Ostrumam.com arnaque : le nom repris pour Ostrum, signalé par l’AMF

Signalé au régulateur sous le libellé Usurpation treize jours après sa mise en service

Le 10 novembre 2021, soit treize jours seulement après l’enregistrement du nom ostrumam.com daté du 28 octobre 2021, l’Autorité des marchés financiers inscrivait ce nom dans son fichier des mises en garde sous le libellé « Usurpation ». Cet écart infime établit que la nature frauduleuse de la démarche avait été identifiée avant même que la vitrine ait pu prétendre à la moindre ancienneté : les opérateurs n’avaient pas eu le temps de construire une façade crédible que le signalement officiel était déjà consigné.

Au 26 septembre 2026, les deux adresses associées au nom, 165.160.13.20 et 165.160.15.20, rattachées à Corporation Service Company dans le Delaware, acceptent une connexion sur le port 80 sans renvoyer aucune réponse. Le port 443, celui des connexions sécurisées, reste totalement muet : aucune poignée de main sécurisée n’est possible, donc aucun certificat n’est présenté. Les variantes www, mail et webmail sont dans le même état ; les adresses acceptent le contact et n’envoient rien en retour.

Le nom reste pourtant enregistré, avec une échéance fixée au 28 octobre 2026, soit cinq ans après sa création. Le titulaire demeure masqué ; le bureau d’enregistrement CSC Corporate Domains maintient le statut « client transfer prohibited », ce qui bloque tout transfert du nom vers un autre registraire. Un mouvement a encore été consigné le 24 octobre 2025, signe que le nom n’a pas été abandonné sans suivi.

Pour ce nom, la seule pièce encore interrogeable reste la fiche WHOIS complète sur DomainTools.

Dernière mise à jour : 26/09/2026

Le nom repris : la société de gestion Ostrum Asset Management

L’article publié le 23 novembre 2021 avait établi que la vitrine ostrumam.com exploitait sans droit l’identité d’Ostrum Asset Management, société de gestion française, pour accorder à une plateforme d’investissement fictive une apparence de légitimité. La dénomination sociale, le positionnement institutionnel et la réputation de la société réelle servaient de caution à une opération qui n’entretenait aucun lien avec elle.

Au 26 septembre 2026, le site officiel de la société, accessible à l’adresse ostrum.com, répond et s’intitule « Accueil | Ostrum Asset Management ». La société de gestion poursuit son activité dans un cadre distinct, sans rapport avec l’exploitation qui a été faite de son nom par les créateurs de la vitrine frauduleuse.

Le schéma d’usurpation appliqué à cette marque ne s’est pas limité à ostrumam.com. Un autre dossier BrokerDefense de 2021 documente une démarche identique conduite sous un nom différent : ostrumgroup.com, où la même stratégie d’investissement fictif était servie en empruntant une autre déclinaison de la même marque. La même période a également vu d’autres gestionnaires français visés par des procédés comparables, comme le montre le dossier consacré à sicav-patrimoine.com, où l’identité d’une société de gestion parisienne avait été reprise sous un nom de domaine distinct.

Un espace client fictif et des conseillers supposés joignables par courriel

La vitrine ostrumam.com, telle que l’article de 2021 l’avait documentée, proposait aux visiteurs de joindre des interlocuteurs présentés comme des conseillers d’Ostrum Asset Management, d’accéder à un espace client privé et de correspondre par courriel avec ces prétendus représentants. Aucun lien hypertexte ne renvoyait vers le site officiel de la société dont le nom était utilisé, ce qui aurait suffi à révéler immédiatement l’imposture.

Un élément technique rendait le montage particulièrement fragile à l’examen : au moment où la campagne a été conduite, le nom ostrumam.com n’avait que dix-neuf jours d’existence. Une société de gestion présentée comme établie et reconnue ne peut pas reposer sur un nom de domaine enregistré moins de trois semaines auparavant. Cette incongruité, visible dès la vérification élémentaire des données d’enregistrement, aurait dû alerter toute personne démarchée.

La construction d’un espace client visait à reproduire les codes des plateformes légitimes et à entretenir l’illusion auprès des personnes démarchées. C’est ce même espace qui prolongeait la relation et différait le moment où la victime cherchait à récupérer ses fonds.

Un nom toujours enregistré jusqu’au 28 octobre 2026, un serveur redevenu muet

Les données d’enregistrement relevées le 26 septembre 2026 montrent un nom maintenu jusqu’à son échéance du 28 octobre 2026 par le bureau CSC Corporate Domains, avec les serveurs de noms dns1.cscdns.net et dns2.cscdns.net. Le statut « client transfer prohibited » empêche tout transfert sortant. Le titulaire reste masqué derrière la protection offerte par Corporation Service Company, et la messagerie déclarée pour le nom est custmx.cscdns.net. Le dernier mouvement technique consigné remonte au 24 octobre 2025.

Les journaux publics de certificats conservent des entrées couvrant ostrumam.com et plusieurs sous-domaines : www, mail, webdisk, webmail, cpanel, cpcalendars et myaccount. La présence combinée de ces sous-domaines, notamment cpanel, cpcalendars et webdisk, correspond au profil d’une offre d’hébergement mutualisé standard, sur laquelle plusieurs services peuvent être déployés depuis une interface de gestion commune.

Les copies publiques conservées du nom complètent l’historique. La plus ancienne remonte à août 2018 et annonçait que le nom était proposé à l’achat : ostrumam.com a donc eu une existence antérieure à l’enregistrement d’octobre 2021, sans lien établi avec la campagne frauduleuse. Les copies de 2022 et de 2024 ne restituent aucun contenu exploitable.

Notre relevé du 26 septembre 2026 confirme que la ligne sous le libellé « Usurpation » figure toujours au fichier des mises en garde tenu par l’AMF. Notre analyse n’a trouvé aucune entrée correspondante sur la liste publiée par la CySEC, et aucune société portant ce nom n’apparaît au registre des sociétés du Royaume-Uni. Ces constats permettent d’établir que la vitrine n’était adossée à aucun agrément régulier dans les périmètres vérifiés ; ils ne permettent pas de déterminer depuis quel territoire les opérateurs agissaient.

Ce qu’une victime de 2021 peut encore porter devant un juge

Pour les personnes qui ont passé des ordres de virement en 2021, le silence de la vitrine ne supprime aucun recours. Les ordres de paiement conservés restent des pièces traçables : la banque qui a exécuté le virement est soumise à des obligations de vigilance, et sa responsabilité peut être engagée si ces obligations n’ont pas été respectées lors du traitement de l’opération.

Les échanges de courriels avec les prétendus conseillers, les captures de l’espace client et les confirmations de virement constituent un faisceau de preuves utilisable dans le cadre d’une procédure civile ou pénale. Ces pièces doivent être conservées dans leur format d’origine, horodatage inclus, sans modification.

Le délai de prescription court à compter du moment où la victime a été en mesure de constater le préjudice, ce qui peut être distinct de la date du virement initial. Une évaluation de la situation par un professionnel du droit reste donc pertinente, même plusieurs années après les faits.

Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate exerçant à Paris au barreau, revient dans l’entretien suivant sur une décision de justice qui a contraint une banque à rembourser intégralement des victimes d’un placement fictif, illustrant concrètement les conditions dans lesquelles la responsabilité bancaire peut être reconnue.

Les pièces à garder quand la sollicitation venait d’une adresse de courriel

Les personnes démarchées par ostrumam.com en 2021 l’ont été principalement par courriel et via l’espace client de la vitrine. Les messages reçus à l’époque, qu’ils proviennent d’adresses rattachées au nom ostrumam.com ou d’adresses tierces utilisées par les mêmes interlocuteurs, constituent des pièces directement exploitables pour identifier les canaux de communication utilisés par les opérateurs.

Les captures réalisées sur l’espace client privé, si elles ont été conservées, montrent la nature des informations affichées : soldes fictifs, relevés de performance, confirmations de souscription. Ces éléments documentent le mécanisme de la tromperie et peuvent être produits à l’appui d’une plainte.

Les ordres de virement exécutés au profit de comptes désignés par les faux conseillers sont des pièces bancaires formelles. Réunies avec les échanges de courriels et les captures d’écran, elles forment un dossier cohérent. Pour comprendre comment structurer ce dossier et engager une procédure pénale, la page consacrée au dépôt de plainte et à la procédure pénale détaille les étapes à suivre.

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Les questions encore posées sur ce nom

Le site ostrumam.com était-il bien lié à la société Ostrum Asset Management ?

Non. Ostrum Asset Management est une société de gestion française dont le site officiel est accessible à l’adresse ostrum.com. La vitrine ostrumam.com a utilisé son nom sans aucun lien avec elle, comme l’a établi la mise en garde publiée par l’AMF sous le libellé « Usurpation » dès le 10 novembre 2021.

Peut-on encore récupérer des fonds versés sur ostrumam.com en 2021 ?

L’arrêt de la vitrine ne ferme pas à elle seule les recours. Les voies civile et pénale restent ouvertes selon les pièces conservées : courriels des faux conseillers, captures de l’espace client, ordres de virement. La banque qui a reçu ces virements peut aussi voir sa responsabilité examinée. Une évaluation du dossier par BrokerDefense permet d’identifier les démarches pertinentes.

Pourquoi le nom ostrumam.com est-il toujours enregistré si le site ne répond plus ?

Le nom est maintenu par le bureau d’enregistrement CSC Corporate Domains jusqu’au 28 octobre 2026, avec un statut qui bloque tout transfert sortant. Le titulaire reste masqué. Un nom peut rester enregistré sans que le serveur associé délivre le moindre contenu : les adresses acceptent la connexion sur le port 80 mais ne renvoient aucune réponse, et le port sécurisé reste muet.

Ostrumam.com illustre une mécanique d’usurpation rapide : un nom enregistré le 28 octobre 2021, une identité institutionnelle empruntée, un espace client fictif et des courriels de faux conseillers. Les personnes démarchées par ce canal en 2021 disposent encore, selon les pièces qu’elles ont conservées, de leviers pour faire valoir leurs droits devant les juridictions compétentes. BrokerDefense propose une première analyse du dossier pour déterminer quelles démarches restent accessibles au regard des éléments disponibles.

Article réécrit le 26/09/2026

1 Comment

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