Arnaque Nitrocapitals.com : l’alerte AMF de 2021 survit au site

Blacklisté par l’AMF en 2021, un nom qui ne mène plus nulle part

Il y a un contraste saisissant entre ce que le registre français du régulateur dit encore aujourd’hui et ce que le réseau répond quand on interroge l’adresse. L’Autorité des marchés financiers a nommé « www.nitrocapitals.com » le 4 octobre 2021 sous la qualification « Forex », et cette inscription est toujours présente dans son fichier au 27 septembre 2026. Mais ce même jour, interrogé à plusieurs reprises sur plusieurs résolveurs publics, le nom ne renvoie plus rien : aucune adresse d’acheminement, aucune boîte de messagerie, aucune délégation, aucun alias. La réponse est celle d’un domaine inexistant dans la zone. Notre premier article sur cette plateforme est paru le 14 octobre 2021, soit dix jours après la nomination par le régulateur. Depuis, la situation a évolué par étapes : le nom a changé de titulaire en août 2025, il n’a pas été renouvelé à l’échéance d’août 2026, et le registre l’a basculé en période de rédemption le 22 septembre 2026.

Ce dossier s’inscrit dans une série plus large que nous suivons depuis plusieurs années, consacrée à des plateformes de trading nommées par le régulateur français dans des circonstances similaires. Deux autres noms de cette série méritent d’être rappelés ici : aroxcapital.com et ostrumgroup.com, deux adresses figurant dans le même lot de mises en garde du régulateur, sans que nous affirmions pour autant l’existence d’un lien d’exploitation entre ces plateformes.

Dernière mise à jour : 27/09/2026

Deux dates identiques, séparées d’un an

La fiche du registre, lue le 27 septembre 2026, raconte une histoire courte. Le nom a été créé le 9 août 2025 à 18 h 32 UTC. Son échéance était fixée au 9 août 2026 à 18 h 32 minutes 59 secondes, soit exactement la même heure un an plus tard. Cette échéance n’a pas été honorée. La dernière modification du dossier remonte au 22 septembre 2026 à 07 h 12 UTC, date à laquelle le statut est passé en période de rédemption.

Le bureau d’enregistrement est Dropcatching Names LLC, dont le nom annonce lui-même l’activité : la reprise de noms de domaine expirés, rachetés au moment où ils tombent dans le domaine disponible après l’abandon de leur titulaire précédent. Son service d’interrogation répond « aucune correspondance » pour ce nom. Trois serveurs de noms sont déclarés au dossier : deux relèvent d’une place de marché de noms de domaine, et le troisième est un hôte de vérification. Ces trois serveurs sont inopérants pour ce qui concerne la desserte du nom, puisqu’il a quitté la zone active.

La période de rédemption mérite une explication précise, car elle est souvent confondue avec une radiation. Ce n’en est pas une. Le nom demeure inscrit au registre durant ce délai de grâce, qui s’étend généralement sur une trentaine de jours. Il peut être rétabli si son ancien titulaire en fait la demande dans les formes et règle les frais correspondants. Ce qui a disparu, c’est la desserte : le nom ne répond plus dans la zone DNS, mais son enregistrement subsiste au registre. La nuance est importante pour quiconque chercherait à comprendre ce que signifie l’absence de réponse constatée le 27 septembre 2026.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Seule une inscription de 2021 survit à ce nom

Le fichier tenu par l’Autorité des marchés financiers, consulté le 27 septembre 2026, porte toujours « www.nitrocapitals.com » sous la qualification « Forex », à la date du 4 octobre 2021. Ce fichier compte 3 460 entrées au moment de notre consultation. L’inscription est antérieure de dix jours à notre premier article, et elle approche aujourd’hui de ses cinq ans sans avoir été retirée, à notre connaissance.

Ce qui frappe dans la situation actuelle, c’est le déséquilibre entre ce que l’on trouve encore et ce qui a disparu. La plateforme a cessé d’être servie, le nom a changé de titulaire, la desserte s’est arrêtée, et la seule trace administrative qui tienne encore est cette ligne de 2021, gravée dans un fichier public que le régulateur maintient à jour. Elle est opposable : elle atteste que l’AMF a estimé, à cette date, que cette adresse présentait un risque pour les épargnants, et rien dans le dossier ne suggère que cette appréciation ait été révisée.

Les vérifications menées auprès d’autres autorités confirment l’isolement de ce dossier. Le régulateur chypriote ne retient pas ce nom dans ses propres listes. Aucune société britannique ne correspond à cette marque dans le registre des sociétés du Royaume-Uni, alors que la plateforme affichait un téléphone britannique en 2021, sans numéro d’immatriculation ni siège social identifiable. Pour consulter directement le fichier du régulateur français, vous pouvez vous rendre sur la liste des mises en garde publiée par l’AMF.

Une plateforme bâtie sur une vingtaine de déclinaisons

Les certificats conservés par les journaux de transparence laissent voir une vingtaine de déclinaisons distinctes associées à ce nom : client, portal, api, api2, admin, blog, bot, dev, docs, ftp, m, mail, shop, staging, test, webtrader, platform, crm, secure, ww1 et ww2. Ce découpage n’est pas anodin. Il décrit une infrastructure de trading complète : un espace client, un portail d’accueil, une interface de négociation, un outil d’accès programmatique, un outil de suivi commercial, un service de messagerie, un environnement de test et un environnement de préproduction. L’étendue de ce dispositif indique que la plateforme était construite pour fonctionner à grande échelle, avec des outils distincts pour chaque usage.

Les copies publiques conservées donnent une idée de ce que la vitrine proposait. Celle du 14 octobre 2021, la date de parution de notre premier article, montre une présentation complète : un espace client accessible, des conditions générales, des types de comptes, des horaires de négociation et des listes de marchés européens et américains. Moins de trois semaines plus tard, la copie du 2 novembre 2021 montre une page de connexion à l’espace client, accessible depuis le sous-domaine dédié. La vitrine fonctionnait, et les utilisateurs étaient invités à s’identifier.

La bascule est nette. Les copies du 15 août 2022 et du 8 mars 2023 ne portent plus qu’une mention de chargement, 477 et 479 octets respectivement, sans contenu exploitable. Celle du 8 septembre 2025 fait 114 octets et ne porte rien. L’exploitation de la vitrine s’est arrêtée quelque part entre novembre 2021 et août 2022, et les visites successives postérieures n’ont plus rien trouvé.

Nos relevés sur les certificats comptabilisent une quarantaine d’émissions entre le 24 mai 2021 et le 14 août 2026. La série régulière court du 29 juillet 2022 au 30 juin 2025. Puis, le 10 août 2025, un jour après la création du nouvel enregistrement par Dropcatching Names LLC, un certificat est émis au nom du domaine et de sa déclinaison www. Le 7 août 2026, une nouvelle émission. Les 12, 13 et 14 août 2026, trois émissions successives couvrent blog, client, ftp, portal, api2, bot, docs, m et www. Ces émissions, postérieures au changement de titulaire, correspondent à la période durant laquelle le nom était proposé à la vente pour 995 dollars, avec une option de location, comme l’a relevé une vérification tierce le 15 septembre 2026. Il n’y a plus rien après le 14 août 2026.

Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate du barreau de Paris, revient dans l’entretien ci-dessous sur la condamnation d’une banque à rembourser intégralement des victimes de faux placements : elle y explique comment une indemnisation complète a été obtenue, et pourquoi le manquement de la banque à son devoir de vigilance a été retenu, un raisonnement qui vaut aussi pour les dossiers montés par des plateformes comparables à celle-ci.

Cinq étapes, du premier certificat à la disparition

La chronologie de ce dossier se déroule en cinq temps bien distincts, que nos vérifications permettent de dater avec précision.

Première étape : le 24 mai 2021, le premier certificat est relevé. Le nom est en service, la plateforme existe et commence à émettre des certificats pour sécuriser ses communications.

Deuxième étape : le 4 octobre 2021, le régulateur français inscrit « www.nitrocapitals.com » sous la qualification « Forex ». Dix jours plus tard, notre premier article paraît. Il relève que la plateforme affiche un téléphone britannique sans numéro d’immatriculation dans ses mentions légales, qu’aucun siège social n’est identifiable, et qu’aucune inscription auprès de l’autorité de régulation britannique ne correspond à cette marque.

Troisième étape : à partir du 15 août 2022, les copies publiques ne montrent plus qu’une page de chargement réduite à quelques centaines d’octets. L’exploitation de la vitrine s’arrête là. Les émissions de certificats se poursuivent selon un rythme régulier jusqu’en juin 2025, mais elles ne correspondent plus à aucun contenu accessible.

Quatrième étape : le 9 août 2025 à 18 h 32 UTC, un nouvel enregistrement est créé par Dropcatching Names LLC, dont c’est précisément le métier. Le lendemain, un certificat est émis au nom du domaine et de sa déclinaison www. Des émissions supplémentaires suivent en août 2026, couvrant une large gamme de sous-domaines. Le 15 septembre 2026, une vérification tierce relève une page de mise à l’achat portant ce nom, avec un prix affiché de 995 dollars et une option de location.

Cinquième étape : l’échéance du 9 août 2026 n’est pas honorée. Le registre bascule le dossier en période de rédemption le 22 septembre 2026 à 07 h 12 UTC. Le 27 septembre 2026, aucune requête n’aboutit sur plusieurs résolveurs publics. Il importe de séparer nettement deux plans ici : la rétention du nom au registre, qui est un fait administratif, et l’arrêt de la desserte, qui est un fait technique. Ces deux réalités ne se confondent pas, et aucune des deux ne signifie que le nom a été définitivement radié. La période de rédemption maintient le dossier ouvert pendant un délai limité.

Réponses aux demandes les plus courantes

Trois demandes reviennent régulièrement depuis que la desserte s’est interrompue.

Le nom nitrocapitals.com reste-t-il enregistré, même sans desserte ?

Oui, au 27 septembre 2026, le nom figure toujours au registre du .com sous le statut « période de rédemption ». Ce statut signifie que l’enregistrement subsiste administrativement, mais que le nom a quitté la zone DNS active : aucune requête ne reçoit de réponse utilisable. La desserte est arrêtée, l’enregistrement ne l’est pas encore. Ces deux états sont distincts et ne doivent pas être confondus.

Que signifie la période de rédemption, et le nom peut-il réapparaître ?

La période de rédemption est un délai de grâce accordé après le non-renouvellement d’un nom de domaine. Durant cette période, l’ancien titulaire peut demander le rétablissement du nom en réglant des frais spécifiques. Si personne ne le rétablit dans le délai imparti, le nom entre dans une phase de suppression avant de redevenir disponible à l’enregistrement par tout demandeur. Il n’est donc pas exclu que ce nom réapparaisse sous un nouveau titulaire, ce qui renforce l’importance de conserver toutes les pièces de son dossier.

L’inscription de 2021 au fichier du régulateur sert-elle encore à quelque chose ?

Oui, et elle reste un élément central de tout dossier impliquant cette adresse. L’inscription de l’AMF datée du 4 octobre 2021 est toujours présente dans le fichier au 27 septembre 2026, près de cinq ans après sa publication. Elle est opposable : elle atteste formellement que le régulateur français a estimé que cette plateforme présentait un risque pour les épargnants. Cette inscription peut être invoquée dans le cadre de démarches judiciaires ou amiables, indépendamment de l’état actuel du nom de domaine.

Reprendre un dossier monté sur une adresse muette

La disparition d’une adresse ne clôt pas le dossier de ceux qui ont eu affaire à la plateforme qu’elle hébergeait. Elle le rend plus difficile à instruire, mais pas impossible, à condition de disposer des bonnes pièces.

Ce qui reste d’un dossier monté sur une adresse désormais muette, c’est d’abord ce que l’on a conservé. Les relevés bancaires et les confirmations d’ordre sont essentiels : chaque versement doit pouvoir être daté, chiffré et rattaché à un destinataire identifiable. Les échanges écrits comptent tout autant, qu’il s’agisse de courriels, de messages instantanés ou de transcriptions d’appels, ainsi que les coordonnées depuis lesquelles les relances ont été reçues. Les captures des formulaires d’inscription et les accès communiqués par la plateforme, y compris ceux devenus inutilisables, gardent leur valeur probatoire. Enfin, toute copie datée des pages de la vitrine, obtenue à l’époque où elle était encore accessible, vaut aujourd’hui plus que la somme de ses octets : la vitrine ne peut plus être consultée, et ces captures sont devenues irremplaçables.

L’inscription de 2021 au fichier du régulateur reste opposable et peut servir de point d’appui dans toute démarche, qu’elle soit judiciaire ou amiable. Elle atteste que l’AMF avait identifié cette adresse comme problématique avant même que notre premier article paraisse. La fin de la desserte ne clôt donc rien : elle rend au contraire la conservation des pièces plus urgente, car les sources publiques qui pouvaient compléter un dossier incomplet s’amenuisent avec le temps.

Pour comprendre les voies pénales disponibles dans ce type de situation, nous vous renvoyons à notre page consacrée à les poursuites pénales ouvertes aux victimes d’escroquerie.

Si des fonds ont été adressés à cette plateforme ou à une entité qui se réclamait d’elle, BrokerDefense procède à un examen préalable du dossier avant toute démarche. Cet examen permet d’identifier les pièces disponibles, d’évaluer leur valeur dans le cadre d’un recours et d’orienter vers les démarches les plus adaptées à votre situation. Nous ne promettons aucun résultat, mais nous examinons chaque situation avec les informations que vous pouvez fournir.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 27/09/2026

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