Sommaire
- Le régulateur a visé une graphie voisine, et sa ligne tient toujours
- L’enseigne d’une société luxembourgeoise réelle reprise sans droit
- Un espace de connexion privée conçu pour retenir
- Registre, résolution, certificats : l’état du dossier arrêté au 11 octobre 2026
- Ce qu’il reste à faire valoir sur les virements effectués
- Démarches à engager
- Trois points à vérifier sur un nom déjà inscrit chez le régulateur
Le régulateur a visé une graphie voisine, et sa ligne tient toujours
Le 27 septembre 2021, l’Autorité des marchés financiers a retenu le libellé lfeeuam.com avec la qualification « Usurpation » et l’a versé à ses fichiers de listes noires. Cette ligne n’a pas bougé depuis : nos vérifications conduites le 11 octobre 2026 sur le fichier officiel publié le 8 octobre 2026 confirment qu’elle y figure toujours, intacte, avec sa date d’origine. Consulter la fiche nominative publiée par l’AMF permet de le vérifier directement.
La graphie retenue par le régulateur, lfeeuam.com, diffère d’une seule lettre du nom de domaine principal ifeeuam.com : l’initiale « i » y est remplacée par un « l ». C’est sous cette graphie voisine que le sous-domaine de connexion était opéré à l’époque, à l’adresse services.lfeeuam.com/login/. Le régulateur a donc fixé son inscription sur la graphie qu’il avait identifiée comme le point d’entrée effectif du dispositif.
Du côté du fichier du .com, le tableau est radicalement différent. Nos recherches du 11 octobre 2026 n’ont restitué aucun titulaire identifiable pour ifeeuam.com, et rien non plus pour lfeeuam.com : les deux graphies ont quitté ce fichier sans qu’un rattachement à un détenteur soit encore lisible. Ce sont deux plans qui divergent sans se rejoindre : côté fichier, les deux noms n’existent plus comme objets enregistrés ; côté régulateur, la ligne tient et continuera de tenir jusqu’à une décision de retrait qui n’a pas été prise.
Ce même 27 septembre 2021, l’AMF a retenu neuf autres libellés lors de la même vague d’inscriptions, tous qualifiés d’« Usurpation » ou d’« Autre acteur non autorisé » : www.ftsefx.net, mg-tr.com, une adresse de messagerie construite sur le domaine axa-partners.fr, www.dc-placement.com, dje-investment.com, fslgp.fr, dcf-investment.com, www.demergon-fund.com et ald-cpl.com. Deux de ces libellés correspondent à des dossiers que nous avons documentés.
Le relevé d’enregistrement de ce dossier reste accessible à la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
Dernière mise à jour : 11/10/2026
L’enseigne d’une société luxembourgeoise réelle reprise sans droit
La vitrine ifeeuam.com se présentait sous les couleurs de LFE European Asset Management Sàrl, société de gestion de droit luxembourgeois. Cette entité existe : elle est réelle, identifiable, et exerce dans un cadre réglementé. C’est précisément cette légitimité que les opérateurs de la vitrine ont cherché à s’approprier, en reproduisant la dénomination et l’apparence d’une structure dûment autorisée.
Les vérifications que nous avons conduites n’établissent aucun lien, direct ou indirect, entre LFE European Asset Management Sàrl et la création ou l’exploitation d’ifeeuam.com. L’ensemble des éléments examinés désigne la vitrine comme une construction indépendante bâtie sur l’identité empruntée d’un tiers, sans que ce tiers y ait participé de quelque manière que ce soit.
Une incohérence chronologique renforçait ce constat dès nos enquêtes de 2021 : la vitrine affirmait représenter une société établie depuis juin 2015, alors que le nom de domaine n’avait été créé qu’en avril 2021, soit plus de cinq ans après la date revendiquée. Une société de gestion active depuis 2015 n’ouvre pas son portail principal six ans plus tard sur un domaine fraîchement enregistré.
La même vague du 27 septembre 2021 a frappé d’autres constructions du même type. Le dossier demergon-fund.com, inscrit ce jour-là sous le libellé www.demergon-fund.com, illustre comment des opérateurs construisent une apparence de fonds d’investissement pour attirer des épargnants. Le dossier Ald-cpl.com, retenu sous le même qualificatif lors de la même journée, repose sur le même recours à un espace de connexion privée pour isoler les personnes démarchées.
Un espace de connexion privée conçu pour retenir
Le sous-domaine services.lfeeuam.com/login/ constituait le cœur opérationnel du dispositif. Derrière cet accès protégé par identifiant, chaque personne démarchée se retrouvait face à un tableau de bord personnel affichant des soldes, un historique de transactions et l’apparence complète d’un compte de gestion actif. L’interface donnait à voir des chiffres, des mouvements, une progression : autant d’éléments destinés à ancrer la conviction que le placement fonctionnait.
Ce huis clos numérique remplissait une fonction précise : couper la personne de tout regard extérieur. Aucun tiers, ni un proche, ni un conseiller indépendant, ne pouvait accéder à cet espace pour en examiner les données. La personne démarchée était seule avec une interface qui avait toutes les apparences d’un service financier professionnel, sans aucun moyen de recouper ce qu’elle y lisait avec une source indépendante.
Chaque demande de retrait recevait une réponse différente : des frais à régler d’abord, un contrôle annoncé, un délai technique invoqué. Le mouvement était repoussé d’une semaine, puis d’une autre, et la contrepartie demandée prenait souvent la forme d’un versement complémentaire présenté comme la condition du déblocage. C’est le moment de vulnérabilité le plus intense du dispositif : la personne a déjà engagé des sommes, croit les voir fructifier sur l’interface, et se retrouve dans une position où refuser de payer semble signifier perdre ce qu’elle croit avoir accumulé.
Registre, résolution, certificats : l’état du dossier arrêté au 11 octobre 2026
Nos relevés techniques du 11 octobre 2026 ne détectent aucune résolution pour ifeeuam.com. Le nom ne rend plus d’adresse d’hébergement, sa zone de noms n’est plus servie, et rien ne subsiste côté messagerie. Le sous-domaine www et le sous-domaine services présentent le même résultat : aucune réponse d’aucune nature. Le portail, ouvert en 2021, ne répond plus à aucune interrogation.
Aucune fiche ne subsiste au fichier des enregistrements du .com, ni pour ifeeuam.com ni pour la variante visée par le régulateur. Les deux graphies ont quitté ce fichier sans qu’un nouveau titulaire y soit inscrit. Aucune émission de certificat n’apparaît dans les journaux de transparence pour ces deux noms, et aucune copie publique de ces pages n’a survécu dans les dépôts que nous avons interrogés.
Les fichiers de listes que l’AMF met à disposition ont été relus le 11 octobre 2026 : la ligne libellée lfeeuam.com, qualification « Usurpation », date d’inscription du 27 septembre 2021, y figure toujours.
Ces constats permettent d’établir que la vitrine ne fonctionne plus et que ses noms de domaine n’ont plus de titulaire identifiable. Ils ne permettent pas de conclure à une condamnation : une inscription au recensement des mises en garde traduit une alerte réglementaire, non un jugement. L’absence de titulaire identifiable au registre ne ferme pas les possibilités d’action pour les épargnants qui ont adressé des virements à la vitrine.
Ce qu’il reste à faire valoir sur les virements effectués
Que le portail ne réponde plus ne supprime aucun des recours ouverts. Les sommes virées sont passées par des comptes bancaires : ces mouvements laissent des traces dans les relevés de l’établissement qui les a reçus. Identifier cet établissement est l’une des premières pistes à explorer, car la responsabilité de celui qui a tenu le compte récepteur peut être mise en cause si des défaillances dans la détection des opérations suspectes sont établies.
Les confirmations d’ordre de virement, les relevés de compte et les courriels adressés par ceux qui se présentaient comme les gestionnaires du portail constituent la matière première d’un dossier. Ces pièces permettent de retracer les versements, de documenter les prétextes invoqués pour bloquer les retraits et d’établir la chronologie des contacts. Leur conservation intégrale conditionne la solidité de toute démarche ultérieure.
Une action en justice reste ouverte, par un dépôt de plainte comme par une constitution de partie civile. Quiconque a été en contact avec ifeeuam.com ou avec le sous-domaine de connexion et a effectué des versements peut utilement consulter un avocat spécialisé pour évaluer les options disponibles et la recevabilité d’une action.
Dans l’entretien qui accompagne ce dossier, Maître Caroline Willm, avocate au barreau de Paris, décrit la façon dont une victime de faux investissement peut faire établir sa créance et porter l’affaire devant le juge.
Démarches à engager
Quiconque a utilisé l’espace de connexion de services.lfeeuam.com/login/ doit commencer par rassembler toutes les captures de l’interface : tableaux de bord, écrans affichant des soldes ou des historiques, notifications reçues. Ces captures constituent la preuve que la personne a bien accédé à un portail présentant les apparences d’un service financier, et elles documentent les informations qui lui ont été communiquées.
Les conversations menées avec ceux qui se présentaient comme les gestionnaires du portail, par courriel ou par messagerie instantanée, doivent être archivées sans délai. Les messages dans lesquels des frais de déblocage ou des vérifications préalables au retrait sont évoqués sont particulièrement utiles : ils illustrent le mécanisme de rétention des fonds.
Les faits susceptibles d’être qualifiés sont l’escroquerie et l’usurpation d’identité d’une entité réglementée. Ces deux qualifications relèvent du droit pénal. Notre page consacrée à l’engagement d’une procédure pénale et la constitution d’un dossier de plainte précise les éléments à réunir et les interlocuteurs compétents, qu’il s’agisse des services d’enquête spécialisés ou du procureur de la République.
Trois points à vérifier sur un nom déjà inscrit chez le régulateur
Oui. L’AMF a inscrit le libellé lfeeuam.com, graphie voisine du nom de domaine principal, avec la qualification « Usurpation » le 27 septembre 2021. Cette ligne figurait toujours dans les fichiers officiels consultés le 11 octobre 2026. Le domaine ifeeuam.com lui-même ne répond plus à aucune interrogation technique, mais l’alerte réglementaire reste active.
La disparition du portail ne supprime pas les voies de recours. Les fonds versés ont transité par des comptes bancaires identifiables. Conserver vos relevés de virement, vos échanges avec ceux qui se présentaient comme les gestionnaires du portail et vos captures de l’espace de connexion privée reste la base d’un dossier. Un avocat spécialisé ou les services d’enquête compétents peuvent être saisis sur la base de ces éléments.
Non. LFE European Asset Management Sàrl est une société de gestion de droit luxembourgeois dont les opérateurs de la vitrine ont repris le nom sans droit. Les vérifications conduites n’établissent aucun lien entre cette entité réelle et la création ou l’exploitation d’ifeeuam.com. Il s’agit d’une usurpation d’enseigne, et non d’un service proposé par la société légitime.
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Article réécrit le 11/10/2026


