Orbisbank.org arnaque : la FINMA a listé cette fausse banque

La liste d’alerte suisse a inscrit ce nom le 22 octobre 2026

Quatre jours avant cette enquête, l’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers de Suisse a publié une entrée au nom de « Orbisbank / orbisbank.org » sur sa liste d’alerte, avec la qualification « Sans inscription au registre du commerce ». Le document est daté du 22 octobre 2026. Il figure sur le fichier public où la FINMA recense les entités qui exercent vraisemblablement une activité soumise à autorisation sans en détenir aucune, et l’entrée porte le nom commercial en un mot, accolé au domaine, comme le fait chaque notice de cette série.

La fiche est consultable librement sur le site de l’autorité suisse, à l’entrée « Orbisbank ». Elle est brève, et c’est précisément ce qui la rend opposable : un nom, une adresse de site, une date, et le constat qu’aucune société de ce nom n’est immatriculée. Aucune licence bancaire, aucun numéro d’agrément, aucune mention d’un établissement de paiement n’y figure, ce qui correspond exactement à ce que la vitrine montre, et à ce qu’elle omet.

Le reste du dossier tient dans un écart que la page d’accueil rend visible sans le vouloir. Le site se présente en espagnol, avec un menu de banque de détail, des comptes d’épargne, des transferts internationaux et un fonds d’investissement à échéance d’un mois. Son adresse, elle, est une rue de Zurich, et le seul numéro de téléphone publié est un mobile suisse. Entre la langue du public visé et le pays revendiqué, il n’y a aucun document, aucune immatriculation, aucune pièce d’identité juridique : uniquement une mise en page.

Dernière mise à jour : 26/10/2026

📄 Aperçu

Le fichier joint rassemble trois vues prises sur orbisbank.org le 26 octobre 2026 : l’écran d’ouverture, le bloc des comptes proposés et la phrase sur les vingt pays. Il servira à qui doit démontrer sur quelle interface un versement a été effectué.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Haut de la page d'accueil de orbisbank.org le 26 octobre 2026

Une maison mère présentée comme la banque centrale du pays

C’est la page « Quiénes somos » qui porte la revendication la plus lourde, et elle est écrite en clair : « Operamos en Zurich a través de nuestra matriz, Banco Central de Suiza, y Lagom Family Advisors ». Autrement dit, la société présente comme sa maison mère la banque centrale du pays dont elle revendique le siège. Une banque centrale n’a pas de filiale de détail : elle émet la monnaie, conduit la politique monétaire et surveille, ou fait surveiller, les établissements qui collectent l’épargne. Elle ne figure pas au capital d’une banque de détail espagnole, et aucune holding de ce genre n’existe dans l’organigramme de l’institut d’émission suisse.

La suite de la même page empile les adresses de prestige. Milan serait couverte par trois structures, Ceresio SIM, Global Selection SGR et Eurofinleading Fiduciaria, Londres par Belgrave Capital Management, et Zurich par les deux entités citées plus haut. Les noms sont ceux de maisons financières réelles, ce qui est le propre du procédé : une liste de signatures connues suffit à donner l’impression d’un groupe, sans qu’aucun document du site n’établisse le moindre lien de capital ou de mandat avec l’une d’elles. Le paragraphe suivant ajoute que l’expérience se transmet « depuis plus d’un siècle », alors que le nom de domaine a été déposé en avril 2025.

Ce mélange de marques existantes et d’une filiation impossible n’est pas isolé dans nos dossiers récents. Nous avons documenté un montage très proche à propos de woodman-asset.com, où l’identité d’un gérant suisse réel servait de caution à une vitrine sans autorisation, et le même réflexe de fabrique se retrouve dans les dossiers de fausses banques que nous suivons depuis le début de l’année.

Des montants qui dépassent le produit mondial

La page d’accueil annonce « presencia en 20 países y US$715 billones en activos bajo custodia ». En espagnol, un billón vaut mille milliards : la phrase revendique donc 715 000 milliards de dollars d’actifs conservés pour des clients. Le produit intérieur brut mondial est de l’ordre de 110 000 milliards de dollars. Aucun établissement au monde, pas même un dépositaire central international, ne conserve un encours de cette taille, et l’écart n’est pas une nuance de traduction : il situe la promesse hors de toute économie réelle.

La même page ajoute une phrase qui se retourne contre elle : la société se décrit comme « uno de los primeros bancos de la eurozona por rentabilidad y eficiencia ». Zurich ne se trouve pas dans la zone euro, et la Suisse n’en fait pas partie. Une banque qui exerce depuis la Suisse ne peut pas être un établissement de la zone euro, et celle qui exerce dans la zone euro ne s’installe pas à Zurich pour y tenir sa comptabilité. Les deux affirmations s’annulent, et elles sont sur la même page.

Vient ensuite le catalogue de produits, avec des rendements écrits noir sur blanc. Le fonds « PLAZO 30 » promet une rentabilité mensuelle de 3 à 4,4 pour cent, la version dite numérique 9,8 pour cent sur l’année en cours, une stratégie de croissance 13,1 pour cent, une stratégie stable 10,4 pour cent, et une dernière ligne 13,1 pour cent à l’année. Une performance mensuelle de 4 pour cent équivaut à environ 60 pour cent sur douze mois, capitalisée. Aucune de ces lignes ne mentionne de frais, de perte maximale ni d’avertissement sur les risques, alors qu’un fonds à échéance d’un mois est, par construction, exposé au marché qui le sous-tend.

Les personnes qui ont déjà viré de l’argent vers cette interface ne sont pas sans ressources. Notre page consacrée au dépôt de plainte pénale expose la suite des actes à accomplir, depuis l’alerte donnée à l’établissement teneur du compte jusqu’au dépôt de la plainte.

Le versement est le moment où tout se décide. Notre rédaction a interrogé Maître Goce Novakov, avocat dont le barreau est celui de Paris, sur ce qu’une personne peut encore obtenir lorsque les fonds ont été adressés à un établissement qui n’a ni agrément ni registre. Son entretien est filmé ci-dessous :

Un nom déposé en avril 2025, des images de 2021

Le registre public du domaine situe l’affaire à une autre échelle. orbisbank.org a été enregistré le 21 avril 2025 à 16 h 18 UTC, pour une échéance au 21 avril 2027, et la dernière modification de la fiche date du 12 août 2026. Le bureau d’enregistrement est GoDaddy, la résolution est assurée par deux serveurs de noms de Cloudflare, et l’identité du titulaire reste protégée par un service de confidentialité, ce qui est courant sur les noms récents mais prive le dossier de tout point d’accroche nominatif. Quatre verrous d’exploitation figurent sur la fiche : transfert, mise à jour, renouvellement et suppression proscrits au titulaire.

La même fiche ne comporte aucune donnée d’entreprise, aucune adresse de titulaire, aucun numéro de registre du commerce. C’est exactement ce que la FINMA relève le 22 octobre 2026, et c’est aussi ce qui rend la chronologie instructive. Le certificat de chiffrement en cours a été délivré le 6 octobre 2026 par Google Trust Services, pour une validité de trois mois couvrant le nom et son joker. Un certificat neuf n’est pas un signe de solidité : il indique seulement qu’un serveur a renouvelé son joker à la date prévue.

Le dossier des images raconte autre chose. Les fichiers servis par le site sont rangés dans des dossiers datés : le logo dans un répertoire de novembre 2021, les visuels d’agence et d’enveloppe dans un répertoire de janvier 2024, un portrait dans un répertoire de janvier 2026. Une installation neuve, montée en avril 2025, ne contient pas de médias antérieurs de trois ans et demi à sa création, sauf si la base a été copiée d’un site plus ancien, puis rebaptisée. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Aucune mention légale, aucune autorisation affichée

Il faut chercher longtemps pour trouver une trace d’existence juridique, et la recherche se termine sans résultat. Le pied de page se limite à un menu, à la mention « Copyright © 2025 » et à un lien vers la politique de confidentialité. Aucune page de mentions légales, aucun numéro d’immatriculation, aucun nom de société, aucune autorité de tutelle citée, aucune clause de risque. Pour une entité qui se dit banque et propose des fonds d’investissement, l’absence de ces six éléments est le fait le plus parlant du site, plus encore que ses promesses.

La politique de confidentialité, elle, est un texte générique de plateforme de blogs, resté tel quel. On y lit les règles applicables aux commentaires des visiteurs, l’adresse de Gravatar pour les avatars, la durée des témoins de connexion d’un espace d’administration, et l’avertissement sur les données de géolocalisation contenues dans les images téléversées. Rien sur la conservation des pièces d’identité, rien sur la provenance des fonds, rien sur un responsable de traitement. Une banque qui ouvrirait des comptes à distance publierait l’inverse, et le publierait avant d’accepter le premier virement.

Deux coordonnées seulement sont fournies : une rue de Zurich et un numéro mobile suisse, présenté comme la ligne des conseillers. L’adresse électronique, masquée dans le code de la page par le dispositif anti-robots de Cloudflare, se décode en une boîte au nom de « legal », ce qui est un choix curieux pour une institution qui ne publie aucun document juridique. Le portail client se réduit à un formulaire d’identification standard, et le bulletin d’inscription demande le nom, le prénom, un identifiant, la qualité de personne physique ou morale, un courriel et un téléphone, sans une seule pièce justificative.

Une plateforme indépendante d’évaluation de sites commerciaux consacre par ailleurs à ce domaine cette évaluation publique, dont la note porte sur le comportement du site et non sur l’existence d’un agrément. Un score, quel qu’il soit, ne remplace jamais la vérification d’une autorisation auprès de l’autorité du pays de rattachement.

Le menu « SOLICITAR CERTIFICADO » achève de trahir le gabarit : certificat d’existence, certificat fiscal, attestation de situation régulière, certificat de retenues étrangères. Ce vocabulaire administratif vient de la banque de détail latino-américaine, pas d’un établissement suisse, et il est là pour rassurer un client habitué à ces documents. Nous avons décrit un procédé comparable chez Valora Financial Bank, dont le code source était public sur une plateforme de développement.

Le nom d’une autre banque est resté dans la copie

Le remplacement de l’enseigne a été fait à la main, et il n’a pas été terminé. Les fonds d’investissement s’appellent encore « Fondo de Inversión Colectiva Abierto Banco Central PLAZO 30 », « Banco Central digital » et « Banco Central AM Estrategia Balanceado Global ». La page des transferts invite le client à créditer « tu cuenta Banco Central ». Sur l’accueil, un paragraphe entier conserve une seconde formulation, « Banco Central Custodio ofrece servicios », immédiatement après le même paragraphe attribué, lui, à Orbis Bank.

Un autre passage n’a pas été retouché du tout. Sous l’intitulé « Cooperación Internacional », le site reproduit un développement consacré à l’action de coopération internationale de la Banque d’Espagne, décrivant ses objectifs de stabilité monétaire et financière, ses échanges d’experts et ses projets de coopération technique. Le texte parle d’une banque centrale européenne à la troisième personne, dans une page censée décrire l’activité d’une société privée installée à Zurich. Il n’a visiblement pas été relu avant publication.

Ces résidus disent ce que le reste du site ne dit pas : la base de départ est la copie d’une institution financière existante, dont les textes, les noms de produits et jusqu’aux tableaux de chiffres ont été repris. La page « Quiénes somos » publie ainsi un encadré intitulé « los inversores de Ceresio en cifras », avec 213 millions de francs suisses, un ratio d’équité de 42,7 pour cent, 9 milliards d’actifs sous gestion et 171 salariés. Ces chiffres ne décrivent pas Orbis Bank : ils décrivent une autre maison, et ils ont été laissés en place avec leur titre d’origine.

Une vitrine de crédit se juge sur ce qu’elle peut prouver, et non sur ce qu’elle affiche. Ici, la preuve la plus solide ne vient pas du site mais du régulateur : une inscription sur la liste d’alerte suisse le 22 octobre 2026, pour un nom absent du registre du commerce, sur une page qui revendique la banque centrale comme maison mère. Les victimes de ce type de montage ont presque toujours envoyé des fonds par virement, parfois en plusieurs fois, vers un compte dont le titulaire ne correspond pas au bénéficiaire annoncé, et elles ont découvert l’ampleur du mensonge au moment du premier retrait refusé.

Notre évaluation préalable de ce dossier conclut donc à une façade financière sans entité juridique derrière elle. Les personnes qui ont ouvert un compte sur orbisbank.org, envoyé des fonds pour un produit « PLAZO 30 » ou réglé des frais de déblocage doivent considérer chaque pièce comme une preuve à conserver, et chaque jour de retard comme une perte de chance sur le rappel des fonds.

Trois vérifications avant de verser de l’argent

Orbisbank.org est-elle une banque autorisée en Suisse ?

Non. La FINMA a publié le 22 octobre 2026 une entrée au nom de « Orbisbank / orbisbank.org » sur sa liste d’alerte, avec la qualification « Sans inscription au registre du commerce ». Le site ne présente aucun numéro d’autorisation, aucune raison sociale, aucune adresse de société : seulement une rue de Zurich et un numéro mobile. Une banque suisse figure au registre du commerce et détient une autorisation délivrée par l’autorité de surveillance, deux éléments qui se vérifient publiquement et que cette vitrine ne fournit pas.

Pourquoi le site parle-t-il de la banque centrale suisse comme de sa maison mère ?

Parce que la référence impressionne, et parce qu’aucun document ne la soutient. La page de présentation affirme exercer depuis Zurich « à travers notre maison mère, Banco Central de Suiza ». Une banque centrale n’a pas de filiale de détail, ne détient pas de participation dans une banque commerciale et ne commercialise aucun produit d’épargne. La mention d’un institut d’émission en qualité d’actionnaire est en soi un signal : elle ne se rencontre dans aucun organigramme bancaire réel.

L’argent est déjà parti : quelles pièces rassembler en premier ?

Réunir d’abord l’ordre de paiement exécuté, les relevés de la période, les courriels d’ouverture de compte et les échanges avec le conseiller, puis réclamer par écrit le rappel des sommes à l’établissement qui tient le compte, en précisant que le bénéficiaire annoncé n’est pas le titulaire. Une déclaration de fraude auprès du service compétent et une plainte auprès du procureur complètent le dossier. La rapidité de la demande bancaire est déterminante : c’est elle qui permet, parfois, de bloquer les fonds avant leur transfert vers un autre établissement.

Vous avez versé des fonds à Orbisbank.org ?

Décrivez-nous votre situation : nos juristes examinent les pièces en votre possession, vérifient ce que la banque réceptrice pouvait contrôler et vous indiquent ce qui reste envisageable, tant pour une restitution que pour une plainte.

Contactez notre service d’aide aux victimes

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