Sommaire
- Un nom repris en janvier 2024, une adresse devenue muette
- Abinance affichait une offre de trading et de minage
- Ce qu’ont retenu les copies publiques conservées
- Ce que le nom porte encore, et ce qu’il ne porte plus
- Les voies encore ouvertes pour les personnes trompées
- Des questions revenues avec l’extinction de l’adresse
Un nom repris en janvier 2024, une adresse devenue muette
Le relevé effectué le 2 octobre 2026 sur le fichier d’enregistrement du nom abinance.com révèle une situation radicalement différente de celle que nous décrivions en septembre 2021. L’enregistrement en cours porte une date de création au 13 janvier 2024 : le nom a donc été repris après une période de disponibilité, par DropCatch.com 661 LLC, un prestataire dont l’activité consiste précisément à récupérer des noms de domaine que leurs titulaires précédents ont laissé tomber. Le titulaire réel n’est pas communiqué publiquement.
Sur le plan de la résolution, abinance.com et www.abinance.com pointent tous deux vers l’adresse 103.224.182.215. Le sous-domaine ww38.abinance.com est quant à lui un alias de 701602.parkingcrew.net, correspondant à l’adresse 185.53.179.200. Les serveurs de noms déclarés sont ns15.abovedomains.com et ns16.abovedomains.com, deux serveurs associés à des infrastructures de monétisation de noms dormants. La racine du nom répond par une redirection de type 302 vers ce sous-domaine générique ; aucune page de plateforme n’est servie à quelque visiteur que ce soit.
L’acheminement du courrier électronique rattaché au nom suit la même logique : il est confié à l’infrastructure de monétisation qui héberge le nom, comme l’indique l’enregistrement SPF relevé (v=spf1 ip6:fdcf:abda:4154::/48 -all). Il ne s’agit pas d’une messagerie d’entreprise. Concrètement, l’adresse [email protected] ne peut plus servir à joindre l’opération décrite en 2021 : les messages qui lui seraient adressés aujourd’hui n’atteindraient aucun correspondant lié à la plateforme d’origine.
L’administration du nom n’est donc plus celle de 2021. Quiconque conserve cette adresse dans ses contacts ou dans un fil de discussion conservé doit comprendre qu’elle ne renvoie plus vers les mêmes mains, ni vers aucune messagerie active en rapport avec ce dossier.
L’enregistrement du nom, tel qu’il se lit aujourd’hui, est résumé dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
Dernière mise à jour : 02/10/2026
Abinance affichait une offre de trading et de minage
La copie publique conservée du 23 juin 2021 documente ce qu’était la plateforme avant sa disparition. La page portait le titre « ABINANCE », assorti du sous-titre « Crypto Trading & Mining ». Elle se présentait comme un espace dédié aux cryptomonnaies, proposant à la fois l’achat et la vente de ces actifs, le trading et le minage décrits comme des sources de revenus accessibles, ainsi qu’une fonction d’« auto-trading » mise en avant comme un avantage concurrentiel.
Trois niveaux de compte étaient proposés sous les libellés MICRO, CLASSIC et SILVER, suggérant une offre graduée selon le montant investi. Des passerelles de paiement étaient intégrées à l’interface, de même qu’un formulaire de demande de contact et un sélecteur de langue laissant penser que la plateforme visait plusieurs marchés nationaux. Un élément particulièrement préoccupant figurait en bonne place : l’outil AnyDesk, qui permet une prise en main à distance de l’ordinateur de l’utilisateur.
Aucune raison sociale, aucun numéro de registre de commerce, aucune mention légale d’entreprise n’apparaissait dans cette copie. La plateforme ne permettait donc pas d’identifier juridiquement son exploitant. L’adresse [email protected] fonctionnait alors comme le seul point de contact humain de cette façade numérique : c’est par elle, et par messagerie WhatsApp, que les interlocuteurs se présentaient aux victimes potentielles comme des professionnels de la gestion de patrimoine et formulaient leurs promesses de gains.
Ce qu’ont retenu les copies publiques conservées
Les copies publiques disponibles permettent de reconstituer la trajectoire du nom avec une précision suffisante pour comprendre ce qui s’est passé après la publication de notre article d’origine. Au 23 juin 2021, la plateforme était pleinement servie, telle que décrite dans la section précédente. Dès le 25 novembre 2021, en revanche, la même adresse renvoyait une page introuvable : la plateforme avait cessé d’être accessible, emportant avec elle les fonds versés par les personnes démarchées.
Le 29 septembre 2023, une copie révèle un contenu sans aucun rapport avec la finance, rédigé dans une autre langue que le français. Le nom avait déjà été remployé à des fins étrangères à l’opération initiale. À partir du 14 janvier 2024, soit le lendemain de la date de création du nouvel enregistrement, seule une redirection est servie, sans aucune page de destination propre au nom.
Ce parcours montre que le nom a survécu à l’opération frauduleuse et qu’il a successivement servi d’autres usages avant d’être repris dans sa configuration actuelle. Ce type de réemploi n’est pas exceptionnel : dans le dossier Pegasus-invest.com, autre enseigne de placement de la même période, le nom a lui aussi continué à circuler après la fermeture de la plateforme, ce qui justifie le suivi dont il fait encore l’objet. Plus récemment, le dossier Hx-finance.com illustre un cas où une adresse de courriel avait été mise en circulation sans qu’aucune page ne soit jamais servie : abinance.com présente désormais un profil comparable, à ceci près que la plateforme a bien existé avant de disparaître.
Ce que le nom porte encore, et ce qu’il ne porte plus
Nos relevés du 2 octobre 2026 permettent de dresser un état des lieux précis. Les serveurs de noms ns15.abovedomains.com et ns16.abovedomains.com sont en place. La redirection 302 de la racine vers un sous-domaine générique est active. L’acheminement du courrier est intégré à l’infrastructure de monétisation, sans messagerie d’entreprise identifiable derrière le nom.
Le certificat présenté pour abinance.com au moment de notre vérification avait été émis pour un autre domaine, strategicts.net, et sa validité s’est achevée le 19 septembre 2024. Ce certificat ne couvre pas abinance.com. Toute connexion à ce nom ne bénéficie donc d’aucune authentification valide au sens des normes en vigueur.
Sur le plan réglementaire, nos vérifications du 2 octobre 2026 ont porté sur les listes publiées par l’AMF, soit six fichiers relus page récapitulative comprise : aucune entrée ne correspond à ce nom. La liste noire consolidée publiée par ABE Infoservice, soit 11 173 lignes relues, n’en comporte aucune non plus. Ces constats négatifs ne constituent pas une attestation de régularité : ils signifient seulement qu’aucune autorité de supervision n’a formellement identifié cette entité à ce jour, ce qui ne préjuge pas de la nature de l’opération décrite en 2021.
Les voies encore ouvertes pour les personnes trompées
La disparition de la plateforme et la mutation du nom ne ferment pas toutes les voies de recours. Toute personne ayant échangé des courriels avec l’adresse [email protected] doit conserver ces messages intacts, avec leurs en-têtes techniques, qui constituent des pièces utiles à l’établissement des faits. Les confirmations de virement, les relevés de compte faisant apparaître les sommes transférées et les conversations WhatsApp menées avec les interlocuteurs de l’époque ont la même valeur probante.
Si l’outil AnyDesk a été installé sur un ordinateur à la demande de ces interlocuteurs, la trace de cette installation, voire les journaux de connexion, méritent d’être préservés et signalés. L’identification de l’intermédiaire qui a effectivement réceptionné les fonds virés reste un axe d’investigation central, de même que la question de la responsabilité de l’établissement bancaire ou de paiement qui a exécuté les ordres sans déclencher de contrôle.
Sur le terrain pénal, le dépôt d’une plainte reste possible indépendamment du temps écoulé, sous réserve des délais de prescription applicables. Notre page consacrée à la saisine du juge pénal récapitule la façon de procéder, étape par étape, dans ce type de dossier.
Un jugement rendu ces dernières années a contraint un établissement bancaire à rembourser intégralement des victimes d’une escroquerie financière : Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate rattachée à un barreau établi à Paris, revient sur les conditions dans lesquelles cette décision a pu être obtenue et sur ce qu’elle implique pour d’autres personnes se trouvant dans une situation comparable.
Des questions revenues avec l’extinction de l’adresse
Depuis le 13 janvier 2024, le nom abinance.com relève d’un opérateur dont le métier est de remettre en circulation des noms de domaine délaissés. L’acheminement du courrier rattaché au nom est désormais intégré à une infrastructure de monétisation, sans qu’aucune messagerie d’entreprise ne soit active derrière ce nom. L’adresse [email protected] n’atteint plus aucun correspondant lié à la plateforme décrite en 2021 : elle est, de fait, muette.
DropCatch.com 661 LLC est un prestataire dont l’activité consiste à récupérer des noms de domaine qui n’ont pas été renouvelés par leurs détenteurs précédents. Sa présence comme enregistreur indique que le nom abinance.com a été abandonné par ceux qui géraient la plateforme de 2021, puis repris à des fins sans lien avec cette opération. L’entité qui exploitait la plateforme et l’enregistreur actuel sont deux acteurs distincts.
Tout échange de courriel avec le nom abinance.com, y compris les en-têtes techniques des messages, doit être sauvegardé sans modification. Les relevés bancaires mentionnant les sommes virées, les captures des conversations WhatsApp avec les interlocuteurs de l’époque et, le cas échéant, les journaux liés à l’installation de l’outil de prise en main à distance constituent autant d’éléments susceptibles d’être produits dans le cadre d’une procédure pénale ou d’une action en responsabilité contre l’établissement ayant exécuté les virements.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 02/10/2026


