VenturoFX.com arnaque : le courtier « agréé CySEC » introuvable dans les registres

Le domaine venturofx.com a été enregistré le 26 mai 2026 ; la plateforme de trading qui l’occupe se présente pourtant comme un courtier « établi » à Limassol depuis 2016 et agréé par la CySEC sous le numéro CIF 123/12. Aucune société nommée « VenturoFX Ltd » ne figure dans les registres publics britanniques alors que le site affiche un siège au Royaume-Uni, et les « témoignages de clients » de sa page d’accueil sont signés par les personnes présentées quelques clics plus loin comme les fondateurs de l’entreprise. Notre enquête, menée le 4 septembre 2026, détaille ces contradictions.

Le nom de domaine a été créé chez NICENIC International Group, un registraire basé à Hong Kong, avec une expiration fixée au 26 mai 2027, soit une durée de vie d’un an seulement. Le site est servi derrière Cloudflare et les données d’enregistrement ne permettent pas d’identifier le titulaire. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

La plateforme indépendante ScamDoc, qui analyse les sites signalés par les internautes, a publié une première analyse de venturofx.com le jour même de notre enquête : le domaine y obtient un indice de confiance faible, notamment parce qu’il a été « acquis très récemment (moins de 6 mois) ». Retrouvez la page dédiée à venturofx.com pour le détail de cette évaluation.

Dernière mise à jour : 04/09/2026

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BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page d’accueil de venturofx.com. Retrouvez l’apparence originale de cette fausse plateforme de courtage même après sa fermeture : utile pour identifier le site, constituer un dossier ou alerter votre entourage.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture d'écran de la page d'accueil de venturofx.com le 4 septembre 2026

2016, 2019, 2026 : la courte histoire d’un « courtier établi »

La page d’accueil clame « Est. 2016 » et le pied de page porte la mention « © 2019 VenturoFX Ltd. All rights reserved ». Le domaine, lui, est né le 26 mai 2026, soit trois mois avant notre enquête. Un courtier digne de ce nom aurait laissé des traces de cette activité ancienne : enregistrement du nom, présence dans les annuaires, comptes rendus financiers. Ici, tout commence le même mois de mai 2026 : le registraire, les serveurs de noms Cloudflare et les premières mentions du nom concordent. La mention « établi en 2016 » sert uniquement à rassurer un visiteur qui ne penserait pas à vérifier la date de création du domaine.

Les statistiques affichées ne résistent pas davantage à la relecture : la page annonce « 2 840 millions de dollars négociés aujourd’hui », soit 2,84 milliards, puis « 2 milliards de dollars de volume quotidien » un peu plus bas, et enfin « 12 400 traders actifs » pour une plateforme vieille de trois mois. Le levier maximal annoncé atteint 1:500, un niveau que la réglementation européenne interdit aux clients de détail, ce qui n’empêche pas le site de promettre des comptes « professionnels » à tout visiteur disposé à s’inscrire.

Une société introuvable et une adresse qui n’abrite aucun courtier

Le site affirme être « VenturoFX Ltd », « autorisée et réglementée par la CySEC sous le numéro de licence CIF 123/12 », avec un siège annoncé à School Ln, Cookham, Maidenhead SL6 9QH, au Royaume-Uni. Cette adresse britannique n’est pas anodine : c’est elle qui doit donner l’impression d’une entreprise réelle, contrôlable. Or la recherche dans le registre des sociétés britanniques (Companies House) ne retourne aucune société « VenturoFX », ni sous ce nom exact ni sous une variante proche. L’adresse de Cookham existe bien, mais elle abrite des sociétés de musique et de formation au marketing, sans le moindre lien avec le courtage financier.

La contradiction est encore plus nette avec les métadonnées du site : le balisage Schema.org présente « VenturoFX Ltd » comme une organisation dont le siège fondateur se trouve à « Limassol, Cyprus », pour coller à la licence chypriote revendiquée, tandis que le pied de page affiche une adresse au Royaume-Uni. Une société d’investissement chypriote agréée CySEC est une société enregistrée à Chypre ; elle n’a pas de raison d’annoncer un siège britannique qui n’existe dans aucun registre. Le domaine n’apparaît par ailleurs pas dans la liste des domaines agréés publiée par la CySEC pour les sociétés d’investissement qu’elle supervise. Le numéro CIF 123/12, censé attester de ce contrôle, ne mène vers aucune entreprise vérifiable : il s’agit d’un habillage réglementaire, comme le sont les logos « Financial Times », « Bloomberg » ou « Euromoney » alignés en bas de page sans le moindre article pour les étayer.

Les témoignages de « clients » sont signés par les fondateurs

La section « Trusted by professionals » de la page d’accueil aligne six portraits de traders satisfaits : « Thomas Berger, Independent Trader, Francfort », « Aisha Khan, Proprietary Trader, Genève », « Marcus Okoro, Fund Manager, Dubaï », « Kenji Sato, Algo Trader, Singapour », « Ingrid Holm, Family Office, Stockholm » et « David Lang, Head of Trading, Londres ». Chacun vante l’exécution « institutionnelle », le « relationship manager » dédié ou la transparence des prix, avec la précision de témoignages de commande.

Ces personnes existent pourtant, mais pas à la place annoncée. La page « About » du même site présente l’équipe dirigeante : « David Lang, cofondateur et responsable du trading », « Aisha Khan, cofondatrice et directrice de la relation client », « Marcus Okoro, responsable de la liquidité et de l’exécution » et « Kenji Sato, directeur technique ». Les « clients » de la page d’accueil sont donc les dirigeants de la société, présentés sous les mêmes noms et les mêmes profils. Un témoignage client signé par le cofondateur de l’entreprise n’est pas un témoignage client : c’est un argument de vente fabriqué, et la preuve que la vitrine ne recule devant aucune mise en scène pour attirer des dépôts.

Une plateforme de trading toute faite, jamais nettoyée

Les boutons « Client Login » et « Open Trading Account » mènent vers un sous-domaine, platform.venturofx.com, qui héberge une salle de marchés clé en main. Ce logiciel, reconnaissable à sa structure de gabarit, est commercialisé auprès de multiples opérateurs, et VenturoFX n’a pas pris la peine d’en effacer toutes les traces de ses prédécesseurs. La fenêtre de politique de retrait affichée aux clients contient ainsi une phrase qui n’a rien à voir avec le site : « Please e-mail [email protected] with such requests ». Le domaine aydopro.com, enregistré en décembre 2025, ne répond plus aujourd’hui : c’est le résidu d’une exploitation précédente du même logiciel, recouverte sans être nettoyée.

La même salle de marchés révèle d’autres incohérences. La rubrique « Our Banking Details » (nos coordonnées bancaires) est vide : aucun nom de banque, aucun bénéficiaire, aucun IBAN, alors que le virement bancaire est proposé comme moyen de dépôt avec un délai de « 2 à 5 jours ». Les portefeuilles de cryptomonnaies affichent « The wallet for this method is not set up » (ce moyen de paiement n’est pas configuré) et renvoient vers un « agent ». Les horloges internes indiquent une date du 1er janvier 1970, celle d’un système jamais initialisé. Surtout, la politique de retrait précise que les demandes sont traitées « dans les 30 premiers jours suivant l’ouverture du compte », un délai qui n’existe chez aucun courtier légitime et qui sert à retenir les fonds le temps que les victimes comprennent la supercherie. Les dépôts, eux, sont acceptés immédiatement par carte bancaire, par virement ou en cryptomonnaie, avec des dizaines de passerelles de paiement agrégées.

Le même procédé, une salle de marchés préfabriquée coiffée d’une marque jetable, a été documenté ces derniers jours sur d’autres domaines, sans lien établi entre leurs opérateurs : la vitrine invexxia.com, démontée le 3 septembre 2026, reposait sur le même type d’infrastructure, tandis que bitgrokapp.com, inscrit le même jour sur la liste noire de l’AMF, mêlait des résidus de marques concurrentes à ses formulaires. La réutilisation de logiciels et de textes d’une arnaque à l’autre est le signe d’une production en série.

Les personnes qui ont ouvert un compte sur venturofx.com puis ont versé des fonds, par carte bancaire, par virement ou en cryptomonnaie, peuvent engager des démarches pour faire reconnaître leur préjudice. Dans la vidéo ci-dessous, Maître Goce Novakov, avocat au barreau de Paris et avocat partenaire de BrokerDefense, revient sur des victoires judiciaires obtenues pour des victimes d’escroquerie devant les tribunaux du Mans et de Toulouse : indemnisation des personnes trompées par de fausses plateformes d’investissement et condamnation de banques pour manquement à leur devoir de vigilance sur des virements frauduleux. Un éclairage utile sur les recours possibles face à une plateforme qui ferme en laissant les comptes vidés.

Fonds déposés sur venturofx.com : les démarches utiles

Si vous avez versé de l’argent sur cette plateforme, cessez immédiatement tout nouveau dépôt, par carte comme en cryptomonnaie : chaque versement supplémentaire est un versement perdu. Conservez l’intégralité des preuves, captures d’écran des pages, courriels échangés avec le « relationship manager » qui vous a été attribué, relevés de carte et confirmations de virement ou de transfert de cryptomonnaie, puis déposez plainte pour escroquerie auprès du procureur de la République ou via le portail Thésée ; la page dédiée aux procédures de plainte détaille la marche à suivre. Si vous avez effectué des virements vers un compte bancaire désigné par la plateforme, mentionnez-le dans votre dossier : la banque qui a reçu ces fonds peut voir sa responsabilité engagée pour manquement à son devoir de vigilance. Pour les paiements par carte ou en cryptomonnaie, signalez également les opérations à votre banque ou à la plateforme d’échange concernée, puis contactez votre banque pour contester les débits dans les délais légaux.

VenturoFX.com en questions

VenturoFX est-il réellement régulé par la CySEC comme il le prétend ?

Rien ne permet de l’affirmer. Le site affiche le numéro CIF 123/12 et une adresse au Royaume-Uni, mais aucune société « VenturoFX Ltd » n’apparaît dans le registre britannique Companies House, le domaine ne figure pas dans la liste des domaines agréés publiée par la CySEC, et les données d’enregistrement du nom (créé le 26 mai 2026 chez un registraire de Hong Kong) ne mentionnent aucune entreprise. La plateforme ScamDoc attribue au domaine un indice de confiance faible.

Les témoignages affichés sur le site sont-ils authentiques ?

Non. Les personnes présentées comme des clients satisfaits sur la page d’accueil (« Aisha Khan », « Marcus Okoro », « Kenji Sato », « David Lang ») sont décrites sur la page « About » du même site comme les fondateurs et dirigeants de la société. Un prétendu témoignage client signé par un dirigeant de l’entreprise est un élément de mise en scène destiné à rassurer les visiteurs.

J’ai déposé des fonds par carte ou en cryptomonnaie et je ne peux plus les retirer, que faire ?

Ne versez plus rien et rassemblez toutes les preuves : captures d’écran du compte, relevés de carte bancaire, confirmations de virement ou de transfert de cryptomonnaie et courriels du « manager » qui vous a contacté. Déposez plainte pour escroquerie, contestez les paiements par carte auprès de votre banque dans les délais légaux et, pour les virements, signalez le compte bénéficiaire. Vous pouvez soumettre votre dossier via la page d’assistance de BrokerDefense pour être orienté dans vos démarches.

Conclusion : une arnaque qui se vieillit pour mieux encaisser

venturofx.com cumule les procédés classiques de l’arnaque au courtage : une identité réglementaire empruntée à un agrément invérifiable, un héritage commercial inventé, des témoignages fabriqués et une salle de marchés préfabriquée qui garde les traces de ses anciens occupants. Le site cible en particulier les traders qui se croient à l’abri des arnaques en se présentant comme « professionnels » : exécution institutionnelle, levier élevé, gestionnaire dédié et dépôt minimal conseillé de 25 000 dollars composent un décor conçu pour faire baisser la garde avant l’ouverture du robinet à dépôts. Aucun de ces éléments ne résiste à une vérification publique : la société n’existe pas, le domaine a trois mois et les « clients » sont les dirigeants. Comme toujours, BrokerDefense recommande de vérifier l’existence légale de l’intermédiaire et son inscription auprès d’un régulateur avant le moindre versement ; notre évaluation préalable des plateformes de trading permet d’éviter ce type de piège.

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