Sommaire
- La fiche du 19 juillet 2021 ne désigne aucune société
- La maison de Francfort dont la dénomination a été reprise
- Aucune page publique n’a jamais été conservée sous ce nom
- Un certificat d’un an, émis le jour où le nom a été créé
- Interroger par écrit la banque qui a reçu les fonds
- Les pièces qui servent devant le juge pénal
- Points à éclaircir sur un nom tenu par courrier
La fiche du 19 juillet 2021 ne désigne aucune société
Interrogé le 20 septembre 2026, le catalogue des mises en garde tenu par l’Autorité des marchés financiers conserve une ligne datée du 19 juillet 2021 dont le libellé n’est pas un nom de plateforme : c’est une adresse de courrier, construite sur le modèle pré[email protected]. Aucune raison sociale ne l’accompagne, aucune activité déclarée n’y est rattachée. La qualification portée à côté de cette entrée est celle d’usurpation.
Cette mention est antérieure à notre propre enquête. Trente-deux jours séparent la fiche du 19 juillet 2021 de la publication, le 20 août 2021, de notre premier article consacré à ce nom. À l’époque, notre analyse s’appuyait sur une fiche d’enregistrement masquée et sur la forme des adresses distribuées ; elle n’avait pas retrouvé cette inscription. Cinq ans plus tard, la consultation du catalogue la remet sous nos yeux, telle qu’elle a été déposée.
La portée de cette qualification mérite d’être précisée. Une usurpation ne décrit pas une offre simplement dépourvue d’autorisation : elle désigne la reprise de l’identité d’un acteur qui existe par ailleurs. Le régulateur n’a donc pas seulement relevé qu’aucun agrément ne couvrait cette adresse ; il a constaté que le nom employé appartenait déjà à quelqu’un d’autre.
Le détail de cet enregistrement demeure consultable, hors du registre, sur la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
Dernière mise à jour : 20/09/2026
La maison de Francfort dont la dénomination a été reprise
Le nom de domaine retenu combine un patronyme allemand et deux lettres, « am », qui renvoient à la gestion d’actifs. Cette construction correspond à la dénomination sous laquelle une banque privée établie à Francfort, la maison B. Metzler, présente son métier de gestion d’actifs : ses propres pages emploient l’expression « Metzler Asset Management » et chiffrent à près de 54 milliards d’euros les encours qu’elle administre au 31 juillet 2026. La maison se présente comme familiale et indépendante, présente depuis le XVIIᵉ siècle.
Rien, dans les éléments réunis pour ce dossier, n’établit le moindre lien entre l’exploitation de metzler-am.com et cet établissement allemand. Aucune pièce conservée ne le désigne comme partie prenante, aucun échange ne l’implique, et son nom complet n’est cité nulle part dans la correspondance adressée aux personnes démarchées. L’hypothèse la plus cohérente avec la qualification retenue par le régulateur est celle d’un emprunt : la dénomination d’une institution ancienne et reconnue a été mobilisée, sans autorisation, pour donner du poids à des courriers signés par des inconnus.
Le procédé se comprend d’autant mieux qu’il ne coûte rien à celui qui l’emploie. Un nom composé de deux éléments suffit à fabriquer une adresse professionnelle crédible, à moindres frais et sans qu’aucune structure ne soit constituée. C’est précisément ce que l’usage de ce nom permettait, et c’est ce que la qualification d’usurpation vient sanctionner.
Aucune page publique n’a jamais été conservée sous ce nom
Les archives publiques du web conservent huit entrées pour ce nom, et aucune ne montre une plateforme d’investissement. La première, enregistrée le 5 juillet 2021, est une page d’attente déposée par le bureau d’enregistrement : un écran d’installation annonçant que l’espace d’hébergement venait d’être créé, sans texte, sans offre et sans formulaire. Le nom venait d’être acquis un mois plus tôt ; rien n’avait encore été publié.
La suite ne comble pas ce vide. Le 16 décembre 2021, l’adresse principale renvoyait vers la page par défaut de l’hébergement mutualisé utilisé. Le 31 mars 2022, c’est cette page par défaut qui a été conservée : un écran standard, intitulé « Default Web Site Page », invitant le propriétaire du site à contacter son hébergeur, avec une adresse de contact construite sur metzler-am.com. La dernière entrée date du 6 avril 2022 et concerne un fichier d’icône, resté sans réponse. Aucune copie ne porte de page de connexion, d’espace client, de catalogue de placements ou de conditions générales.
Deux dossiers de la même période éclairent ce mode opératoire. L’adresse fmo-partners.com reprenait le sigle d’une institution financière de développement néerlandaise, avant d’être inscrite sous la même qualification d’usurpation le 27 août 2021. Access-eurnxt.com s’inspirait, lui, du nom d’une place de marché européenne, avec une inscription du 1er septembre 2021. Dans les trois cas, c’est un nom emprunté qui portait l’opération, jamais un site construit.
Un certificat d’un an, émis le jour où le nom a été créé
Nos relevés de certificats font apparaître, pour ce nom, une seule campagne de délivrance : un certificat émis le 9 juin 2021 par l’autorité Sectigo, sous la référence « RSA Domain Validation Secure Server CA », et valable jusqu’au 9 juin 2022. Deux entrées conservées portent un numéro de série identique, ce qui correspond à un même document enregistré deux fois.
La nature de ce certificat est instructive. Une validation de domaine vérifie qu’un demandeur contrôle bien le nom, sans rien établir de l’identité, de l’activité ou de la solidité de celui qui l’obtient. Aucune raison sociale ne figure dans le document, dont le champ principal se limite à metzler-am.com. Une institution financière authentique se présente habituellement sous une validation d’organisation, qui fait apparaître sa dénomination complète. Ici, l’unique certificat obtenu l’a été sous la forme la plus légère qui existe.
La chronologie de ce document coïncide exactement avec la durée de vie annoncée du nom. Notre article d’août 2021 relevait que l’enregistrement expirait le 9 juin 2022, soit un an après sa création ; la validité du certificat s’achève ce jour-là, à la journée près. Le nom n’a pas été reconduit au-delà de cette première année, puisqu’aucun certificat postérieur n’est enregistré. Reste la question du nom lui-même. La requête adressée le 20 septembre 2026 au registre de l’extension revient sans titulaire, sans bureau d’enregistrement et sans serveur de noms : plus rien ne relie cette dénomination à un enregistrement en cours. Sollicité sur une dénomination très répandue de la même extension, ce registre a rendu une réponse complète, ce qui écarte la piste d’un service défaillant. La trace du nom s’arrête à cette année de validité.
Interroger par écrit la banque qui a reçu les fonds
La disparition du nom ne modifie pas la nature des pièces à réunir. Les courriers reçus depuis une adresse en metzler-am.com, conservés avec leurs en-têtes techniques complets, datent l’approche et permettent de reconstituer le cheminement des messages. Les instructions de paiement données en retour, jointes aux relevés de compte, fixent les montants et désignent les comptes crédités.
Sur cette base, la démarche la plus directe consiste à écrire à sa propre banque pour demander la traçabilité intégrale de l’opération et l’identité du bénéficiaire enregistré au moment du versement. L’obligation de surveillance qui pèse sur les établissements ne s’éteint pas parce que l’adresse de l’expéditeur a cessé d’exister. Une demande écrite crée en outre une trace datée, que l’établissement ne peut ignorer, et la réponse qu’il apporte détermine la suite à donner.
Maître Goce Novakov, avocat dont le serment a été reçu par le barreau de Paris, présente deux jugements d’escroquerie, l’un rendu au Mans, l’autre à Toulouse, qui ont reconnu le préjudice de personnes trompées par des placements inexistants et précisé les responsabilités susceptibles d’être recherchées au civil comme au pénal.
Les pièces qui servent devant le juge pénal
Devant une juridiction, ce qui compte n’est pas l’état actuel du nom mais la description précise des faits commis pendant qu’il servait. Les courriers signés depuis metzler-am.com, les pièces jointes qu’ils portaient, leur succession dans le temps et le montant de chaque virement composent une suite exploitable par une juridiction. Reconstituer cet enchaînement, du premier contact à la dernière relance, donne au dossier sa cohérence.
Le fait que le nom ait été employé sans droit renforce l’intérêt de la démarche : la reprise d’une identité existante constitue un élément de fait qui peut être invoqué pour caractériser la tromperie. La disparition ultérieure du domaine n’y change rien, dès lors que les pièces décrivent ce qui s’est passé pendant la période d’activité.
BrokerDefense a publié un guide qui expose la procédure applicable devant une juridiction pénale, dans les situations où la sollicitation est passée par des courriers et des virements. Ce guide précise quels interlocuteurs saisir et sous quelle forme présenter les éléments rassemblés.
Un premier examen des pièces avec BrokerDefense aide à situer ce qui peut encore être demandé.
Points à éclaircir sur un nom tenu par courrier
Le démarchage passait uniquement par des courriers électroniques. Aucune plateforme n’était proposée à la consultation, aucun espace personnel n’était ouvert, et les copies conservées ne montrent effectivement rien de tel sous ce nom. En visant l’adresse plutôt qu’un site, le régulateur couvre donc exactement le moyen utilisé : des messages, un expéditeur, et un nom de domaine destiné à les rendre crédibles.
Les pièces conservées gardent toute leur valeur. Il s’agit des courriers reçus depuis une adresse en metzler-am.com, de leurs en-têtes, des instructions de paiement et des relevés correspondants. Adressée par écrit à sa banque, une demande de traçabilité oblige l’établissement à répondre sur le parcours des fonds et sur l’identité du bénéficiaire enregistré. Que l’adresse d’origine ait cessé de fonctionner est sans effet sur cette demande.
Rien n’empêche qu’un nom abandonné soit acquis à nouveau, par des tiers sans rapport avec ceux qui l’avaient employé. Devant une adresse qui reprendrait cette dénomination, la prudence reste donc de mise : le procédé ne demande aucune infrastructure, un seul nom suffisant à fabriquer des adresses de courrier. Une adresse professionnelle ne démontre jamais, à elle seule, l’existence ni l’honnêteté de celui qui l’utilise.
De ce dossier, il ne reste donc aucun site à examiner. Trois choses survivent : la fiche ouverte le 19 juillet 2021 par le régulateur, quelques écrans d’installation conservés par les archives du web, et les courriers que des personnes ont reçus en croyant s’adresser à un gestionnaire. Faute de plateforme, tout repose sur ces messages et sur les relevés bancaires des versements qu’ils ont provoqués. C’est à partir de ces pièces que BrokerDefense relit chaque situation.
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Article réécrit le 20/09/2026


