Tivronex arnaque : ses conditions générales citent IG Group

Tivronex se présente en page d’accueil comme une « AI Trading Platform ». Sur ce même écran, une fenêtre d’avertissement affirme l’exact contraire : le site ne serait qu’un support publicitaire, sans aucune activité de courtage ni de conseil. Entre les deux, un formulaire de quatre champs. C’est tout ce que le domaine vend, et c’est précisément ce qui rend le dossier intéressant.

Notre enquête, menée le 25 octobre 2026, établit trois faits vérifiables. Le nom de domaine a été créé le 14 juin 2026 pour un an seulement, chez un revendeur américain à bas coût. Aucune société, aucune adresse, aucun numéro d’immatriculation n’apparaît nulle part : le seul contact publié est une adresse de courriel. Et la page de conditions générales, celle que personne ne lit, désigne encore nommément un courtier régulé britannique.

L’avertissement que le site s’inflige à lui-même : un support marketing, pas un courtier

Tivronex ne cache pas son dispositif, il le revendique. Une fenêtre s’ouvre au chargement de chaque page, y compris de la page de contact et des pages légales, avec cette phrase en anglais : « This website functions solely as a marketing platform and does not provide, endorse, or facilitate any trading, brokerage, or investment services. » Traduction littérale : ce site fonctionne uniquement comme une plateforme publicitaire et ne fournit, ne cautionne ni ne facilite aucun service de trading, de courtage ou d’investissement.

Il faut mesurer ce que cela signifie concrètement. Une page qui promet des bots de trading pilotés par intelligence artificielle, des plafonds d’exposition, des fenêtres d’exécution et des rapports d’audit, puis qui déclare ne fournir aucun service d’investissement, n’a qu’une seule fonction possible : capter des coordonnées. Le vocabulaire est celui d’un logiciel de courtage, la fonction réelle est celle d’un formulaire de contact. Le reste, les sections « capabilities », « process », « discipline map » et les trois parcours dits conservateur, équilibré et actif, ne décrit aucun produit identifiable : aucune capture d’interface, aucun tarif, aucun identifiant de compte, aucune condition d’accès à un quelconque outil.

Cette manière de sertir une vitrine technique autour d’un formulaire de contact n’est pas isolée dans nos dossiers. Elle rappelle le montage documenté à propos de Lumetrix AI Platform, autre vitrine de trading dite intelligente dont l’interface n’existait qu’en surface, et la logique d’usine à vitrines que nous avions décrite au sujet d’Aimex Trade. Dans les trois cas, la page a été fabriquée pour un seul usage : obtenir un nom, un courriel et un numéro de téléphone.

Dernière mise à jour : 25/10/2026

📄 Document

Notre dossier de preuves contient la copie de la vitrine servie par tivronex.click le 25 octobre 2026. Trois détails y situent une prise de contact : le bouton « create account » du formulaire, la fenêtre qui qualifie le site de support publicitaire, et le menu des vingt-sept langues.

Pour produire cette pièce devant une juridiction, la version intégrale non filigranée est délivrée sur commande.

Capture de la vitrine servie par tivronex.click le 25 octobre 2026

Dans les conditions générales, une phrase qui n’appartient pas à Tivronex

Les pages « Terms » et « Privacy » affichent d’abord un simple « Loading content… » : le texte n’est pas dans la page, il est chargé depuis deux fichiers séparés. Une fois récupéré, le document réserve sa première surprise. Il annonce que le site est « operated and controlled by Tivronex and any holding companies, subsidiaries or related entities, all of which are referred to as Tivronex » : aucune société holding, aucune filiale, aucune entité n’est ensuite nommée, et le seul moyen de contact indiqué est l’adresse [email protected].

La seconde surprise est plus parlante encore. À la section « No Investment Advice », le texte précise que les informations du site ne constituent pas une recommandation d’investir dans des produits « offered by any member of the IG group of companies ». IG Group est un courtier britannique coté en Bourse, présent dans plusieurs pays et soumis à l’autorité de tutelle du Royaume-Uni. Tivronex, lui, n’existe dans aucun registre. Une phrase qui nomme un groupe régulé à la place de son propre opérateur ne relève pas de l’étourderie de rédaction : elle est restée dans le document au moment où le nom de la marque a été changé, sans relecture de la clause.

Le reste du document confirme le copier-coller : structure en sections numérotées, clauses de propriété intellectuelle, interdiction de « framing », clause de confidentialité d’un an, avertissement en majuscules sur l’absence de garantie. Rien n’indique qui exploite le site, où se trouve son siège, ni quel droit s’applique. Pour une activité qui prétend manipuler des ordres de marché, l’absence de toute personne morale identifiable n’est pas une négligence de rédaction : c’est une condition de fonctionnement.

Quatre champs de saisie, un pays pré-rempli et aucun moyen de contact publié

Le formulaire placé en haut de la page d’accueil demande un prénom, un nom, un courriel et un numéro de téléphone, avec l’indicatif +33 affiché par défaut. Un champ masqué nommé « country » porte la valeur « FR » : le visiteur français est la cible désignée, quelle que soit la langue dans laquelle il lit la page. Un champ piège invisible, « contact_website », est destiné à repérer les envois en série, et un captcha Cloudflare Turnstile protège la validation. Le bouton final s’intitule « CREATE ACCOUNT », alors qu’aucun compte ne peut être créé puisqu’aucun service n’est fourni.

La page de contact achève de décrire le montage. Tivronex y écrit qu’elle ne publie volontairement aucun coordonnée directe et que toute demande doit passer par le parcours d’inscription : « To reach Tivronex, start the Sign Up process and complete the onboarding steps. » Autrement dit, la seule manière de joindre l’opérateur est de lui laisser ses coordonnées. Les conditions générales expliquent ensuite à quoi elles servent, dans une section intitulée « Description of the Services » : les « Subscription Services » consistent en contenus envoyés par courriel et par textos « relevant to online marketing from us and third-party partners ». Le produit, c’est la liste de contacts.

C’est le schéma que décrivent la plupart des personnes qui nous saisissent après avoir laissé leurs coordonnées sur ce type de vitrine : un appel quelques jours plus tard, un interlocuteur qui se présente comme conseiller, une proposition de placement en crypto-actifs ou en devises, puis une demande de virement. Notre avocat partenaire Me Goce Novakov, du barreau de Paris, revient dans la vidéo ci-dessous sur une décision obtenue au tribunal judiciaire de Créteil dans un dossier d’escroquerie et de faux investissement, et sur la responsabilité d’une banque qui n’a pas assez surveillé les mouvements de sa cliente. Sa fiche professionnelle est consultable sur la page dédiée de Maître Goce Novakov.

Le nom a quatre mois, le certificat trois semaines

Le registre est sans ambiguïté. Le nom tivronex.click a été enregistré le 14 juin 2026 à 9 h 00 UTC et expiré le 14 juin 2027, soit un an jour pour jour, ce qui est la durée minimale permise. La dernière modification du dossier date du 19 juin 2026, cinq jours après la création. Le statut affiché est « clientTransferProhibited », un verrou classique posé par le revendeur pour empêcher tout transfert sortant. Le bureau d’enregistrement est Spaceship, Inc., société américaine installée à Phoenix, en Arizona, connue pour ses tarifs très bas et pour la confidentialité par défaut de ses titulaires : aucun nom, aucune adresse, aucun courriel de propriétaire n’est publié.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

L’infrastructure ajoute une couche. Les deux adresses du domaine, 172.67.148.24 et 104.21.55.121, appartiennent à Cloudflare, et les serveurs de noms brodie.ns.cloudflare.com et marissa.ns.cloudflare.com sont ceux du même prestataire. Le serveur d’origine, celui qui héberge réellement les fichiers, n’est donc pas joignable depuis l’extérieur : il faut passer par le réseau de diffusion pour atteindre la page. Le certificat de chiffrement a été délivré par Google Trust Services, autorité gratuite et très répandue, le 13 octobre 2026 et court jusqu’au 11 janvier 2027. Il ne couvre qu’un seul nom, tivronex.click, sans aucun sous-domaine, ce qui écarte l’hypothèse d’un portail client déjà en service ailleurs sur le domaine.

Deux autres vérifications donnent le même résultat. Le service d’archives publiques de l’Internet Archive ne conserve aucune capture de ce domaine, ni en 2026 ni avant : la vitrine n’a jamais été indexée par cet archiveur, ce qui est cohérent avec un nom de quatre mois resté hors des radars. Et la page d’accueil affiche « © 2026 Tivronex » sans mention de société, de numéro d’identification ni d’adresse, y compris dans les données structurées qu’elle déclare aux moteurs de recherche : celles-ci ne contiennent qu’un nom, une adresse de site et un logo.

Vingt-sept versions linguistiques, des consignes de fabrication restées dans le code, et 25 % chez ScamDoc

La page propose un sélecteur de langues qui va du français au japonais, en passant par le coréen, l’hindi, l’arabe et le thaï : vingt-sept traductions accessibles, pour un site vieux de quatre mois et sans produit. Sur le plan technique, la vitrine est une page statique servie par Cloudflare, avec les icônes Font Awesome, deux polices d’affichage et trois scripts de mesure : le beacon Cloudflare, l’outil d’enregistrement de sessions Microsoft Clarity et une bibliothèque d’empreinte de navigateur, clientjs, qui sert à distinguer un visiteur réel d’un visiteur simulé. Une politique de sécurité de contenu autorise les scripts en ligne et restreint les cadres à ceux du captcha Cloudflare.

Le plus révélateur est invisible à l’écran : la page conserve, en commentaires, les consignes laissées par celui qui l’a fabriquée. On y lit « Lead Form (exact IDs/names; no inline styles; button last) » juste au-dessus du formulaire, « hreflang cascade for 28 languages » au-dessus du sélecteur, et, au-dessus des sections de contenu, des prescriptions de ton : rester neutre et opérationnel, éviter le registre de la formation. Les identifiants des champs sont d’ailleurs des suites aléatoires, du type « _h35l4zjm » ou « _nd9f5 », typiques d’une production en série. Ce n’est pas un site conçu pour un usage : c’est un gabarit déployé, avec ses notes de montage encore accrochées.

Les vérifications publiques, enfin, ne protègent personne. La fiche ScamDoc de tivronex.click place le domaine à 25 % de confiance, niveau faible, en retenant deux points négatifs : une création de moins de six mois et une espérance de vie courte. Du côté des autorités, nous n’avons trouvé aucune mention de Tivronex sur les listes noires et mises en garde de l’AMF. Cette absence ne disculpe rien : elle signifie qu’aucun régulateur n’a encore enregistré ce nom, ce qui est le propre d’une structure qui ne se déclare ni courtier ni conseiller et se borne à collecter des coordonnées.

Coordonnées laissées sur tivronex.click : les gestes utiles, dans l’ordre

Si vous avez rempli le formulaire de tivronex.click, le risque immédiat n’est pas un prélèvement, c’est un appel. Vos nom, courriel et numéro de téléphone, avec le pays pré-rempli sur la France, constituent une fiche de prospect revendable. Attendez-vous à être contacté par un interlocuteur se présentant comme conseiller, avec une proposition de placement en crypto-actifs ou en devises, et à une demande de virement vers un compte dont l’intitulé ne correspondra pas au nom du site. La première mesure consiste à ne verser aucune somme, même pour un « dépôt minimum » ou des « frais de dossier ».

Conservez ensuite, et dans cet ordre, tout ce qui rattache la prise de contact à tivronex.click : la capture de l’écran de confirmation du formulaire avec la date visible, les courriels reçus avec leurs en-têtes complets, l’historique des appels avec les numéros et les horodatages, les messages échangés par messagerie ou par textos, et, le cas échéant, les relevés des virements effectués avec les références d’opération. Ces pièces sont celles qui permettent d’établir le lien entre une vitrine précise et un versement précis, et c’est exactement ce que demande un dossier d’escroquerie.

Si un virement a déjà été exécuté, demandez sans délai à votre banque le rappel des fonds en joignant la référence de l’opération et le nom du bénéficiaire, puis formalisez la demande par écrit. Une déclaration de soupçon transmise par l’établissement, un signalement sur la plateforme THESEE du ministère de l’Intérieur et un dépôt de plainte complètent le dispositif : notre page consacrée au dépôt de plainte et à la voie pénale détaille la chronologie attendue et les pièces à joindre. Les personnes qui ont versé des fonds après un appel consécutif à un formulaire de ce type peuvent aussi passer par notre demande d’assistance pour faire évaluer leur dossier.

Tivronex n’est pas une plateforme de trading qui aurait mal tourné : c’est un formulaire d’enregistrement habillé en plateforme de trading, avec des conditions générales empruntées à un courtier londonien et un nom de quatre mois. Les victimes de ce modèle ne sont pas des investisseurs déçus par une performance, ce sont des personnes démarchées au téléphone après avoir laissé leurs coordonnées, puis poussées à virer des fonds vers des comptes sans rapport avec le site. C’est précisément le type de dossier que notre équipe évalue avant toute démarche, en confrontant la date du versement, l’interface utilisée et les coordonnées du bénéficiaire.

Vos questions sur une vitrine qui ne vend rien

Tivronex peut-il légalement démarcher des épargnants français ?

Non, et le site le dit lui-même. Sa fenêtre d’avertissement précise qu’il fonctionne uniquement comme plateforme publicitaire et ne fournit aucun service de trading, de courtage ou d’investissement. Aucune société, aucun numéro d’immatriculation ni aucune adresse n’apparaît sur le domaine, et le nom ne figure ni dans les listes noires de l’AMF ni dans un registre d’entreprises que nous avons pu interroger.

Que se passe-t-il après avoir rempli le formulaire de tivronex.click ?

Le formulaire transmet un prénom, un nom, un courriel et un numéro de téléphone, avec un champ masqué qui indique la France comme pays. Les conditions générales décrivent la fourniture de contenus publicitaires « de la part de partenaires tiers » : la fiche de contact est donc destinée à être réutilisée. Dans les dossiers de ce type, l’étape suivante est un appel téléphonique d’un prétendu conseiller proposant un placement, puis une demande de virement.

Peut-on récupérer une somme virée après un appel lié à Tivronex ?

La démarche est possible mais dépend des preuves conservées. Il faut demander à sa banque le rappel des fonds avec la référence de l’opération, garder la capture du formulaire datée, les courriels, l’historique des appels et les relevés, puis déposer plainte en joignant ces pièces. La décision évoquée dans la vidéo de Me Goce Novakov montre que le recours peut aussi viser l’établissement qui a exécuté les virements, et pas seulement l’opérateur du site.

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