Demergon-fund.com, une arnaque classée en usurpation par l’AMF

Le répertoire des mises en garde tenu par l’Autorité des marchés financiers porte encore, à la date du 28 septembre 2026, une entrée au nom de www.demergon-fund.com, rangée sous la qualification « Usurpation » et datée du 27 septembre 2021. Notre article de septembre 2021 présentait pourtant ce dossier comme une simple vitrine de trading montée par une équipe déjà croisée ailleurs, sans jamais évoquer d’identité empruntée. Ce que le relevé du régulateur ajoute, c’est précisément cette nature-là : le nom n’a pas seulement proposé des placements sans autorisation, il s’est présenté sous une identité qui n’était pas la sienne. Le domaine, lui, ne résout plus et n’a plus de fiche au registre des « .com ».

L’usurpation que le régulateur a retenue et jamais retirée

Notre premier texte sur ce nom, publié le 23 septembre 2021, indiquait que l’adresse avait été inscrite sur la liste noire de l’autorité française. Ce que le suivi du dossier permet de préciser aujourd’hui, c’est le contenu exact de cette entrée. Le libellé retenu n’est pas le nom de domaine à nu : il comporte le préfixe « www ». La qualification n’est pas celle des activités non autorisées, mais bien celle de l’usurpation. Et la date retenue par l’autorité est le 27 septembre 2021, soit quatre jours après la parution de notre article.

La nuance entre les deux qualifications n’est pas cosmétique. Une inscription pour activité non autorisée constate qu’un opérateur offre des prestations financières sans y avoir été habilité. Une inscription pour usurpation dit autre chose : que la présentation reposait sur une identité qui n’appartenait pas à l’exploitant. Dans le second cas, la victime ne se trouve pas seulement face à un intermédiaire dépourvu d’agrément, elle se trouve face à quelqu’un qui se faisait passer pour ce qu’il n’était pas. C’est exactement le schéma que décrivait notre enquête d’origine : un interlocuteur qui endossait l’apparence d’un professionnel de la gestion, derrière un espace fermé auquel lui seul donnait accès.

Cette entrée n’a jamais été retirée. La page que l’autorité des marchés réserve à ce nom reste accessible, et la version de ses listes arrêtée au 28 septembre 2026 la porte encore, à l’identique, cinq ans après l’inscription. Un détail confirme que l’entrée vise la forme publiée et non le nom seul : la fiche bâtie sur la forme sans préfixe ne répond pas, tandis que celle qui reprend le libellé exact répond. L’inscription porte donc sur l’adresse telle qu’elle était présentée aux épargnants, ce qui est cohérent avec un démarchage mené par courriel ou par messagerie, où c’est cette forme-là qui circule.

Sur le plan de l’enregistrement, en revanche, il ne reste rien. Le répertoire des « .com » a été interrogé sur cette adresse : il ne détient plus aucune fiche à ce nom, qui réapparaît parmi les noms libres. La résolution suit le même chemin, puisque les serveurs faisant autorité pour cette terminaison déclarent ne pas connaître l’adresse, et qu’il n’existe donc plus aucune machine vers laquelle une requête pourrait aboutir. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine. On y retrouve la date de réservation et les titulaires successifs de cette adresse.

Dernière mise à jour : 30/09/2026

Ce que les archives publiques gardent du montage de la vitrine

Les copies conservées de la plateforme permettent de reconstituer la façon dont elle avait été assemblée, et le résultat n’est pas celui d’un modèle acheté tel quel puis rebaptisé. L’arborescence des fichiers repris dans ces copies place l’essentiel du site dans un dossier de thème qui porte le nom même de la plateforme, à côté d’un second dossier dont le contenu est, lui, mutualisé. Comprendre cette organisation compte : elle indique un montage dédié, construit pour cette enseigne et pour elle seule, et non une solution générique exploitée en série.

La liste des éléments conservés raconte ensuite l’usage auquel la vitrine était destinée. On y trouve une image dont le nom renvoie directement à une page d’authentification. On y trouve aussi un script dont la seule fonction est de maintenir une session ouverte, un fichier de traduction en français, un sélecteur de langue, un champ de saisie de numéro de téléphone au format international, un module de traitement de montants en actifs numériques et une bande défilante destinée à afficher des cours. Rien de tout cela ne compose un site vitrine classique : l’ensemble décrit un portail client, avec ses identifiants, ses relevés et sa cotation animée.

Une protection d’accès se tenait devant l’ensemble. Les copies montrent que les réponses de la plateforme passaient par un service de filtrage qui examinait la requête avant de la servir, ce qui permettait d’écarter les visites non souhaitées tout en continuant à recevoir les personnes attendues. Ce dispositif explique pourquoi un nom visé par l’autorité a pu fonctionner sans être largement visible : celui qui n’était pas invité n’obtenait rien à observer, et celui qui était invité n’avait aucun moyen de comparer sa situation à celle d’autres clients.

Une page d’accès sous identifiants au cœur du dispositif

Le mécanisme central de ce dossier est celui que notre premier article désignait comme sa signature : un accès réservé, ouvert par des identifiants, derrière lequel se déroulait toute la relation. Il n’existait pas de catalogue public des offres, pas de page de tarifs, pas de documentation consultable par un tiers. La personne démarchée recevait ses accès, se connectait, et découvrait un tableau de bord à son nom, alimenté de positions et de performances.

Cette architecture produit un effet précis sur les victimes. Chacune ne voit que son propre espace, et ce qu’elle y lit lui est propre. Les chiffres affichés confirment la progression du capital, les demandes de retrait sont présentées comme en cours de traitement, et un nouvel apport apparaît bientôt nécessaire pour débloquer la situation. Aucun élément extérieur ne vient contredire ce récit, puisque rien n’est public. L’isolement n’est donc pas un effet secondaire du montage : c’en est la pièce maîtresse.

Cette façon de procéder rend aussi le dossier difficile à documenter de l’extérieur. Un site qui n’expose ni offre ni contenu vérifiable ne laisse, pour un observateur extérieur, que des éléments indirects : les fichiers de la page d’authentification, les formulaires de souscription, les scripts de cotation. C’est précisément le type de dossier que le régulateur inscrit sur la base d’identités empruntées, sans qu’une procédure publique vienne ensuite désigner des responsables.

Deux autres noms du même relevé avaient déjà leur enquête

Le relevé du 28 septembre 2026 rassemble dix entrées portant la même date que celle de ce dossier, le 27 septembre 2021. Neuf de ces entrées relèvent de la qualification d’usurpation, la dixième de celle des acteurs non autorisés, et l’une des neuf est construite sur un modèle d’adresse de courriel plutôt que sur un nom de site. Ce rapprochement de dates décrit une période, pas une organisation : ces listes sont publiées par vagues, et une date commune ne prouve aucun exploitant commun. Nous l’écrivons d’autant plus volontiers que notre article d’origine affirmait, lui, l’existence d’une équipe exploitant une série de sites, sans étayer cette affirmation autrement que par la ressemblance des procédés.

Deux de ces noms ont déjà fait l’objet d’une enquête ici, et c’est la seule raison pour laquelle nous les citons. Dcf-investment.com, analysé le 20 septembre 2021, était déjà présenté comme un site reprenant massivement des contenus appartenant à d’autres, avec un emprunt d’identité à la clé. Ifeeuam.com, dont l’enquête remonte au 6 septembre 2021, reposait sur l’emprunt du nom d’une société de gestion réellement établie, que le régulateur a fini par viser trois semaines plus tard. Trois noms, une même séquence : une mise en service, une façade financière, une inscription, puis la disparition.

Après la vitrine, ce qu’il restait du nom

L’exploitation de cette adresse a été brève. Les copies conservées du site se concentrent sur l’automne 2021, avec un premier ensemble de relevés pris quelques jours après l’inscription du régulateur, puis un second ensemble à la fin du même mois, et un troisième au début du mois suivant. Au-delà de cette période, les fichiers continuent d’apparaître de façon espacemée, puis s’arrêtent. Rien, dans ces relevés, ne documente une activité commerciale prolongée sous ce nom.

Une seconde vie, sans rapport avec la première, a suivi. À partir de l’automne 2022, ce sont des noms construits sur le domaine qui réapparaissent dans les relevés, sous une variante d’adresse que les hébergeurs réservent aux sites non configurés. Les dernières traces de ce type sont datées du début de l’année 2023. Passé cette date, la réservation n’a pas été reconduite, et le nom est revenu dans le stock des noms disponibles : c’est la conclusion logique d’un cycle qui a commencé par une mise en service, s’est poursuivi par une inscription du régulateur, et s’est refermé par un abandon pur et simple.

Reste, dans ce dossier, un élément qui n’a pas suivi le mouvement : la fiche du régulateur, toujours publiée, toujours datée du 27 septembre 2021, toujours rangée sous la qualification d’usurpation. Le site a disparu, la résolution s’est éteinte, la réservation a expiré. La mise en garde, elle, n’a pas bougé.

Les leviers encore ouverts à ceux qui ont alimenté la plateforme

Pour les personnes qui ont alimenté un tableau de bord demergon-fund.com par des virements, la disparition du nom ne change pas grand-chose : les sommes transférées figurent toujours sur les relevés bancaires, et c’est de là que part toute reconstitution. Trois séries de pièces se révèlent déterminantes : les échanges écrits avec l’interlocuteur qui a présenté l’offre, les justificatifs de chaque transfert, et la chronologie qui relie les deux, de la première prise de contact à la dernière demande d’apport. L’établissement qui a exécuté les ordres se trouve le plus souvent au centre des démarches, puisque c’est sur son comportement que porte l’examen du devoir de vigilance.

L’entretien vidéo présenté ci-dessous a été recueilli auprès de Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate dont l’ordre de barreau est Paris. Le sujet qu’elle y traite n’a pas de lien avec le nom étudié ici : il porte sur le spoofing et sur l’arnaque au faux conseiller, avec l’indemnisation des victimes pour fil conducteur. On y retrouve la façon dont une responsabilité se bâtit quand l’argent a transité par des comptes relais, et les éléments qu’il faut réunir pour demander la réparation d’un préjudice.

Quand les pièces réunies établissent qu’une infraction a été commise, la voie répressive reste ouverte, et son cadre est décrit sur notre guide de la plainte pénale. La liste des mises en garde tenue par l’autorité française, consultable sur le site du régulateur, permet de vérifier à tout moment si un nom y figure déjà avant d’engager la moindre discussion avec un démarcheur.

Réponses aux questions les plus fréquentes sur ce dossier

Pourquoi la qualification d’usurpation change-t-elle la lecture de ce dossier ?

Parce qu’elle déplace l’objet du reproche. Une activité non autorisée vise un intermédiaire qui agit sans habilitation ; une usurpation vise un procédé qui emprunte l’identité d’un tiers. Dans ce second cas, la personne démarchée n’a pas seulement affaire à un opérateur non agréé, elle a affaire à une mise en scène qui imite un professionnel réel, ce qui rend la tromperie plus difficile à repérer au moment où l’argent part.

Le nom peut-il être repris par quelqu’un d’autre ?

Oui, rien ne l’empêche : un nom dont la réservation arrive à son terme redevient disponible pour n’importe quel demandeur. Cela ne voudrait pas dire que les mêmes personnes reviennent derrière une nouvelle adresse. Ici, l’arrêt de l’exploitation et la fin de la réservation se suivent de près ; ailleurs, un nom peut changer de mains sans que l’activité d’origine s’interrompe pour autant.

Que peut-on encore faire après avoir alimenté un tel tableau de bord ?

Réunir ce qui existe encore. Les virements figurent sur les relevés de compte, les échanges écrits restent dans la messagerie ou la boîte de courriel, et les captures des pages consultées complètent l’ensemble. Ce sont ces pièces, et non le site lui-même, qui permettent d’examiner la responsabilité de la banque ayant exécuté les ordres, puis d’envisager une action devant le juge.

Demergon-fund.com laisse donc l’image d’un dossier complet dans son déroulé et vide de tout responsable désigné : un accès fermé remis à des personnes démarchées une à une, une identité empruntée pour tenir le rôle du professionnel, une inscription de l’autorité sous la qualification d’usurpation, puis un abandon silencieux, sans mise en cause publique ni procédure connue. Les victimes d’un tel montage n’ont pas de site à retrouver pour se reconnaître : elles ont un portail auquel elles ne peuvent plus se connecter, des échanges conservés et des virements tracés. Pris isolément, aucun de ces éléments ne suffit ; assemblés, ils forment la matière d’un dossier. C’est dans cet ordre que BrokerDefense aborde chaque situation : une première lecture des pièces, puis un avis sur les suites envisageables, qu’il s’agisse d’une interpellation de la banque, d’un signalement auprès du régulateur ou d’une action portée devant une juridiction.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 30/09/2026

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