Sommaire
- Ce que le fichier des autorités vise : une boîte aux lettres
- Derrière le nom, un courtier réel installé à Saint-Denis de La Réunion
- Sur le domaine, des bureaux réglables et des chaises, en espagnol
- Quatorze juin : le nom déposé, la boutique en ligne sept jours plus tard
- Une messagerie Hostinger et un DMARC qui ne rejette rien
- Ce qu’une réponse de courriel permet encore d’établir
- Ce que l’on nous demande au sujet d’une adresse fichée
Ce que le fichier des autorités vise : une boîte aux lettres
Une adresse de courriel, pas une enseigne. C’est sous cette forme que elassur.net apparaît depuis le 22 octobre 2026 dans le fichier public tenu conjointement par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et l’Autorité des marchés financiers. La ligne ne nomme aucune société : la colonne « Dénomination » reste vide, et celle qui recueille les URL et les courriels ne porte qu’une chose, [email protected]. Deux qualifications l’accompagnent, « Crédits livrets paiements assurances » et « Usurpation Professionnel ».
Chacune se lit pour ce qu’elle est. La première rattache l’adresse aux activités que l’ACPR encadre : distribution de crédit, produits d’épargne, services de paiement, contrats d’assurance. La seconde vient d’une colonne voisine, réservée aux cas où un nom a servi à endosser l’identité d’un professionnel habilité. Il n’est donc pas seulement reproché à cette adresse d’avoir proposé des produits financiers sans y être autorisée : il lui est reproché d’avoir emprunté les habits d’un intermédiaire qui, lui, existe.
Rien, dans cette ligne, ne désigne un site. Le fichier ne dit pas que elassur.net héberge une offre de crédit, de livret ou d’assurance ; il dit qu’une boîte aux lettres portant ce nom a été employée à cette fin. La nuance constitue tout le dossier. Consultée le 25 octobre 2026, trois jours après la mise en ligne, la liste noire des autorités rend toujours cette ligne unique, sans dénomination en face. Un second essai, lancé le même jour sur une référence déjà connue, restitue bien ses propres entrées : si la dénomination manque ici, ce n’est donc pas que la recherche ait mal répondu.
Dernière mise à jour : 25/10/2026
📄 Repères de la capture
L’image qui suit date du 25 octobre 2026, 11 h 16 UTC, et restitue la fenêtre d’un navigateur ouvert en 1920 × 1080. Elle montre l’accueil tel qu’il est servi ce jour-là : une boutique de mobilier de bureau, sans la moindre allusion à une assurance, à un crédit ou à une épargne. Sa valeur tient à la date, qui fixe ce que le domaine affichait pendant que le régulateur, de son côté, qualifiait l’adresse tout autrement.
Si la pièce doit être versée à un dossier judiciaire, c’est la version sans filigrane qu’il faut demander.

Derrière le nom, un courtier réel installé à Saint-Denis de La Réunion
« Elassur » n’est pas un mot inventé. C’est l’enseigne d’un courtier en assurances immatriculé en France sous le numéro SIREN 500 502 307, dont l’activité déclarée est celle des agents et courtiers d’assurances, le siège fixé depuis 2007 au 14 D rue du Maréchal Leclerc, à Saint-Denis de La Réunion. L’entreprise est inscrite au registre du commerce et en activité ; elle exploite le site elassur.re, où elle présente ses gammes auto, santé, prévoyance et professionnels, avec un numéro de téléphone local et un service dédié aux sinistres.
Ce site n’évoque à aucun moment le domaine en .net. Aucune page consultée le 25 octobre 2026 ne le mentionne, ni dans les conditions de vente, ni dans les coordonnées. Le .net, de son côté, ne renvoie vers aucune adresse de La Réunion, ne cite aucune agence et ne présente aucun produit d’assurance. La qualification « Usurpation Professionnel » prend alors son sens le plus concret : le nom du courtier a servi de décor de crédibilité, à bonne distance de l’entreprise qui le porte.
Il faut le dire nettement, car la nuance protège des tiers : aucun élément du dossier n’établit que la société ELASSUR, ses dirigeants ou ses équipes aient participé, de près ou de loin, à l’exploitation du .net. Une entreprise dont le nom est repris par des tiers ne répond pas de l’usage qui en est fait ; elle en est le plus souvent la première gênée, et parfois la première à devoir démentir.
Sur le domaine, des bureaux réglables et des chaises, en espagnol
Ouvrez elassur.net : vous ne trouverez ni crédit, ni livret, ni contrat d’assurance. La page d’accueil présente une boutique en ligne intitulée « Équipement Bureau & Télétravail », construite sur la plateforme Wix, avec un menu en anglais fait de Home, Welcome, Promotion, Best Sellers, About et Shop, et un catalogue de mobilier de bureau. Onze fiches produits sont en ligne, dont une chaise ergonomique annoncée à 459 euros après réduction, un support d’ordinateur en bois à 55 euros, un bureau électrique à 499 euros. Les intitulés sont en espagnol, les prix en euros, les conditions de livraison ne sont détaillées nulle part.
Le pied de page achève de brouiller le nom. On y lit un crédit de conception « Site made by » suivi d’un prénom et d’un nom, la mention AUTONOMO, une adresse à Estepona dans la province de Malaga, un numéro de téléphone mobile espagnol, une adresse de messagerie gratuite en @gmail.com, et un renvoi vers le site d’un prestataire, ornikar.info, qui ne répond plus. La mention de copyright affiche « © 2035 » : une année qui n’est pas encore advenue.
Deux constats se recoupent. Le premier est que la boutique ne publie nulle part l’adresse [email protected] : son seul contact électronique est cette boîte Gmail, et les mentions légales attendues d’un commerçant en ligne sont absentes du site. Le second est que rien dans le catalogue ne justifie le nom de domaine : une boutique qui vend des bureaux et des sièges n’a aucune raison de s’appeler « elassur », mot bâti sur l’assurance. Le nom colle au discours financier, pas à la marchandise.
Six adresses du site sont d’ailleurs restées à l’état de gabarit, de /blank à /blank-4, et demeurent accessibles depuis le menu, sans un mot de contenu. Une vitrine montée vite laisse ce genre de trace, et celle-ci se voit sans outil particulier.
Quatorze juin : le nom déposé, la boutique en ligne sept jours plus tard
Au registre, la fiche du nom a été ouverte le 14 juin 2026 à 18 h 23 UTC et court jusqu’au 14 juin 2027 ; nous l’avons relevée le 25 octobre 2026. Le bureau d’enregistrement est Wix.com Ltd, la société qui vend aussi l’outil de construction du site ; les serveurs de noms sont ns10 et ns11.wixdns.net, et le numéro de série de la zone, 2026061418, porte la marque du jour du dépôt. Deux verrous, « clientTransferProhibited » et « clientUpdateProhibited », empêchent le déplacement du nom sans passer par le registrar. Le titulaire, lui, est masqué.
Les relevés techniques conservés pour ce nom situent la première observation du site au 21 juin 2026, soit sept jours après le dépôt : la plateforme Wix est là, la boutique aussi, avec son module de paiement PayPal et son compteur de conversation intégré. Rien n’indique une période de préparation longue, ni un changement de plateforme en cours de route, ni une première version plus sérieuse qui aurait été remplacée.
Le nom, en revanche, a une vie antérieure. L’interface d’archives d’Internet conserve un instantané du 6 janvier 2011 pour www.elassur.net, long de 2 285 octets, et rien d’autre : le domaine avait déjà servi, puis avait été abandonné, avant d’être repris quinze ans plus tard. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Une messagerie Hostinger et un DMARC qui ne rejette rien
Le dossier devient vraiment instructif dans les enregistrements que le site ne montre pas. Le nom dispose d’une messagerie : deux serveurs de réception, mx1 et mx2.hostinger.com, un enregistrement SPF qui autorise l’envoi depuis l’infrastructure du même hébergeur, et un enregistrement DMARC réduit à « v=DMARC1; p=none ». Cette dernière mention mérite d’être explicitée : elle demande aux destinataires de ne tirer aucune conséquence des messages qui échouent aux contrôles d’authentification. Une politique en « none » ne protège pas un nom ; elle le laisse circuler.
Côté web, l’architecture est celle d’un service grand public : trois adresses IPv4 chez Wix pour l’entrée principale, un renvoi de www vers cdn3.wixdns.net puis vers deux adresses du réseau Cloudflare, un certificat Let’s Encrypt au nom de elassur.net couvrant le domaine et son préfixe www, valide du 22 août au 20 novembre 2026. Aucun enregistrement CAA ne restreint les autorités habilitées à signer des certificats pour ce nom. Rien de tout cela n’a rien d’anormal : ce sont les briques ordinaires d’un site de commerçant. C’est justement l’écart entre cette banalité technique et la qualification portée par le régulateur qui pose question.
Deux lectures restent ouvertes, et mieux vaut les exposer que trancher à la place du lecteur. Ou bien la boutique est le décor retenu par les auteurs du démarchage, afin qu’une vérification rapide du nom tombe sur un commerce anodin ; ou bien le nom a été détourné sans que l’exploitant de la boutique y soit pour quoi que ce soit. La pièce qui manque pour décider tient en un document : l’en-tête des messages reçus par les victimes. Les enregistrements de réception y figurent, et ils désignent le serveur qui a réellement expédié le courriel.
Ce qu’une réponse de courriel permet encore d’établir
Un message reçu ne se résume pas à son texte. L’en-tête complet, que la plupart des logiciels affichent sur demande, restitue la chaîne des serveurs traversés, l’adresse d’expédition réelle, le nom affiché et l’identifiant de message ; la date de réception, elle, est fixée par le serveur du destinataire et ne se falsifie pas. Ces éléments se conservent avec le courriel d’origine, sous forme de fichier, et non par une simple capture d’écran du corps du texte.
À côté du message, ce sont les mouvements qui comptent : l’ordre de virement où figurent le destinataire des fonds, l’IBAN utilisé et la banque qui tient ce compte, le relevé daté, la confirmation d’exécution, puis les relances, les demandes de frais et les promesses de déblocage. Si l’ordre a été passé depuis une banque, c’est elle qu’il faut interroger, ces pièces en main, avant que le compte du destinataire ne se vide. La marche à suivre et la liste des documents à joindre figurent sur notre page sur le dépôt de plainte.
Deux autres dossiers de nos archives éclairent le même mécanisme, celui d’une inscription qui tombe sur une adresse sans jamais nommer d’entité. Signal-Assurance figure au fichier depuis la même journée du 22 octobre 2026, avec des qualifications identiques. Alpian, lui, relève de la variante où c’est la boîte de contact du nom porteur qui est visée, et non celle du sous-domaine que le public voyait.
Dans l’échange filmé qui suit, Me Goce Novakov, avocat au barreau de Paris, commente deux jugements d’escroquerie rendus au Mans et à Toulouse, la condamnation d’une banque pour manquement à son devoir de vigilance et l’indemnisation alors accordée aux victimes. Autant de questions qui surgissent dès qu’un versement est parti sur la foi d’un courriel.
Ce que l’on nous demande au sujet d’une adresse fichée
Parce que le support du démarchage était la messagerie. Une offre de crédit ou d’assurance peut circuler par courriel sans qu’aucune page ne la présente, et l’inscription est alors portée sur l’adresse d’expédition, dans la colonne prévue pour les URL et les courriels. Cette formulation a une conséquence pratique : chercher le nom de domaine dans le fichier ne suffit pas à retrouver l’entrée, il faut y chercher l’adresse complète.
Rien ne le démontre, et nous ne l’écrivons pas. La qualification du régulateur porte sur une adresse de courriel employée pour proposer des produits financiers sous une identité d’emprunt ; la boutique, elle, vend des meubles de bureau et ne publie aucune offre de ce type. Les deux peuvent relever du même exploitant comme de deux personnes sans lien. Trancher suppose de lire les en-têtes des messages reçus, seule pièce qui nomme le serveur expéditeur.
Ne rien verser de plus, et conserver le message avec son en-tête complet avant toute manipulation. Une adresse fichée n’empêche ni la réception de nouvelles relances, ni le changement de banque bénéficiaire en cours de route. La fiche d’évaluation publique de ScamDoc consigne pour ce domaine un indice de confiance de 25 %, et la ligne du 22 octobre 2026 reste consultable sur le site du service commun des autorités.
Aucune page de elassur.net ne propose aujourd’hui un crédit, un livret ou un contrat d’assurance : il reste une boutique de mobilier, une adresse de courriel fichée et une messagerie correctement configurée chez un hébergeur. C’est mince, et c’est pourtant tout ce que trouvera un épargnant démarché au nom d’un courtier réel s’il prend la peine de vérifier le domaine. Quiconque a répondu à ce genre de message, transmis des pièces d’identité ou validé un virement gagne à faire relire son dossier avant d’aller plus loin : le service d’aide aux victimes de BrokerDefense en fait une première lecture sans frais et dit, pièces en main, ce qui demeure envisageable.


