Sommaire
- Une entrée portée par les listes officielles depuis le 2 août 2021
- Faute de mentions légales, la vitrine tenait son sérieux d’un nom emprunté
- Aucun service d’enregistrement ne répond plus pour ce nom
- Sous une dénomination reprise, un domaine viticole bien réel
- D’autres vitrines viticoles ont suivi le même chemin
- Après un versement ancien, les pièces qui gardent une valeur
- Réponses aux victimes d’un placement viticole éteint
Une entrée portée par les listes officielles depuis le 2 août 2021
L’adresse www.societe-fermiere-des-vignobles.com a été inscrite sur les listes tenues par l’Autorité des marchés financiers le 2 août 2021, sous la qualification « Biens divers ». Notre propre article consacré à cette vitrine a paru onze jours plus tard, le 13 août 2021.
Ce qui frappe davantage, c’est la durée. La révision du fichier datée du 12 juin 2026 porte encore cette entrée, mot pour mot, sous la même qualification. Près de cinq ans se sont écoulés depuis l’inscription initiale. Le nom de domaine lui-même n’existe plus au registre des .com, et pourtant l’avertissement demeure. Cela reflète la politique du régulateur : une mise en garde publiée n’est pas effacée au motif que la vitrine a disparu, précisément parce que des victimes peuvent encore chercher à comprendre ce qui leur est arrivé des années plus tard.
Quiconque souhaite consulter cette inscription peut la retrouver dans les listes que tient à jour l’AMF, accessibles depuis la rubrique dédiée à la protection des épargnants, où cette ligne figure sous la même qualification depuis 2021.
Dernière mise à jour : 20/09/2026
Faute de mentions légales, la vitrine tenait son sérieux d’un nom emprunté
En 2021, la plateforme se présentait comme un service de placement dans le négoce des vins. Elle promettait à ses visiteurs de tirer des bénéfices d’achats et de reventes successives. Aucune information concrète n’était fournie sur les mécanismes effectifs de cette activité, ni sur les intermédiaires réels qui auraient conduit les transactions.
Le contenu de la section consacrée à l’investissement dans le vin n’était pas original. Il reprenait celui de la page équivalente du site du négociant Cavissima, maison établie et jamais mise en cause. Ce type de reprise mot pour mot sert à donner l’apparence d’une expertise que la vitrine ne possédait pas.
La dénomination de l’entreprise soi-disant porteuse de la plateforme était elle-même instable. Dans un seul et même passage, le texte mentionnait d’abord « Société fermières des Vignobles », puis « Société fermière ». Deux noms différents pour la même entité, dans le même paragraphe : aucune structure juridique réelle ne se présente ainsi.
Les mentions légales étaient absentes. Les conditions générales également. Le seul passage censé en tenir lieu se réduisait à une phrase vague et grammaticalement fautive, renvoyant sans aucune précision à « Societé.com, lefigaro, verif.com, infogreffe et bien d’autre ». Cette formule ne satisfaisait à aucune des obligations d’information imposées aux services en ligne établis en France.


Aucun service d’enregistrement ne répond plus pour ce nom
L’interrogation du registre qui tient les noms en .com, le 20 septembre 2026, ne remonte aucun résultat pour societe-fermiere-des-vignobles.com. Le nom n’y est plus répertorié. Pour écarter l’hypothèse d’une indisponibilité passagère de ce service, un témoin de contrôle a été sollicité dans la foulée : il a rendu normalement les données attendues. C’est ce contraste qui donne sa valeur au silence constaté sur le nom qui nous occupe.
Le domaine ne résout plus nulle part. Il n’est associé à aucune adresse IP, n’est relayé par aucun serveur de noms et ne prend en charge aucune messagerie. Les deux seuls relevés publics connus de la vitrine, pris après son extinction en novembre et décembre 2021, ne représentent que quelques centaines d’octets chacun : aucune copie substantielle de la vitrine ne subsiste. Des renvois successifs avaient été constatés dès septembre 2021, ce qui indique que le retrait a été amorcé dans les semaines suivant la publication de notre article et l’inscription au fichier du régulateur.
Pour consulter l’historique d’enregistrement du nom tel qu’il peut encore être reconstitué, voir la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
Sous une dénomination reprise, un domaine viticole bien réel
La dénomination mobilisée par la vitrine était celle d’une entreprise réelle : la SOCIETE FERMIERE DES VIGNOBLES ROMANIS, immatriculée sous le numéro 477 623 847, créée le 22 juin 2004. Son activité déclarée est la culture de la vigne, sous le code NAF 01.21Z. Son siège est établi au Château Les Ollieux, à Montséret, dans l’Aude. En septembre 2026, cette société demeure active.
Il convient d’être explicite sur ce point : la SOCIETE FERMIERE DES VIGNOBLES ROMANIS n’est en aucune façon mise en cause dans ce dossier. Elle n’a pas exploité la plateforme www.societe-fermiere-des-vignobles.com et n’en a tiré aucun bénéfice. Son activité réelle, la viticulture dans le département de l’Aude, n’a strictement rien à voir avec la distribution d’offres d’achat et de revente de vins par voie de placement en ligne. Sa dénomination a été utilisée sans son accord, vraisemblablement pour conférer à la vitrine une apparence de légitimité aux yeux de visiteurs qui auraient tenté de vérifier son existence.
Par ailleurs, la plateforme n’a jamais été déclarée comme prestataire de services d’investissement et son nom n’apparaît sur aucune liste de prestataires autorisés à exercer en France.
D’autres vitrines viticoles ont suivi le même chemin
Le montage observé sur societe-fermiere-des-vignobles.com n’est pas isolé. Deux dossiers comparables illustrent la récurrence du procédé dans le secteur du vin.
En juillet 2021, le dossier Scd-invest.com mettait au jour un nom de négociant repris par des clones, lui aussi retenu par le régulateur français dans des conditions analogues. La structure était différente dans ses détails, mais le mécanisme central, emprunter la crédibilité d’un acteur établi du secteur, était identique.
En 2024, le dossier BFnosvinsdusud décrivait une fausse cave à vin dont l’adresse a également déserté le répertoire après la mise en cause, laissant les personnes ayant versé des fonds face au même vide que celles touchées par la plateforme de négoce des vignobles.
Ces montages partagent plusieurs traits constants : un nom emprunté à une entreprise réelle du secteur vitivinicole, un contenu recopié sur un site établi pour simuler l’expertise, l’absence de tout cadre légal vérifiable, et une disparition rapide du domaine une fois l’attention des autorités ou de la presse attirée. La filière du vin est régulièrement ciblée parce qu’elle jouit d’une image de sérieux et que ses mécanismes financiers (achat, stockage, revente) sont suffisamment techniques pour décourager les questions précises.
Sur la question de l’indemnisation des victimes de faux placements et des voies de recours avant toute procédure contentieuse, Maître Goce Novakov, avocat dont le cabinet relève du barreau de Paris, a accordé une interview détaillée dans laquelle il expose les conditions dans lesquelles une résolution amiable, matérialisée par un protocole transactionnel, peut être obtenue face à des opérateurs ayant capté des fonds sous couvert de faux investissements.
Après un versement ancien, les pièces qui gardent une valeur
Les personnes ayant versé des fonds à la plateforme de négoce de vins entre 2021 et son extinction disposent encore, dans bien des cas, de pièces exploitables. La première est l’ordre de virement lui-même : le relevé bancaire ou le justificatif émis par l’établissement teneur de compte au moment du transfert vers un compte présenté comme celui de la plateforme. Cette pièce établit la réalité du flux financier et son montant, deux éléments indispensables à toute démarche.
La deuxième série de pièces concerne les échanges avec la personne qui se présentait comme un gestionnaire de portefeuille viticole : courriels, messages sur une application de messagerie, relevés d’un espace client en ligne si un accès avait été ouvert. Ces échanges permettent de reconstituer la nature des promesses formulées, les arguments avancés pour déclencher le premier versement, et éventuellement les relances effectuées pour en obtenir d’autres.
Sur la base de ces pièces, une réclamation écrite formelle peut être adressée à l’établissement bancaire qui a exécuté les virements. Cette démarche, distincte d’une plainte pénale, vise à établir une trace contractuelle et peut, dans certains cas, ouvrir une voie de recours spécifique selon les conditions dans lesquelles l’ordre a été passé.
La plainte pénale, quant à elle, s’appuie sur les mêmes pièces et peut être déposée auprès d’un service de police ou de gendarmerie, ou directement adressée au procureur de la République compétent. Pour les épargnants lésés qui souhaitent s’orienter dans ces démarches, le guide la marche à suivre pour déposer plainte détaille chaque étape, du dépôt au suivi du dossier.
Réponses aux victimes d’un placement viticole éteint
Non. L’inscription porte exclusivement sur l’adresse www.societe-fermiere-des-vignobles.com, c’est-à-dire la vitrine en ligne mise en cause. La SOCIETE FERMIERE DES VIGNOBLES ROMANIS, entreprise viticole immatriculée sous le numéro 477623847 et dont le siège est au Château Les Ollieux à Montséret, n’est en aucun cas visée par cette mise en garde. Son nom a été utilisé sans son accord par les opérateurs de la plateforme, et l’AMF a inscrit la vitrine frauduleuse, non la société réelle.
Non. Le nom ne figure plus au registre des .com. Il ne résout vers aucune adresse, n’est relayé par aucun serveur de noms et ne prend en charge aucune messagerie. Les seuls relevés publics connus de la vitrine datent de novembre et décembre 2021, peu après son extinction. Aucune copie substantielle de la vitrine n’est accessible aujourd’hui.
Oui, sous certaines conditions. Les ordres de virement passés vers le compte présenté comme celui de la plateforme, les échanges avec la personne se présentant comme un gestionnaire viticole, et les relevés de compte conservés constituent des pièces qui gardent leur valeur. Une réclamation écrite auprès de l’établissement bancaire ayant exécuté les virements et un dépôt de plainte pénale restent envisageables. Les délais de prescription variant selon la qualification retenue, il est conseillé d’évaluer la situation sans tarder.
Le domaine societe-fermiere-des-vignobles.com n’existe plus, et l’AMF maintient son inscription dans le fichier des avertissements depuis le 2 août 2021. Pour les personnes ayant versé des fonds à cette vitrine de placement dans le négoce des vins, à la suite de sollicitations d’un interlocuteur se présentant comme un gestionnaire de portefeuille viticole, la disparition de la plateforme ne clôt pas nécessairement toutes les possibilités d’action. Les pièces réunies à l’époque des versements conservent une valeur juridique. BrokerDefense documente ce type de dossier et oriente les personnes concernées vers les interlocuteurs compétents.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 20/09/2026


