Le domaine globalpipmarkets.com se présente, ce 4 novembre 2026, comme la vitrine d’un courtier de CFD installé à New York, fort de neuf bureaux dans le monde, de « 40+ récompenses internationales » et d’une assurance des fonds de la clientèle « jusqu’à 1 000 000 de dollars ». Une page secondaire du même domaine, consacrée aux questions courantes, ajoute une précision d’apparence rassurante : la société y est dite « officiellement enregistrée au Royaume-Uni sous le numéro de société 08683932 ».
Ce numéro existe. Il désigne ALLBIT LTD, immatriculée en Angleterre le 10 septembre 2013, dont le siège est un local de Rotherham, Unit 10 Enterprise Court, Farfield Park, S63 5DB, et dont l’activité déclarée, code 47910, est la vente à distance. La fiche du registre britannique la donne active, à jour de ses comptes au 30 septembre 2025 et de sa déclaration de confirmation au 10 septembre 2026, sans aucun nom antérieur. Rien dans ce dossier ne touche au courtage, aux changes ou aux crypto-actifs, et le mot ALLBIT n’apparaît nulle part sur le site. L’enseigne ne se réclame donc pas d’une société qui lui ressemblerait : elle reprend l’immatriculation d’une entreprise réelle pour se donner une existence légale.
Dernière mise à jour : 4 novembre 2026
📄 Pièce jointe
L’image reproduit la page d’accueil telle qu’elle s’affichait le 4 novembre 2026 : fond sombre, menu de produits, bandeau de cours de cryptomonnaies, compteur d’activité présenté comme du direct, et la formule « Regulated • Secure • Professional ». Ni raison sociale, ni adresse, ni numéro d’agrément n’y apparaissent.

Sommaire
- Une immatriculation publique, donc simple à recopier
- Seychelles, Chypre, Royaume-Uni : trois histoires pour un seul domaine
- Des formules à 25 % et 156 % posées sur une vitrine de trading
- Un siège à New York, neuf adresses de prestige, et les Américains écartés
- Un nom ouvert le 22 mai 2026, servi depuis le New Jersey
- Ce qu’il reste à réunir quand les versements sont partis
- Trois vérifications à mener avant tout versement
Une immatriculation publique, donc simple à recopier
Un numéro de société britannique n’est pas un secret : il s’obtient en quelques secondes, et il suffit ensuite de le recopier sur son propre site pour hériter de l’apparence d’une personne morale. C’est exactement ce que produit la page des questions courantes, qui répond « oui » à la question de savoir si l’enseigne est une société enregistrée, puis cite le matricule d’une entreprise de vente par correspondance du Yorkshire. Aucun dirigeant, aucun établissement bancaire, aucun auditeur n’est nommé dans la réponse. Le procédé est d’autant plus discret qu’une entreprise de cette taille ne publie presque rien : sa fiche se limite à une adresse, un code d’activité et des comptes annuels au format micro-entreprise.
La comparaison avec un courtier réellement habilité tourne court. Celui-ci affiche une raison sociale qui correspond à son numéro, une adresse de siège identique au registre, un numéro d’agrément délivré par une autorité identifiable, et l’ensemble se retrouve aux registres de cette autorité. Ici, les neuf pages que nous avons parcourues ne portent aucune raison sociale : la formule « GlobalPip market » est employée partout comme un nom commercial, y compris dans la phrase des conditions générales qui décrit le traitement des données personnelles. Un lecteur qui cherche à savoir avec qui il contracte ne trouve, en tout et pour tout, qu’un matricule emprunté.
Seychelles, Chypre, Royaume-Uni : trois histoires pour un seul domaine
La page « Regulation and Licensing » du site empile deux statuts supplémentaires, en deux paragraphes qui se contredisent à voix haute. Le premier attribue à l’enseigne un enregistrement aux Seychelles sous le numéro 709718501, avec une licence délivrée par la Financial Services Authority de l’archipel. Le second affirme que « GlobalPip market est un nom commercial de GlobalPip market, enregistré sous le numéro HE 19818009 », présenté comme une société d’investissement chypriote agréée par la CySEC au titre de la directive MiFID II. La phrase se mord la queue : l’entité dont l’enseigne serait le nom commercial est l’enseigne elle-même, et aucun nom de société n’apparaît dans le membre de phrase où il devrait se trouver.
Le registre chypriote a été interrogé le 4 novembre 2026, sur les deux listes que la CySEC publie en clair : celle des sociétés d’investissement agréées, et celle des sociétés dont l’agrément a été retiré. La première pèse 973 007 octets, la seconde 740 584 octets ; ni l’une ni l’autre ne contient la chaîne « globalpip », la graphie « Global Pip », ni le numéro 19818009. Un agrément chypriote s’accompagne par ailleurs d’une liste de domaines approuvés, publiée par le régulateur : le nom n’y figure pas davantage. La liste des domaines non approuvés de la CySEC, téléchargée le même jour, compte 708 entrées datées et ne mentionne pas ce domaine non plus, ce qui exclut l’hypothèse d’un avertissement public que le site aurait omis de citer.
Restent les Seychelles. Le numéro y est avancé sans le nom de la société qui le porterait, sans adresse, sans numéro de licence et sans la moindre pièce téléchargeable. Un tel matricule ne se vérifie donc pas depuis l’extérieur, et c’est précisément ce qui le rend commode. À l’inverse, la page des listes noires de l’Autorité des marchés financiers, consultée le 4 novembre 2026, n’a rendu aucune ligne à ce nom : on parle ici d’une absence dans les listes publiées à cette date, jamais d’une garantie de régularité. Deux liens du menu, « Legal & Regulation » et « Rules », renvoient d’ailleurs une page d’erreur, et la seule mention « Licensed and regulated trading platform » du site apparaît en bas du formulaire d’inscription, sans autorité ni numéro.
Des formules à 25 % et 156 % posées sur une vitrine de trading
La page d’accueil ne vend pas seulement des contrats sur différence. Elle aligne quinze formules d’investissement, chacune accompagnée d’un pourcentage suivi de la mention « / Trade » et de la promesse d’un « retour du capital à l’échéance ». La grille affiche 1,2 %, 1,5 %, 2 %, 2,5 %, 3,1 %, 3,5 %, 4 %, 5 %, 5,5 %, 6 %, 8 %, puis 25 % pour une formule « Basic Plan », 40 % pour une « Crypto Growth Plan », 100 % pour une « Premium Beginner Plan » et 156 % pour une formule d’essai. Les mises d’entrée commencent à 10 dollars, les plafonds montent à 75 000 dollars, et le paiement passe par PerfectMoney ou par cryptomonnaie : bitcoin, ethereum, litecoin, dogecoin, tron, tether en deux réseaux.
Une structure de ce type ne se rémunère pas comme un courtier. Un intermédiaire qui exécute des ordres vit de la différence entre prix d’achat et prix de vente, et le risque de marché reste porté par le client. Ici, le rendement est annoncé à l’avance, attaché à une durée, et complété par un programme d’appoint à quatre niveaux qui verse 7 %, 3 %, 2 % puis 1 % sur les dépôts des filleuls. La page des questions courantes assume le montage : elle décrit « une équipe de développeurs de l’industrie des cryptomonnaies » dont « le principal avantage est un robot de trading unique », et précise que la plateforme ne réclame pas d’informations personnelles, seulement un identifiant, une adresse électronique et un numéro de portefeuille pour les retraits. Le formulaire d’inscription, lui, demande le nom complet, le téléphone et le pays, et la politique de confidentialité énumère les pièces d’identité, le justificatif de domicile et l’origine des fonds exigés au titre de la lutte contre le blanchiment. Les deux textes ne décrivent pas la même entreprise.
Un siège à New York, neuf adresses de prestige, et les Américains écartés
La page de contact installe la société au 11 Grace Avenue, bureau 108, Great Neck, dans l’État de New York, et joint un numéro dont l’indicatif, 702, correspond au Nevada. Neuf implantations sont ensuite décrites, avec des adresses qui sont celles de quartiers d’affaires parmi les plus connus : 1 Canada Square à Canary Wharf, Mainzer Landstrasse 50 à Francfort, Bahnhofstrasse 64 à Zurich, One Raffles Quay à Singapour, l’International Finance Centre de Hong Kong, le Marunouchi Building de Tokyo, 301 Howard Street à San Francisco et 199 Bay Street à Toronto. Aucune de ces lignes ne mentionne de société locataire, de numéro de bureau ni de téléphone local, et la même page annonce des horaires d’ouverture pour chacune, comme s’il s’agissait d’agences ouvertes au public.
La contradiction la plus nette vient de la FAQ, qui précise que la société « ne travaille pas et n’accepte pas de dépôts de résidents américains », et demande au candidat de cocher une case attestant qu’il n’est pas citoyen des États-Unis. Un courtier dont le siège est à New York n’écarte pas les résidents américains par une case à cocher. Deux adresses électroniques sont publiées sur la même page : l’une sur le domaine du site, l’autre sur globalpipcapital.com, un nom qui ne résout plus aujourd’hui, faute d’enregistrement A, et sur lequel aucun message ne peut donc être remis.
Un nom ouvert le 22 mai 2026, servi depuis le New Jersey
Le registre du domaine situe sa création au 22 mai 2026, à 14 h 44 UTC, chez Dynadot, avec une échéance fixée à la même date en 2027 ; le statut de blocage de transfert apparaît deux minutes plus tard. Les serveurs de noms relèvent de l’infrastructure d’hébergement, vda2900a et vda2900b.trouble-free.net, et la zone n’est pas signée. La fiche publique ne porte ni nom de titulaire, ni organisation, ni adresse : seuls le bureau d’enregistrement et les dates y figurent.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Le reste de la pile technique confirme une mise en service récente et standardisée. Le certificat qui protège l’adresse est un joker émis par Let’s Encrypt le 3 octobre 2026, sous l’autorité intermédiaire YE1, valable jusqu’au 1er janvier 2027 pour le domaine et sa variante avec www. Le site répond depuis 206.72.206.88, une adresse annoncée comme vda2900b.trouble-free.net, hébergée par Interserver à Union City, dans le New Jersey. La première trace d’archivage publique de la page d’accueil date du 18 juillet 2026. Côté logiciel, les en-têtes et les cookies désignent une application Laravel, servie par LiteSpeed, avec Tailwind chargé depuis son CDN, Alpine.js, jQuery, Font Awesome, les polices de Google, des modules TradingView pour les graphiques, un bandeau de cours fourni par Coinlib, un module de traduction GTranslate et une messagerie JivoSite : trente-deux technologies réparties en seize familles, dont aucune ne relève d’une infrastructure de courtage.
Un détail de la page d’accueil achève la description. Le bandeau « Live Trading Activity », marqué d’un point vert et présenté comme un flux en direct, est alimenté par un script présent dans le code de la page : une classe y tient trois tableaux figés, cinquante villes, vingt-quatre montants allant de 1 250 à 225 000 dollars, et trois actions possibles, « invested », « withdrawn » et « earned ». Le script tire ces valeurs au hasard toutes les huit à vingt secondes et les présente comme des opérations de clients. Aucune donnée de marché, aucun compte, aucune transaction réelle n’alimente ce bandeau. Le site de notation communautaire ScamDoc place en outre ce domaine à 1 % de confiance, et cette évaluation est consultable librement.
Ce qu’il reste à réunir quand les versements sont partis
Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, revient dans l’entretien ci-dessous sur une fraude au faux RIB ayant détourné 200 000 euros lors d’un achat immobilier, et sur les vérifications qui permettent de repérer une coordonnée bancaire substituée avant d’ordonner un virement. Le détail de son activité se lit sur la page de Maître Anne Bernard-Dussaulx.
Pour une personne ayant déjà alimenté un compte sur globalpipmarkets.com, l’utile se joue dans ce qui peut encore être produit, et vite. Cinq pièces se réunissent sans attendre : les relevés des paiements adressés en PerfectMoney ou en cryptomonnaie, avec l’identifiant de transaction et l’adresse de destination ; les courriels et messages du chat JivoSite échangés avec l’opérateur, en-têtes compris ; les captures des écrans de solde et des formules souscrites, qui disparaîtront avec l’accès ; le nom du référent qui a permis l’inscription, puisque le programme à quatre niveaux laisse une trace nominative ; et l’historique des appels, avec le numéro affiché à chaque entretien.
Deux démarches se mènent en parallèle. La première est bancaire : réclamer à son établissement, par courrier, l’extrait des mouvements des six derniers mois, y joindre la preuve que les sommes sont parties vers un intermédiaire qui ne correspond à aucune personne morale inscrite sous ce nom, et écarter toute demande complémentaire présentée comme des frais de déblocage ou de retrait. La seconde est judiciaire : une plainte pénale appuyée sur ces pièces, doublée d’un signalement aux autorités de marché, l’Autorité des marchés financiers pour la France et la CySEC pour l’argument chypriote avancé par le site.
Trois vérifications à mener avant tout versement
Non. Le site revendique trois statuts, aux Seychelles, à Chypre et au Royaume-Uni, mais aucun ne se retrouve aux registres correspondants. Les listes de la CySEC, sociétés agréées et sociétés dont l’agrément a été retiré, ne portent ni ce nom ni le numéro HE 19818009 cité par la page « Regulation and Licensing ». Le numéro britannique affiché appartient à une autre entreprise, sans lien avec le courtage. Un courtier régulé publie une raison sociale, une adresse de siège et un numéro d’agrément que l’autorité confirme.
Il correspond à ALLBIT LTD, société immatriculée en Angleterre en 2013, dont le siège est à Rotherham et l’activité déclarée la vente à distance. Cette entreprise est réelle et à jour de ses obligations, mais elle n’exerce aucune activité de courtage, et son nom n’apparaît pas une seule fois sur le site. Citer un matricule public ne crée aucun lien juridique : seul le nom porté au registre désigne la société avec laquelle on contracte.
La restitution ne passe presque jamais par la plateforme, qui n’a ni agrément ni entité identifiable, mais par la banque ayant exécuté les paiements et par la procédure pénale. Ce qui fait la différence, c’est l’archive constituée avant que l’accès ne se ferme : identifiants de transaction, adresses de portefeuille destinataires, échanges écrits, captures d’écran datées et coordonnées du référent. Plus elle est complète, plus l’analyse du devoir de vigilance de l’établissement bancaire est solide.
Deux enquêtes publiées ces derniers jours prolongent ce constat. Sur une vitrine qui empilait elle aussi les sigles réglementaires sans jamais produire de numéro de licence, le cas Velarendect montre comment une page de mentions légales peut rester vide tout en rassurant. Sur les adresses de prestige, le dossier Marbrisse décrit un bureau annoncé à Canary Wharf derrière lequel aucune société ne se présente, et une grille de dépôts montée jusqu’au million d’euros.
Ce dossier tient dans un écart de nature juridique. D’un côté, trois juridictions annoncées, quinze formules de rendement, neuf bureaux et un bandeau d’activité en direct ; de l’autre, une seule immatriculation vérifiable, et elle appartient à une entreprise de vente par correspondance du Yorkshire. Les personnes démarchées ont donc pu déposer des fonds, en cryptomonnaie ou par porteur de paiement, au profit d’une entité qui n’a jamais existé sous ce nom. C’est la banque ayant exécuté les virements, ou l’émetteur du porteur, qui devra ensuite répondre de son propre défaut de vigilance, et c’est pourquoi les pièces réunies dans les jours qui suivent le versement pèsent plus lourd que toute démarche intentée des mois plus tard.


