Prime Yield Assets arnaque : deux tutelles, aucune fiche au registre

La vitrine s’ouvre sur une promesse chiffrée et une adresse anglaise. primeyieldassets.com, en ligne ce 4 novembre 2026, propose quatre formules d’épargne en bitcoins annoncées à 3, 4, 5 et 6 % de rendement quotidien, un tableau de bord à ouvrir en quelques minutes et un programme de parrainage de 10 %. Le pied de page ajoute un siège à Taunton, dans le Somerset, et une référence à la Securities and Exchange Commission des États-Unis. Le nom de domaine, lui, a été enregistré le 13 avril 2026.

Trois éléments de cette présentation se vérifient en quelques minutes, et aucun ne résiste. Les deux autorités citées ne rendent aucune fiche au nom de l’enseigne, le numéro d’immatriculation britannique affiché ne correspond à rien, et le texte légal de la page d’accueil décrit une organisation qui n’existe plus depuis trois ans. Ce sont ces pièces, et non le discours commercial, qui donnent la mesure du dossier.

Ce que les deux registres cités répondent au nom de l’enseigne

Le bas de chaque page porte une double prétention, rédigée en anglais. On y lit d’abord que la société « est réglementée par la Securities and Exchange Commission des États-Unis », l’autorité fédérale des marchés américains, puis qu’elle est « un courtier en investissement enregistré, membre de la Securities and Exchange Commission, de l’Investment Industry Regulatory Organization of Canada (IIROC) et du Canadian Investor Protection Fund (CIPF) ». La même zone annonce une adhésion à la Financial Commission, présentée comme un organisme de règlement des litiges du secteur des changes.

La Securities and Exchange Commission n’agrée pas des sites d’épargne. Elle enregistre des émetteurs de titres et des professionnels de marché, et sa base publique de dépôts est consultable gratuitement. Interrogée ce jour sous les deux graphies de l’enseigne, celle du domaine et celle du nom commercial, elle ne restitue aucune société. Aucun numéro d’enregistrement, aucun formulaire déposé, aucune mention de cette activité dans les dépôts américains.

La référence canadienne trahit autre chose. L’organisme cité sous ses initiales IIROC a fusionné avec son homologue des courtiers en épargne le 1er janvier 2023 pour devenir le CIRO, l’organisme canadien de réglementation du secteur financier. Une vitrine créée en 2026 qui invoque encore l’ancien sigle n’a pas rédigé son texte : elle a recopié un modèle plus ancien, et le contrôle de conformité qui allait avec.

La page « À propos » promet une pièce plus précise encore. À la question de savoir si la société est dûment enregistrée, elle répond : « oui, nous sommes officiellement et dûment enregistrés au registre des sociétés du Royaume-Uni, notre numéro d’enregistrement est R2335443 et nous sommes enregistrés sous le nom Bluegate Investments LTD ». Deux requêtes suffisent à vider la phrase. Le numéro R2335443 ne renvoie aucune fiche : l’interface publique du registre britannique répond qu’aucun dossier ne porte ce numéro. Quant au nom, il existe, mais il désigne une petite société de gestion immobilière d’Amersham, dans le Buckinghamshire, immatriculée en mai 2004 sous le numéro 05132966, dont l’activité déclarée est la location de biens propres, et qui a été radiée le 16 décembre 2025. Aucune de ses activités déclarées ne relève du courtage, des changes ou des actifs numériques, et le nom de cette société n’apparaît nulle part ailleurs sur la vitrine.

Le régulateur français n’apporte pas de pièce contraire. Les listes noires de l’Autorité des marchés financiers, accessibles depuis son espace épargnants, ne portent aucune ligne à ce nom en date du 4 novembre 2026. L’enseigne n’y est pas signalée, ce qui ne lui confère aucune garantie et ne retire rien aux constats qui précèdent.

Une dernière ligne de la même page achève de dater le document. Pour expliquer comment demander un retrait, la réponse invite le lecteur à cliquer sur le bouton « WITHDRAW » en haut de « votre tableau de bord zenith trade ». L’enseigne précédente du modèle est restée dans le texte, sous les yeux du visiteur.

Dernière mise à jour : 4 novembre 2026

📄 Copie

La pièce conservée ci-dessous montre l’accueil de primeyieldassets.com tel qu’il répondait le 4 novembre 2026. On y voit le bandeau « Take A Bold Step To Change Your World », la bande des quatre formules chiffrées en pourcentage quotidien, puis la colonne de contact où le téléphone est remplacé par le nom de la marque. Ces trois écrans suffisent à situer l’interface qu’un versement a pu croiser.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Accueil de primeyieldassets.com le 4 novembre 2026, bandeau de promesse et formules de rendement

Des plans à 3 % par jour, un total de 5 760 %

Le catalogue d’épargne est présenté trois fois, en trois versions, pour les cryptomonnaies, l’immobilier et le pétrole brut. Les montants d’entrée sont identiques d’une version à l’autre : 300 dollars pour la formule dite Beginner, 5 100 dollars pour la Basic, 20 100 pour l’Advanced, 50 100 pour la Professional, le plafond de cette dernière étant fixé à 500 000 dollars. Les taux annoncés suivent la même progression, de 3 % à 6 % par jour selon le palier, avec un retrait hebdomadaire, un bonus de parrainage de 10 % et un financement par portefeuille de bitcoins.

La colonne « Total Profit » de la version cryptomonnaies affiche 135 %, 225 %, 486 % et 5 760 %. Ce dernier chiffre n’a aucune cohérence interne : à 6 % par jour, une progression composée sur la durée de vie annoncée de la plateforme produit des ordres de grandeur sans rapport avec 5 760 %, et une progression simple sur 960 jours, qui correspondrait à la valeur affichée, ne s’arrête à aucun des paliers proposés. Les trois autres versions du même tableau portent d’ailleurs des totaux fixes, 10 % puis 14 %, sans lien avec le taux quotidien affiché juste au-dessus. Le calcul a été saisi à la main, une fois, et recopié.

La mécanique n’est pas nouvelle. Un rendement quotidien présenté comme garanti sur un actif volatil n’a pas d’autre objet que d’alimenter les versements des nouveaux arrivants, et le bonus de parrainage transforme chaque client en apporteur d’affaires. Un dossier voisin, documenté sur ce site, repose sur la même grille de paliers : la vitrine Kronentradergpt annonçait elle aussi des seuils d’entrée à quatre chiffres et un pourcentage quotidien. Un autre cas montre ce que devient un contrat signé sous une enseigne précédente : le dossier AEA Growth portait encore le nom de la marque d’origine dans ses propres conditions.

Un domaine d’avril 2026, une zone chez Cloudflare

Le registre place l’ouverture du nom au 13 avril 2026, l’échéance au 13 avril 2027, et la dernière modification du dossier au 18 mai 2026. Le bureau d’enregistrement est OwnRegistrar, déclaré auprès de l’ICANN sous l’identifiant 1250, et le titulaire n’est pas publié : aucune organisation, aucune adresse, aucun pays ne figure dans la réponse du registre. Le nom est verrouillé contre tout transfert, ce qui protège l’opérateur d’une reprise par un tiers autant que d’une saisie amiable.

La zone est déléguée à Cloudflare, avec deux serveurs de noms de ce réseau, et le trafic passe par ses adresses. Le courrier électronique est confié à un serveur dont le nom est dérivé d’une empreinte technique, et la déclaration d’expédition autorise une adresse d’hébergement unique, distincte du réseau de diffusion. Le certificat présenté est un certificat wildcard Let’s Encrypt émis le 13 septembre 2026 et valable jusqu’au 12 décembre 2026, soit cinq mois après le dépôt du nom : la mise en service du chiffrement est récente, et le joker couvre l’ensemble des sous-domaines. Les en-têtes identifient un serveur PHP en version 8.1.34 derrière le proxy.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Sa page de connexion ouvre un second programme

Derrière l’adresse d’accueil, deux applications cohabitent, et elles ne se parlent pas. La vitrine commerciale est un site en PHP, dont chaque lien renvoie à un fichier relatif : les plans, le pétrole, l’immobilier, le prêt, les mentions légales et le formulaire d’inscription vivent sous un même répertoire, et l’adresse racine du domaine ne les sert qu’après redirection. Le bouton « Create Account » du menu mène à une page d’inscription en PHP, tandis que le formulaire de connexion affiché sur l’accueil envoie vers une seconde application, écrite sur un autre socle, avec un jeton de session et un champ de parrainage invisible.

Cette seconde application possède ses propres adresses : connexion, inscription, mot de passe oublié, et un espace présenté comme un tableau de bord. Interrogé sans session ouverte, ce dernier renvoie vers l’inscription. Les deux programmes portent la même identité visuelle, et rien n’indique au visiteur qu’il change d’application en cliquant sur « Login » plutôt que sur « Create Account ». Pour un dossier de plainte, la distinction compte : le formulaire qui recueille réellement les données d’un épargnant n’est pas celui que la vitrine met en avant.

Vingt-trois avis, trois portraits et des brèves de 2018

La page d’accueil aligne vingt-trois témoignages signés d’un prénom et du mot « Investor ». Plusieurs sont corrompus par l’encodage : l’un se termine par « Really… I’m excited already ??? », un autre affirme « I got my %50 return », et deux remerciements jumeaux expliquent avoir pu « pay my depth », comprenez rembourser une dette. Deux d’entre eux citent nommément la personne qui les aurait parrainés, dans un texte par ailleurs identique. Ce ne sont pas des avis clients : c’est un jeu de phrases de démonstration, repris tel quel, dans lequel seul le nom de l’enseigne a été remplacé.

L’équipe présentée sur la page « À propos » appartient au même fonds de catalogue. Trois portraits professionnels, légendés « Instructor of Mathematics », « Lead Designer » et « Managing Director », sont accompagnés de phrases d’agence de communication : « Dramatically leverage existing fully researched platforms vis-a-vis viral ». L’adresse du siège, Castle Meadows, Huish Champflower, désigne pour sa part un hameau du Somerset, sans rapport avec les bureaux annoncés à New York, en Australie et au Canada. Les brèves de la rubrique Actualités sont datées des 25 septembre, 22 septembre et 28 août 2018, huit ans avant le dépôt du nom, et commentent l’introduction de projets de loi sur les cryptomonnaies devant le Congrès américain.

Deux blocs de la page disent pourtant l’inverse du discours. Le compteur d’activité affiche zéro utilisateur actif, zéro jour de fonctionnement, zéro dépôt et zéro retrait, alors qu’il est présenté comme un relevé en direct. Et la colonne de contact donne, à la place du numéro de téléphone attendu, la chaîne « +primeyieldassets », reprise à l’identique dans le lien de numérotation : le champ a été rempli avec le nom de la marque, jamais avec un numéro. Le seul point de contact réel est une boîte de réception sur le domaine, masquée dans la page par la protection anti-pourriel du diffuseur.

Ce qu’un épargnant doit demander avant de verser

Le dossier se traite par écrit, et il commence par une demande adressée à l’enseigne. Trois pièces méritent d’être réclamées avant tout nouveau versement : le numéro d’agrément de l’autorité citée en pied de page, l’extrait du registre britannique correspondant au numéro d’immatriculation affiché, et l’identité de l’établissement qui tient les fonds. Un opérateur qui ne fournit aucune des trois ne peut pas être vérifié, et l’absence de réponse est elle-même une pièce.

Pour les versements déjà partis, la chronologie vaut preuve. Il faut conserver l’horodatage de chaque transaction en bitcoins, l’adresse de destination, les échanges écrits avec le service, y compris ceux du tchat intégré, les courriels de confirmation et les relevés bancaires des achats d’actifs. La plainte pénale pour escroquerie se dépose auprès du procureur de la République du domicile, ou par signalement en ligne sur la plateforme de plainte du ministère de l’Intérieur ; le dossier doit relier chaque versement à une promesse écrite. Notre guide sur le dépôt de plainte et la procédure pénale détaille les pièces attendues et la façon de les présenter.

Un dernier point concerne la publicité de l’enseigne. La fiche ScamDoc du domaine, consultable à l’adresse fr.scamdoc.com/view/2803580, porte un indice de confiance de 1 %, calculé à partir de l’âge du nom, de l’absence de traces publiques et des signalements reçus. Cet indicateur ne remplace pas une enquête, mais il confirme que le dossier est déjà connu de services de signalement.

Me Goce Novakov exerce au barreau de Paris, et c’est lui qui commente la séquence placée plus bas : un jugement d’escroquerie rendu dans une affaire de courtier frauduleux, où les victimes ont obtenu l’indemnisation intégrale de leurs pertes. La présentation de son cabinet se trouve sur la fiche Maître Goce Novakov.

Le numéro affiché, les plans annoncés, le retrait promis

Peut-on téléphoner à Prime Yield Assets ?

Non. Le seul numéro publié sur la vitrine est la chaîne « +primeyieldassets », reprise dans le lien de numérotation. Aucun indicatif, aucun chiffre : le champ n’a jamais été rempli. Le contact passe donc uniquement par le formulaire et par une adresse de courriel hébergée sur le domaine.

Un rendement de 6 % par jour est-il possible ?

Non. Un rendement quotidien de 6 % multiplie la mise par près de six en trente jours s’il est composé, et aucun placement d’actifs volatils ne le produit de façon régulière. Les 5 760 % affichés sur la formule Professional ne correspondent d’ailleurs à aucun calcul cohérent avec le taux annoncé.

Le numéro R2335443 prouve-t-il une immatriculation au Royaume-Uni ?

Non. Ce numéro ne renvoie aucune fiche dans le registre britannique, et le nom qui l’accompagne, Bluegate Investments LTD, désigne une société immobilière d’Amersham radiée le 16 décembre 2025, sans lien avec le courtage.

Ce qu’un épargnant doit retenir de primeyieldassets.com tient en trois pièces vérifiables : une autorité américaine citée qui ne connaît pas l’enseigne, un numéro d’immatriculation britannique qui ne renvoie à aucune fiche, et une page de contact où le téléphone est remplacé par le nom de la marque. Le reste du site, avec ses quatre paliers de rendement quotidien, ses vingt-trois avis corrompus et ses brèves de 2018, a été assemblé à partir d’un modèle déjà servi sous une autre enseigne. Les personnes qui ont versé des bitcoins à ce service peuvent saisir notre équipe : nous recueillons les pièces, reconstituons le parcours des transferts et orientons les dossiers vers une procédure pénale.

Vous avez versé des fonds à primeyieldassets.com ? Conservez les captures d’écran du tableau de bord, l’historique de vos transactions en bitcoins et les échanges écrits avec le service. Ces pièces sont la base d’un dossier pénal.

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