Sommaire
- Le numéro suisse d’une société réelle sur un domaine déposé en octobre 2025
- Trois repères du registre recopiés, un exploitant qui ne l’est pas
- Sa page de contact tombe sur un écran anti-hameçonnage
- Sept écarts entre la boutique décrite et le portail vendu
- Un but statutaire n’est pas une autorisation
- Après un virement vers woodman-asset.com : les pièces à ne pas perdre
- Vos questions sur woodman-asset.com
Le numéro suisse d’une société réelle sur un domaine déposé en octobre 2025
Deux dates suffisent à cadrer le dossier : la société dont woodman-asset.com revendique l’identité est inscrite au registre du commerce suisse depuis 2010, tandis que le nom de domaine qui porte cette revendication a été enregistré le 7 octobre 2025 à 13 h 46 UTC.
La page « Regulation » de la vitrine aligne trois identifiants : le numéro d’identification CHE-239.257.048, le code LEI 549300LYWWMYVKM1VN72 et l’adresse Klausstrasse 33, 8008 Zürich. Les trois appartiennent à la même fiche, celle de Woodman Asset Management AG, restituée par l’index central des raisons de commerce avec le statut « EXISTIEREND ». L’identifiant d’entreprise et le code de place financière ne sont donc pas des inventions : ce sont ceux d’une maison de gestion zurichoise en activité, fondée en 2010, dont le site est woodman.ch.
Il faut le dire sans détour, car c’est le point que les victimes doivent comprendre avant tout le reste : la société zurichoise n’est pour rien dans cette vitrine. Elle est elle-même visée par l’emprunt de son identité, et l’écart entre les deux maisons se lit dans les canaux de contact autant que dans les dates. La vitrine, elle, se présente comme un établissement « legally registered in Switzerland » et facture son audience en anglais uniquement.
Un second fait, plus récent, achève de qualifier le dossier : au moment de nos vérifications, la page « Contact us » du domaine ne renvoyait plus la page de contact mais un écran d’avertissement de Cloudflare intitulé « Suspected Phishing ». Nous y revenons plus bas, avec ce que cet écran implique pour une personne qui a déjà écrit à l’adresse publiée.
Dernière mise à jour : 19/10/2026
📄 Vue de la page
Voici la page que servait woodman-asset.com le 19 octobre 2026, mise à disposition gratuitement par BrokerDefense. On y retrouve la formule d’accroche « We Dont follow markets. We command them », les quatre services annoncés et la répartition d’actifs affichée en pourcentages fixes.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Trois repères du registre recopiés, un exploitant qui ne l’est pas
La fiche suisse ne se résume pas à un numéro. Elle porte une forme juridique, un siège et un objet social, et c’est leur combinaison qui rend la comparaison utile.
Woodman Asset Management AG est une société anonyme de Zurich, dont l’identifiant de registre cantonal est CH-170-3035470-0 et dont l’objet statutaire, rédigé en allemand, décrit des prestations de gestion et de conseil en fortune fournies « überwiegend an professionelle und institutionelle Kunden », y compris l’activité de gérante de patrimoines collectifs. La vitrine, elle, s’adresse au particulier : elle ouvre un formulaire d’inscription, propose quatre services grand public et renvoie vers un portail où l’on choisit un pays de résidence parmi plus de deux cents entrées.
Le registre permet aussi de dater. Une publication du 24 juin 2026 porte radiation de la succursale genevoise de la maison zurichoise, identifiée CHE-134.523.331, tandis que la succursale de Lugano subsiste. Or le texte de présentation de woodman-asset.com affirme que la société est « now based in Geneva and Lugano » : la copie s’est arrêtée sur une géographie que le registre a déjà corrigée.
Reste le point le plus simple à vérifier pour un lecteur : la maison d’origine publie son propre site, woodman.ch, servi depuis une adresse d’hébergement distincte et portant d’autres coordonnées. La vitrine qui nous occupe, elle, n’offre qu’une adresse électronique, [email protected], et un numéro suisse dont les six derniers chiffres sont remplacés par des astérisques, seuls l’indicatif et quatre caractères restant lisibles. Deux jeux de canaux pour une seule identité : c’est là que se joue la tromperie.
Ce procédé n’est pas isolé. Il rejoint notre dossier sur Montaris, publié le même jour, où les références d’une société suisse inscrite servaient déjà de décor à une vitrine neuve, et il présente la même mécanique que la copie Tempstone, qui avait gardé jusqu’aux liens du site recopié.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Sa page de contact tombe sur un écran anti-hameçonnage
Le 19 octobre 2026, l’adresse /en/contact-us ne rend pas la page attendue. Le document reçu porte le titre « Suspected Phishing | Cloudflare » et se présente comme un avertissement de sécurité du réseau de diffusion, non comme une page de la maison de gestion. Les autres pages du site, elles, répondaient normalement à la même heure : accueil, régulation, mentions légales, types de comptes, portefeuilles analytiques, questions fréquentes.
Il ne s’agit donc pas d’une panne, ni d’un filtrage général : c’est la page qui collecte les coordonnées du visiteur qui est signalée. Une personne qui a cliqué sur « Contact us » pour demander un rappel, signaler un problème de retrait ou transmettre une pièce d’identité est arrêtée par un écran d’avertissement, et rien dans ce que publie le site n’explique ce signalement.
Ce détail technique prend son sens avec le reste du dossier. Un intermédiaire qui se réclamerait d’une autorité de surveillance suisse n’aurait aucune raison d’être signalé par un dispositif anti-hameçonnage sur sa propre page de contact, ni de masquer son numéro de téléphone, ni de publier un code d’indexation interdisant aux moteurs de recherche de référencer ses pages. La vitrine cumule les trois.
Nous avons soumis le nom à une évaluation publique : le rapport consultable affiche un indice de confiance de 35 %, avec la mention d’un score faible. Un tel relevé ne vaut pas enquête ; il atteste en revanche qu’un signalement public existe en dehors de nos propres constats, et qu’il est antérieur à la publication de cet article. La fiche consultable ici le rend vérifiable par quiconque.
Sept écarts entre la boutique décrite et le portail vendu
La vitrine raconte une maison de gestion patrimoniale. Les documents qu’elle met en téléchargement racontent une autre activité, et c’est cette contradiction qui structure le dossier.
Premier écart : les conditions générales. Le fichier proposé au téléchargement compte 82 pages et décrit un contrat de courtage sur instruments à effet de levier. On y lit les clauses sur les appels de marge, sur la liquidation des positions lorsque le niveau de liquidation est atteint, sur la possibilité de modifier les spreads et de transférer le client vers un autre flux de prix, sur le consentement au trading de gré à gré, ainsi qu’une annexe consacrée aux contrats de paris financiers à échéance, dits spread bets. Un gérant de fortune zurichois qui conseille des clients institutionnels ne tient pas un livre de paris financiers.
Deuxième écart : le nom inscrit dans ce contrat. L’article premier désigne « Woodman Company Asset Management AG », une dénomination qui n’existe nulle part au registre, alors que le reste du document et la vitrine utilisent « Woodman Asset Management AG ». La substitution d’un mot trahit le copier-coller d’un contrat pris ailleurs.
Troisième écart : le portail. Les boutons « Log In » et « Learn more » ne mènent pas au domaine consulté mais à user.woodman-asset.org, un nom distinct, doté de son propre certificat et de sa propre adresse de diffusion. La vitrine et l’espace client ne partagent donc pas le même nom.
Quatrième écart : le contenu de cet espace client. Une fois la page chargée, le menu propose Verification, Finance, Trading, Analytical, My tickets, IPO, IPO calendar, IPO calculator et My IPOs. Un gérant de fortune ne classe pas ses clients par « tickets » ni ne leur propose un calculateur d’introduction en bourse.
Cinquième écart : l’inscription. À l’ouverture de compte, le site se contente d’une identité déclarative, de deux champs de nom, d’une boîte de réception et d’un mot de passe saisi deux fois, le tout derrière un contrôle anti-robot. Aucune pièce d’identité, aucune justification de l’origine des fonds, aucune question sur l’expérience de l’investisseur : trois éléments qu’un établissement soumis aux obligations de lutte contre le blanchiment recueille avant l’ouverture, et que la vitrine elle-même revendique appliquer dans sa page « Regulation ».
Sixième écart : les langues. La vitrine ne s’affiche qu’en anglais. L’espace client, lui, propose huit langues, dont le russe et l’arabe, ce qui ne correspond ni au siège annoncé ni à la clientèle décrite.
Septième écart : la revue de presse. La page « What They Write About Us » présente trois articles, dont un texte annonçant une introduction en bourse et un autre évoquant une acquisition par Berkshire Hathaway. Les liens « Open original » renvoient vers deux domaines qui imitent des titres de presse économique, dont une adresse construite sur le modèle d’un quotidien financier connu. Aucun de ces textes n’est daté d’une rédaction identifiable, et la page qui les héberge est fermée au référencement.
À ces sept points s’ajoutent des chiffres qui ne tiennent pas ensemble. La page d’accueil annonce 3,5 milliards de francs d’encours, 800 salariés répartis dans cinq bureaux et 85 milliards d’euros de produits structurés. La page de présentation parle de plus de 700 000 investisseurs particuliers et de 40 milliards de dollars d’actifs, après avoir indiqué 25 000 clients actifs en 2021. Entre 3,5 et 40 milliards, il n’y a pas une nuance de croissance : il y a deux maisons différentes racontées sur deux pages du même site.
Un but statutaire n’est pas une autorisation
La vitrine ne se contente pas d’emprunter une identité : elle revendique une surveillance. Sa page « Regulation » affirme que la société est « supervised by the Swiss Financial Market Supervisory Authority (FINMA) » et renvoie le lecteur vers une vérification présentée comme officielle.
Le renvoi mérite d’être cité tel qu’il est écrit. Une première mention invite à consulter « our registration under entry no. 3 on the last page of the official FINMA report ». Une seconde, quelques paragraphes plus bas, situe la même inscription « under entry no. 16 on page 8 of the official FINMA report ». Deux renvois incompatibles vers un document qui n’est pas publié par l’autorité sous cette forme, et aucun numéro d’autorisation, aucune référence de décision, aucune date d’agrément.
Or ce que le registre du commerce atteste, c’est une inscription, pas une permission d’exercer. La fiche de Woodman Asset Management AG décrit un objet statutaire ; elle ne dit rien de l’autorisation de la société réelle, et moins encore de celle d’un domaine déposé en 2025. Le registre des raisons de commerce n’est pas le registre des agréments, et confondre les deux est précisément le ressort de cette famille de dossiers.
La page se contredit d’ailleurs elle-même, en deux endroits éloignés de quelques paragraphes. Elle affirme d’abord que les fonds de la clientèle sont protégés par des mécanismes d’indemnisation allant jusqu’à 100 000 francs suisses ou 20 000 euros selon les actifs, puis écrit noir sur blanc que la société « is not a member of any state-backed depositor or investor compensation scheme ». Les deux phrases ne peuvent pas être vraies ensemble.
Le lecteur francophone dispose de deux points de contrôle publics : la page où la FINMA publie ses avertissements, et les documents où l’Autorité des marchés financiers recense les acteurs qui ne disposent d’aucune autorisation pour proposer des placements. La liste des pièces qu’un enquêteur attend, elle, figure sur cette page dédiée à la plainte.
Après un virement vers woodman-asset.com : les pièces à ne pas perdre
Les personnes qui nous écrivent après avoir versé des fonds à ce type de plateforme ont presque toujours le même profil : un premier dépôt modeste, un retrait qui fonctionne, puis une demande de montant plus élevé et une somme qui ne revient plus. L’espace client ajoute alors une étape : des frais de déblocage, une taxe à régler avant le virement, ou une vérification de compte payante.
La première chose à faire n’est pas d’écrire de nouveau à [email protected], mais de figer ce qui existe déjà. Trois éléments pèsent davantage que le reste : le formulaire de virement remis à votre banque, avec le nom du bénéficiaire et l’identifiant du compte destinataire ; les courriels reçus de l’adresse du site, en-têtes compris ; et les captures des écrans du portail user.woodman-asset.org, notamment la page Finance où s’affiche le solde et la page My tickets où figurent les échanges avec l’interlocuteur.
La deuxième étape est bancaire et se joue en jours, pas en semaines. Un virement SEPA peut encore être rappelé par la banque émettrice lorsqu’il vient d’être exécuté, et une déclaration de fraude permet parfois de bloquer le compte de destination. Plus le signalement est précoce, plus la chance existe de récupérer une partie des fonds. Le numéro de dossier de votre banque et la référence du virement doivent être conservés avec le reste.
La troisième étape est judiciaire. Une plainte pour escroquerie, déposée auprès du commissariat ou du procureur compétent, se nourrit de ces pièces : sans elles, l’enquête part d’une déclaration isolée. C’est la raison pour laquelle nous demandons aux personnes concernées de ne rien supprimer, y compris les messages qui paraissent anodins, comme les relances commerciales ou les invitations à un webinaire.
Interrogé sur les recours qu’une personne abusée par un faux gestionnaire peut encore exercer contre sa banque, Maître Goce Novakov, avocat du barreau de Paris, a répondu devant notre caméra. La séquence suit.
Vos questions sur woodman-asset.com
Aucune pièce ne le démontre, et le dossier suisse dit plutôt l’inverse. La fiche du registre décrit une société anonyme de Zurich dont l’objet est la gestion de fortune pour une clientèle professionnelle et institutionnelle, tandis que le domaine a été déposé en octobre 2025, s’adresse au particulier en anglais et renvoie à un portail de trading hébergé sur un autre nom. La maison d’origine publie ses propres coordonnées sur woodman.ch : ce sont elles qu’il faut comparer à celles de la vitrine avant tout versement.
Non. Un numéro d’identification d’entreprise atteste une inscription au registre du commerce, pas une permission d’exercer une activité financière. L’autorisation relève d’une autorité de surveillance, qui publie ses décisions et ses avertissements de son côté. Une vitrine qui cite un numéro de registre sans numéro d’agrément, et qui renvoie à une page de rapport introuvable, ne documente donc aucune autorisation.
Parfois, à condition d’agir vite. La banque émettrice peut tenter un rappel de fonds si le virement vient d’être exécuté, et un signalement pour fraude permet de demander le blocage du compte destinataire. Le délai se compte en heures et en jours. Conservez l’ordre de virement, l’identifiant du bénéficiaire et les courriels reçus de [email protected] : ce sont ces pièces que la banque et l’enquêteur réclameront en premier.
Woodman-asset.com n’est pas une maison de gestion approximative : c’est une façade posée sur l’identité d’une société qui existe, avec un contrat de courtage à effet de levier caché dans ses annexes et un formulaire d’inscription hébergé ailleurs. Les personnes qui y ont laissé des fonds ont en général répondu à une sollicitation écrite, puis suivi un parcours d’ouverture de compte qui ressemblait à celui d’un courtier ordinaire.
Avant de verser quoi que ce soit, faites évaluer la proposition par BrokerDefense : nous comparons l’identité affichée aux registres consulaires, le contenu aux sites des maisons citées, et les coordonnées à celles que ces maisons publient réellement. Ce contrôle préalable coûte moins qu’un dossier pénal ouvert contre une adresse déjà abandonnée.
Vous avez traité avec woodman-asset.com ?
Un virement passé depuis votre compte, un courriel de [email protected] ou une capture du portail user.woodman-asset.org se conservent et se datent. Notre équipe relit ces pièces avant qu’une démarche soit engagée.


