Aide-sociale.eco arnaque : un SIREN réel, des promesses de courtier

Le 3 novembre 2026, le fichier commun des autorités de supervision a ouvert une ligne au nom de aide-sociale.eco, sous deux qualifications : « Crédits livrets paiements assurances » et « Usurpation Professionnel ». La colonne qui porte habituellement la dénomination de l’exploitant est restée vide : ce sont les seuls mots du domaine qui ont été inscrits ce jour-là. La vitrine, elle, s’affiche sans interruption et se présente comme une association d’accompagnement chargée de récupérer des aides publiques oubliées et de renégocier des crédits travaux.

Une inscription du 3 novembre qui ne nomme personne

Le relevé provient du fichier que tiennent ensemble l’ACPR et l’AMF, consultable sur la page des listes noires des autorités. La ligne est courte : l’adresse du site, aucune dénomination, deux qualifications, et la date du 3 novembre 2026. Un moteur qui ne répondrait plus rendrait ce silence ininterprétable ; la même requête, lancée au même moment sur un nom témoin déjà documenté, a rendu deux lignes. La recherche fonctionne donc, et l’absence de nom de société en face de aide-sociale.eco est un fait, pas un défaut de lecture.

Les deux mentions portées par le fichier ne disent pas la même chose. La première, « Crédits livrets paiements assurances », correspond au périmètre où le démarchage sur l’épargne, le prêt et la couverture d’emprunt est réservé aux professionnels habilités. La seconde mention qualifie l’emprunt d’une qualité professionnelle : celui qui l’arbore se fait passer pour un intermédiaire habilité qu’il n’est pas. Le fichier ne précise ni la société imitée, ni le support de l’imitation, et il faut donc lire la vitrine elle-même pour comprendre ce qui a été repris.

Dernière mise à jour : 4 novembre 2026

📄 Document

La pièce ci-dessous fixe l’accueil de aide-sociale.eco au 4 novembre 2026. Elle enchaîne le bandeau « AIDES OUBLIÉES + OPTIMISATION CRÉDIT », la promesse de réduire le coût de l’installation « jusqu’à −65 % » et le formulaire de simulation, dont les quatre champs de contact précèdent le dépôt d’un échéancier de crédit.

Page d'accueil de aide-sociale.eco

Le SIREN affiché appartient à une association de Luneray

En bas de page, puis dans les mentions légales, la vitrine donne un état civil complet : ASSOCIATION AIDE SOCIALE CARITATIVE, sigle AASC, association déclarée créée le 2 mai 2016, siège au 22 place René Coty à Luneray (76810), SIREN 821 671 583, SIRET 821 671 583 00044, code d’activité 88.99B, téléphone 05 54 54 31 00 et adresse de courrier [email protected]. Ces numéros ne sont pas inventés. Le registre national des entreprises porte bien cette entité sous ce SIREN, avec la même adresse, la même date de création et le même code 88.99B, qui désigne l’action sociale sans hébergement. L’établissement siège y est enregistré depuis le 29 juillet 2022, l’entité compte quatre établissements dont un seul ouvert, et sa situation administrative est active.

Ce que le registre décrit, en revanche, est une structure d’action sociale, et non un cabinet de courtage. La vitrine, elle, annonce deux métiers qui n’ont rien de caritatif : le montage de dossiers d’aides à la rénovation et la renégociation de prêts immobiliers. Un détail géographique ajoute à la distance entre les deux : l’indicatif 05 54 renvoie au Sud-Ouest, à plusieurs centaines de kilomètres du siège annoncé en Seine-Maritime. Rien, dans les pièces consultées, n’établit que cette association exploite la page ; rien n’établit non plus qu’elle en tire le moindre produit. La seule chose certaine est que son identité complète, jusqu’au SIRET de son siège, est reproduite sur un site que le régulateur vient de ficher. Les ressorts de ce démarchage, factures gonflées et promesses de prime, sont ceux que nous avons décrits dans notre enquête sur l’escroquerie aux panneaux solaires.

Un domaine ouvert le 26 avril, des pages légales datées du même jour

Le registre du domaine situe l’enregistrement de aide-sociale.eco au 26 avril 2026, à 8 h 53 UTC, avec une échéance au 26 avril 2027 et un dernier changement de titulaire le 25 juin 2026. Le bureau d’enregistrement est Tucows, par son service OpenSRS, le titulaire déclare un pays de résidence français sans livrer de nom, et les serveurs de noms appartiennent à l’infrastructure Comodo. Le site a donc huit mois, ce qui n’interdit rien, mais qui rend intéressante la lecture des pages légales : mentions légales, politique de confidentialité et conditions d’utilisation portent toutes la même date de mise à jour, le 26 avril 2026, soit le jour exact de la création du nom.

Le pied de page affiche pourtant un copyright 2018, et la section « Pourquoi nous choisir » revendique « plus de 10 ans d’expérience » dans la rénovation énergétique. Ces trois dates ne peuvent pas être vraies ensemble. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Netlify dans les mentions, Web.com dans les en-têtes

Les mentions légales désignent un hébergeur : Netlify, société de San Francisco, avec son adresse californienne. Les réponses du serveur disent autre chose. La page est servie depuis l’adresse 74.91.138.130, avec un serveur openresty en version 1.31.1.1 et un en-tête de cache qui appartient à l’infrastructure de Web.com, sans aucun passage par un réseau de diffusion. Le certificat, émis par RapidSSL le 28 octobre 2026 et valable jusqu’au 14 mai 2027, couvre le nom et sa variante avec www. La page elle-même porte une date de dernière modification au 25 mai 2026. Aucun de ces éléments ne correspond à la plateforme annoncée, et le décalage n’est pas cosmétique : c’est la première pièce qui montre que la déclaration légale a été rédigée ailleurs que là où le site est fabriqué.

Le reste de la page est d’une sobriété qui contredit le discours commercial. Une feuille de style unique, une police chargée chez Google, aucun outil de mesure d’audience visible, aucun espace réservé à un compte. Les adresses de connexion, d’inscription et de tableau de bord ont été testées une par une : les quatre répondent en erreur 404. Il n’existe donc aucun dossier client consultable, aucune trace de suivi, aucun endroit où un adhérent pourrait relire ce qu’il a envoyé. L’accompagnement annoncé ne se matérialise que par un rappel téléphonique.

L’échéancier de crédit part vers un script Google

Le formulaire de simulation demande le prénom, le nom, le courrier électronique, le téléphone, la ville, le type d’installation, l’état du financement et, en pièce jointe, l’échéancier du crédit travaux, présenté comme « recommandé pour une simulation précise ». La politique de confidentialité annonce de son côté la collecte de la tranche de revenus et de l’avis d’imposition. Le traitement de ces pièces ne passe par aucun serveur de l’éditeur : le script de la page convertit chaque fichier en base64 et l’envoie, avec les réponses du formulaire, à une adresse script.google.com, c’est-à-dire à un compte Google. Le document qui porte le capital emprunté, le taux, la durée et les mensualités d’un particulier quitte donc la France pour une boîte de réception dont rien, sur la page, ne permet d’identifier le titulaire.

Les mentions légales promettent pourtant un traitement encadré, avec des démarches auprès de l’Anah, de banques partenaires et de fournisseurs d’énergie. Aucun de ces partenaires n’est nommé, aucun numéro d’habilitation n’est affiché, et la page ne renvoie vers aucune société de courtage inscrite. Le seul repère extérieur vient de ScamDoc, qui crédite ce domaine d’un indice de confiance de 1 %, agrégé à partir des signalements déposés par les internautes : consulter la fiche ScamDoc de aide-sociale.eco. Un indice de cette nature ne prouve rien en lui-même, il résume un faisceau de plaintes.

0,42 % et 12 000 foyers : les chiffres de la vitrine

La démonstration repose sur un cas chiffré, présenté comme réel : un crédit de 29 900 € sur douze ans, contracté à 6,5 %, ramené à 0,42 % avec une mensualité qui passe de 298 à 213 € et un coût des intérêts qui tombe de 13 000 à 826 €. Un taux de 0,42 % sur douze ans, à capital et durée identiques, ne correspond à aucune renégociation : c’est le niveau d’un prêt relais ou d’un taux promotionnel sur une durée très courte, et il n’est proposé par aucun réseau bancaire français sur un crédit travaux de cette maturité. Le tableau annonce en outre une économie totale possible de 31 500 €, un « taux de récupération » de 95 % et 12 000 foyers accompagnés. Aucun de ces chiffres ne renvoie à un document vérifiable, et les trois témoignages mis en avant sont signés de deux initiales et d’un prénom, sans ville contrôlable ni facture. Le procédé rappelle celui du faux courtier credit-financea.com, dont la plateforme a fini par couper l’accès.

Le modèle économique décrit pose une seconde question. La page répète que le service est gratuit et que les conseillers « sont rémunérés par nos partenaires, jamais par vous ». Or les aides qu’elle prétend récupérer, MaPrimeRénov’ et les primes d’économie d’énergie, sont versées par l’Anah et par les fournisseurs d’énergie obligés, qui ne rémunèrent pas d’intermédiaire pour un dossier déjà clos. La rémunération vient donc, en pratique, de la revente du dossier de crédit à un organisme de rachat ou à un courtier, et c’est précisément ce que la qualification « Usurpation Professionnel » vient marquer : une activité d’intermédiation présentée sous l’étiquette d’une association caritative.

Ce qu’il reste à faire quand le dossier est parti

Le contentieux de ces dossiers se joue souvent sur un point de droit bancaire : savoir devant quelle juridiction assigner un établissement étranger qui a reçu les fonds, et sur quel fondement lui reprocher un défaut de vigilance. Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, en expose la mécanique dans une intervention reprise ci-dessous et consultable depuis sa page de présentation.

Pour un particulier qui a déjà rempli le formulaire, l’urgence n’est pas le remboursement des aides annoncées, mais la maîtrise de ce qui circule. Trois pièces se conservent le jour même : la copie de l’écran de confirmation affiché après l’envoi, l’échéancier transmis et l’horodatage de l’appel qui a suivi. Il faut ensuite écrire à sa banque pour signaler que des données de crédit ont été communiquées à un tiers non identifié, et demander le relevé des prélèvements des six derniers mois, au cas où un mandat de prélèvement aurait été créé à cette occasion. Si un versement a été effectué au titre de frais de dossier, la démarche passe par le dépôt de plainte, en joignant ces éléments datés.

Quatre questions sur une promesse d’aides retrouvées

Peut-on vraiment récupérer une aide à la rénovation plusieurs mois après les travaux ?

Une aide non versée peut parfois être régularisée, mais la demande se fait auprès de l’organisme qui la finance, l’Anah pour MaPrimeRénov’, le fournisseur d’énergie pour les primes d’économie d’énergie, et dans un délai qui court à partir de la fin des travaux. Aucun intermédiaire ne dispose d’un accès privilégié à ces fonds, et aucun ne peut promettre un montant avant d’avoir vu la facture et l’attestation du dossier initial.

Que devient l’échéancier de crédit envoyé sur aide-sociale.eco ?

Le fichier est converti dans le navigateur puis transmis à un script hébergé chez Google, avec le nom, le téléphone et la ville du demandeur. Il n’existe aucun espace client sur le site pour le consulter ou le supprimer. Une demande d’effacement doit donc être adressée à l’adresse de courrier publiée par la vitrine, en joignant la date et les pièces de l’envoi.

Un taux de 0,42 % sur un crédit travaux de douze ans est-il possible ?

Non, pas sous forme de renégociation à capital et durée identiques. Un tel niveau correspond à des montages très particuliers, sur des durées courtes et avec des garanties lourdes. Une banque qui reprend un crédit de 29 900 € sur douze ans propose un taux de marché, et l’offre doit être écrite, datée, chiffrée et accompagnée d’une notice d’information.

Faut-il payer pour obtenir la récupération d’aides ou l’étude d’un crédit ?

L’étude d’un dossier d’aides publiques est gratuite. Une société qui facture des frais de dossier, une avance sur prime ou une somme au titre de la constitution du dossier doit remettre un contrat écrit mentionnant son habilitation. Une association caritative n’a pas qualité pour négocier un crédit, et une structure qui le fait sans le dire doit être signalée.

aide-sociale.eco n’est pas un service d’aide : c’est une page de captation qui emprunte l’état civil d’une association de Seine-Maritime, promet des taux qu’aucun prêteur ne pratique et fait transiter des échéanciers de crédit vers une boîte de réception Google. Le dossier est compliqué par un point de chronologie : la ligne du 3 novembre 2026 a été ouverte sans qu’aucune société soit nommée en face du domaine, ce qui laisse au demandeur le soin de faire lui-même le lien entre le site, l’association affichée et l’appel qu’il a reçu. BrokerDefense replace ces pièces dans l’ordre utile, la date du formulaire, la copie de l’échéancier transmis, le numéro qui a rappelé ensuite, avant toute décision.

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