace était radicalement différente. En concentrant toutes les interactions dans un environnement fermé, accessible uniquement aux personnes disposant d’identifiants fournis par les opérateurs, la plateforme s’assurait qu’aucun tiers, qu’il s’agisse d’un proche, d’un conseiller ou d’un régulateur, ne pouvait observer les échanges en temps réel. Les soldes affichés étaient fictifs : ils servaient à entretenir la confiance des victimes, à les inciter à verser des fonds supplémentaires, et à retarder le moment où elles comprendraient qu’aucun investissement réel n’avait jamais été effectué.
Ce huis clos numérique est l’un des éléments les plus caractéristiques de la fraude. Il permettait aux opérateurs de communiquer avec leurs victimes sans laisser de trace accessible à l’extérieur, de moduler les informations affichées en fonction des demandes de chaque personne, et de gérer les tentatives de retrait en invoquant des prétextes successifs, frais de déblocage, vérifications réglementaires, délais techniques, pour prolonger l’extraction de fonds.
Un domaine d’avril 2021 pour une société présentée comme établie depuis juin 2015
L’une des incohérences les plus immédiatement vérifiables relevées lors de notre première enquête concernait la date d’enregistrement du nom de domaine ifeeuam.com. Le domaine n’avait été enregistré qu’en avril 2021, soit moins de cinq mois avant la publication de notre article. Or, la vitrine du site présentait la société comme établie depuis juin 2015, autorisée et réglementée par la CSSF depuis cette date.
Cet écart de près de six ans entre l’ancienneté revendiquée et la date d’existence réelle du domaine constitue une contradiction que tout épargnant attentif aurait pu relever. Une société de gestion opérant depuis 2015 et gérant des fonds d’investissement alternatifs pour le compte de clients aurait nécessairement disposé d’une présence en ligne antérieure, de documents contractuels datés, d’une historique de communications vérifiable. Rien de tel n’existait pour ifeeuam.com, dont la création en avril 2021 trahissait le caractère récent et opportuniste de la mise en scène.
Cette incohérence chronologique est l’un des premiers réflexes de vérification à adopter face à toute plateforme d’investissement en ligne : comparer la date d’enregistrement du domaine avec l’ancienneté que la société revendique. Un écart significatif, comme celui constaté ici, doit immédiatement alerter l’épargnant et l’inciter à approfondir ses vérifications avant tout versement.
En 2026, plus aucune trace du nom dans le registre des .com
Les vérifications conduites le 31 août 2026 établissent que le nom ifeeuam.com a été totalement effacé du registre des .com administré par Verisign. L’interrogation directe de la base du registre retourne « No match for IFEEUAM.COM » : aucune fiche d’enregistrement ne subsiste. Le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine, que ce soit pour le domaine nu, pour le sous-domaine www ou pour le sous-domaine services qui hébergeait l’espace de connexion privée. Nos recherches indiquent par ailleurs qu’aucun certificat SSL n’apparaît dans les journaux de transparence pour ce domaine, et aucune capture archivée du site ne subsiste dans les archives web publiques.
Cette disparition totale est cohérente avec le cycle de vie habituel des plateformes frauduleuses : une fois les opérateurs disparus et les fonds collectés, le domaine cesse d’être renouvelé et finit par être supprimé du registre. Elle ne signifie pas que les victimes sont sans recours, bien au contraire : l’effacement du domaine constitue un élément supplémentaire utilisable dans le cadre d’une procédure pénale, car il atteste que la plateforme a délibérément mis fin à son activité sans restituer les fonds. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Les recours des personnes qui ont versé des fonds à la fausse plateforme
Les personnes qui ont versé des fonds à ifeeuam.com dans le cadre de prétendus investissements gérés par la fausse plateforme disposent de plusieurs voies d’action, à condition d’agir de manière organisée et documentée. La première étape consiste à rassembler l’ensemble des preuves disponibles : relevés de virement mentionnant les sommes envoyées, échanges par e-mail avec les opérateurs de la plateforme, et surtout toutes les captures d’écran de l’espace de connexion privée accessible à l’adresse services.lfeeuam.com/login/, notamment les soldes affichés, les messages reçus et les demandes de retrait formulées. Ces éléments constituent le socle du dossier pénal.
Une fois ces preuves réunies, il convient de déposer plainte auprès des services de police ou de gendarmerie, ou directement auprès du procureur de la République, en qualifiant les faits d’escroquerie et d’usurpation d’identité. La mise en garde de l’AMF du 27 septembre 2021, qui avait inscrit ifeeuam.com sur sa liste noire au motif d’usurpation d’identité, peut être jointe au dossier comme élément de contexte officiel. La disparition totale du domaine du registre des .com, constatée en 2026, renforce la démonstration du caractère intentionnel de la fraude.
Il est également recommandé de contacter sans délai son établissement bancaire pour signaler les virements effectués vers la plateforme et explorer les possibilités de contestation ou de blocage des flux. Un accompagnement juridique spécialisé peut s’avérer déterminant pour structurer la plainte et identifier les interlocuteurs compétents. Notre page Le pénal / Porter plainte détaille les étapes de cette démarche et les éléments à réunir pour maximiser les chances d’aboutissement.
Maître Caroline Willm, avocate au barreau de Paris, présente dans la vidéo ci-dessous les recours possibles ; retrouvez sa présentation sur sa page dédiée.
FAQ : les personnes ayant versé des fonds à ifeeuam.com ont-elles des recours ?
Oui. L’AMF avait inscrit ifeeuam.com sur sa liste noire le 27 septembre 2021, en retenant expressément le motif d’usurpation d’identité. Cette mise en garde est documentée dans l’enquête de BrokerDefense publiée dès le 6 septembre 2021, soit trois semaines avant l’inscription officielle.
Non. Le nom a été totalement effacé du registre des .com : aucune fiche d’enregistrement ne subsiste chez Verisign et le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine, que ce soit pour le domaine principal ou pour le sous-domaine services qui hébergeait l’espace de connexion privée. Cette disparition constitue un élément supplémentaire utilisable dans le cadre d’un dossier pénal, car elle atteste que les opérateurs ont délibérément mis fin à leur activité sans restituer les fonds versés.
Pour une société luxembourgeoise, la vérification s’effectue directement auprès de la CSSF, qui publie la liste des entités agréées. En France, les registres officiels tels que l’ORIAS, le Regafi et les listes de l’AMF recensent les prestataires autorisés à exercer. Il convient également de contrôler la cohérence entre la date d’enregistrement du nom de domaine et l’ancienneté que la société revendique : un écart de plusieurs années, comme celui constaté pour ifeeuam.com (domaine enregistré en avril 2021 pour une société présentée comme établie depuis juin 2015), constitue un signal d’alerte immédiat. Enfin, il est indispensable de vérifier que l’entité dont le nom est invoqué reconnaît effectivement le site comme le sien, en la contactant directement via les coordonnées publiées sur le site officiel du régulateur.
Le dossier ifeeuam.com illustre avec une clarté particulière la manière dont une fraude financière en ligne peut être construite sur l’emprunt d’une identité réelle et sur l’isolement des victimes dans un espace numérique fermé. Les personnes qui ont versé des fonds à cette fausse plateforme de gestion ont subi une double tromperie : celle d’une marque légitime détournée, et celle d’un tableau de bord fictif conçu pour retarder la prise de conscience. Le double signal que constitue la mise en garde de l’AMF en septembre 2021, suivie de l’effacement total du domaine du registre des .com en 2026, confirme que la plateforme n’avait aucune réalité opérationnelle derrière sa façade. Face à toute proposition d’investissement en ligne, vérifier l’autorisation réelle de l’entité auprès du régulateur compétent, contrôler la date d’enregistrement du domaine et s’assurer que la société dont le nom est invoqué reconnaît effectivement le site comme le sien sont des réflexes qui peuvent éviter des pertes irréparables.
Article réécrit le 31/08/2026


