Patrimoine-solutions.com arnaque : l’inscription a survécu au nom

Le régulateur a retenu un courriel, pas une enseigne

La fiche du régulateur consacrée à cette adresse porte un libellé inhabituellement précis : non pas un nom de domaine brut, mais une adresse construite sur le modèle pré[email protected], inscrite sous la qualification « Usurpation », à la date retenue par le régulateur, le 2 août 2021. Ce choix reflète la réalité du montage : ce que le régulateur français a voulu neutraliser, c’est l’adresse personnalisée dont se servait l’expéditeur pour se faire croire expert, pas une enseigne dotée d’une vitrine.

Cinq ans plus tard, cette entrée figure toujours dans le fichier de listes publié le 11 septembre 2026, tel que nos vérifications du 20 septembre 2026 l’ont constaté. Le texte attaché à cette fiche indique, en substance, qu’aucun agrément du régulateur français ne couvre un tel acteur pour s’adresser au public en matière de services ou de placements financiers.

Le nom de domaine lui-même présente une situation inverse : le fichier des enregistrements des .com ne rend plus aucun résultat pour ce nom depuis notre contrôle du 20 septembre 2026. La mise en garde a donc survécu cinq ans au nom qu’elle visait, ce qui constitue le fait le plus fort du dossier à ce jour.

Dernière mise à jour : 20/09/2026

Les deux vies du nom, séparées par une réinscription de juin 2021

Les copies conservées de patrimoine-solutions.com s’étendent du 16 décembre 2005 au 9 décembre 2018. Durant cette première période, le nom servait un site de défiscalisation immobilière proposant des pages consacrées aux dispositifs Scellier, Robien, LMNP et Girardin, au démembrement de propriété et à la simulation de défiscalisation. L’une de ces pages portait l’intitulé demoulin-patrimoine-solutions.htm, ce qui suggère un positionnement commercial d’un professionnel de la gestion de patrimoine. Aucune copie conservée ne suit le 9 décembre 2018 : le nom a donc disparu du périmètre observable pendant plusieurs années.

La fiche d’enregistrement consultée en 2021 situait la création du nom au 14 juin 2021 et son échéance au 14 juin 2022. Cette réinscription, postérieure de deux ans et demi à la dernière copie connue, marque une rupture nette. De cette seconde vie, aucune page conservée ne subsiste : le nom a été réinscrit, utilisé pour des adresses de démarchage frauduleux, et il ne figure plus aujourd’hui au fichier des enregistrements.

Ce que nous apprend le WHOIS de Patrimoine-solutions.com est précieux.
La fiche d’enregistrement conservée en 2021 situait la création du nom au 14 juin 2021, pour une échéance fixée au 14 juin 2022.

Les deux vies du nom se distinguent donc sans ambiguïté : une activité commerciale documentée jusqu’en 2018, puis une réinscription de courte durée en 2021 dont il ne reste aucune page conservée, et à laquelle l’inscription du régulateur est directement rattachée. Pour aller plus loin sur l’historique des enregistrements successifs, on consultera la fiche WHOIS complète sur DomainTools.

Cette adresse servait à se faire passer pour un conseiller en patrimoine

Notre article d’origine, paru le 23 août 2021, soit vingt et un jours après l’inscription du 2 août 2021, documentait le mécanisme avec précision. Un inconnu prenait contact par courriel en se présentant comme un expert en gestion de patrimoine œuvrant pour « Patrimoine-solutions.com » et promettait à son interlocuteur une affaire prétendument réservée, accessible à un cercle limité.

La clé de la crédibilité reposait sur les adresses elles-mêmes : construites sur le modèle pré[email protected], elles imitaient la messagerie professionnelle d’un cabinet établi. Pour une personne sollicitée ne disposant d’aucun repère sur ce nom, une telle adresse pouvait facilement passer pour celle d’un vrai conseiller rattaché à une structure légitime.

Notre article d’origine soulignait déjà que ces montages ont souvent une durée de vie très courte : la fiche d’enregistrement consultée alors portait une échéance au 14 juin 2022, soit à peine un an après la réinscription. Le nom, lui, ne figure plus aujourd’hui au fichier des enregistrements des .com. Le même schéma, à savoir un nom de domaine réinscrit pour de fausses adresses de contact, se retrouve dans notre dossier d’août 2021 sur l’adresse espace-clients.finagral.com, autre faux gestionnaire de patrimoine dont l’inscription auprès du régulateur français remonte à la même période et dont le nom n’est, lui non plus, plus enregistré : notre dossier finagral en détaille le fonctionnement.

Nos vérifications du jour, et ce qu’elles ne permettent pas de conclure

Nos relevés techniques du 20 septembre 2026 convergent sur un point : patrimoine-solutions.com ne résout plus du tout. Le nom a cessé de répondre sur tous les plans : l’adressage, la messagerie et la zone de texte sont muets, et aucun serveur de noms ne prend le relais. Le fichier des enregistrements des .com ne rend plus aucun résultat pour ce nom : ni bureau d’enregistrement, ni date d’expiration, ni délégation de noms ne peuvent être obtenus. Un contrôle positif effectué le même jour sur un nom enregistré du même registre répond normalement, ce qui confirme que cette absence n’est pas un défaut de l’interrogation.

Nos recherches du 20 septembre 2026 sur les dossiers que tient à jour l’Autorité des marchés financiers confirment que la fiche est toujours active. Rien n’apparaît non plus du côté chypriote, et une recherche dans le registre britannique des sociétés au nom patrimoine-solutions n’a rendu aucune société. Nos vérifications n’ont par ailleurs relevé aucun certificat journalisé dans les journaux publics de certificats pour ce nom, quelle que soit la forme de la requête.

Un point mérite d’être borné sans extrapolation : l’inscription du 2 août 2021 figure dans un relevé qui porte des dizaines d’autres noms inscrits ce même jour. Une date de relevé commune ne prouve ni exploitant commun, ni réseau, ni filiation entre ces entrées. Nos vérifications ne permettent pas de conclure à une structure organisée derrière ce seul constat.

Ce cas n’est pas isolé dans notre suivi de 2026. Notre dossier de septembre 2026 sur pgroup-client.com illustre une configuration voisine : aucune vitrine n’existait derrière le nom, qui ne servait qu’à fournir une adresse de contact visée par le régulateur, sans que le nom lui-même ait jamais été associé à un site accessible.

Les leviers encore disponibles quand plus rien ne résout

La disparition du nom de domaine ne clôt pas les voies de droit. Ce qui demeure exploitable, ce sont les traces laissées par le correspondant lui-même : les courriels reçus depuis les adresses pré[email protected], les ordres de virement conservés, et l’identification de l’établissement bancaire qui a reçu les fonds. C’est sur ce dernier point que la responsabilité peut encore être recherchée : une banque qui laisse passer des virements liés à une usurpation d’identité professionnelle peut voir sa responsabilité engagée, notamment si elle n’a pas appliqué les diligences attendues à la réception de fonds d’origine douteuse.

Déposer plainte reste possible même lorsque le nom a disparu du fichier des enregistrements. Les éléments recueillis lors du démarchage, adresses utilisées, contenu des messages, instructions de virement, constituent des pièces recevables. Les épargnants sollicités qui ont donné suite à ces courriels ont intérêt à conserver l’intégralité des échanges et à identifier l’établissement destinataire avant toute démarche.

Un entretien recueilli auprès de Maître Goce Novakov, avocat que Paris a reçu dans son barreau, revient sur un jugement d’escroquerie rendu par la cour d’appel de Paris et sur l’indemnisation obtenue par des personnes trompées, et sur les conditions dans lesquelles l’établissement qui a reçu les fonds peut voir sa responsabilité engagée quand les virements n’ont pas été contrôlés.

Rassembler les pièces du démarchage et questionner la banque réceptrice

La première démarche concrète consiste à rassembler chaque courriel reçu depuis une adresse bâtie sur le modèle pré[email protected], en conservant l’en-tête technique de chaque message, qui garde la trace de son parcours. Ces en-têtes peuvent être demandés à un technicien ou exportés directement depuis la plupart des clients de messagerie. Ils constituent une pièce à part entière dans un dossier pénal.

Les ordres de virement et les relevés bancaires attestant des sommes transférées doivent être réunis avec les dates précises et les références des bénéficiaires. L’établissement qui a reçu les fonds peut être interpellé par écrit sur les conditions dans lesquelles ces virements ont été traités. Une banque réceptrice n’est pas à l’abri d’une mise en cause si des signaux d’alerte auraient dû la conduire à bloquer les opérations.

Pour construire ce dossier et choisir la voie pénale adaptée, notre équipe a réuni les éléments essentiels sur le cadre pénal applicable et les étapes pour saisir la justice. Une plainte déposée avec des pièces solides, même plusieurs années après les faits, peut conduire à l’ouverture d’une instruction.

Trois points à trancher sur un dossier refermé sans vitrine

Le nom patrimoine-solutions.com peut-il être réinscrit et réutilisé pour de nouveaux démarchages ?

Oui. Un nom qui n’est plus enregistré peut être repris par n’importe quel tiers dès lors qu’il est librement disponible au fichier des enregistrements des .com. L’inscription du régulateur français sous la qualification « Usurpation » reste en revanche active dans le fichier de listes publié le 11 septembre 2026, ce qui permet à toute personne démarchée de vérifier la situation avant de donner suite à un courriel portant ce nom.

La mise en garde du régulateur est-elle toujours valable maintenant que le nom ne résout plus ?

La fiche du régulateur vise l’adresse de courriel pré[email protected], et non le site lui-même. Elle conserve donc toute sa portée : si un correspondant écrit depuis une adresse construite sur ce modèle, la qualification « Usurpation » s’applique indépendamment du fait que le nom ne soit plus enregistré.

Que faire si l’on a répondu à un courriel pré[email protected] et effectué un virement ?

Il faut d’abord conserver l’intégralité des échanges, y compris les en-têtes des messages, puis identifier l’établissement bancaire qui a reçu les fonds et l’interpeller par écrit. Une plainte pénale peut être déposée sur la base de ces pièces. La disparition du nom de domaine ne fait pas obstacle à l’ouverture d’une enquête.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 20/09/2026

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