Sommaire
- Un nom acheté pour signer des courriels, jamais pour bâtir un site
- Trois graphies du même nom, toutes sorties du fichier du .com
- « Édouard Gyssin », un conseiller inventé derrière la signature
- Le « Livret Liberbank Solution », un placement sans agrément
- Une banque espagnole réelle, étrangère à tout ce démarchage
- Des démarches qui subsistent pour ceux qui ont viré des fonds
- FAQ : faut-il répondre à un courriel signé Liberbank ?
Un nom acheté pour signer des courriels, jamais pour bâtir un site
Entre le 1er octobre 2021 et le 7 octobre 2022, les copies publiques conservées des pages de liberbk-fr.com montrent toutes la même image : la page d’attente qu’un bureau d’enregistrement réserve aux noms fraîchement acquis, avec la mention « This domain was recently registered at Namecheap.com. Please check back later! ». Aucune de ces copies n’expose une page d’accueil, un formulaire d’inscription, une grille de rendement ni la moindre mention légale. Le nom n’a donc rempli qu’une fonction : figurer après l’arobase dans les adresses de courriel du démarchage.
Cette économie de moyens est le trait le plus instructif du dossier. Pour capter la confiance d’un épargnant français, un escroc n’a pas besoin de faire vivre un site ; il lui suffit d’une adresse électronique dont le suffixe ressemble à celui d’un établissement financier. Le destinataire d’un message signé d’un prétendu conseiller vérifie le plus souvent une seule chose : que le nom de domaine existe. Il existe, il ne contient rien, et cette vérification superficielle suffit à écarter le doute.
Le 11 octobre 2026, la vérification est sans ambiguïté : ce nom ne répond plus. Ni liberbk-fr.com ni sa forme préfixée ne donnent de réponse à une interrogation du système de noms de domaine, et aucune connexion sécurisée n’est davantage journalisée à son sujet, ce qui s’accorde avec un nom qui n’a jamais porté qu’une page d’attente.
Aucun titulaire ne peut plus être identifié derrière ce nom ; la fiche WHOIS complète sur DomainTools en témoigne.
Dernière mise à jour : 11/10/2026
Trois graphies du même nom, toutes sorties du fichier du .com
Le dossier comporte trois orthographes du même nom. La première, liberbk-fr.com, est celle du site annoncé. La deuxième, liberk-fr.com, se passe du « b » central. La troisième, libertbk-fr.com, comporte un « t » surnuméraire entre « liber » et « bk ». Nos vérifications du 11 octobre 2026 donnent le même résultat pour les trois : aucune ne répond à une requête du système de noms de domaine, sur la forme nue comme sur la forme préfixée, et le fichier du .com ne délivre plus de fiche pour aucune d’elles.
Cette sortie du fichier mérite une explication, car elle ne se confond pas avec un simple arrêt d’hébergement. Tant qu’un nom figure au fichier, il appartient à son titulaire : le site peut ne plus être servi, le nom reste sa propriété et nul ne peut le reprendre. Dès lors qu’il a quitté le fichier, il redevient disponible et peut être enregistré par n’importe qui, sans que la disparition du précédent exploitant y fasse obstacle.
Aucun certificat n’étant journalisé pour ces trois graphies, rien n’indique qu’elles aient supporté un jour une connexion sécurisée. Le rythme des copies publiques conservées, qui s’interrompt à l’automne 2022, situe la fin de la période d’activité de ces noms.
Face à une offre de placement non sollicitée, la vérification la plus utile consiste à interroger les listes de mise en garde des autorités. L’espace épargnants de l’Autorité des marchés financiers réunit ces signalements et permet de confronter un nom ou une adresse de courriel à l’état des alertes publiées.
« Édouard Gyssin », un conseiller inventé derrière la signature
Les messages de démarchage étaient signés d’un personnage se présentant sous le nom d’« Édouard Gyssin », avec deux qualités accrochées à son nom : « Conseiller en gestion de patrimoine » et « Gérant de fortune ». Ces intitulés ne sont pas neutres : ils désignent, dans le langage courant, des professionnels soumis à des obligations d’enregistrement et de compétence. Les accoler à un nom que rien ne vient vérifier suffit à produire l’apparence d’un interlocuteur établi.
Un détail de la signature trahissait pourtant la fabrication. L’adresse électronique du prétendu conseiller se terminait non par liberbk-fr.com, mais par libertbk-fr.com, avec un « t » glissé entre « liber » et « bk ». Une institution financière sérieuse ne laisse pas circuler son propre nom de domaine avec une faute à l’intérieur ; cette incohérence, répétée dans les échanges, signalait un montage rédigé à la hâte.
Ce mode de contact n’était pas isolé à l’automne 2021. Agkapital.com, documenté par BrokerDefense la veille de notre premier article, reposait sur le même ressort : des courriels non sollicités adressés à des particuliers, appuyés sur un nom de domaine donnant à l’expéditeur une apparence d’établissement.
Le « Livret Liberbank Solution », un placement sans agrément
Le produit mis en avant portait un nom soigneusement choisi : « Livret Liberbank Solution ». Le mot « livret » évoque immédiatement, pour un épargnant français, des placements réglementés et familiers, dont le capital est garanti et la disponibilité immédiate. Le recours à ce vocabulaire visait à installer une confiance que le produit lui-même n’était pas en mesure de justifier.
Le « Livret Liberbank Solution » ne correspondait à aucun produit commercialisé par la banque espagnole dont le nom était emprunté, ne s’adossait à aucun agrément et n’avait fait l’objet d’aucune déclaration auprès d’une autorité chargée d’encadrer la commercialisation des produits d’épargne. Rien de ce qui accompagne normalement une telle offre, conditions générales, notice d’information, document contractuel, n’était accessible : il n’existait aucun site pour les publier.
La disparition du nom ne modifie pas ce constat. Un placement d’épargne réel laisse derrière lui des documents, un émetteur identifiable et une autorisation vérifiable ; le « Livret Liberbank Solution » ne laisse que des messages et des ordres de paiement.
Une banque espagnole réelle, étrangère à tout ce démarchage
Liberbank est un établissement bancaire espagnol né en 2011, du rapprochement de plusieurs caisses d’épargne régionales fragilisées par la crise économique, avant d’être absorbé par un groupe bancaire espagnol de plus grande taille. Son nom, son histoire et son activité sont documentés et vérifiables ; c’est précisément ce qui en faisait une prise utile pour un usurpateur.
En empruntant l’identité d’une banque réelle plutôt qu’en inventant un nom, les auteurs du démarchage pariaient sur un réflexe simple : l’épargnant qui recherche « Liberbank » trouve des références légitimes et en déduit, à tort, que l’offre reçue par courriel émane du même établissement. Le procédé se nourrit de la notoriété d’autrui.
Liberbank n’entretient aucun lien avec liberbk-fr.com, avec le personnage présenté comme « Édouard Gyssin », ni avec le « Livret Liberbank Solution ». Aucune de ses filiales ou représentations n’a jamais proposé de placements à des épargnants français par courriel non sollicité. L’établissement subit de plein fouet une usurpation dont il est la victime, comme d’autres marques détournées à la même période, à l’image d’Extendam.net, dénoncé quelques jours plus tard comme un simple outil d’usurpation d’identité.
Des démarches qui subsistent pour ceux qui ont viré des fonds
La disparition du nom ne referme rien pour les personnes qui ont répondu aux messages signés Liberbank. La première étape consiste à réunir les échanges reçus, en gardant les en-têtes techniques des courriels, les ordres de virement passés et les relevés de compte qui s’y rattachent. Rassembler ces éléments conditionne toute action ultérieure, et rien ne doit être détruit.
La deuxième porte sur la banque qui a exécuté les virements. Lorsqu’une opération est ordonnée au profit d’une entité dont aucun document ne rattache l’existence à une réalité vérifiable, le rôle de vigilance de l’établissement qui tenait le compte mérite d’être examiné. Poser la question à sa banque sur les conditions de traitement de ces virements est une démarche distincte de la plainte pénale, et complémentaire.
La troisième est le dépôt d’une plainte. La procédure applicable aux victimes d’escroquerie financière, avec ses conditions et ses délais, est détaillée dans notre page Le pénal / Porter plainte.
Une question revient dans ce type de dossier : une banque établie hors de France peut-elle être poursuivie devant les juridictions françaises ? L’échange filmé reproduit plus bas la traite avec Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate dont la pratique se déroule à Paris, qui revient sur l’assignation des banques étrangères devant la justice française.
FAQ : faut-il répondre à un courriel signé Liberbank ?
Non. Le contrôle mené le 11 octobre 2026 le confirme pour les trois graphies : liberbk-fr.com, liberk-fr.com et libertbk-fr.com ne donnent plus de réponse à une interrogation du système de noms de domaine, et aucune n’est encore rattachée à une ligne au fichier des enregistrements du .com. Aucune connexion sécurisée ne leur est associée.
Oui. Ils usurpaient l’identité de Liberbank, banque espagnole réelle fondée en 2011, sans aucun lien avec l’offre proposée. Ils étaient signés d’un prétendu conseiller se présentant comme « Édouard Gyssin » et vantaient un produit inexistant, le « Livret Liberbank Solution », qui ne correspondait à aucun placement commercialisé par cet établissement ni à aucune autorisation. Liberbank n’a jamais eu connaissance de ces sollicitations et n’y est pour rien.
Interrompez tout échange avec ces interlocuteurs, conservez les courriels reçus avec leurs en-têtes techniques, les ordres de virement passés et les relevés de compte, puis interrogez votre banque sur les conditions de traitement des virements effectués. Une plainte peut ensuite être déposée auprès des services de police, de gendarmerie ou du procureur de la République, notre page Le pénal / Porter plainte détaillant la procédure applicable.
L’histoire de liberbk-fr.com tient en deux mouvements. D’abord un décor minimal, monté en quelques jours : un nom acquis à la hâte, des adresses de courriel bâties sur ce nom, un faux conseiller affublé de titres sérieux et le nom d’une banque espagnole réelle emprunté pour habiller l’ensemble. Ensuite, une fois le dispositif documenté, la disparition pure et simple du nom, sorti du fichier du .com et privé de toute trace technique. Pour les épargnants qui ont viré des fonds après avoir reçu des messages signés Liberbank, cette disparition ne clôt rien : les pièces conservées, les ordres de virement et les relevés restent la matière d’une plainte fondée. BrokerDefense examine chaque situation qui lui est soumise afin d’apprécier les pièces disponibles et de proposer à chacun la suite la plus utile.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 11/10/2026


