Omersfinance.ltd arnaque : l’AMF l’avait inscrit au fichier Forex

Omersfinance.ltd a servi de vitrine à une enseigne d’investissement qui se présentait comme « Omers Finance » : elle revendiquait pour partenaires Binance, Crypto.com, la FCA et la banque centrale du Canada sans avancer un seul numéro d’autorisation, et ne nommait ni société exploitante, ni siège, ni coordonnées utilisables.

Le régulateur français avait inscrit ce nom au fichier Forex de sa liste noire dès le 2 août 2023, deux jours avant notre premier article, et cette inscription n’a jamais été levée. Nos vérifications du 15 septembre 2026 confirment que le nom a quitté le registre du .ltd et ne résout plus : la vitrine de cette arnaque a disparu, mais le constat du 27 juillet 2023, ses dix captures d’écran et ses deux pages source restent la meilleure trace de ce qui a été proposé.

Dernière mise à jour : 15/09/2026

Le régulateur avait rangé ce nom au fichier Forex deux jours avant notre article

La fiche du régulateur consacrée à omersfinance.ltd porte une date d’inscription du 2 août 2023 dans le fichier Forex de l’Autorité des marchés financiers. Notre premier article, publié le 4 août 2023, décrivait la vitrine sans relever cette inscription : le dossier était pourtant déjà public depuis quarante-huit heures. La formulation officielle reproduite sur cette fiche est sans ambiguïté : « Cet acteur n’est pas autorisé par l’Autorité des marchés financiers (AMF) à proposer certains services ou placements financiers en France. » Le libellé retenu par le régulateur est « Forex ». Cette inscription n’a jamais été levée : elle reste publiée à ce jour, alors que le nom a quitté le registre du .ltd depuis.

Notre constat du 27 juillet 2023 avait, lui, documenté la vitrine six jours avant cette inscription. Les calendriers du régulateur et de nos vérifications sont indépendants : la coïncidence de dates ne signifie pas que l’un aurait déclenché l’autre.

Un détail renforce l’observation : le lot publié le 2 août 2023 dans ce fichier ne comporte que deux noms, omersfinance.ltd et edgefinance.ltd. Tous deux sont construits en .ltd et bâtis sur le même modèle de nom. Le nom edgefinance.ltd ne résout pas davantage aujourd’hui. La date de cette inscription est celle d’une publication du régulateur, qui regroupe des dossiers instruits séparément : ce rapprochement décrit un mode de fabrication de noms, rien de plus.

D’autres noms du même fichier Forex ont fait l’objet de dossiers BrokerDefense dans la même période : le dossier consacré à un autre nom du fichier Forex, relevé le 13 juillet 2023, et la marque Micron Group, relevée le même mois de juillet 2023. Le régulateur tient ces listes à la disposition du public : la fiche consacrée à ce nom y est consultable librement.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Un nom de mars 2023 dont le .ltd ne garde plus trace

Nos relevés du 27 juillet 2023 établissent que le nom omersfinance.ltd avait été créé le 15 mars 2023. Le fichier d’enregistrement avait été modifié pour la dernière fois le 16 juillet 2023, et l’échéance alors annoncée était fixée au 15 mars 2024. L’enregistrement passait par NameSilo, LLC (identifiant IANA 1479). L’identité du titulaire passait par un service de protection, PrivacyGuardian.org llc, dont l’adresse déclarée se trouve à Phoenix, en Arizona, aux États-Unis. Le verrouillage du transfert était activé, et les serveurs de noms étaient grant.ns.cloudflare.com et jamie.ns.cloudflare.com. La protection du registre n’était pas signée.

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À la date de nos vérifications du 15 septembre 2026, le nom ne résout plus, que ce soit à l’adresse principale ou au préfixe www. Le registre du .ltd ne restitue plus aucune fiche pour ce nom. Un contrôle mené le même jour sur d’autres noms du même registre rend bien les leurs : la disparition de cette fiche est un résultat constaté, pas une panne du registre.

Les copies d’archives publiques racontent le recul progressif de la vitrine. La première copie conservée remonte au 2 avril 2023, soit moins de trois semaines après la création du nom. Des copies régulières suivent, dont une du 6 décembre 2023 pesant 35 635 octets et une du 14 octobre 2024 de 13 681 octets montrant encore la vitrine en place. À partir du 7 novembre 2024, les copies se réduisent à quelques centaines d’octets : 581, 580, 498, 544, 542, 543. La dernière copie conservée date du 12 juillet 2025 et ne pèse que 1 370 octets. Aucune copie n’a été conservée après cette date.

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Les journaux publics de certification complètent ce tableau. Les premiers certificats datent du 15 mars 2023, jour même de la création du nom. Des renouvellements réguliers suivent en 2023 et en 2024. À partir du 3 novembre 2024, des certificats sont délivrés par une nouvelle autorité, GoDaddy.com, Inc. Enfin, entre le 27 juin et le 5 août 2025, une série de certificats couvre des sous-domaines techniques : www, ww12, sitemaps, dev, members, test, api, server1 et un certificat générique. La dernière émission date du 5 août 2025 pour une validité jusqu’au 3 novembre 2025. Ces certificats tardifs portent sur des sous-domaines sans rapport avec une activité de courtage et n’ont pas été suivis d’une remise en service de la vitrine. Le nom a ainsi survécu à ses certificats d’usage courant, mais plus à sa vitrine.

Des partenaires affichés que rien ne vient corroborer

Parmi les éléments conservés par notre constat du 27 juillet 2023, un encart intitulé « Risk warning » retenait l’attention. Il affirmait mot pour mot : « Omers Finance partners are Blockchain, Binance, Crypto.com, FCA, Central bank of Canada. » Nulle part sur le site n’apparaissait un numéro d’autorisation correspondant à la FCA ni à la banque centrale du Canada, et aucune de ces collaborations revendiquées n’était documentée par la moindre pièce jointe, la moindre lettre officielle ou le moindre renvoi vers une base de registre.

Quand ils s'inventent des partenaires.
Les faux partenaires de Omersfinance.ltd, mensonges, mensonges et encore des mensonges !

La page « About Us » déployait un catalogue de promesses commerciales : plus de 400 actifs négociables répartis entre indices, actions, paires de devises et matières premières ; une exécution des ordres présentée comme possible à partir de 0,20 seconde ; des écarts de cotation décrits comme les plus serrés du marché ; une négociation accessible depuis n’importe quel appareil ; des signaux de négociation et des alertes. Ces affirmations n’étaient soutenues par aucune infrastructure visible ni par aucune documentation technique accessible au visiteur.

La même page alignait des compteurs destinés à rassurer : 1,5 million d’utilisateurs actifs, 400 outils de négociation, 2 000 experts, 1,2 milliard de dollars d’actifs nets. L’apparence visuelle de la vitrine misait sur une présentation institutionnelle, hommes en costume, cotations financières défilantes, schéma explicatif à destination des débutants. Pourtant, aucune société exploitante n’était nommée, aucun siège social n’était indiqué, aucun numéro d’immatriculation n’apparaissait. La vitrine laissait ouverte la question de savoir à qui elle appartenait et selon quel cadre légal elle opérait. L’inscription au fichier Forex de l’AMF tranche cette question.

Omersfinance.ltd est un site qui abonde de fausses promesses
Omersfinance.ltd abonde de fausses déclarations rassurantes

Un WordPress multilingue monté sur un serveur grand public

Nos relevés du 27 juillet 2023 identifient une installation WordPress à la version 6.2, en configuration multisite. Le thème commercial retenu est Noor, et la mise en forme des pages repose sur le constructeur WPBakery. Le module Slider Revolution animait les contenus en page d’accueil ; Contact Form 7 gérait les formulaires ; bbPress ajoutait une couche de forum ; WPML déclarait sept langues : allemand, anglais, espagnol, français, néerlandais, roumain et russe. Cette couverture linguistique étendue suggère un ciblage délibéré de plusieurs marchés européens et non une adaptation ponctuelle.

Du côté des composants d’affichage et de marché, nos relevés ont identifié une bibliothèque de graphiques amCharts et un module de cotations boursières affichant les valeurs de grandes sociétés américaines. Ce module était alimenté par un composant commercial tiers et non par une infrastructure de négociation propre à la plateforme. La bibliothèque d’icônes Font Awesome, une visionneuse d’images, une bibliothèque de chargement différé, une bibliothèque de détection des capacités du navigateur, une bibliothèque d’animation et une gestion du geste tactile complétaient l’habillage visuel.

Restaient enfin les briques d’infrastructure : un enregistrement SPF, une messagerie professionnelle Google, un adressage IPv6, un serveur web LiteSpeed sous PHP 7, et une distribution des ressources assurée par Cloudflare, qui portait tout à la fois la diffusion de contenu, la résolution des noms et l’hébergement. Les certificats successifs avaient été délivrés par Let’s Encrypt, Google Trust Services, une autorité britannique du groupe Sectigo, DigiCert puis GoDaddy. Un greffon de suivi de la relation client HubSpot était également présent, ainsi qu’une API de polices Google, un fil d’actualité et des composants statiques servis depuis un domaine distinct.

Un dernier détail résume la nature du montage : l’image de partage du site, celle qui s’affiche lorsqu’un lien est collé dans une messagerie, pointait encore vers un fichier hébergé sur le serveur de démonstration de l’éditeur du thème Noor, à l’adresse devnoor.pixeldima.com, avec un identifiant de site « sites/31 ». Le socle avait été repris tel quel, sans même que ses visuels de démonstration aient été remplacés. Le relevé établit donc une vitrine ordinaire montée sur un modèle commercial grand public, sans moteur de négociation propre, et il ne dit pas qui exploitait le site.

Un téléphone masqué et une adresse restée illisible

Toute personne qui aurait voulu joindre l’exploitant depuis la vitrine se serait heurtée à un obstacle immédiat. Les numéros de téléphone affichés étaient remplacés par une suite de « XXXX » : aucun chiffre réel n’apparaissait à l’écran. L’adresse de contact se réduisait à une répétition de mots sans contenu, inutilisable pour envoyer un courrier ou identifier un siège. Aucun responsable de traitement des données personnelles n’était nommé sur la vitrine. Ni formulaire de rappel, ni adresse postale exploitable ne figuraient sur les pages conservées par notre constat.

Arnaquer mais rester anonyme avant tout !
Quand le besoin s’en fera ressentir, l’anonymat sera leur meilleure défense

Pour quiconque aurait versé des fonds vers cette plateforme, l’impossibilité de joindre un interlocuteur identifiable faisait partie du dispositif. Conserver l’ensemble des messages échangés avec ce service, les relevés de virements exécutés et les références des opérations bancaires correspondantes constitue, dans ce contexte précis, le point de départ de toute démarche ultérieure.

La question de la responsabilité des établissements bancaires ayant exécuté des virements vers des plateformes de ce type est au cœur de l’entretien enregistré avec Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate installée à Paris et membre du barreau, qui revient sur une condamnation d’établissement bancaire obtenue en faveur d’une victime d’arnaque et sur l’indemnisation que la justice a accordée à la personne trompée.

Ce qui reste ouvrable une fois le nom hors du registre

La disparition d’un nom du registre ne clôt pas le dossier. Notre constat du 27 juillet 2023, dressé suivant la norme AFNOR Z67-147 en vingt et une pages, porteur d’un horodatage qualifié et d’un horodatage de référence, conserve une valeur probante intacte. Il documente l’adresse cible https://omersfinance.ltd, le titre relevé « OmersFinance », dix captures d’écran, deux pages source d’un volume total de 673 680 octets, un journal réseau de 2 934 961 octets et un enregistrement vidéo de 110 431 901 octets. Ces pièces décrivent la vitrine telle qu’elle fonctionnait six jours avant l’inscription au fichier Forex du régulateur.

L’inscription elle-même date l’activité : le régulateur a jugé nécessaire d’inscrire ce nom au 2 août 2023, et cette inscription reste publique à ce jour. Les copies d’archives publiques conservées jusqu’au 12 juillet 2025 attestent que la vitrine a continué d’être accessible bien après cette date. Ces deux séries de pièces se complètent.

Pour les personnes ayant effectué des virements vers les coordonnées bancaires fournies par cette plateforme, il reste utile de rassembler les relevés de ces opérations, les messages échangés avec le service de la plateforme et les références de tout intermédiaire ayant reçu ou transmis les fonds. Reste ouverte la recherche de ce que l’établissement teneur de compte a laissé passer, lui qui a exécuté ces ordres de virement, en particulier lorsqu’un faisceau d’éléments aurait dû l’alerter sur la nature de l’opération.

Les voies pénales ouvertes dans un dossier de ce type, et notamment les conditions de dépôt de plainte, sont détaillées sur notre page consacrée à l’engagement d’une procédure pénale.

Omersfinance.ltd : les questions que le dossier laisse ouvertes

L’inscription d’omersfinance.ltd au fichier Forex de l’AMF est-elle toujours valable aujourd’hui ?

Oui. Relevée le 15 septembre 2026, la fiche du régulateur portant la date d’inscription du 2 août 2023 reste accessible sur le site de l’Autorité des marchés financiers sous la qualification « Forex ». Elle n’a jamais été levée, y compris après que le nom a quitté le registre du .ltd.

Les preuves rassemblées en 2023 sont-elles encore utilisables maintenant que le site a disparu ?

Le constat du 27 juillet 2023, dressé suivant la norme AFNOR Z67-147 et porteur d’un horodatage qualifié et d’un horodatage de référence, conserve toute sa valeur probante indépendamment de l’état actuel du nom. Les dix captures d’écran, les deux pages source, le journal réseau et l’enregistrement vidéo qu’il contient décrivent la vitrine dans son état de fonctionnement. Les copies d’archives publiques conservées jusqu’au 12 juillet 2025 constituent un complément documentaire utilisable dans la même optique.

Pourquoi omersfinance.ltd affichait-il des partenaires comme la FCA ou la banque centrale du Canada sans aucun numéro d’autorisation ?

Aucune explication n’a été fournie par les exploitants de la vitrine, qui n’étaient identifiables ni par leur nom ni par un numéro d’immatriculation. L’encart « Risk warning » citant ces institutions n’était accompagné d’aucune référence vérifiable, d’aucun lien vers un registre officiel et d’aucun document justificatif. L’inscription au fichier Forex de l’AMF établit que l’opérateur n’était pas autorisé à proposer des services financiers en France.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 15/09/2026

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