liberbk-fr.com arnaque : la fausse Liberbank ne laisse plus aucune trace

Dénoncé par BrokerDefense le 12 octobre 2021 pour avoir usurpé l’identité de la banque espagnole Liberbank, le nom liberbk-fr.com n’existe plus dans le système de noms de domaine, et la base Verisign ne recense plus aucune fiche le concernant. Ce constat, établi lors de nos vérifications du 31 août 2026, clôt le chapitre opérationnel d’une arnaque qui avait pourtant été conçue avec soin : un nom de domaine enregistré quelques semaines avant le début du démarchage, des adresses de courriel fabriquées pour ressembler à celles d’un établissement bancaire reconnu, et un faux conseiller armé d’une carte de visite numérique soignée.

L’enquête publiée à l’époque avait mis en lumière un mécanisme simple mais efficace : emprunter la notoriété d’une vraie banque pour capter la confiance d’épargnants français, puis leur proposer des placements fictifs par voie électronique. Le nom liberbk-fr.com n’avait pas servi à construire un site élaboré ; il avait servi à fabriquer des adresses de courriel suffisamment crédibles pour que la cible hésite avant de raccrocher. C’est cette mécanique, et ses traces documentées, que retrace la présente mise à jour.

Les développements qui suivent reprennent l’ensemble des éléments vérifiables : l’état actuel du nom et de sa variante orthographique, l’historique des captures d’archives, le contenu de l’offre frauduleuse, le profil du faux conseiller et les démarches accessibles aux personnes qui auraient répondu à ces sollicitations.

liberbk-fr.com et liberk-fr.com : les deux orthographes absentes de la base du registre

Lorsque BrokerDefense publie son enquête le 12 octobre 2021, le nom liberbk-fr.com avait été enregistré environ deux semaines plus tôt, vraisemblablement à la toute fin du mois de septembre 2021. Le calendrier est significatif : la rapidité entre l’enregistrement et le début du démarchage indique que le dispositif avait été préparé en amont, le nom de domaine n’étant qu’un outil parmi d’autres, acquis au dernier moment pour donner une apparence d’institutionnalisme aux courriels envoyés.

Le mode opératoire reposait exclusivement sur le canal électronique. Aucun bureau, aucune adresse physique, aucun numéro de téléphone vérifié : tout le contact passait par des courriels dont l’expéditeur affichait une adresse se terminant par @liberbk-fr.com. Cette construction permettait à l’escroc de se présenter comme un employé d’un établissement financier disposant d’un nom de domaine propre, sans avoir à maintenir la moindre infrastructure visible.

Nos vérifications du 31 août 2026 confirment que le nom ne résout plus : ni le nom nu liberbk-fr.com ni sa forme préfixée www ne répondent à une requête de résolution. La base du registre des .com ne recense plus aucune fiche pour ce nom. La même situation s’applique à la variante orthographique liberk-fr.com (sans le « b »), mentionnée dans nos dossiers comme une orthographe alternative susceptible d’avoir été exploitée dans le même contexte : elle non plus ne résout plus, et plus aucune trace d’enregistrement n’y est attachée dans la base Verisign. Aucun certificat SSL n’apparaît dans les journaux de transparence pour l’un ou l’autre de ces noms, ce qui confirme qu’ils n’ont jamais supporté de connexion sécurisée.

Pour vérifier si une offre ou un acteur est signalé par les autorités, le public peut consulter l’espace épargnants de l’AMF.

Dernière mise à jour : 31/08/2026

Des pages d’attente Namecheap pour seule vitrine

Les archives du web conservent une trace des pages auxquelles liberbk-fr.com a répondu entre octobre 2021 et octobre 2022. Les premières captures remontent au 1er octobre 2021, soit quelques jours seulement après l’enregistrement du nom. Les dernières datent du 7 octobre 2022. L’ensemble de ces captures, sans exception, affiche la même page : la page d’attente par défaut de l’hébergeur Namecheap, accompagnée du message « This domain was recently registered at Namecheap.com. Please check back later! »

Ce constat est révélateur. Il signifie que liberbk-fr.com n’a jamais hébergé de contenu réel, jamais affiché de page d’accueil, jamais présenté de formulaire de souscription ou de grille tarifaire. Le nom de domaine a rempli une fonction unique et précise : servir de suffixe aux adresses de courriel utilisées pour le démarchage. En d’autres termes, l’escroc n’avait besoin que du nom, pas du site. La page d’attente Namecheap visible dans les archives du web n’était pas un accident ; c’était l’état définitif du « site ».

Cette économie de moyens est elle-même un signal d’alarme. Un établissement financier légitime dispose d’un site fonctionnel, accessible, renseigné en permanence. Un nom de domaine qui n’affiche jamais qu’une page d’hébergeur par défaut, pendant toute la durée de son existence, n’est pas le support d’une activité bancaire crédible.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Le « Livret Liberbank Solution », un placement sans fondement

Au cœur du dispositif se trouvait un produit financier présenté sous le nom de « Livret Liberbank Solution ». Le terme « livret » est familier des épargnants français : il évoque immédiatement les produits réglementés comme le Livret A ou le Livret de développement durable, dont le capital est garanti et la disponibilité immédiate. Les escrocs ont délibérément choisi ce vocabulaire pour capter une cible habituée à ce type de placement et rassurée par ses caractéristiques.

Mais le « Livret Liberbank Solution » n’avait aucun fondement : il ne correspondait à aucun produit commercialisé par la vraie Liberbank, n’était adossé à aucun agrément délivré par une autorité de supervision, et n’avait fait l’objet d’aucune déclaration auprès des autorités compétentes pour encadrer la commercialisation de produits d’épargne en France. Le nom de la banque espagnole avait simplement été emprunté pour habiller une promesse de rendement qui ne reposait sur rien.

L’absence de tout site opérationnel, déjà documentée, renforce ce constat. Un produit d’épargne légitime s’accompagne de documents contractuels, de conditions générales, d’une notice d’information réglementaire. Rien de tel n’a jamais été accessible via liberbk-fr.com. La seule réalité du dispositif était le courriel de démarchage et le virement que l’escroc cherchait à déclencher.

Des courriels de démarchage signés d’un faux conseiller

Le personnage mis en scène par l’escroc portait le nom d’« Édouard Gyssin » et s’attribuait deux titres : « Conseiller en gestion de patrimoine. Gérant de fortune. » Cette double qualification visait à asseoir une crédibilité professionnelle. En France, le titre de « gestionnaire de fortune » ou de « conseiller en gestion de patrimoine » est associé à des professionnels réglementés, soumis à des obligations d’enregistrement et de compétence. Accoler ces intitulés à un nom fictif permettait d’imiter l’apparence d’un interlocuteur légitime.

L’adresse figurant dans la signature du faux conseiller était [email protected]. Un lecteur attentif remarquera immédiatement la différence avec le nom du site : le domaine du site était liberbk-fr.com (sans « t »), tandis que la signature portait libertbk-fr.com (avec un « t » parasite entre « liber » et « bk »). Cette faute de frappe, insérée dans la signature électronique d’un prétendu professionnel de la gestion de fortune, n’est pas anodine. Une institution respectable ne laisserait jamais circuler un document officiel comportant une telle incohérence dans son propre nom de domaine. Ce détail, à lui seul, trahissait la précipitation et le manque de relecture d’un contenu fabriqué à la hâte.

Ce type de démarchage électronique ciblant des épargnants francophones n’était pas isolé en octobre 2021. Agkapital, dont l’arnaque avait été documentée la veille par BrokerDefense, recourait au même canal : des courriels non sollicités adressés à des particuliers pour les orienter vers des placements frauduleux, en jouant sur l’apparence de crédibilité que confère une adresse électronique construite autour d’un nom évocateur.

Liberbank, une banque espagnole bien réelle

Liberbank est un établissement bancaire espagnol créé en 2011, dans le contexte de la profonde restructuration du secteur financier espagnol provoquée par la crise économique. Née du rapprochement de plusieurs caisses d’épargne régionales fragilisées par l’éclatement de la bulle immobilière, la banque a exercé une activité réelle en Espagne pendant plusieurs années avant d’être absorbée par un autre groupe bancaire espagnol. Son nom et son histoire sont donc vérifiables, documentés, associés à des entités supervisiées par les autorités espagnoles.

C’est précisément cette réalité que les escrocs ont exploitée. En choisissant d’usurper l’identité d’une vraie banque plutôt que d’inventer un nom de toutes pièces, ils pariaient sur le fait qu’un épargnant français, s’il cherchait à vérifier l’existence de « Liberbank », tomberait sur des références légitimes et en conclurait que l’offre reçue par courriel était elle aussi légitime. Ce calcul cynique a vraisemblablement fonctionné dans certains cas, au moins le temps que la victime transfère des fonds.

Liberbank n’entretient aucun lien avec liberbk-fr.com, avec le faux conseiller Édouard Gyssin, ni avec le « Livret Liberbank Solution ». L’institution a subi un préjudice d’image réel du fait de cette usurpation, et aucune de ses filiales ou représentations n’a jamais proposé de produits de placement à des épargnants français par courriel non sollicité. La même technique d’emprunt d’une marque connue pour tromper des particuliers se retrouve dans d’autres dossiers documentés à la même période : c’est notamment ce qu’illustrent le cas Total Energies, victime d’une usurpation d’identité, dont le nom avait été exploité par des escrocs au cours de la même période avec la même technique d’emprunt d’une marque connue, et le cas extendam.net, un outil d’usurpation d’identité, dénoncé dans la même vague d’octobre 2021 avec un mode opératoire identique.

Victimes de la fausse Liberbank : conserver les preuves et agir

Si vous avez reçu un courriel signé au nom de Liberbank ou d’Édouard Gyssin, ou si vous avez effectué un virement en lien avec le « Livret Liberbank Solution », plusieurs démarches s’offrent à vous, et il est important de les engager sans tarder.

La première étape consiste à rassembler tous les éléments en votre possession. Gardez trace des courriels reçus, en conservant les en-têtes techniques (expéditeur réel, serveur d’envoi, horodatage) et les pièces jointes éventuelles. Si des virements ont été effectués, réunissez les relevés de compte correspondants, les ordres de virement, et toute capture d’écran échangée avec l’escroc. Ces éléments constitueront la base de vos démarches et ne doivent pas être effacés, même si leur contenu est pénible à relire.

La deuxième étape est de contacter votre établissement bancaire pour signaler les virements effectués, demander un éventuel blocage ou rappel de fonds si le virement est récent, et documenter les démarches entreprises. Certaines banques disposent de procédures de signalement de fraude qui peuvent accélérer les choses si le transfert n’a pas encore été définitivement exécuté.

La troisième étape est de déposer plainte auprès des services de police ou de gendarmerie, ou directement auprès du procureur de la République. La plainte doit mentionner précisément les éléments du cas : le courriel signé au nom de Liberbank, les adresses @liberbk-fr.com utilisées, le produit fictif « Livret Liberbank Solution », le nom du faux conseiller et les montants versés. Pour vous accompagner dans cette démarche et comprendre les voies pénales disponibles, consultez la page Le pénal / Porter plainte, qui détaille les procédures applicables aux victimes d’escroquerie financière.

Interrompez tout échange avec les interlocuteurs qui se seraient manifestés dans ce cadre : toute réponse supplémentaire peut être exploitée pour prolonger la manipulation ou tenter d’extorquer de nouveaux versements.

Les victimes d’une usurpation bancaire conservent des recours, y compris lorsque l’établissement dont l’identité a été copiée est étranger : la Cour de cassation et les cours d’appel françaises ont déjà condamné des banques étrangères à indemniser des victimes d’escroquerie, et ce type de décision ouvre des perspectives réelles aux épargnants lésés. Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, présente dans la vidéo ci-dessous les recours possibles ; retrouvez sa présentation sur sa page dédiée.

FAQ : des courriels signés Liberbank, faut-il y répondre ?

Le site liberbk-fr.com existe-t-il encore ?

Non. Nos vérifications du 31 août 2026 confirment que le nom liberbk-fr.com ne résout plus dans le système de noms de domaine, et que la base Verisign ne recense plus aucune fiche le concernant. La variante orthographique liberk-fr.com est dans le même état : elle ne résout plus et plus aucune trace d’enregistrement ne lui est attachée. Aucun certificat SSL n’apparaît non plus dans les journaux de transparence pour l’un ou l’autre de ces noms.

Les courriels signés Liberbank étaient-ils des arnaques ?

Oui. Ces courriels usurpaient l’identité de Liberbank, une banque espagnole réelle créée en 2011, sans aucun lien avec l’offre proposée. Ils étaient signés d’un faux conseiller se présentant sous le nom d’Édouard Gyssin et proposaient un produit fictif baptisé « Livret Liberbank Solution », qui ne correspondait à aucun produit réel ni à aucune autorisation délivrée par une autorité de supervision. La banque espagnole Liberbank n’a jamais eu connaissance de ces sollicitations et n’y est pour rien.

Que faire si l’on a répondu à un courriel signé Liberbank ?

Interrompez tout échange avec les interlocuteurs qui se sont manifestés dans ce cadre. Gardez trace des courriels reçus, des pièces jointes et des relevés de virement correspondants : ces éléments constitueront la base de vos démarches. Contactez votre banque pour signaler les virements éventuels, puis déposez plainte auprès des services de police, de gendarmerie ou du procureur de la République. La page Le pénal / Porter plainte sur BrokerDefense détaille les procédures applicables aux victimes d’escroquerie financière.

L’histoire de liberbk-fr.com illustre un double mouvement caractéristique de ce type de fraude. Dans un premier temps, les escrocs construisent un décor minimal, juste suffisant pour déclencher la confiance d’un épargnant : un nom de domaine acheté en urgence, des adresses de courriel fabriquées à partir de ce nom, un faux conseiller doté de titres ronflants, et le nom d’une vraie banque espagnole empruntée pour habiller le tout. Dans un second temps, une fois le dispositif détecté et documenté, le nom disparaît sans laisser de trace : absent de la base du registre des .com, sans certificat, sans archives de site, comme si rien n’avait existé. Ce double signal, l’usurpation d’une institution réelle puis l’effacement complet du nom, ne doit pas conduire à penser que l’affaire est close pour les personnes qui ont répondu aux courriels signés Liberbank ou versé des fonds en lien avec le prétendu « Livret Liberbank Solution ». Pour elles, les démarches restent ouvertes, et la disparition du nom ne constitue pas un obstacle à une plainte fondée sur les preuves conservées. Avant de répondre à tout courriel proposant un placement financier au nom d’un établissement dont vous n’avez pas sollicité le contact, vérifiez systématiquement l’identité réelle de l’émetteur : un nom de domaine enregistré deux semaines plus tôt, une adresse électronique avec une faute de frappe dans son propre domaine, et l’absence de tout site accessible sont autant d’indices qui, pris ensemble, permettent d’éviter de tomber dans le piège.

Article réécrit le 31/08/2026

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