Angel-creditpro.com arnaque : les papiers d’un courtier de 2019

Un mois de nom, sept ans d’enseigne

Le nom angel-creditpro.com a été enregistré le 5 octobre 2026 à 6 h 58, auprès du bureau d’enregistrement PublicDomainRegistry, avec une échéance au 5 octobre 2027 : la société dont la vitrine reprend l’enseigne, elle, est immatriculée depuis le 1er mars 2019. Entre les deux dates, il y a sept ans et sept mois, et c’est tout l’écart que ce dossier documente.

La page d’accueil annonce un « intermédiaire immatriculé au registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance sous le n° 19 004 068, sous le contrôle de l’ACPR ». Le pied de page ajoute un SIREN, 849 397 609, un ressort de registre, Melun, un siège au 29 avenue Charles Rouxel à Pontault-Combault, et trois qualifications d’intermédiation avec leurs dates d’inscription respectives, mai et juillet 2019. La page « La société » reprend les mêmes éléments et parle d’un courtier indépendant créé en 2019.

Ces numéros ne sont pas inventés. Interrogé le 4 novembre 2026, l’annuaire des entreprises du gouvernement renvoie, pour le SIREN 849 397 609, une SASU CREDIT ANGEL créée le 1er mars 2019, de code d’activité 66.19B (activités auxiliaires de services financiers), à l’état administratif actif, dont l’établissement siège est bien situé à cette adresse de Pontault-Combault et qui déclare un à deux salariés. Les identifiants affichés sont donc authentiques, et c’est précisément ce qui rend la vérification trompeuse : reprendre l’état civil exact d’une société réelle ne fait pas de celui qui publie la page cette société.

Le registre du nom de domaine ne publie, lui, aucun titulaire : la fiche est masquée, le nom est protégé contre le transfert et les quatre serveurs de noms appartiennent à l’infrastructure du bureau d’enregistrement. Aucune des données publiques du domaine ne relie le nom à la société dont il porte l’enseigne. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Le reste de la pile est banal et cohérent avec une mise en service rapide : un premier certificat Let’s Encrypt délivré le 6 octobre, moins de vingt-quatre heures après l’ouverture du nom, renouvelé le 19 octobre pour une validité courant jusqu’au 17 janvier 2027 ; un serveur nginx avec PHP 8.4 et un panneau Plesk ; une adresse IP d’hébergement mutualisé. Six pages seulement sont servies, toutes en PHP, sans gestionnaire de contenu, sans billet, sans page d’actualité.

Dernière mise à jour : 04/11/2026

📄 Document

Le fichier joint montre l’accueil d’angel-creditpro.com tel qu’il se présentait le 4 novembre 2026 : le bandeau d’immatriculation, le bloc consacré à la garantie de 10 % et le simulateur arrêté sur 932,15 € par mois y occupent l’essentiel du premier écran.

La version publique porte un filigrane. Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par angel-creditpro.com le 4 novembre 2026

L’éditeur nommé en bas de page n’est pas le courtier

La rubrique des mentions légales est, elle, d’une précision qui mérite d’être lue en entier. Le site y est déclaré « édité et exploité par la société CAPITAL, agence de communication, qui conçoit et diffuse les campagnes publicitaires conduisant à ce site, recueille les demandes de financement déposées via le formulaire et les transmet au courtier CREDIT ANGEL ».

Cette société existe également. Toujours selon l’annuaire des entreprises, le SIREN 938 487 782 désigne une SASU CAPITAL créée le 21 novembre 2024, de code d’activité 70.21Z (conseil en relations publiques et communication), dont le siège est au 12 rue Coypel dans le 13e arrondissement de Paris, à l’état actif. La page parle d’une immatriculation au registre du commerce de Paris au 16 décembre 2024 : la date de création retenue par l’annuaire est un peu antérieure, ce qui correspond à l’usage entre la constitution et l’immatriculation.

Reste le canal de contact, et il est unique. Les mentions légales donnent, pour l’éditeur comme pour l’exercice des droits sur les données personnelles, une adresse de messagerie gratuite hébergée chez un fournisseur grand public, dont l’intitulé reprend le prénom et le nom de son président, et un numéro de téléphone mobile. Aucune adresse électronique au nom du courtier n’est publiée : la rubrique de contact du courtier renvoie explicitement à l’éditeur. Autrement dit, la personne qui croit écrire à un intermédiaire financier écrit à une agence de communication, par une boîte personnelle.

Ce montage, en soi, n’est pas nécessairement irrégulier : l’apport d’affaires entre une agence et un intermédiaire immatriculé existe et peut être encadré. Ce que le site ne publie pas, c’est la pièce qui le rendrait vérifiable, à savoir le mandat qui autorise l’agence à présenter le courtier, à utiliser son nom et à collecter des données pour son compte. Aucun document de ce type ne figure sur les six pages servies. La formule de l’enseigne de courtage empruntée à une maison existante a déjà été décrite dans notre dossier sur eventiafinancement.fr, où le nom servait à recueillir des demandes sans qu’aucune immatriculation ne corresponde à l’exploitant.

Un espace client qui ne propose aucune inscription

La vitrine comporte un lien « Espace client » dans le bandeau supérieur de chaque page. Il mène à une page de connexion à deux champs, une adresse de courrier et un mot de passe, complétée d’un lien de réinitialisation. Interrogée avec un identifiant inexistant, la page répond « Identifiant ou mot de passe incorrect. », ce qui est le comportement attendu d’un formulaire de connexion.

Le problème est ailleurs : aucun parcours d’inscription n’existe. Il n’y a pas de bouton de création de compte, pas de page d’ouverture de dossier, pas de conditions d’accès. Les adresses habituelles de ce type d’interface, celles que nos outils ont visitées le 4 novembre 2026, répondent tous par une erreur 404 : /login, /register, /dashboard et /api. Un demandeur qui vient de remplir le formulaire de financement n’a donc aucun moyen de suivre son dossier depuis le site, alors que la page de connexion promet de « suivre l’avancement de votre demande de financement ».

Il faut en tirer la conséquence exacte, sans la dépasser : l’existence d’un espace client ne peut pas être vérifiée de l’extérieur, et rien ne prouve qu’un tel espace ait été ouvert à quiconque. Un portail de connexion sans population de comptes identifiables remplit une fonction d’affichage, celle de faire ressembler la page à celle d’un établissement établi. La question de l’espace client bâti sur des pièces d’un autre dossier a déjà été traitée à propos de cdpt-immo.com.

Huit questions, dont celle sur la somme mobilisable en garantie

Le formulaire de demande est un questionnaire en huit étapes, présenté comme devant prendre deux minutes. Les cinq premières portent sur le besoin : nature du financement, montant souhaité, apport, durée de remboursement, forme juridique, ancienneté de l’entreprise et ordre de grandeur du chiffre d’affaires annuel.

La troisième question est la plus intéressante, et elle n’est pas anodine : « Quelle somme pouvez-vous mobiliser en garantie ? », avec cinq tranches allant de moins de 5 000 € à plus de 50 000 €. Le texte d’accompagnement précise que la banque peut demander une garantie d’environ 10 % du montant emprunté et que cette somme reste sur le compte du demandeur. Le questionnaire mesure donc, avant tout entretien, la capacité d’un dirigeant à débloquer plusieurs milliers d’euros.

La dernière étape collecte l’identité : prénom, nom, raison sociale, numéro SIREN, code postal, adresse de courrier et téléphone, avec une case à cocher ainsi libellée : « J’accepte que ma demande soit transmise à CREDIT ANGEL, courtier immatriculé, pour son étude, et d’être recontacté par un conseiller. » L’envoi part vers un script unique, submit.php, qui renvoie vers la page de demande lorsqu’il est appelé sans données. La promesse affichée est un rappel « sous 24 h ouvrées ».

La combinaison est celle d’un entonnoir de génération de contacts : des données d’entreprise vérifiables (SIREN, chiffre d’affaires, ancienneté) et une estimation de trésorerie mobilisable, dans un formulaire qui n’ouvre aucun dossier mais transmet le tout. C’est un modèle économique connu et licite quand il est encadré ; il devient problématique quand le destinataire réel n’est pas celui que le formulaire laisse croire.

Les transferts qui suivent ce type de rappel sont, eux, documentés depuis longtemps. Maître Goce Novakov, avocat au barreau de Paris, détaille dans la séquence ci-dessous une décision de cour d’appel qui a retenu la faute d’une banque pour n’avoir pas signalé des opérations atypiques et l’a condamnée à en indemniser largement la victime. Le raisonnement exposé vaut pour tout versement effectué vers une interface présentée comme un intermédiaire financier.

Des logos de banques, et aucune pièce qui atteste d’un partenariat

La page d’accueil affiche une rangée de huit logos, avec leurs noms en texte alternatif : quatre grandes banques françaises (BNP Paribas, Crédit Agricole, Caisse d’Épargne, Crédit Mutuel) et quatre services de compte professionnel ou de paiement (Qonto, Shine, Finom, OKpay). La page « La société » annonce, dans un bloc de chiffres, « 58 partenaires bancaires ».

Ces chiffres ne sont corroborés par aucune source publique consultée. L’annuaire des entreprises décrit une structure d’un à deux salariés, dont l’établissement siège est déclaré sans caractère employeur, ce qui s’accorde mal avec un réseau de cinquante-huit établissements prêteurs. Aucun document du site, aucune convention, aucun agrément de démarchage bancaire n’est publié pour étayer la liste.

La prudence s’impose ici, et elle vaut dans les deux sens : la présence de ces marques sur une page ne signifie pas que les établissements concernés aient donné leur accord, et aucun d’eux n’est mis en cause par ce dossier. Une enseigne citée sans pièce justificative n’est pas pour autant associée au montage. Ce qui est établi, c’est que le site se sert de la notoriété de huit marques pour établir la sienne, sans produire le document qui l’y autoriserait.

Ce que ce dossier n’établit pas, et ce qu’il change malgré tout

Trois vérifications négatives doivent être posées, parce qu’elles bornent la portée de tout ce qui précède. D’abord, les six fichiers de mises en garde que l’AMF publie par famille de produits, arrêtés au 8 octobre 2026 et téléchargés ce jour, ont été passés au crible : ni angel-creditpro.com ni l’enseigne n’y figurent, dans quelque graphie que ce soit. Un fichier de ce genre ne dit que ce qu’une autorité a choisi d’y inscrire ; il n’attribue aucun droit de commercialiser un crédit.

Ensuite, nous n’avons pas pu vérifier nous-mêmes l’immatriculation au registre unique des intermédiaires : le site du registre est une application dont les résultats ne sont pas interrogeables sans passer par son interface, et la recherche n’a pas abouti. Le numéro affiché n’est donc ni confirmé ni infirmé par nos soins, et nous ne l’attribuons pas à la société réelle.

Enfin, rien n’établit que le courtier dont l’enseigne est reprise soit à l’origine de la page ou l’ait autorisée. S’il s’agit d’une société tierce, elle est la première touchée par la confusion créée : c’est son nom, son adresse et son numéro d’immatriculation qui servent à accréditer un formulaire qu’elle n’a peut-être jamais vu. Elle n’est pas mise en cause.

Le dernier élément est un score. La fiche ScamDoc consacrée au domaine, consultée le 4 novembre 2026, affiche un indice de confiance de 1 %, en retenant l’âge du nom, le masquage du titulaire et une divergence entre les mentions légales et l’exploitant réel. Un score n’est pas une preuve ; il indique ce que d’autres lecteurs ont conclu des mêmes pièces.

Quatre questions avant de confier un dossier de financement

Comment savoir si un site de courtage appartient vraiment au courtier qu’il affiche ?

Il faut lire la mention d’éditeur en bas de page, et la comparer au nom du courtier : ici, l’éditeur déclaré est une agence de communication distincte. Demandez ensuite le mandat qui lie les deux sociétés, et appelez le courtier à un numéro trouvé indépendamment du site, jamais celui qui y est publié.

Une garantie de 10 % doit-elle être versée avant l’accord du prêt ?

Non. Une garantie se met en place avec l’établissement prêteur, sur la base de son offre écrite, au moment de la signature, et elle est déposée auprès de cet établissement. Un virement réclamé avant l’offre, sur un compte communiqué par téléphone ou par messagerie, est le signal d’alerte principal de ce type de dossier.

Que devient le dossier rempli sur angel-creditpro.com ?

Le questionnaire est envoyé à un script du site, puis collecté par l’éditeur, qui déclare le transmettre au courtier. Conservez une copie de la page d’envoi, la date et l’heure, puis exercez vos droits d’accès et d’effacement auprès de l’éditeur, dont l’adresse figure dans les mentions légales.

Le nom figure-t-il sur une liste noire de l’AMF ?

Non. Nous avons passé les six fichiers de mises en garde de l’AMF, dans leur version du 8 octobre 2026, et aucune ligne ne porte ce nom. Un tel fichier ne recense que les signalements publiés : ne pas y figurer ne vaut pas feu vert.

Angel-creditpro.com n’est pas le site d’un courtier : c’est une page de captation de demandes de financement, publiée par une agence de communication de deux ans, sur un nom d’un mois, aux couleurs et aux numéros d’une société de courtage immatriculée depuis 2019. Le formulaire en huit étapes ne produit aucun dossier consultable, et il mesure au passage la somme que le dirigeant pourrait débloquer.

Pour un dirigeant qui a rempli ce questionnaire, le dommage ne se lit pas encore sur un relevé bancaire. Il tient dans ce qui a été cédé en deux minutes : un SIREN, un ordre de grandeur de chiffre d’affaires, un besoin de trésorerie et un numéro joignable, désormais entre les mains d’un tiers que le courtier affiché n’a pas désigné. BrokerDefense replace ces éléments dans l’ordre d’un dossier, la date de la demande, la copie de l’écran d’envoi, les appels reçus ensuite, avant toute décision. Le dépôt de plainte se construit à partir de ces pièces, tant que les faits sont datables.

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