[MAJ — Site hors ligne] Ngibnk.com arnaque : cinq noms d’emprunt

Ce que le régulateur a inscrit sous le libellé « usurpation »

Le 4 août 2021, la liste des acteurs non autorisés de l’Autorité des marchés financiers a accueilli l’adresse www.ngibnk.com sous le libellé « Usurpation », dix jours avant la parution de notre propre article du 14 août 2021. Au 20 septembre 2026, date de nos dernières vérifications, cette inscription est toujours en vigueur : le nom n’en a jamais été retiré.

La qualification retenue par le régulateur va au-delà du simple défaut d’agrément. Lorsque l’Autorité des marchés financiers inscrit une adresse sous le libellé « Usurpation », elle signifie qu’une identité existante a été empruntée, c’est-à-dire que l’opérateur s’est présenté sous un nom ou une apparence qu’il n’avait pas le droit d’utiliser. Ce n’est pas un manquement de procédure, c’est une tromperie sur l’identité même de l’interlocuteur.

Nos vérifications ont confirmé l’exactitude de la forme inscrite : une recherche sur le nom sans son préfixe www ne rend aucun résultat dans la liste, tandis que la recherche sur www.ngibnk.com remonte normalement. Un contrôle systématique a été mené le jour même sur un autre nom porté par ce fichier : la requête y a livré l’ensemble des données attendues. Notre méthode n’est donc pas en cause.

Dernière mise à jour : 20/09/2026

Comment un seul domaine a porté cinq enseignes commerciales

Comment un domaine unique peut-il servir plusieurs présentations commerciales distinctes sans que cela soit immédiatement visible ? Les certificats journalisés sous ngibnk.com apportent une réponse concrète. Nos relevés techniques en dénombrent dix-neuf, tous délivrés par l’autorité de certification associée à cPanel, éditeur de panneau de contrôle dont le siège est à Houston, au Texas.

La fenêtre d’activité s’étend du 11 décembre 2020, date du premier certificat, au 21 octobre 2021, date du dernier. Ce dernier certificat courait jusqu’au 19 janvier 2022. Aucun certificat n’a été émis après cette date, ce qui délimite avec précision la période pendant laquelle le domaine était servi.

Ces dix-neuf certificats couvrent onze noms d’hôte, répartis entre cinq enseignes commerciales distinctes et un hôte de messagerie. L’enseigne principale regroupe ngibnk.com, www.ngibnk.com et mail.ngibnk.com. Quatre autres noms d’hôte ont été relevés dans les certificats : seguro.ngibnk.com (« seguro » signifiant l’assurance en espagnol), onderling-krediet.ngibnk.com (« onderling krediet » signifiant le crédit mutuel en néerlandais), b2va-bnk.ngibnk.com, et centrimpex-tp-sarl.ngibnk.com. Chacun de ces noms d’hôte apparaît en deux exemplaires dans les certificats, avec et sans le préfixe www.

Il ne nous appartient pas d’affirmer ce que servaient ces sous-domaines ni ce qu’ils affichaient : les certificats journalisés attestent leur existence technique, pas leur contenu. Ce que cette superposition révèle, en revanche, c’est qu’un même domaine a été employé comme support pour plusieurs présentations commerciales portant des noms différents, dans des langues différentes, sur une période d’environ dix mois.

Ce que la page de 2021 laissait déjà apparaître

Ce que notre article du 14 août 2021 avait documenté formait un faisceau de signaux sans ambiguïté. Les liens internes du site ne conduisaient nulle part : chaque clic ramenait l’internaute à la page d’accueil, rendant toute navigation réelle impossible. La page se réclamait pourtant d’une banque implantée dans plus de 76 pays, une prétention difficilement conciliable avec l’absence totale de contenu accessible.

Le site n’existait qu’en français. Pour une entité affirmant opérer sur tous les continents, le choix d’une langue unique révélait la cible réelle : les épargnants francophones. Ni siège social ni numéro de téléphone n’étaient indiqués, et les mentions légales étaient absentes, ce qui rendait tout recours ordinaire impossible dès le premier contact.

Les données d’enregistrement du nom étaient masquées, interdisant d’identifier le titulaire. L’enregistrement lui-même ne portait que sur un an, durée incompatible avec l’exploitation d’un établissement bancaire véritable, qui engage des infrastructures sur plusieurs années. La combinaison de ces éléments formait, dès août 2021, un portrait sans équivoque.

Ce procédé, consistant à reprendre un nom à consonance institutionnelle pour présenter une offre financière sans réalité, n’est pas propre à ce dossier. Nous l’avons documenté la même année avec cedre-invest.com, où le nom d’une société de gestion réelle avait été repris de la même manière pour proposer des placements en vin.

La page servie en 2021 revendiquait une présence dans plus de 76 pays, alors qu’elle n’existait qu’en français.
Une présence revendiquée dans plus de 76 pays, pour une page servie uniquement en français.
L’enregistrement du nom ne laissait apparaître aucun titulaire identifiable et ne portait que sur un an.
Aucun titulaire identifiable sur l’enregistrement du nom, et une durée limitée à un an.

Un enregistrement disparu de la base des .com

Un constat s’impose dès la première interrogation du fichier d’enregistrement des .com, effectuée le 20 septembre 2026 : ngibnk.com n’y figure plus sous aucune forme. L’interrogation ne restitue plus rien. On n’y trouve plus aucun dépositaire, aucune échéance, aucun serveur de noms, et pas la moindre ligne rattachée à cette adresse. Le domaine est sorti du registre.

Pour écarter l’hypothèse d’un défaut de notre méthode, le même registre a été interrogé sur deux noms enregistrés : les deux ont rendu une réponse complète, avec l’ensemble de leurs données. L’absence de ngibnk.com est donc bien réelle. Le nom ne résout plus : ni le domaine, ni sa forme www ne renvoient d’adresse de machine, de serveur de noms ou de zone de messagerie.

Du côté des copies publiques, la situation est tout aussi définitive. Le service d’archivage public du web ne conserve aucune copie de la vitrine sous ce nom, que ce soit pour le domaine, sa forme www ou l’un de ses sous-domaines, selon notre contrôle du 20 septembre 2026. Le seul cliché connu de la page provient d’une plateforme publique d’analyse de page, qui en conserve un exemplaire pris lors d’une analyse datée du 18 octobre 2021.

Ce type de disparition complète, à la fois du registre et des copies disponibles, rappelle le dossier neuebankag.eu, où le nom de la banque liechtensteinoise Neue Bank AG avait été repris et dont le nom est lui aussi sorti du registre depuis.

Il reste possible de reconstituer l’enregistrement disparu à partir de la fiche WHOIS complète sur DomainTools.

Faire établir par la banque le parcours des fonds versés

Retracer les sommes transmises demeure envisageable, alors même que l’adresse a quitté le registre. La première démarche consiste à contacter sans délai l’établissement teneur du compte pour obtenir les pièces des virements exécutés vers les coordonnées bancaires qui avaient été communiquées à l’époque par l’interlocuteur se présentant au nom de la prétendue banque.

Conserver l’intégralité des échanges écrits reçus de cet interlocuteur est indispensable : courriels, messages, documents transmis à l’appui d’une ouverture de compte ou d’un placement. Ces éléments permettent de fixer les dates précises et d’identifier le bénéficiaire réel des fonds, deux informations sans lesquelles aucune démarche ultérieure ne peut aboutir.

La banque qui a reçu ces ordres n’est pas hors du champ : sa diligence peut elle aussi être interrogée. Lorsque les signaux d’alerte étaient visibles dès l’origine, notamment la qualification d’usurpation inscrite par le régulateur, la question de la diligence attendue de l’établissement se pose légitimement.

Maître Anne Bernard-Dussaulx, dont l’ordre qui l’encadre a Paris pour barreau, présente les moyens de défense d’une personne trompée sur un faux investissement, de la réclamation amiable jusqu’à la plainte. L’entretien aborde successivement le recours amiable et le protocole transactionnel, puis la procédure civile et le dépôt de plainte, en partant de la situation concrète d’une personne trompée par ce type de montage.

Les pièces à joindre à une plainte pénale

Les éléments à réunir dans ce dossier sont de plusieurs natures. Viennent en premier les ordres de virement eux-mêmes, accompagnés des relevés de compte correspondants, qui établissent les dates et les montants des transferts effectués vers les coordonnées communiquées par l’interlocuteur. Ces pièces sont indispensables pour chiffrer le préjudice.

S’y ajoutent les courriels et messages reçus de l’interlocuteur qui se présentait au nom de la banque, les coordonnées bancaires qui avaient été indiquées, ainsi que les captures des pages conservées par la plateforme d’analyse de page. Ces éléments permettent de reconstituer la démarche de tromperie et d’étayer la qualification pénale.

La qualification d’usurpation retenue par l’Autorité des marchés financiers sous la date du 4 août 2021 constitue une pièce que les personnes trompées peuvent verser à leur dossier : elle établit que le régulateur lui-même avait identifié et qualifié l’opération avant même que notre article paraisse. Une inscription officielle de cette nature a une valeur dans la démonstration du caractère frauduleux du montage.

Pour les personnes qui souhaitent engager cette démarche, la procédure de plainte ouverte aux personnes trompées est exposée sur notre site.

Un dossier d’usurpation que le silence du domaine ne referme pas

Que le domaine soit sorti du registre ne clôt pas le dossier : l’inscription de l’Autorité des marchés financiers reste active, les certificats journalisés sont permanents, et le cliché de la plateforme d’analyse de page continue d’attester l’existence de la vitrine au 18 octobre 2021. Les preuves techniques survivent à la disparition du nom.

Aucune société ne peut être rattachée à ce nom : nos recherches dans le registre britannique des sociétés et dans la liste des autorités de Chypre n’ont renvoyé aucun résultat. L’opérateur a agi dans un anonymat soigneusement préservé, depuis l’enregistrement masqué jusqu’à l’absence de toute mention légale.

BrokerDefense peut dire, avant toute action, quelles pièces de ce dossier tiennent encore.

Ngibnk.com figure-t-il toujours au fichier des acteurs non autorisés ?

Oui. Au 20 septembre 2026, l’adresse www.ngibnk.com figure toujours sur la liste des acteurs non autorisés de l’Autorité des marchés financiers, sous le libellé « Usurpation ». Cette mention remonte au 4 août 2021 et n’a pas été levée depuis.

Pourquoi ngibnk.com affichait-il plusieurs noms commerciaux différents ?

Nos relevés techniques ont identifié dix-neuf certificats journalisés sous ce domaine, couvrant onze noms d’hôte correspondant à cinq enseignes commerciales distinctes, dont des noms en espagnol et en néerlandais. Un même domaine servait ainsi plusieurs présentations commerciales portant des appellations différentes.

Que faire si j’ai versé des fonds à la suite d’un démarchage venu de ngibnk.com ?

Conservez tous les échanges écrits reçus de l’interlocuteur, les coordonnées bancaires qui vous avaient été communiquées et les ordres de virement exécutés. Contactez votre établissement bancaire pour obtenir les pièces des transferts, puis consultez notre page sur la procédure de plainte. La qualification d’usurpation retenue par le régulateur peut être versée à votre dossier.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 20/09/2026

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