Sommaire
- Deux adresses de courriel inscrites par l’AMF au titre de l’usurpation
- Deux noms sécurisés par la marque visée, un troisième resté dehors
- Sous le nom d’une société absente des registres, des courriels de démarchage
- Un enregistrement rouvert fin octobre 2021, et un nom jamais réexploité
- Un nom proposé à l’achat dès décembre 2021
- Les démarches encore ouvertes pour les personnes démarchées
- Nexity-groupe.com : les questions des lecteurs
Deux adresses de courriel inscrites par l’AMF au titre de l’usurpation
Ce qui distingue ce dossier de la plupart des signalements reçus par l’Autorité des marchés financiers, c’est que la liste noire française ne vise pas ici un site, mais deux adresses de courriel construites sur le même domaine, toutes deux classées sous la qualification « Usurpation ». La première, [email protected], a été inscrite le 23 juillet 2021 ; c’est elle qui figure dans les courriels de démarchage signalés à l’époque. La seconde, construite sur le gabarit générique pré[email protected], a été ajoutée le 15 septembre 2021 : ce format reproduit exactement la convention d’adressage des grandes entreprises, ce qui renforce la confusion pour le destinataire. Les deux entrées figurent toujours dans le relevé du régulateur arrêté au 28 septembre 2026. Ce que le régulateur a neutralisé, ce n’est donc pas un site, c’est le canal même par lequel le démarchage était conduit.
Notre enquête de juillet 2021 avait été publiée trois jours après la première de ces deux inscriptions, à un moment où le second gabarit d’adresse n’était pas encore connu du régulateur. La mise à jour que vous lisez intègre désormais l’ensemble des éléments vérifiés au 1er octobre 2026, y compris l’état actuel du domaine et des copies conservées depuis la fin de 2021. Pour consulter le détail de l’entrée initiale, le régulateur publie les listes noires et mises en garde publiées par l’AMF sur son espace dédié à la protection des épargnants.
Dernière mise à jour : 01/10/2026
Deux noms sécurisés par la marque visée, un troisième resté dehors
Le groupe dont la marque a été usurpée est une société immobilière française réelle, qui ne porte aucune responsabilité dans les faits décrits ici : elle est victime de cette usurpation, au même titre que les particuliers qui ont reçu les courriels litigieux. Il importe de le rappeler d’emblée, car la confusion entre le groupe réel et les noms bâtis sur son nom constitue précisément le ressort de la fraude.
La situation des noms de domaine qui ont servi de support à ce type de démarchage a évolué depuis 2021. Les deux noms utilisés dans les affaires documentées antérieurement, l’un en .fr et l’autre en .com, ont été enregistrés depuis au nom du groupe réel : le premier le 19 janvier 2022, le second le 3 juin 2022. Ce mouvement de mise à l’abri est une pratique courante lorsqu’une marque identifie des noms qui lui ont été substitués à des fins frauduleuses. Il permet d’empêcher toute réactivation ultérieure sous une apparence légitime.
Le nom nexity-groupe.com, lui, n’a jamais rejoint ce portefeuille. Au 1er octobre 2026, il appartient à un tiers, et aucune donnée publique ne permet de le relier au groupe réel. Cette situation mérite attention : un nom figurant sur la liste noire du régulateur, et sur lequel deux inscriptions au titre de l’usurpation ont été prononcées, reste hors du contrôle de la marque visée et peut changer de main à tout moment.
Sous le nom d’une société absente des registres, des courriels de démarchage
Les courriels envoyés depuis l’adresse [email protected] se réclamaient d’une dénomination inventée accolant le nom de la marque à un terme du vocabulaire immobilier. Cette dénomination ne correspond à aucune fiche dans le registre public des entreprises françaises, consulté le 1er octobre 2026. Le mot « Nexity » y est pourtant porté par de nombreuses sociétés en activité régulièrement constituées, ce qui confirme que la dénomination revendiquée par les escrocs était une construction délibérément conçue pour induire en erreur.
Le mécanisme est connu des services d’enquête spécialisés dans la fraude aux investissements : on crée un nom de domaine qui reproduit fidèlement le nom d’une grande marque en y ajoutant un suffixe ou un préfixe d’apparence professionnelle ; on génère des adresses de courriel sur ce domaine ; on contacte des particuliers en se présentant comme un interlocuteur de la société réelle. La présence dans l’adresse du terme associé à l’activité du groupe visé renforçait la crédibilité apparente de l’expéditeur. Les destinataires n’avaient aucune raison de douter, a priori, de l’authenticité de la démarche.
C’est dans ce contexte que BrokerDefense avait publié, dès janvier 2021, notre enquête du 19 janvier 2021 sur la fausse offre de placement locatif montée sous cette marque, qui documentait déjà l’usage du nom du groupe comme enseigne de couverture. Les faits de juillet 2021 s’inscrivent dans la continuité de ce réseau d’usurpation, avec la même logique de substitution d’identité et la même cible : des épargnants particuliers.
Un enregistrement rouvert fin octobre 2021, et un nom jamais réexploité
Le fichier du registre consulté le 1er octobre 2026 décrit un enregistrement ouvert le 21 octobre 2021, soit environ trois mois après la première inscription de l’adresse [email protected] sur la liste noire de l’AMF. La période d’enregistrement en cours porte jusqu’au 21 octobre 2026. La date de dernière écriture portée au fichier est le 22 octobre 2025, ce qui correspond vraisemblablement à un renouvellement ou à une mise à jour administrative.
La chronologie est significative : le nom a été utilisé pour le démarchage avant cette date, puis le nom a été laissé, puis repris par un tiers lors de cet enregistrement d’octobre 2021. Qui est ce tiers ? Les données publiques ne permettent pas de le déterminer : le titulaire actuel n’est pas publié, ses informations étant masquées par le service de confidentialité du dépositaire. Ce dernier est enregistré sous l’identifiant IANA 2235 et est adossé à un grand hébergeur de noms de domaine.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Trois verrous techniques ont été posés côté dépositaire : ils empêchent respectivement la suppression du nom, sa modification et son transfert vers un autre prestataire. Ce type de verrouillage est courant pour les noms dont la valeur commerciale est jugée suffisante pour justifier une protection renforcée. Les serveurs de noms déclarés appartiennent à l’infrastructure d’une place de marché de noms de domaine. Enfin, aucun serveur de messagerie n’est déclaré dans la zone publiée : le domaine ne peut donc plus recevoir de courriel, ce qui signifie concrètement que l’adresse qui a servi au démarchage ne peut plus rien recevoir.
Un nom proposé à l’achat dès décembre 2021
Les copies consultées couvrent deux périodes bien distinctes et convergent vers la même conclusion : l’adresse ne sert plus aucun site.
Les premières copies disponibles, datées du 19 décembre 2021, du 24 janvier 2022 et du 4 mars 2022, montrent une page d’accueil portant une annonce en anglais indiquant que le nom est proposé à l’achat. Cette annonce est apparue quelques semaines après l’inscription de la seconde adresse sur la liste noire du régulateur, en septembre 2021, et après le réenregistrement du nom en octobre 2021. Aucune de ces copies ne montre de vitrine commerciale, de formulaire de contact, de présentation de services ou de quelque contenu éditorial que ce soit.
Les copies suivantes, couvrant la période allant du 5 avril 2024 au 7 octobre 2025, révèlent un fonctionnement encore plus réduit : la page ne contient que 114 octets, soit un script de redirection vers une adresse interne de la forme /lander, qui renvoie elle-même le visiteur vers la fiche de ce nom sur une place de marché. Pas de titre, pas de texte, pas d’image. Ce mécanisme sert uniquement à orienter les visiteurs éventuels vers une interface d’achat du nom. On retrouve ce même comportement lorsqu’on accède directement au nom aujourd’hui, que ce soit via le port non sécurisé ou le port sécurisé, avec ou sans le préfixe www.
Ces relevés sont importants pour les personnes qui ont été démarchées : ils établissent qu’aucun site n’a été servi sur ce nom après les inscriptions de 2021. Cela ne préjuge pas de l’existence d’autres noms ou adresses utilisés par le même réseau, comme l’illustre notre dossier de la fin juillet 2021 sur une identité bancaire recopiée, qui documente un procédé similaire appliqué à un autre établissement connu.
Les démarches encore ouvertes pour les personnes démarchées
Les personnes qui ont reçu en 2021 des courriels partant de l’adresse [email protected], et qui se réclamaient d’une dénomination inventée accolant le nom de la marque à un terme du vocabulaire immobilier, peuvent encore engager des démarches, même plusieurs années après les faits. Il faut d’abord réunir les pièces dont on dispose : les courriels reçus avec leur adresse d’expédition complète, les relevés de compte faisant apparaître d’éventuels virements, les avis de virement eux-mêmes, ainsi que tout document commercial ou contractuel transmis par les escrocs. Ces éléments constituent la base d’un dossier utilisable tant pour une démarche bancaire que pour une procédure judiciaire. Il convient également de signaler sans délai tout virement suspect à sa banque, qui peut dans certains cas initier une procédure de rappel. Enfin, il faut se méfier de toute proposition ultérieure, quel qu’en soit le canal, offrant de récupérer des fonds contre rémunération : ce type d’approche est caractéristique d’une escroquerie secondaire visant les victimes déjà identifiées. Pour les étapes concrètes du dépôt de plainte, nous vous renvoyons à notre rubrique consacrée au dépôt de plainte.
Pour mieux comprendre les mécanismes juridiques à l’oeuvre dans ce type d’affaire, notamment la façon dont le spoofing d’adresse et l’arnaque au faux conseiller sont qualifiés par les tribunaux et quels recours restent ouverts pour les victimes, nous avons recueilli l’analyse de Maître Anne Bernard-Dussaulx, du barreau de Paris. L’entretien porte sur ces deux techniques de fraude et sur les voies que les victimes peuvent encore emprunter pour obtenir réparation.
Nexity-groupe.com : les questions des lecteurs
Non, dans l’état actuel des choses, cette adresse ne peut plus envoyer ni recevoir de courriel : aucun serveur de messagerie n’est déclaré sur le domaine nexity-groupe.com depuis au moins fin 2021. Si vous avez reçu un message se réclamant de cette adresse récemment, il s’agit d’une usurpation d’une usurpation, ce qui est techniquement possible par falsification de l’en-tête d’expédition. Dans tous les cas, conservez le message original avec ses en-têtes techniques complets et signalez-le au régulateur par son formulaire de signalement. Si vous avez transféré des fonds à la suite de ce démarchage en 2021, des recours restent ouverts : rassemblez vos justificatifs et consultez un avocat spécialisé.
Non. Le groupe Nexity est une société immobilière française dont la marque a été usurpée sans son consentement. Il est lui-même victime de cette usurpation, au même titre que les particuliers démarchés. Les deux noms de domaine utilisés dans des affaires antérieures ont d’ailleurs été enregistrés depuis au nom du groupe réel, pour empêcher toute réutilisation. Le nom nexity-groupe.com, lui, n’appartient pas au groupe réel : il est entre les mains d’un tiers dont l’identité est masquée. Toute confusion entre le groupe légitime et les opérateurs frauduleux est précisément ce que l’escroquerie cherchait à provoquer.
Parce que le démarchage ne passait pas par un site mais directement par courriel. Les escrocs n’avaient pas besoin d’une vitrine accessible au public : il leur suffisait de disposer d’une adresse d’expédition crédible pour contacter des particuliers. L’AMF a donc visé l’outil réellement utilisé, à savoir l’adresse [email protected] inscrite le 23 juillet 2021, puis un second gabarit d’adresse sur un domaine voisin inscrit le 15 septembre 2021. Cette approche du régulateur, qui cible le canal de démarchage plutôt que le site, est encore peu fréquente dans les listes noires françaises et illustre l’adaptation progressive des outils de signalement aux modes opératoires des fraudeurs.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 01/10/2026



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[…] d’une adresse déjà neutralisée. L’enquête publiée le 26 juillet 2021 au sujet de [email protected] a montré que le même dispositif avait été déplacé vers de fausses adresses de courriel […]