Riverfieldcapital.ch arnaque : l’UID d’une société bien réelle

Un avertissement nominatif de la FINMA, une vitrine toujours en ligne

Le 26 octobre 2026, le gendarme financier helvétique a publié une fiche portant le nom riverfieldcapital.ch, sous le libellé exact « Sans inscription au registre du commerce ». L’entrée est datée, nominative, et se lit dans la liste d’avertissements tenue par la FINMA. Elle désigne l’adresse elle-même, sans passer par une raison sociale. Le lendemain, à 13 h 02 UTC, la vitrine répondait encore en HTTP 200, servait sa page d’accueil germanophone de près de 80 kilooctets et proposait toujours ses produits d’épargne.

Ce décalage est le point de départ du dossier. Un avertissement de régulateur n’est pas un constat judiciaire, et l’absence d’un nom sur une liste d’alerte ne vaut jamais certificat de régularité. Mais lorsque l’autorité désigne l’adresse elle-même, le lecteur qui reçoit un appel ou un courriel au nom de cette adresse dispose d’un point de contrôle public, daté et citable. Celui-ci a moins de vingt-quatre heures.

La suite est plus gênante pour la vitrine. Dans son pied de page, sur chacune de ses dix-huit pages, elle affiche deux numéros d’identification suisses, une adresse à Zollikon et le nom de son organe de révision. Ces éléments ne sont pas inventés : ils appartiennent à une société réellement inscrite, active, dont l’historique au registre remonte à plus de vingt ans. C’est précisément ce qui rend la vérification du visiteur trompeuse, et c’est ce que les sections qui suivent démontent pièce par pièce.

Dernière mise à jour : 27/10/2026

📄 Relevé de la capture

Le fichier joint est l’image de l’accueil germanophone au 27 octobre 2026, 13 h 02 UTC, avant toute modification du site. On y reconnaît la promesse affichée en tête, les trois chiffres mis en avant par la vitrine, puis les deux identifiants suisses en bas de page. C’est le document conservé par BrokerDefense, et non un redessin : les mentions citées dans cet article y figurent telles quelles.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Page d'accueil de riverfieldcapital.ch le 27 octobre 2026, avec les trois chiffres avancés par la vitrine et les identifiants suisses en pied de page

Derrière l’identifiant CHE-110.629.507, une société inscrite depuis 2004

Le pied de page de la vitrine porte deux chaînes de caractères : CH-020.3.027.694-6 et CHE-110.629.507. La page d’impressum les reprend, y ajoute l’adresse Binderstrasse 60, 8702 Zollikon, le Handelsregisteramt Zürich comme bureau d’enregistrement et JURISAUDIT AG, à Zoug, comme organe de révision. Jusqu’ici, rien que de très banal : un site d’intermédiation financière affiche ses mentions légales.

Interrogée le 27 octobre 2026, la fiche publique du registre du commerce suisse confirme l’existence de l’entité : Riverfield AG, raison sociale identique, même numéro d’identification, même identifiant d’entreprise, siège à Zollikon, adresse identique au numéro près, statut « existant ». L’historique des publications au journal officiel remonte loin, la dernière modification enregistrée datant du 12 février 2026. La société a donc une existence propre, ancienne et vérifiable, et rien dans cet article ne la met en cause : les vérifications qui suivent portent sur l’exploitant du domaine, pas sur une entreprise inscrite au registre.

C’est là que le raisonnement du visiteur se casse. Un numéro d’identification atteste qu’une société existe, il n’atteste pas qui tient un site web. Or l’autorité qui a publié l’alerte du 26 octobre a classé cette adresse parmi les acteurs sans inscription au registre du commerce. Autrement dit, ce que le régulateur voit derrière le domaine n’est pas ce que le pied de page affiche. Aucune pièce publiée par la vitrine ne relie l’entreprise enregistrée à celui qui tient le site, et ce silence n’est pas comblé par le numéro recopié en bas de page.

Un détail de l’impressum trahit la méthode de fabrication. La page indique, en toutes lettres, que les données de l’entreprise ont été recoupées à partir du profil public Moneyhouse, un service commercial de données économiques. Elle emprunte même à ce profil son intitulé de branche : là où le registre décrit un but statutaire, l’impressum déclare comme activité « Betreiben von Fondsmanagement ». Un dossier monté à partir d’un agrégateur de données, et non d’un extrait de registre, explique cette substitution de vocabulaire.

Le même paragraphe mérite d’être lu en entier. Le but statutaire publié au registre le 12 février 2026 qualifie la société de gestionnaire de fortune au sens de la loi sur les institutions financières, puis exclut expressément les activités qui exigeraient une autorisation de banque, de maison de titres ou de gestionnaire de fortunes collectives. Un but statutaire décrit ce qu’une société se propose de faire, il ne vaut pas agrément : l’office des registres n’est pas l’autorité qui délivre les licences. La vitrine, elle, ne publie aucun numéro de licence, ne nomme aucune autorité de surveillance et ne cite aucune décision d’agrément. Une classe voisine de dossier suisse, où la vitrine recopiait le numéro d’une société réelle, a déjà été documentée avec le LEI d’un gérant suisse réel, et une autre alerte genevoise de la FINMA a été traitée sous l’angle de la fausse banque zurichoise listée par l’autorité.

Une garantie de 100 000 euros invoquée sans nommer une seule banque

La vitrine ne vend pas un produit, elle vend une promesse de sécurité. Elle annonce douze années d’expérience, des « banques partenaires régulées à 100 % » et une garantie des dépôts de 100 000 euros. Six pages déclinent ensuite des livrets à terme, des comptes à vue rémunérés, des formules pour entreprises et pour enfants, des fonds indiciels et des plans d’épargne.

Le relevé systématique des pages publiées donne un résultat net : le mot « banque partenaire » apparaît une trentaine de fois, et pas une seule banque n’est nommée. Aucun taux n’est publié non plus, sur aucune des pages produit. Il n’existe donc aucun moyen, pour un visiteur, de vérifier la solidité de l’établissement qui détiendrait son argent : ni raison sociale, ni agrément, ni pays de dépôt, ni grille de taux. Le service de notation ScamDoc lui attribue, de son côté, une note de 25 sur 100, et sa page affiche encore une analyse en cours : la fiche ScamDoc de riverfieldcapital.ch ne publie donc aucun rapport détaillé à ce jour, seulement ce score.

La page consacrée à la garantie des dépôts pousse la démonstration plus loin. Elle énumère les organismes de garantie de sept ou huit pays de l’Union européenne et rappelle le plafond de 100 000 euros par déposant et par banque. Pour une entité qui se présente comme suisse, le chiffre retenu est celui du régime européen, et non le plafond de l’esisuisse. Surtout, la page reconnaît que la protection invoquée est celle de « la banque qui tient le compte », ce qui ramène à la question précédente : cette banque n’a pas de nom. Une garantie sans établissement identifiable n’est pas une garantie, c’est un argument commercial.

Le seul chemin de conversion offert au visiteur est d’ailleurs un formulaire de rappel, qui demande un nom, un courriel et un numéro de téléphone. Le prospect est rappelé, puis orienté vers un portail client. Ce portail, servi sur portal.riverfieldcapital.ch, affiche un écran de connexion par courriel ou par téléphone, avec mot de passe et procédure de réinitialisation. Aucune page d’inscription n’y est exposée : les comptes sont ouverts par l’opérateur, et les mentions légales du portail, y compris l’impressum et les avertissements sur les risques, ne s’affichent qu’après authentification.

Reste l’âge réel de la vitrine. Le domaine riverfieldcapital.ch a été enregistré le 7 juillet 2026, soit trois mois et demi avant la publication de cet article. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Deux noms déposés le même jour, un seul titulaire masqué

Le registre de l’office suisse des noms de domaine donne la date exacte : 7 juillet 2026, statut actif, bureau d’enregistrement Hostpoint AG, à Rapperswil-Jona, et deux serveurs de noms Cloudflare. Le même jour, à 17 h 31 UTC, la variante en .com était déposée, avec les deux mêmes serveurs de noms et un verrou de transfert. Interrogée le 27 octobre, cette variante ne sert aucun contenu : elle répond par une redirection permanente vers le .ch.

Ce montage en deux temps est un réflexe d’opérateur, pas de client : on réserve le nom sous deux extensions le même après-midi, on garde le .com en réserve et on fait pointer l’ensemble vers l’adresse de travail. Le titulaire, lui, reste masqué dans les deux cas, et aucun des deux enregistrements ne permet de le nommer.

L’infrastructure de messagerie raconte autre chose que le discours de place financière. Le domaine publie un serveur de messagerie sur son propre nom, qui résout vers une adresse dont le nom inverse appartient à un hébergeur mutualisé allemand. L’enregistrement de politique de messagerie est déclaré en mode observation, sans consigne de rejet, et l’envoi est autorisé depuis un service de messagerie en nuage américain. Pour une société qui se présente comme un intermédiaire financier suisse, l’ensemble tient de la boîte mail de campagne, pas d’une infrastructure bancaire.

Le certificat de chiffrement, enfin, a été émis le 16 septembre 2026 par Google Trust Services, il couvre le domaine et tous ses sous-domaines, et il expire le 15 décembre 2026. Il s’agit d’un certificat de wildcard standard, gratuit, renouvelé par le même mécanisme que n’importe quel site vitrine. Sa seule valeur, dans ce dossier, est de prouver que l’infrastructure tourne encore et qu’elle a été réinstallée après la création du nom.

Un bureau de Mannheim que le registre du commerce ignore

Les pages d’impressum et de contact annoncent une seconde adresse : Theodor-Heuss-Anlage 12, 68165 Mannheim, en Allemagne, avec trois numéros allemands et le numéro suisse. La vitrine s’adresse donc explicitement à une clientèle germanophone des deux côtés de la frontière, ce que confirme la langue unique du site, l’allemand, sans version française ni anglaise.

Or la fiche du registre consultée le 27 octobre ne mentionne aucune succursale, ni en Suisse ni à l’étranger. Le champ correspondant est vide, et l’historique des publications ne contient aucune inscription de siège secondaire. Un bureau commercial peut exister sans être inscrit, mais un intermédiaire financier qui revendique une implantation allemande et y rattache trois lignes téléphoniques devrait pouvoir montrer l’inscription correspondante, ou à défaut l’agrément qui l’autorise à démarcher depuis ce pays.

Le détail des numéros est instructif. Le numéro suisse figure sur toutes les pages, dans l’en-tête comme dans le pied de page, et il est le seul à être cliquable. Les trois numéros allemands n’apparaissent que sur deux pages, sans indication de service ni d’horaire. C’est la signature d’une vitrine construite autour d’un point de contact unique, avec une adresse étrangère ajoutée pour la crédibilité.

Cette architecture de contact a une conséquence pratique pour les victimes. Un versement n’est jamais ordonné par un site : il est ordonné par une personne, au téléphone ou par messagerie, qui donne un bénéficiaire et un compte. Ce qui reste, ensuite, c’est la trace de cet échange et l’identifiant du compte destinataire. La marche à suivre, du premier signalement jusqu’au dépôt d’une plainte pénale, est décrite sur notre page dédiée au volet pénal.

Une image de partage restée sur un serveur de développement

La couche technique est celle d’une application récente, montée avec un cadre de développement moderne et servie derrière un réseau de diffusion. Le serveur annonce le cadre utilisé dans ses en-têtes, les pages sont pré-générées, les ressources passent par IPv6 et par compression Brotli, et l’analyse de frequentation est confiée au même prestataire que le réseau. Rien d’anormal en soi : c’est la pile standard d’une vitrine de 2026.

Deux résidus racontent en revanche la vitesse de montage. Le premier est une adresse de développement laissée en production : la balise d’image de partage de chaque page, y compris de la page d’erreur, pointe vers un serveur local sur le port 3000, avec un nom de fichier qui porte celui du gabarit acheté. Aucun réseau social ne peut donc afficher d’aperçu correct de ce site, et le gabarit d’origine est identifié dans le code source public.

Le second est l’absence de fichiers d’indexation. Le fichier destiné aux robots et le plan du site répondent tous deux par une page d’erreur, sur six requêtes espacées et deux identités de navigateur différentes. Un site marchand soigné publie un plan de site et un fichier d’indexation ; celui-ci n’en a aucun, ce qui explique aussi qu’aucune copie publique de ses pages n’existe dans les archives du web. Le seul document d’archive disponible pour ce domaine est l’avertissement du régulateur.

La politique de cookies achève le tableau. Elle décrit le suivi des conversions publicitaires, puis laisse dans le texte publié une consigne de rédaction : le tableau des cookies doit être adapté à la configuration réellement utilisée. Une phrase de gabarit, restée dans une page légale en ligne, au même endroit que le nom d’un réseau publicitaire et d’un prestataire d’analyse. Ce n’est pas une preuve de fraude, c’est la preuve d’un site assemblé en quelques jours.

Devant une juridiction, l’adversaire n’est presque jamais le nom imprimé sur la page : ce sont les banques qui ont laissé partir l’ordre, et les relais qui l’ont dirigé, qui doivent répondre. L’entretien qui suit traite exactement de ce point. Maître Anne Bernard-Dussaulx, dont le cabinet est inscrit à Paris, y démonte le mécanisme du faux relevé d’identité bancaire et indique quelles pièces relient un paiement à une interface donnée.

Trois questions sur l’identifiant affiché et sur les versements

L’identifiant CHE-110.629.507 affiché sur le site prouve-t-il que l’entreprise est autorisée ?

Non. Ce numéro identifie une société au registre du commerce suisse, et il est authentique : la fiche correspondante existe, elle est active, et son historique est ancien. Mais un office des registres n’est pas une autorité de licence, et un numéro d’identification ne dit rien de la personne qui exploite un nom de domaine. La vitrine ne publie d’ailleurs aucun numéro de licence, ne nomme aucune autorité de surveillance et ne cite aucune décision d’autorisation.

Que veut dire l’absence d’immatriculation commerciale retenue dans l’alerte du 26 octobre 2026 ?

C’est la qualification retenue par l’autorité de surveillance pour l’acteur qu’elle a identifié derrière le domaine. Elle contraste avec les deux numéros d’identification affichés en pied de page, qui renvoient à une société inscrite. La lecture prudente est donc la suivante : l’inscription existe, mais elle ne couvre pas l’exploitant du site, et aucune des pages du site ne relie l’exploitant à l’entreprise dont le numéro est affiché. Un avertissement de ce type se vérifie à sa source, sur le site du régulateur, et se cite avec sa date.

Un virement est déjà parti après un rappel téléphonique : par où commencer ?

Commencez par la banque, et par écrit : un rappel de fonds adressé à l’établissement qui a exécuté l’ordre, accompagné de la preuve du virement, du relevé du compte et de la conversation qui a fixé le bénéficiaire. En parallèle, mettez de côté l’écran du portail avec son horodatage, le numéro qui a appelé, le nom de l’interlocuteur et l’identifiant du compte destinataire. Ces pièces seront demandées avant toute action judiciaire, et elles seules permettent de rattacher le paiement à un interlocuteur et à une date.

Pour une personne rappelée par un conseiller au nom de riverfieldcapital.ch, l’évaluation préalable de BrokerDefense sert à trier ce qui, dans le dossier, peut encore être opposé à quelqu’un : la date du premier appel, le numéro suisse ou allemand qui a joint la victime, l’écran du portail client avec son horodatage, le bordereau du paiement avec sa référence interbancaire, et la trace des relances restées sans réponse. Un site qui ne nomme aucune banque partenaire et n’affiche aucun taux ne laisse au déposant qu’un seul repère vérifiable, celui du régulateur qui l’a listé. C’est ce repère, daté du 26 octobre 2026, qui doit être versé au dossier avant que le souvenir des appels ne se perde.

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