[MAJ — Hors ligne] Newcfds.com arnaque : cinq ans sans être levée

L’inscription de 2021 que le régulateur n’a jamais retirée

Le 7 juin 2021, vingt-quatre heures après la parution de notre dossier consacré à newcfds.com, l’Autorité des marchés financiers inscrivait ce nom au relevé des produits dérivés sur crypto-actifs. Cette inscription nominative, portée sous ce libellé précis, figure encore dans le document publié par l’AMF le 10 septembre 2026 : cinq ans et trois mois se sont écoulés sans qu’elle ait jamais été levée. Consulter la fiche nominative que l’AMF consacre à ce nom suffit à constater que le régulateur n’a trouvé aucune raison d’y revenir pour y apporter une correction favorable.

Le 20 septembre 2026, trois tentatives de connexion sécurisée vers ce nom sont restées sans réponse. Les ports 80, 443, 8080 et 8443 sont muets. Deux services de consultation extérieurs interrogés le même jour n’ont obtenu qu’une erreur de passerelle. Le nom résout encore une adresse, attribuée à un hébergeur établi à Hong Kong, mais rien n’est servi derrière cette résolution.

La configuration DNS présente une particularité supplémentaire : n’importe quelle suite de caractères construite en préfixe de ce domaine renvoie la même adresse. Un sous-domaine inventé, sans signification et jamais utilisé par quiconque, aboutit au même résultat qu’un sous-domaine technique. L’enregistrement fonctionne donc en joker sur l’ensemble des sous-domaines, ce qui ne traduit aucune activité de service mais correspond à une gestion de masse indifférente au contenu.

Au terme de ces vérifications, aucun exploitant identifiable ne se manifeste derrière cette adresse. L’inscription du régulateur demeure, le nom répond encore à une résolution, mais personne n’est joignable à cette enseigne.

Quand plus aucun service public ne répond au nom de ce dossier, une page subsiste : la fiche WHOIS complète sur DomainTools.

Dernière mise à jour : 20/09/2026

Ce que la vitrine annonçait en 2021, et ce que le fichier du .com dit aujourd’hui

Notre enquête de juin 2021 avait relevé une série de signaux concordants. La vitrine de NewCFDs était rédigée en français, ce qui visait un public francophone, mais ses mentions légales étaient rédigées en anglais. La société se disait établie à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, juridiction sans pouvoir de régulation sur les marchés européens. Le propriétaire du nom était anonymisé dès l’origine. L’enregistrement initial n’avait été souscrit que pour une durée d’un an, ce qui est cohérent avec une exploitation de courte durée. L’avertissement sur les risques liés aux produits dérivés était relégué en bas de page, là où peu de visiteurs le lisent. Enfin, aucun droit de proposer des services financiers en France n’était détenu par l’entité qui se présentait derrière newcfds.com.

Cinq ans plus tard, le fichier des enregistrements du .com dit autre chose, mais ne dit pas mieux. Le nom y est enregistré depuis le 4 juillet 2026, pour une expiration au 4 juillet 2027, avec une dernière modification du fichier datée du 5 juillet 2026. Cette date marque une inscription nouvelle, distincte de celle sous laquelle la vitrine de 2021 opérait.

Le bureau d’enregistrement est Eranet International Limited, établi à Hong Kong. Le titulaire est masqué sous la mention « REDACTED FOR PRIVACY ». Le statut du nom est clientTransferProhibited, ce qui pose un verrou de transfert vers un autre bureau d’enregistrement. Aucune signature DNSSEC ne protège la chaîne de résolution. Les deux serveurs de noms déclarés sont ns1.taoa.com et ns2.taoa.com.

Entre la vitrine de 2021 et l’état actuel du fichier, la continuité est celle de l’opacité : propriétaire introuvable de part et d’autre, aucune identité vérifiable associée au nom, aucun exploitant joignable par voie publique. Ce que le fichier du .com dit aujourd’hui sur newcfds.com ne renseigne donc pas sur la nature de ce qui a été proposé sous ce nom, mais confirme que personne n’a choisi d’y associer une identité vérifiable.

Un nom rendu à une coquille technique faite de sous-domaines en série

Les journaux publics de certification ont livré 509 émissions pour ce nom depuis le 5 janvier 2021. Ce chiffre, à lui seul, excède largement ce que requiert l’exploitation d’une vitrine financière, même active. Il traduit une gestion du nom qui a évolué bien au-delà de l’usage initial.

En novembre 2021, un certificat d’hébergement mutualisé couvrait cpanel, cpcalendars, cpcontacts, mail, webdisk, webmail et www. C’est la signature d’un compte d’hébergement partagé classique, sur lequel la vitrine vivait à cette époque. Les mêmes mois, des certificats de messagerie étaient émis sous un domaine tiers pour le sous-domaine mail, ce qui indique que les échanges avec les prospects ou les clients transitaient par une infrastructure distincte de celle qui servait les pages.

L’année 2025 a vu émettre 318 certificats en douze mois, tous construits sur des préfixes répétés tels que ww16, ww25 ou ww38, accolés aux services d’hébergement mutualisé habituels : mail, webdisk, cpcalendars, api-partners. Ce rythme et ces intitulés sont la signature d’une plateforme de monétisation de noms, pas d’un catalogue de services financiers. Aucune de ces émissions ne correspond à un sous-domaine à vocation commerciale ou informative.

La dernière émission relevée date du 28 avril 2026. Ce certificat couvre le sous-domaine générique étoile-point-newcfds-point-com ainsi qu’une série de sous-domaines techniques (trading, i, assets-crm, advanced, webdisk, ww16, ww82, www), mais il porte également, sur le même certificat, des noms sans rapport avec ce dossier : streamwoop.tv et quantum.creditcard. Il s’agit d’un certificat mutualisé entre plusieurs domaines. Sa validité s’achevait le 27 juillet 2026 ; la couverture la plus tardive de l’ensemble des certificats relevés s’achève au 21 août 2026. Ces relevés établissent qu’une infrastructure technique a continué de traiter ce nom longtemps après la cessation de toute activité visible, mais ils ne disent rien de l’identité des personnes qui s’en sont servis.

De l’interface de caisse au script de redirection

La plus ancienne copie publique conservée date du 18 mars 2021. Elle montre une interface de caisse et de paiement servie sous le sous-domaine « cashier » : la plateforme était opérationnelle et collectait des fonds à cette date. Les copies conservées entre 2022 et 2024 montrent des redirections successives, sans que le contenu originel réapparaisse. Le nom changeait de destination sans que l’enseigne NewCFDs soit pour autant remise en service.

Le 25 février 2025, la copie conservée ne contient plus que 114 octets. Ce n’est plus une page : c’est un simple script qui renvoie le visiteur vers un chemin interne désigné « /lander ». La dernière copie conservée date du 25 avril 2025 et provient du sous-domaine api-partners, qui a répondu avec un code 410, signifiant que la ressource a été retirée définitivement. Entre mars 2021 et avril 2025, la trajectoire est donc celle d’une vitrine active, puis d’une série de relais, puis d’un silence complet.

D’autres noms que nous avons documentés ont suivi des trajectoires comparables. Notre dossier d’août 2021 consacré à platinumhitech.com décrit un nom fiché la même année et désormais muet, dont l’infrastructure a également été reprise par des tiers sans lien avec l’exploitation initiale. De même, notre dossier de juin 2021 sur quoniam-private.com montrait un nom que le régulateur avait retenu dans son relevé, avec les mêmes caractéristiques d’opacité sur l’identité du titulaire. La convergence de ces trajectoires renseigne sur un mode d’exploitation qui ne doit rien au hasard.

Ce que la traçabilité bancaire permet encore de demander

Lorsque des fonds ont été envoyés vers une plateforme de ce type, la première ressource exploitable tient dans la trace laissée à la banque. Les ordres transmis, les accusés reçus en retour et les relevés qui enregistrent chaque débit forment une chaîne documentaire que le silence du site ne fait pas disparaître. Ces documents désignent la banque destinataire des sommes et retracent l’ordre chronologique des opérations.

La banque qui a exécuté ces virements n’est pas nécessairement hors d’atteinte. Elle peut devoir répondre de son manque de vigilance si les mouvements portaient des signes d’anomalie qu’un professionnel averti n’aurait pas pu ignorer. Cette voie suppose une lecture attentive des pièces dont dispose la personne concernée, mais elle demeure ouverte même quand le nom lui-même ne répond plus.

Un jugement rendu à Paris a reconnu la responsabilité d’une banque dans le cadre d’une affaire de faux investissement, en retenant qu’elle n’avait pas exercé la vigilance requise sur des virements dont le profil aurait dû alerter ses services. Maître Goce Novakov, avocat que le barreau parisien a accueilli, revient dans cet entretien sur les conditions dans lesquelles ce jugement a été obtenu, sur ce que les personnes trompées ont pu faire valoir et sur la condamnation prononcée à l’encontre de l’établissement tenu à ce devoir de vigilance.

Ce qu’une plainte doit contenir pour être exploitable

Avant toute démarche formelle, il faut réunir les courriels d’approche envoyés par la plateforme, les ordres transmis à la banque avec les accusés reçus en retour, puis les relevés où chaque débit apparaît. Ces documents constituent la base sur laquelle toute instruction s’appuiera, qu’elle soit civile ou pénale. Un dossier incomplet ralentit les procédures et peut réduire le périmètre des demandes recevables.

Il est également utile d’adresser à sa banque une demande écrite portant sur la traçabilité du virement : identité du bénéficiaire déclaré, établissement destinataire, référence de l’opération. Cette demande, conservée avec la réponse obtenue, renforce le dossier en objectivant la chaîne de transfert des fonds. Les listes noires et mises en garde publiées par l’AMF permettent par ailleurs de signaler tout nouveau contact émanant d’une entité non identifiée, et de vérifier si d’autres noms utilisés lors de la sollicitation y figurent déjà.

Signaler le nom aux autorités compétentes garde son intérêt même lorsque l’adresse est muette, car ces signalements nourrissent les bases de données utilisées par les enquêteurs. Les personnes qui envisagent d’aller plus loin trouveront sur la page dédiée à la saisine du juge pénal les étapes à suivre et les pièces à joindre au dossier.

Les questions qui nous sont adressées au sujet de ce nom

Que signifie concrètement le fait que newcfds.com figure toujours au relevé de l’AMF, cinq ans après son inscription ?

L’inscription au relevé des produits dérivés sur crypto-actifs de l’AMF, portée depuis le 7 juin 2021 et jamais retirée, signifie que le régulateur français n’a pas trouvé de motif pour considérer que la situation avait évolué favorablement. Elle vaut mise en garde publique et peut être produite dans un dossier contentieux pour établir que l’absence d’habilitation à proposer des services financiers en France était documentée officiellement dès l’origine.

J’ai effectué des virements vers newcfds.com et le site ne répond plus : mes recours ont-ils disparu avec lui ?

Non. Le fait qu’un nom ne réponde plus ne prive pas de valeur les pièces bancaires qui retracent les virements effectués. Les confirmations d’ordre, les relevés de compte et les éventuels courriels de la plateforme restent utilisables. La banque qui a encaissé ces sommes reste joignable par la voie bancaire, et le juge peut apprécier son comportement sans se préoccuper de l’état du nom de domaine.

Le nom newcfds.com a été réenregistré en juillet 2026 : cela signifie-t-il que la plateforme de 2021 est revenue ?

Non. Le réenregistrement du 4 juillet 2026 par un nouveau titulaire masqué, associé à l’absence de tout contenu servi et à une configuration en joker sur les sous-domaines, indique que le nom a été repris par un tiers sans lien apparent avec l’exploitation de 2021. Aucune vitrine financière n’est accessible derrière ce nom à la date de nos vérifications. Ce type de reprise est courant sur des noms ayant fait l’objet d’une médiatisation.

Newcfds.com est aujourd’hui un nom qui ne répond plus, dont l’inscription au relevé du régulateur n’a jamais été levée et dont le titulaire actuel, masqué derrière un bureau d’enregistrement de Hong Kong, a réduit l’infrastructure à une coquille technique de sous-domaines sans contenu. Pour les personnes qui ont versé des fonds sous cette enseigne, cette situation ne referme pas les voies disponibles : les pièces bancaires existent, la traçabilité des virements est reconstituable et l’inscription de l’AMF constitue un élément objectif qui peut figurer dans un dossier. BrokerDefense propose une évaluation préalable de la situation de chaque personne concernée, afin d’identifier, avant tout engagement de procédure, quelles pièces sont exploitables et vers quelle direction elles orientent.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 20/09/2026

3 Comments

  1. MOULINES dit :

    Je demande depuis plus d’un mois de clore mon compte et récupérer mes 500 euros..la ligne téléphonique ne fonctionne pas .On ne me répond pas aux mails..
    Que faire..Ou puis je porter plainte?

  2. Pascal dit :

    Une belle arnaque et la perte de 5000 e

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