Sommaire
- Un agrément bancaire revendiqué, une inscription au fichier commun
- Deux numéros SIREN authentiques, deux sociétés réelles du même groupe
- Un pied de page qui dit tout fictif, une autre enseigne restée dans le code
- Neosurf, PCS et Transcash parmi les moyens de dépôt annoncés
- Un nom déposé en juin 2026, hébergé en Finlande, déclaré ailleurs
- Les gestes utiles quand un versement est déjà parti
- Ce que l’on nous demande au sujet de cette vitrine
Un agrément bancaire revendiqué, une inscription au fichier commun
Le 26 octobre 2026, la liste tenue conjointement par l’ACPR et l’AMF s’est allongée d’une entrée au nom de banque-stellantis.com. Deux qualifications l’accompagnent, dans cet ordre : « Crédits livrets paiements assurances » d’abord, « Usurpation Professionnel » ensuite. La seconde pèse plus lourd que la première. Elle ne dit pas seulement que l’exploitant propose des comptes, des livrets et des contrats sans y être habilité ; elle dit que le nom sous lequel il le fait appartient à quelqu’un d’autre.
Dernière mise à jour : 27/10/2026
Or la page de mentions légales de ce site fait exactement l’inverse : elle présente l’éditeur comme un « établissement de crédit agréé » par l’ACPR, donne l’adresse parisienne de l’autorité de supervision, décrit une société anonyme de droit français, son capital, son numéro au registre du commerce de Versailles et son identifiant de TVA. L’autorité que la notice invoque comme garantie est donc celle qui vient d’inscrire le nom parmi les sites non autorisés. La ligne est publique et se vérifie depuis le portail des listes noires des autorités de contrôle ; elle se suffit à elle-même, car à la date de notre enquête aucune des entités qui portent ce nom n’exploite cette vitrine.
Le même fichier a reçu, le même jour, une entrée visant une adresse électronique bâtie sur le nom d’une autre banque internationale, que nous avons documentée dans notre dossier sur citieurope-private.com. Deux dossiers, deux méthodes différentes, une même date d’inscription : la vague ne relève pas d’un opérateur unique, elle relève d’un outil commun, le nom d’une institution financière connu du public.
📄 Document
Voici, mise à disposition gratuitement par BrokerDefense, la capture de la page affichée par banque-stellantis.com, prise le 27 octobre 2026. On y voit le bandeau « Banque privée », le parcours d’ouverture de compte en onze étapes et le pied de page qui aligne SIREN, SIRET, LEI et identifiant de TVA : deux repères utiles pour établir la provenance d’un versement.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Deux numéros SIREN authentiques, deux sociétés réelles du même groupe
Le pied de page de chaque page servie aligne l’état civil d’une première société : un numéro SIREN, un SIRET qui en dérive, un code de vingt caractères au format LEI, un identifiant de TVA, le code d’activité 64.19Z et un capital affiché de 199 619 936,00 €. Aucun de ces numéros n’est inventé. Interrogé à l’annuaire des entreprises, le SIREN 325 952 224 désigne STELLANTIS FINANCIAL SERVICES EUROPE, immatriculée le 1er décembre 1982, en état d’activité, au même code d’activité et à la même adresse à Poissy. Le code au format LEI rend le même nom et un statut actif, et il est validé sur ce SIREN.
La page de mentions légales ajoute un second état civil, différent du premier : un autre numéro, 652 034 638, présenté comme celui de « Banque Stellantis », société anonyme au capital de 144 842 528 €, immatriculée au registre du commerce de Versailles. Celui-là existe aussi : il désigne BANQUE STELLANTIS FRANCE, immatriculée le 1er janvier 1965, en activité, à la même adresse. Deux numéros réels, deux sociétés réelles, et deux capitaux sociaux différents affichés sur un même site.
Ces deux sociétés appartiennent au même ensemble industriel, et c’est précisément ce qui rend la reprise crédible aux yeux d’un visiteur : nom, adresse, code d’activité et identifiant européen se recoupent, parce qu’ils sont authentiques. Il faut le dire sans détour. Ces sociétés sont des tierces parties, étrangères à l’exploitation de la vitrine. Elles n’y proposent aucun service, n’en tirent aucun produit et n’ont, à notre connaissance, autorisé aucune reprise de leur identité. Elles sont les victimes de cette usurpation, jamais ses auteurs, et rien dans ce dossier ne leur est reproché. Un numéro SIREN est une donnée publique, librement consultable et librement recopiable : l’afficher ne confère aucune qualité à celui qui l’affiche.
Un pied de page qui dit tout fictif, une autre enseigne restée dans le code
La contradiction la plus visible est dans le pied de page. Sous les mentions de copyright, le site écrit noir sur blanc : « This site is a design exercise created in an academic context. STELLANTIS is not a real banking institution : the name, address, phone number, email, registration number, guarantees, testimonials and figures presented on this page are entirely fictitious and have no contractual, regulatory or commercial value. » La phrase est en anglais, elle figure sur l’accueil comme sur les pages intérieures, et elle affirme que tout est fictif, y compris les numéros d’immatriculation.
Sauf que ces numéros désignent deux sociétés actives, que le site réclame une adresse électronique, un numéro de téléphone et deux mots de passe à l’ouverture de compte, qu’il propose un espace client avec solde, virements et carte, et qu’il décrit sept moyens de déposer des fonds. Une mention « projet pédagogique » ne neutralise rien de cela : elle figure au bas d’un formulaire qui collecte des identifiants, et le même site annonce une garantie des dépôts de 100 000 € « à titre pédagogique » dans sa FAQ, montant qu’aucun fonds de garantie réel n’adosse.
Le gabarit d’origine se lit d’ailleurs ailleurs. La page des comptes porte encore, dans son titre, le nom d’une troisième enseigne : « Comptes bancaires, VALDORA BANQUE (démo) », et son en-tête affiche « VALDORA, COMPTES 001 ». La page d’accueil, elle, numérote ses blocs « Planche 001 » jusqu’à « Planche VIII », vocabulaire d’une maquette de présentation. Un établissement de crédit ne publie pas des planches, et il ne laisse pas le nom d’une autre banque dans le titre d’une de ses pages.
Neosurf, PCS et Transcash parmi les moyens de dépôt annoncés
C’est la page « Recharger mon compte » qui décide du reste. Elle liste quatre familles de dépôts : le virement SEPA, les bons prépayés Transcash à 150 € par bon, les bons Neosurf à 250 € par bon, la carte prépayée PCS Mastercard, et les crypto-monnaies (bitcoin, ether, USDT), créditées instantanément après conversion. Chaque dépôt est présenté comme « examiné et validé par votre gestionnaire de compte » sous 24 à 48 heures ouvrées.
Aucune banque de dépôt ne demande à un client de financer son compte avec des coupons vendus en bureau de tabac. Ces quatre canaux ont une propriété commune, celle d’être difficiles à rappeler une fois le coupon gratté ou la chaîne transférée, et c’est exactement pour cela qu’on les retrouve dans les dossiers d’escroquerie plutôt que dans les grilles tarifaires d’un établissement agréé. Le site y ajoute un mécanisme d’amorçage : 100 € offerts pour un premier dépôt de 100 €, 50 € par filleul, 75 € pour un investissement de 1 000 € dans le mois. Le premier versement est ainsi présenté comme un gain, alors qu’il est le seul mouvement que la victime contrôle encore.
La fiche de ce nom au répertoire des signalements de sites, que nous ne reprenons pas ici comme preuve mais comme repère pour les personnes démarchées, se lit sur la fiche ScamDoc de banque-stellantis.com. Elle ne remplace pas la vérification de l’agrément, elle la complète.
Un nom déposé en juin 2026, hébergé en Finlande, déclaré ailleurs
Le domaine a été enregistré le 25 juin 2026 auprès d’un bureau installé en Afrique du Sud, pour un an, et son certificat de chiffrement a été délivré le même jour en fin d’après-midi. Trois serveurs de noms hébergés par un prestataire africain portent sa zone. Il résout vers une adresse unique, 65.21.207.145, sur une machine louée chez un hébergeur allemand dont le centre de données est situé en Finlande. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Or la page de mentions légales déclare un tout autre hébergeur, une société française dont le siège est dans le onzième arrondissement de Paris. L’écart entre l’hébergeur déclaré et celui qui sert réellement les pages est un signe qui ne trompe pas : la notice a été recopiée d’une maison existante, pas rédigée pour ce site. S’y ajoutent un certificat Let’s Encrypt de type YR1 valable jusqu’au 21 janvier 2027, dont les noms couverts incluent une adresse de messagerie sur le même domaine, et une messagerie réellement configurée : un serveur de réception sur le nom, une consigne d’expédition qui autorise l’adresse du serveur lui-même, et aucune politique de rejet des courriels usurpateurs. La boîte peut donc recevoir et émettre.
Le décalage le plus simple se lit enfin sur la page « Qui sommes-nous » : « fondée en 2012 », quinze mille clients accompagnés, 850 millions d’euros d’encours, douze ans d’expertise. Le nom de domaine a quatre mois. Un établissement qui gère 850 millions d’euros ne s’installe pas sur un domaine d’un an et ne fait pas démarrer son histoire en 2012 sur une adresse créée en 2026.
Ce dossier prolonge une série que nous suivons de près : la fausse banque orbisbank.org, inscrite quatre jours plus tôt par l’autorité suisse, reposait sur le même socle, une charte soignée, des chiffres ronds et aucun agrément vérifiable.
Les gestes utiles quand un versement est déjà parti
Ce qui reste utile se joue sur trois séries de pièces. D’abord la conversation : messages reçus, adresse d’expédition exacte, date et heure, pièces jointes, coordonnées de compte communiquées par le site. Ensuite la trace du paiement : pour un virement, une demande écrite à votre banque de rappel des fonds et d’identification du bénéficiaire réel ; pour un coupon Transcash, Neosurf ou PCS, le talon, le numéro de coupon et le point de vente, qui permettent de tracer l’encaissement ; pour un transfert en crypto-actifs, l’identifiant de l’opération et l’adresse de destination. Enfin la déclaration : signalement de la fraude auprès du service public compétent, puis plainte, qui peut être déposée avec ce que vous avez réuni. Le détail des justificatifs à joindre et la manière de les classer figurent sur notre page dédiée à la plainte pénale.
L’entretien ci-dessous a été accordé par Me Goce Novakov, avocat au barreau de Paris. Il y traite du jugement d’une affaire d’escroquerie, de l’indemnisation obtenue par les victimes et de ce qu’un établissement doit contrôler avant de laisser filer un virement.
Ce que l’on nous demande au sujet de cette vitrine
Aucun agrément ne lui a été délivré. L’adresse est portée, depuis le 26 octobre 2026, sur la liste des sites non autorisés que tiennent l’ACPR et l’AMF. Deux libellés y sont associés : « Crédits livrets paiements assurances », puis « Usurpation Professionnel ». Les sociétés qui portent ce nom n’exploitent pas ce site, et l’autorisation que sa notice légale revendique ne correspond à rien de vérifiable.
Parce qu’ils ont été recopiés. Le SIREN 325 952 224 correspond à STELLANTIS FINANCIAL SERVICES EUROPE, immatriculée en 1982, et le SIREN 652 034 638 à BANQUE STELLANTIS FRANCE, immatriculée en 1965 : deux sociétés réelles et actives, sans lien avec l’exploitation du site et nullement responsables de cette vitrine. Un numéro d’immatriculation est public, et le reprendre prouve seulement qu’on sait le recopier.
Par un écrit à votre banque, le jour même, demandant le rappel des fonds et l’identité du bénéficiaire réel. Gardez ensuite les messages, les coordonnées de compte transmises par la vitrine et les talons de coupons s’il y en a, signalez la fraude, puis déposez plainte avec ces pièces. Le délai pèse davantage que l’ordre exact : plus tôt la banque réceptrice est saisie, plus une restitution demeure possible.
Ce que ce dossier montre tient en une phrase : endosser l’état civil complet de sociétés réelles, agrément compris, coûte aujourd’hui moins d’effort que d’obtenir une autorisation, et la liste commune met ensuite des semaines à rattraper le nom. Les personnes visées par ce type de montage cherchent un placement qui rapporte davantage qu’un livret ordinaire, un financement que les banques classiques refusent, ou un interlocuteur capable de recevoir un héritage : elles arrivent par une publicité, un message ou un parrainage, et trouvent une vitrine propre, un identifiant qui résout et un conseiller qui répond. Vérifier à qui appartient réellement une adresse, et de quelle autorisation son exploitant se réclame, reste l’étape la moins coûteuse de tout le parcours.
Un versement est parti vers banque-stellantis.com ?
Racontez-nous ce qui s’est passé. Nos juristes passent en revue les messages que vous avez gardés, le trajet de l’argent et les documents fournis par la banque réceptrice, avant de vous dire quelles voies restent ouvertes, en restitution comme en justice.


