Le 23 juillet 2026, la Financial Conduct Authority britannique publiait un avertissement au nom de « SPRINGB / SPRING TRUST BANK ». Le 26 juillet, l’adresse springtrustbnk.com était déposée chez le même bureau d’enregistrement que celle que la fiche désigne. Le 24 octobre, cette dernière basculait en « client hold » et quittait le DNS. Ce 27 octobre, la vitrine apparue dans l’intervalle propose toujours l’ouverture d’un compte courant en ligne, sous le même nom.
Sommaire
- Un avertissement publié le 23 juillet, une adresse déposée le 26
- Sous la marque, la prose d’UBS est restée presque intacte
- Aucune autorisation affichée, trois adresses qui se contredisent
- Le même serveur héberge une seconde banque fantôme
- Un guichet taillé pour capter, pas pour servir
- Ce qu’il reste à faire quand le virement est parti
- Spring Trust : les réponses aux demandes reçues depuis l’avertissement
Un avertissement publié le 23 juillet, une adresse déposée le 26
La fiche britannique est nominative et datée. Elle s’intitule « SPRINGB / SPRING TRUST BANK » et porte une adresse au 214 North Tryon Street, à Charlotte, en Caroline du Nord, un téléphone dont les derniers chiffres seuls sont montrés (+193…5837), un courriel masqué, et un site : spring-trustba.cc. La page précise que cette firme n’est pas autorisée au Royaume-Uni, qu’elle peut y démarcher des clients, et que ceux-ci n’auront accès ni au Financial Ombudsman Service ni au fonds d’indemnisation britannique. La fiche d’avertissement de la FCA reste consultable.
Le domaine qu’elle nomme a une histoire courte, et déjà refermée. Déposé le 17 octobre 2025 et prévu pour expirer le 17 octobre 2027, spring-trustba.cc porte aujourd’hui trois statuts de blocage chez le registre : client hold, interdiction de transfert, interdiction de mise à jour. Le client hold est le plus lourd des trois, puisqu’il suspend la délégation même du nom. Sa dernière modification date du 24 octobre 2026, et il ne résout plus : ni l’apex, ni la version avec www ne rendent d’adresse IP.
L’adresse que nous examinons ici a été déposée le 26 juillet 2026 à 03 h 05 UTC, trois jours après la publication de l’avertissement. Elle est inscrite jusqu’au 26 juillet 2027 chez Spaceship, Inc., sous deux serveurs de noms qui lui sont propres, ns13 et ns14.my-control-panel.com, avec le seul statut « client transfer prohibited ». Son titulaire n’est pas publié. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Il faut être précis sur ce que ces dates établissent, et sur ce qu’elles n’établissent pas. Rien, dans les registres publics, ne démontre que les deux adresses aient appartenu au même titulaire : celle de 2025 n’a plus d’enregistrement DNS à interroger, et celle de juillet 2026 garde son propriétaire masqué. Ce qui se constate tient en trois éléments qui convergent : le nom, le bureau d’enregistrement, et un intervalle de soixante-douze heures entre l’avertissement et la mise en service d’une adresse neuve. Un relevé technique situe la première apparition de springtrustbnk.com au 29 juillet 2026, trois jours après son dépôt.
Dernière mise à jour : 27 octobre 2026
📄 Document
Le haut de la page servie par springtrustbnk.com le 27 octobre 2026 est conservé dans le fichier ci-dessous : la bannière « Open our Current Account Online », les trois compteurs laissés à zéro et le bandeau d’adresse « Chicago 12, Melborne City, USA » qui coiffe chaque page du site. Trois repères qui suffisent à rattacher un courriel ou un relevé à cette interface précise.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Sous la marque, la prose d’UBS est restée presque intacte
La page « About Us » de springtrustbnk.com ne décrit pas une banque américaine de trois mois. Elle reproduit la présentation institutionnelle d’UBS. On y lit, dans l’ordre : « Our Group CEO Ralph Hamers talks about our purpose and strategy. », puis « With four interdependent divisions, we operate across the globe. We are the world’s largest and only truly global wealth manager. », puis « Our historic headquarters at Bahnhofstrasse 45 in Zurich have gone through many changes throughout the ages. », et enfin « Annual Review 2021 ».
La comparaison est vérifiable sans outil particulier. Une copie archivée de la page « Our Firm » du site ubs.com, datée du 11 novembre 2021, porte ces quatre passages à l’identique. Il suffit de lire les deux pages côte à côte.
Le détail qui achève le constat est ailleurs. La page écrit : « Fun fact – DBGL does not stand for Union Bank of Switzerland. In fact, that was one of the more than 370 financial firms that have, since 1862, become part of today’s DBGL. » Chez UBS, cette phrase explique que le sigle ne signifie pas Union Bank of Switzerland. Ici, le sigle a été remplacé par un autre, « DBGL », sans que la phrase soit réécrite : elle affirme donc que DBGL ne veut pas dire Union Bank of Switzerland, ce qui ne veut rien dire, et laisse voir le remplacement à la chaîne qui a produit la page.
Ce reliquat n’est pas isolé. La page « Services » évoque les « DBGL international banking centers », le « DBGL’s global network », et le moment où les équipes mobilisent « the best of DBGL worldwide ». La page « Investment Bank » demande pourquoi les clients choisissent « DBGL Investment Bank ». Quatre pages au moins gardent ainsi la trace du gabarit d’origine, sous une marque ajoutée après coup.
Les chiffres viennent du même endroit. « 350 branches », « offices in over 45 countries », « 70,000 employees », « world’s largest wealth manager » : ce sont les ordres de grandeur d’une banque suisse installée depuis 1862, appliqués à un nom déposé le 26 juillet 2026 et servi depuis une adresse IP unique.
Aucune autorisation affichée, trois adresses qui se contredisent
Sur les treize pages que nous avons relevées, aucune ne porte de numéro d’autorisation, d’immatriculation de société, ni le nom d’un régulateur. Le seul identifiant que la vitrine donne d’elle-même est une adresse de courriel, [email protected]. Une institution qui revendique trois cent cinquante agences et une présence dans quarante-cinq pays n’affiche ni licence, ni numéro d’enregistrement, ni autorité de tutelle.
Les adresses, elles, ne s’accordent pas. Chaque page du site coiffe son bloc de contact d’un « Chicago 12, Melborne City, USA » : Melbourne orthographié à l’anglaise, placé aux États-Unis, dans une rue numérotée à la manière d’un gabarit. La page Contact annonce, elle, « 9 Lower Thames Street, London, Greater London, EC4R 3DU, United Kingdom ». Le pied de page liste trois agences : Californie, « Man City » et New York. La fiche de la FCA, de son côté, retient Charlotte, en Caroline du Nord. Quatre localisations, aucun lien entre elles.
Le reste de la page tient du formulaire à moitié rempli. Le site affiche « 40 Years of Experiense », avec la faute, et trois compteurs restés à zéro : « 0k+ Happy Clients », « 0Bn Total Transection », « 0+ Branchs in USA ». Le numéro présenté comme celui des urgences y est tronqué à ses quatre derniers chiffres, sur la page où l’on attend précisément qu’un client appelle. Le copyright, enfin, porte « 2025 ».
Le même serveur héberge une seconde banque fantôme
springtrustbnk.com résout vers 198.251.84.95. Une seconde vitrine, crownstonebnk.com, résout vers la même adresse. Les deux noms partagent le même bureau d’enregistrement, Spaceship, Inc., la même paire de serveurs de noms, ns13 et ns14.my-control-panel.com, et la même terminaison « bnk » mise à la place de « bank ». Crownstone a été déposé le 10 mars 2026, soit quatre mois avant Spring Trust.
La comparaison des pages est plus parlante que celle des registres. Crownstone s’intitule « Crown Stone Bank » et sert la même phrase d’accroche : « This statistic is based on our average personal current account online opening time from the last 12 months. » On y retrouve le bandeau « Chicago 12, Melborne City, USA », la formule « 40 Years of Experiense », le bouton « Open our Current Account Online » et le pied de page à trois agences. Deux marques, un seul gabarit, un seul serveur.
L’hébergement est un serveur unique, localisé au Luxembourg d’après nos relevés d’infrastructure, derrière le serveur web LiteSpeed. Rien dans cette pile ne correspond à ce qu’une banque à trois cent cinquante agences installerait pour recevoir une clientèle, et la parenté des deux vitrines écarte l’hypothèse d’un développement sur mesure.
Un guichet taillé pour capter, pas pour servir
La première requête adressée au site ne rend pas la page d’accueil. Elle rend un écran « Bot Verification », signé LiteSpeed, qui charge un défi de calcul Altcha et le soumet à l’adresse /.lsrecap/recaptcha avant de laisser passer. Notre premier appel, avec un identifiant de navigateur ordinaire, est tombé sur cet écran ; la page n’est venue qu’ensuite. Le domaine est donc actif, et protégé contre les visites non sollicitées.
La partie applicative repose sur un cadre de développement PHP courant : les cookies de session s’appellent XSRF-TOKEN et springtrust_session, marqués httponly, secure et samesite=lax. Le certificat est un certificat à joker, *.springtrustbnk.com, émis par Let’s Encrypt le 7 octobre 2026 et valable jusqu’au 5 janvier 2027, d’empreinte SHA-256 d9789807. Le serveur parle HTTP/2, annonce HTTP/3, compresse en Brotli et ne déclare aucun système de gestion de contenu.
Ce que le site ne porte pas est aussi instructif que ce qu’il porte. Aucune balise de mesure d’audience, aucun jeu de données structurées, aucun module de conversation, aucune mention de générateur : une page d’accueil de soixante-deux kilo-octets, treize scripts locaux, jQuery, Bootstrap, Owl, Isotope, Fancybox, un calculateur de mensualités, et rien d’autre. Pour une institution qui revendique cette surface, l’absence de tout outillage de suivi est un manque, pas une sobriété.
Reste le seul organe réellement fonctionnel : le formulaire de connexion. Il demande une adresse de courriel et un mot de passe, et les transmet à /login. Autour, la mécanique est vide : /register rend une erreur 500, /dashboard renvoie vers /login, /api répond 404, /logout n’accepte qu’une méthode que la page n’emploie pas. Un guichet dont l’inscription est hors service et dont l’espace client n’existe pas ne sert qu’à une chose : recueillir des identifiants.
Ce qu’il reste à faire quand le virement est parti
Les personnes qui arrivent sur ce genre de vitrine ont presque toujours déjà versé. Le parcours est régulier : un premier échange par courriel à [email protected], une proposition d’ouverture de compte, des coordonnées bancaires à utiliser pour un virement, puis des frais réclamés avant tout retrait. Notre analyse ne permet pas de dire combien de personnes ont été touchées ; elle permet de dire que la seule fonctionnalité aboutie du site est celle qui recueille les identifiants.
Pour comprendre les mécanismes de détournement qui entourent ce type de versement, nous relayons l’intervention de Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, consacrée à la fraude au faux RIB et au détournement de virements : substitution des coordonnées bancaires, contrôle de l’IBAN, contre-appel, et responsabilité des intervenants.
Les gestes utiles se jouent sur deux plans distincts, et il faut les tenir ensemble : préserver, puis réclamer. Côté conservation, tout ce qui porte une trace vaut mieux qu’un récit reconstitué de mémoire : les messages échangés avec [email protected], l’IBAN transmis par la vitrine, les copies d’écran de l’espace client, les avis d’opéré. Ce sont ces pièces qui permettront de dire à quelle interface un versement se rattache. Côté réclamation, il faut écrire à sa propre banque le jour même, demander le blocage du transfert et faire nommer le titulaire du compte qui l’a encaissé.
Le dépôt de plainte complète ce socle. Il se prépare avec les mêmes pièces, et il gagne à nommer précisément springtrustbnk.com, l’adresse de courriel utilisée et les coordonnées bancaires communiquées. Les voies civiles et pénales ouvertes dans ce type de dossier sont détaillées sur la page Le pénal : porter plainte, que nous tenons à jour.
Deux dossiers voisins éclairent la comparaison. Banque Stellantis, inscrite sur la liste commune de l’ACPR et de l’AMF le 26 octobre 2026 pour avoir recopié les identifiants de sociétés réelles, montre à quoi ressemble une vitrine rattrapée par les listes officielles. Wellbeing Service BNK, plus ancien, documente la même terminaison « bnk » et la même sortie du registre : un nom qui s’efface, une clientèle qui reste avec ses versements.
Spring Trust : les réponses aux demandes reçues depuis l’avertissement
Aucune des treize pages du site ne porte de numéro d’autorisation, d’immatriculation ou de référence à un régulateur. L’autorité britannique a publié le 23 juillet 2026 un avertissement au nom de « SPRINGB / SPRING TRUST BANK », mais la fiche désigne le site spring-trustba.cc : rien n’établit qu’elle visait l’adresse springtrustbnk.com, et la proximité des noms ne suffit pas à les confondre. Ce qui est certain, c’est que l’adresse examinée ici n’affiche, elle, aucune autorisation vérifiable.
Parce que le texte a été recopié. Les passages consacrés au directeur général Ralph Hamers, aux quatre divisions du groupe, au siège de la Bahnhofstrasse 45 à Zurich et à l’« Annual Review 2021 » figurent à l’identique sur une copie archivée de la page institutionnelle d’UBS datée du 11 novembre 2021. Le sigle d’origine a été remplacé par « DBGL » dans la plupart des phrases, sauf dans celle qui énumère « Union Bank of Switzerland » en toutes lettres : le remplacement s’est arrêté là, et le reliquat est resté en ligne.
Cette note est un indice, pas une preuve : elle agrège des signaux publics et ne dit rien du fonctionnement réel du guichet. Elle est consultable sur la fiche ScamDoc de springtrustbnk.com, et elle rejoint ce que montrent les registres : un nom déposé le 26 juillet 2026, un titulaire masqué et aucune autorisation affichée. La décision de verser des fonds ne devrait jamais reposer sur ce seul score, mais sur la vérification de l’exploitant et de son autorisation.
Ce que ce dossier laisse voir tient à un enchaînement, pas à un site. Un nom est fiché le 23 juillet par l’autorité britannique ; trois jours plus tard, une adresse neuve le reprend chez le même bureau d’enregistrement ; trois mois après, l’adresse fichée est gelée et la remplaçante continue de servir les mêmes pages, dont la prose est celle d’UBS. Les personnes que ce montage vise cherchent une banque capable de recevoir un virement, d’ouvrir un compte à distance ou de financer un projet que les réseaux classiques refusent ; elles trouvent une interface propre, un contact qui répond et une adresse qui résout. Savoir qui détient un nom de domaine, et sous quel agrément son gérant prétend agir, demande quelques minutes et ne réclame aucune compétence : c’est le seul contrôle de toute cette chaîne qui ne coûte rien.
Un virement est parti vers springtrustbnk.com ?
Décrivez-nous la séquence, du premier courriel reçu à l’IBAN communiqué et aux frais réclamés avant le retrait. Nos juristes relisent avec vous les pièces en votre possession et les réponses de votre banque, puis désignent ce qui peut encore être opposé, en restitution ou devant un juge.


