French Legacy arnaque : quatre vitrines, un dossier nommé vbei

frenchlegacyfr.com sert depuis la mi-octobre une page signée « French Legacy » qui promet, en français, un compte de trading de cryptoactifs piloté par une intelligence artificielle, avec accompagnement téléphonique et dépôt minimum. Le répertoire qui la porte s’appelle vbei, et c’est le quatrième de la série en quatre jours : les 27, 28 et 30 octobre, trois autres vitrines ont collecté les coordonnées de visiteurs français par un script identique, rangé au même endroit sur la machine, sous les noms mikw, pater et vead.

Quatre noms en quatre jours, un dossier de campagne nommé vbei

L’adresse de réception du site, /landers/vbei/send.php, interrogée à vide, répond en 200 et déroule quatre avertissements PHP avant tout traitement : trois clés réclamées et absentes, dont « first_name », « email » et « clickid ». Le message d’erreur livre au passage l’emplacement du script sur la machine, /app/public/landers/vbei/send.php. Une requête vide envoyée en POST ne provoque aucun incident : elle rend {"success":true,"data":"\/"}, soit un succès et la racine du site comme destination. On n’a donc pas affaire à un formulaire de banque, mais à une porte d’entrée de campagne laissée en place telle qu’elle a été déposée.

Les trois versions précédentes sont déjà documentées : Immobili Perfetti Vendita le 30 octobre depuis vead, Cimapatrienza.net le 28 octobre depuis pater, et Lierre Boursivo le 27 octobre depuis mikw. Trois habillages sans rapport entre eux (pierre italienne, épargne italienne, bourse française), un seul programme derrière : mêmes avertissements, même champ masqué, même bascule vers le répertoire de campagne.

Le formulaire d’accueil aligne quatre champs lisibles auxquels s’ajoute une entrée masquée, clickid. Sur la page servie, celle-ci vaut dbiebnosbtmc73f2q4m0 et change à chaque visite ; les deux cookies posés dès la première réponse, uclick et bcid, reprennent ce même identifiant. La page déclare en outre une balise de base vers /landers/vbei/ : toutes ses adresses relatives y sont résolues. D’où le résultat des sondes : /terms, /privacy, /contact ou /login tapés à la racine rendent 404, tandis que les mêmes chemins à l’intérieur du répertoire répondent normalement. Le site fonctionne, mais depuis un sous-dossier.

Deux traces d’atelier rapprochent encore cette vitrine de ses aînées. Le fichier js/seo.js commence par une note de fabrique, « Auto-synced from _shared/seo.js », qui indique un tronc commun à plusieurs modèles. Et les annotations du script de validation sont rédigées en slovaque, alors que le fichier équivalent, chez Lierre Boursivo, était commenté en anglais. La langue de celui qui code n’est jamais celle de la page qui reçoit le visiteur.

Dernière mise à jour : 30/10/2026

Document

Ci-dessous, la page d’accueil de frenchlegacyfr.com figée le 30 octobre 2026 : le bandeau « plateforme primée », les trois récompenses annoncées, puis le formulaire de rappel. De quoi dater, plus tard, l’état exact du site au moment d’un débit contesté.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la page d'accueil de French Legacy le 30 octobre 2026

Derrière la marque, personne ne répond d’un versement

La page d’accueil ouvre une section intitulée « Réglementé pour un trading sécurisé », suivie d’une phrase assurant que l’application « respecte les directives financières applicables ». Aucune institution n’est citée : les sigles AMF, ACPR et MiFID n’apparaissent pas une seule fois dans les six pages consultées, et pas un numéro d’agrément, pas un registre, pas une forme sociale n’est publié. Une conformité proclamée sans l’autorité qui la délivre relève du décor, pas du droit.

Le pied de page, lui, défait ce que le titre annonce. Il précise que « la marque French Legacy n’est pas un prestataire de services financiers et n’effectue aucune opération financière », qu’elle sert « uniquement comme outil promotionnel » à des « annonceurs et des courtiers indépendants », puis que l’éditeur du site « n’est pas un établissement financier et ne fournissons pas de services d’investissement ou de trading ». Les conditions générales confirment à leur article 3 : « Nous pouvons vous présenter ou décrire des plateformes tierces ; nous ne sommes pas votre courtier sauf indication expresse. » Un dernier avertissement avoue même l’absence de contrôle, en écrivant que le site ne vérifie « pas leur licence ni leur conformité réglementaire ».

Il reste alors une question que l’épargnant ne pense pas à poser avant de composer un numéro : si personne ici n’est le courtier, quel compte reçoit l’argent ? La vitrine décrit un parcours complet (inscription, appel d’un « représentant », dépôt minimum, stratégies à copier, exécution des ordres jour et nuit) tout en se retirant, en petits caractères, la qualité pour le tenir. L’effet est précis : au moment où un versement devient contestable, plus aucune entité nommée ne porte l’obligation de le rendre.

Trois prix, dix avis, et rien à consulter

La vitrine expose trois récompenses : « Les meilleurs courtiers fintech crypto de 2026 » (Global Forex Awards), « Courtier à la croissance la plus rapide de 2026 » (Global Brands Magazine) et « 2025 : courtier en ligne le plus innovant » (Finance Derivative). Ces organismes existent, la vérification serait donc possible ; elle ne l’est pas ici, car le lien « Voir tous nos prix » placé sous la liste renvoie à l’adresse de la page elle-même. Pas de palmarès, pas de date de cérémonie, pas de classement à ouvrir : la récompense s’affiche, sa source tourne en boucle.

Les données structurées, elles, se contrôlent facilement et racontent autre chose. Le nœud SoftwareApplication fixe le prix de l’application à 220 euros, montant qu’aucun dépôt minimum n’annonce à l’écran, puis affiche cinq étoiles appuyées sur 10 avis, immédiatement suivies d’une liste d’avis vide : "review": []. Le même fichier déclare une page de questions fréquentes dont la liste de questions est vide aussi : "mainEntity": []. Les dix avis qui justifient la note n’existent donc dans aucune donnée, et les questions visibles plus bas ne sont pas celles annoncées aux robots d’indexation.

À l’écran, quatre prénoms suffisent : un analyste quantitatif de 41 ans, une consultante financière de 38 ans, un gestionnaire de portefeuille de 45 ans, une designer indépendante de 34 ans, tous à cinq étoiles, sans date, sans ville, sans plateforme d’avis identifiable. Sur ScamDoc, la fiche ouverte au nom du domaine n’accorde que 25 % de confiance.

Un bandeau d’inscrits qui tourne sur cinquante prénoms

En haut de page, un bandeau « En direct » fait défiler des arrivées : un prénom, un avatar, la mention « vient de rejoindre ». Tout tient dans un fichier de dix-sept kilo-octets, assets/js/activity-bar.js, qui embarque une liste fermée de cinquante prénoms français (Lucas, Alexandre, Pedro, Daniel, Marco, Thomas, Ivan, Maxime, Léo, Noé, Liam, Olivier, et trente-huit autres) et deux portraits par genre, m-i1.webp et w-i1.webp. Aucune inscription réelle n’alimente ce flux : les entrées sortent de la liste au chargement, et l’en-tête du fichier est rédigé en russe.

Le détail le plus parlant ne se lit pas dans le bandeau mais dans la clé que ce code dépose dans le navigateur : activityBarVisitorName__v7-immediate-nextgen. Une vitrine qui vend « French Legacy » conserve donc, dans son propre JavaScript, le nom d’un autre gabarit de la même usine, avec son numéro de version. Les chiffres qui entourent l’ensemble sont du même ordre : « 10,000+ Traders actifs » et « 2.5M+ Transactions exécutées » en pied de page, « des milliers d’utilisateurs actifs » et « plus de 2,5 millions de transactions » sur la page « À propos », laquelle revendique aussi une fondation en 2022 pour un nom déposé en août 2026.

Un nom d’août 2026 sous un certificat d’octobre

Le registre ne laisse aucune place au doute : création le 14 août 2026 chez Sav.com, pour douze mois, titulaire caché et transfert gelé. Les serveurs de noms appartiennent à Cloudflare (danica et henrik), et le domaine répond derrière cette couche, sur deux adresses voisines (188.114.96.3, 188.114.97.3). Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Le certificat, délivré par Google Trust Services (autorité WE1) du 12 octobre 2026 au 10 janvier 2027, vaut pour l’apex comme pour chacun de ses sous-domaines. Toutes les réponses HTTP signalent une origine « Caddy » dissimulée derrière le CDN, autrement dit un serveur unique, et deux compteurs de mesure cohabitent sur un site francophone sans autre marché : un Yandex Metrica (111685149, avec relevé des sessions et des clics) doublé d’un Google Analytics (G-BZJP3J9F82). Les textes légaux portent la date du 1er janvier 2024, révisés le 26 novembre 2024, soit près de vingt mois avant l’existence du domaine qu’ils prétendent encadrer.

Les coordonnées publiées finissent le portrait : un numéro présenté comme parisien, +33 691 710 519, qui est en réalité un mobile (06 91 71 05 19), l’adresse « 10 Rue de la Paix, 75002 Paris » sans la moindre personne morale à côté, et une assistance par courriel hébergée sur le domaine lui-même. Cette adresse, l’une des plus connues de la capitale, est déjà celle de la vitrine italienne de la série. Enfin, aucune zone client n’existe : /login, /dashboard et /team rendent 404, le plan du site est absent, et le fichier robots.txt ne contient qu’un texte type sur l’usage des contenus, sans une directive d’indexation.

Après un versement à French Legacy

Quatre pièces décident de la suite lorsqu’une somme est déjà partie : le bulletin de virement avec sa date et le numéro de compte du destinataire, les relevés montrant le débit, la trace des échanges avec le « représentant » qui a rappelé après le formulaire (numéro entrant, messages, courriels), et les captures de la page au moment du dépôt. Un virement n’ouvre aucun droit de rétractation : la seule voie est une demande de retour adressée sans délai à sa propre agence, en citant le compte qui a reçu les fonds. Chaque journée écoulée réduit la possibilité de les immobiliser. Un paiement par carte ou par portefeuille électronique se traite, lui, auprès de l’émetteur du moyen de paiement, dans les délais de son contrat.

Sur le terrain pénal, ce qu’il faut établir est la mise en scène, et pas seulement le dommage : comment le contact a été noué, les engagements pris de vive voix, la date à laquelle le premier versement a été exigé, et ce que le site affichait alors. Notre guide porter plainte au pénal liste les pièces qu’un parquet réclame et l’ordre dans lequel les rassembler.

Me Anne Bernard-Dussaulx, inscrite au barreau de Paris, dont la présentation figure sur la page du cabinet, explique ci-dessous comment se noue une fraude au faux relevé d’identité bancaire, et par quels contrôles un particulier reprend la main face à sa banque.

French Legacy : les vérifications qui restent à faire

French Legacy est-il réglementé en France ?

Le site l’annonce en titre de section sans nommer une seule autorité : aucune mention de l’Autorité des marchés financiers, de l’ACPR ou d’un enregistrement n’y figure. Le pied de page contredit même l’affirmation, puisqu’il écrit que la marque « n’est pas un prestataire de services financiers » et que l’éditeur ne fournit « pas de services d’investissement ou de trading ». Une plateforme qui propose des cryptoactifs et des CFD à des résidents français doit pouvoir indiquer le fondement de son autorisation.

Où va le numéro saisi dans le formulaire de French Legacy ?

Vers un script de collecte, sans création de compte : le prénom, le nom, l’adresse électronique, le numéro et la référence de clic sont enregistrés par le répertoire de campagne, qui renvoie ensuite vers l’accueil. Aucun identifiant n’est délivré, et nulle part la page ne propose d’espace client : la suite se joue par téléphone, avec un interlocuteur que ne rattache aucune société.

Un virement vers French Legacy peut-il être récupéré ?

La réponse varie selon le canal utilisé et l’ancienneté de l’opération. Pour un virement, un retour de fonds n’a de chances d’aboutir que si la réclamation part vite, par écrit, et cite le compte bénéficiaire ; après quelques jours, les sommes ont en général quitté le compte d’accueil. Pour une carte, la contestation se porte auprès de la banque du porteur, dans les délais prévus au contrat.

Pourquoi la page affiche-t-elle une note de 5 sur 5 ?

Parce que son balisage structuré annonce une note parfaite calculée sur dix avis, tout en laissant la liste des avis vide, et une page de questions fréquentes dont la liste de questions est vide également. Ces données servent aux moteurs de recherche à composer un extrait enrichi : la note apparaît donc dans les résultats sans qu’aucun avis correspondant n’existe dans le code.

Rien de ce que publie French Legacy ne se laisse vérifier : ni les trois récompenses, dont le lien de contrôle ramène à la page elle-même, ni les dix avis qui fondent la note, ni les dix mille traders actifs, ni l’agrément annoncé en titre. Ce qui se vérifie tient en quatre lignes : un nom créé le 14 août 2026 chez Sav.com, un répertoire vbei qui absorbe cinq champs et renvoie vers l’accueil, une adresse parisienne sans personne morale, et un pied de page qui déclare la marque étrangère aux services financiers. BrokerDefense instruit un dossier en rapprochant les pièces fournies par la victime du socle technique constaté : ici, les deux racontent la même chose, à savoir qu’aucune entité identifiable ne porte l’engagement pris au téléphone.

Vous avez viré des fonds après avoir rempli le formulaire de French Legacy et reçu l’appel d’un « représentant » ? Écrivez-nous en joignant la date du versement, le moyen de paiement et l’IBAN du bénéficiaire.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

SERVICE DE VÉRIFICATION

Vérifier le destinataire de votre paiement avant d’effectuer votre virement

ÉTUDE DE TRAÇAGE

Litiges cryptoactifs

SERVICES

BROKER DEFENSE

Offres spécifiques en matière de gestion des litiges dans le domaine de l’investissement et des escroqueries financières.

Ceci pourrait vous intéresser