Group-slrs.com arnaque : l’AMF n’a jamais retiré son alerte

Inscrit avant même notre premier article, et toujours présent cinq ans après

Le 20 mai 2021, l’Autorité des marchés financiers inscrivait « www.group-slrs.com » dans son registre d’avertissements, avec la qualification « Usurpation ». Cette inscription précède de cinq jours notre premier article du 25 mai 2021, ce qui signifie que le régulateur avait identifié la menace avant que notre propre enquête ne soit publiée. Interrogée le 11 octobre 2026, cette ligne est toujours portée : elle figure parmi les 3 484 entrées que compte le fichier à cette date.

Ce qui rend la situation particulièrement frappante est le contraste entre la persistance de l’alerte et la disparition complète du nom. Nos contrôles du 11 octobre 2026 montrent que plus aucune résolution n’aboutit pour group-slrs.com, que l’on interroge l’adresse principale ou la variante www, et qu’aucune adresse de serveur ne répond. L’interrogation du registre des noms en .com, exploité par Verisign, restitue la réponse « No match for GROUP-SLRS.COM » : le nom n’est plus enregistré du tout.

Aucune trace de certificat n’apparaît dans les registres publics de délivrance, ce qui écarte tout fonctionnement sécurisé du site. Aucune copie publique conservée ne permet non plus de reconstituer ses pages. Rien ne subsiste donc derrière ce nom, sinon l’avertissement du régulateur, qui, lui, tient toujours.

L’enregistrement d’origine, tel qu’il avait pu être consulté en 2021, indiquait une création le 18 février 2021, une durée annoncée d’un an seulement avec une échéance au 18 février 2022, et un titulaire masqué sous la mention d’un enregistrement privé. La brièveté revendiquée de la durée d’existence correspond exactement à ce que l’on observe : le nom n’a jamais été reconduit.

Pour constater cette absence au registre, la fiche WHOIS complète sur DomainTools reste ouverte à la consultation.

Dernière mise à jour : 11/10/2026

La société d’édition dont les opérateurs ont emprunté le nom

GROUPE SLR EDITIONS ET DESIGN est une société réelle, immatriculée sous le SIREN 449439629, créée le 1er juillet 2003 et toujours en activité au moment où nous rédigeons. Son code d’activité est le 58.14Z, correspondant à l’édition de revues et périodiques : il s’agit d’une entreprise de presse et de design, sans lien d’aucune sorte avec une quelconque activité d’investissement financier.

Le nom de domaine group-slrs.com n’a jamais été enregistré par cette société, ni avec son consentement. Les opérateurs de la plateforme ont construit un nom qui évoque phonétiquement et visuellement le nom de la société réelle pour rendre leur montage crédible aux yeux de leurs cibles, sans que GROUPE SLR EDITIONS ET DESIGN n’ait été impliquée, associée ou même informée.

Ce mécanisme d’usurpation d’une identité réelle au moyen d’un domaine fabriqué pour l’occasion revient dans plusieurs enquêtes que nous avons publiées. Nous avons ainsi documenté la flagrante usurpation d’identité de btsf-services.com, dont l’article a été publié le 9 mai 2021, et dans lequel le même procédé de construction d’un domaine imitant une entité existante était à l’œuvre. De même, l’emprunt du nom d’Allianz Investissements, documenté le 2 mai 2021, illustre à quel point cette technique était répandue au printemps 2021 dans les plateformes frauduleuses que nous suivions.

Dans chacun de ces cas, une société légitime se retrouve associée malgré elle à une fraude qu’elle n’a pas commise. Les victimes, démarchées sous un nom qui leur paraît sérieux, ne disposent d’aucun moyen simple de distinguer la société réelle de l’imposteur sans une vérification approfondie des registres officiels.

L’accès au site passait par une page d’authentification réservée

En 2021, le visiteur qui accédait à group-slrs.com ne trouvait aucune page d’accueil, aucun descriptif de service, aucun tarif, aucune mention légale visible. La seule interface présentée était un formulaire de connexion privée, inutilisable sans identifiants préalablement communiqués.

Ces identifiants n’étaient pas délivrés spontanément : ils supposaient un démarchage préalable par les prétendus gérants de la plateforme. La cible était d’abord contactée par téléphone ou par messagerie, convaincue d’investir, puis guidée vers le site muni des codes nécessaires pour y accéder. Sans ce contact initial, le site ne livrait rien.

Cette architecture rendait tout examen extérieur impossible. Un observateur extérieur, un journaliste, un agent du régulateur qui accédait spontanément au nom de domaine se heurtait à une porte close. La détection reposait donc nécessairement sur le témoignage de personnes qui avaient été démarchées, ou sur les signalements transmis au régulateur, ce qui explique que l’Autorité des marchés financiers ait pu inscrire le nom dès le 20 mai 2021, cinq jours avant notre propre publication.

Ce choix architectural n’est pas anodin : il limite considérablement la surface d’exposition publique du dispositif tout en permettant aux opérateurs de maintenir une apparence de plateforme structurée auprès des seules victimes qu’ils avaient sélectionnées.

Contrôles techniques : le résultat et ses limites

À la date du 11 octobre 2026, nos relevés techniques convergent vers un même constat : group-slrs.com n’existe plus en tant que domaine enregistré. Le registre Verisign ne restitue aucune ligne à ce nom. Aucune résolution DNS ne fonctionne, aucun serveur de noms n’est désigné, aucun certificat n’a jamais été émis, et aucune copie publique conservée ne subsiste.

Cette page listes noires des autorités recense les avertissements pris par les superviseurs : on y retrouve la ligne visant « www.group-slrs.com » sous la qualification « Usurpation », toujours portée à cette date parmi les 3 484 entrées du fichier. L’AMF maintient également, de son côté, la page des listes noires et mises en garde qu’elle publie, où la recherche de ce nom aboutit au même résultat.

Ces constats permettent d’établir avec certitude que le dispositif frauduleux n’est plus opérationnel sous ce nom de domaine. Ils ne permettent pas, en revanche, d’affirmer que ses opérateurs ont cessé toute activité : un changement de nom de domaine est une opération simple, et rien dans les données disponibles ne renseigne sur un éventuel successeur.

Ils ne permettent pas davantage d’établir les montants collectés, l’identité des victimes ou la localisation des fonds, faute de données publiques sur ces points.

Les poursuites judiciaires encore envisageables

La fin du nom de domaine n’interrompt aucune procédure et ne remet en cause aucune créance. Les personnes qui ont effectué des virements à destination d’un compte présenté comme celui de la plateforme conservent des voies de recours, à condition de réunir les pièces qui permettront d’en faire usage.

Les courriels échangés avec les prétendus gérants, les relevés bancaires mentionnant les ordres de virement, les captures éventuelles de l’interface de connexion et toute trace de l’identité revendiquée par les interlocuteurs constituent des pièces directement utilisables. Retrouver la banque qui a encaissé les virements ouvre par ailleurs une voie distincte : la jurisprudence admet qu’un établissement réponde des mouvements de fonds qu’il a laissés passer sans contrôle.

Quant à l’intermédiaire qui a effectué le démarchage, la reconstitution de la chaîne de contact, numéro de téléphone, adresse de messagerie, profil sur une plateforme de mise en relation, reste possible et utile pour les enquêteurs.

Maître Goce Novakov, avocat dont le serment a été prêté à Paris, revient dans un entretien accordé à BrokerDefense sur un jugement d’escroquerie rendu par le tribunal judiciaire de Créteil : des investisseurs y ont obtenu l’indemnisation de leurs pertes, la juridiction ayant retenu que la banque avait failli à surveiller les flux qu’elle traitait. Cet entretien montre ce qu’un dossier de pièces bien constitué peut obtenir devant une juridiction.

Des pièces à rassembler au dépôt de la plainte

La particularité de group-slrs.com est que chaque contact entre les opérateurs et leurs cibles passait par des échanges directs, téléphoniques ou par messagerie, avant tout accès au site. Ces échanges sont des preuves : conservez-les intégralement, sans les réorganiser ni les supprimer, dans leur format d’origine.

Les identifiants reçus pour accéder à l’espace de connexion, les messages dans lesquels les prétendus gérants présentaient la société, les instructions de virement et les coordonnées bancaires communiquées forment un ensemble cohérent qui retrace le mécanisme de la fraude. Ce sont ces éléments que devra examiner l’autorité judiciaire saisie.

Les relevés bancaires permettant de dater et de quantifier chaque transfert, rapprochés des messages qui les ont précédés, constituent la démonstration directe du préjudice subi. Ne tardez pas à les rassembler : certains établissements n’archivent les relevés détaillés que sur une durée limitée.

Notre page consacrée aux démarches judiciaires, comment construire et déposer une plainte pénale pour escroquerie, détaille les étapes à suivre, les juridictions compétentes et les mentions indispensables à faire figurer dans un dépôt de plainte.

Trois réponses sur le dossier group-slrs.com

La mise en garde de l’AMF contre www.group-slrs.com est-elle encore valable alors que le site ne répond plus ?

Oui. L’Autorité des marchés financiers n’a pas retiré la ligne inscrite le 20 mai 2021 sous la qualification « Usurpation » : elle figure toujours dans le fichier consulté le 11 octobre 2026. Le retrait du nom du registre des .com n’annule pas cet avertissement, qui concerne les opérateurs et leur mode d’action, pas uniquement le nom de domaine qu’ils utilisaient.

GROUPE SLR EDITIONS ET DESIGN est-elle impliquée dans les agissements de group-slrs.com ?

Non. GROUPE SLR EDITIONS ET DESIGN, immatriculée sous le SIREN 449439629 et active dans l’édition de revues et périodiques depuis le 1er juillet 2003, ne partage rien avec la plateforme qui a repris une partie de son nom. Le domaine group-slrs.com a été enregistré sans son consentement par des tiers qui ont exploité la proximité phonétique et visuelle avec son dénomination pour tromper leurs cibles.

Peut-on encore agir en justice si l’on a versé des fonds via group-slrs.com ?

Oui, sous réserve de disposer des pièces nécessaires. Les courriels de démarchage, les identifiants de connexion reçus, les instructions de virement et les relevés bancaires correspondants constituent des éléments directement utilisables devant une juridiction pénale. La responsabilité de la banque qui a encaissé les virements peut également être recherchée si elle n’a exercé aucun contrôle sur ces opérations.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 11/10/2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

SERVICE DE VÉRIFICATION

Vérifier le destinataire de votre paiement avant d’effectuer votre virement

ÉTUDE DE TRAÇAGE

Litiges cryptoactifs

SERVICES

BROKER DEFENSE

Offres spécifiques en matière de gestion des litiges dans le domaine de l’investissement et des escroqueries financières.

Ceci pourrait vous intéresser