Offre0926.lovable.app arnaque : 5,50 % d’un émetteur introuvable

Le fichier commun tenu par l’ACPR et l’AMF porte, depuis le 3 novembre 2026, une ligne au nom de offre0926.lovable.app. L’adresse y figure sous deux qualifications. La première, « Crédits livrets paiements assurances », couvre le démarchage portant sur l’épargne, le crédit et l’assurance. La seconde, « Usurpation Professionnel », vise l’emprunt de l’identité d’un professionnel autorisé. La page des listes noires de l’ABE publie ce relevé, que nous avons contrôlé le 4 novembre 2026 : une seule ligne, et un moteur qui répond par ailleurs.

La coïncidence avec ce que sert la page ne laisse guère de place au doute. La vitrine annonce un « compte de dépôt à terme rémunéré 5,50 % », sur huit mois, avec des fonds présentés comme cantonnés chez BNP Paribas. Autrement dit, un produit d’épargne bancaire, proposé par une entité qui n’apparaît nulle part parmi les établissements autorisés, et que le régulateur a fichée sous le libellé réservé aux usurpations.

Le radical du nom, lui, n’est pas neuf dans ce fichier. Sept lignes datées du 30 juillet et du 9 août 2024 y portent swan-gestion.com, gestion-swan.com, swan-private.com et private-swan.com, ainsi que trois boîtes de courriel bâties sur ces mêmes domaines. Toutes portent la paire de qualifications relevée aujourd’hui. Rien, dans les pièces consultées, n’établit que ces inscriptions et la page actuelle relèvent du même opérateur : leur libellé commun et la racine du nom sont tout ce qu’elles partagent, et nous les présentons comme tels.

Dernière mise à jour : 04/11/2026

📄 Document

Le document téléchargeable ci-dessous arrête l’accueil de offre0926.lovable.app au 4 novembre 2026 : le titre du compte à terme à 5,50 %, la rangée de quatre chiffres avancée par le groupe et l’encart consacré au dépositaire BNP Paribas y occupent la première moitié de l’écran. Trois repères suffisent à rattacher un courriel ou un ordre de virement à cette page précise.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par offre0926.lovable.app le 4 novembre 2026

Un rendement de 5,50 % adossé à un cantonnement chez BNP Paribas

La mécanique commerciale est simple et calibrée pour rassurer. Le taux affiché, 5,50 % nets de frais de gestion, porte sur huit mois : trois mois pendant lesquels le déposant peut reprendre son argent sans frais, puis cinq mois de blocage, avec une pénalité de 1,75 % en cas de retrait anticipé. Le ticket d’entrée est fixé à 250 € et le plafond à 125 000 € par souscripteur. Une illustration accompagne l’ensemble, avec des intérêts calculés au centime : 825 € pour 15 000 € placés, 5 500 € pour 100 000 €.

Le socle de crédibilité tient en un nom : BNP Paribas. La page répète que les capitaux sont « cantonnés » sur des comptes dédiés ouverts chez cet établissement, distincts des comptes d’exploitation du groupe, avec un rapprochement quotidien et un circuit de validation à double signature. Une attestation de dépôt serait remise au souscripteur, accompagnée de relevés à chaque échéance. Aucune pièce n’est produite pour étayer ces affirmations, et le nom de la banque n’apparaît que sous forme de promesse.

La page « Partenaires » pousse l’exercice plus loin, en alignant Crédit Agricole, Société Générale, Banque Populaire, Generali, Swiss Life, AXA et Amundi, présentés comme des contreparties du groupe. Une mention discrète, en bas de cette même page, rappelle pourtant que les dénominations citées doivent être validées en interne et, le cas échéant, autorisées par chaque partenaire avant leur publication. La réserve est restée en place, en face publique, sous la liste des établissements. Elle dit ce qu’elle dit : la validation n’a pas eu lieu. Un dernier indice, plus prosaïque, figure sur la fiche publique de l’adresse : l’indice de confiance qui y est affiché plafonne à 1 %. Sa fiche publique se consulte librement.

Des mentions légales jamais remplies, publiées telles quelles

La page « Mentions légales » est plus explicite encore, et c’est elle qui donne la mesure du dossier. L’éditeur y est décrit comme une société par actions simplifiée dotée d’un capital social de « XX XXX € », immatriculée sous le numéro « XXX XXX XXX », à une adresse « XX rue XXXXX, 7500X Paris », avec une TVA intracommunautaire en « FR XX XXXXXXXXX ». Le téléphone attendu est libellé « +33 (0)X XX XX XX XX ». La dénomination sociale elle-même est à compléter : « à renseigner ».

Une phrase, en bas du bloc, explique pourquoi : « Les informations juridiques ci-dessus sont provisoires et doivent être complétées par les données officielles du groupe avant publication. » Le responsable de la publication n’est pas mieux traité, présenté comme « le président du Groupe Swan » avec la mention « nom et fonction à confirmer en interne ». Ce ne sont pas des oublis de rédaction dispersés : c’est un gabarit de page légale livré en production, annoté pour un relecteur qui n’est jamais venu.

L’hébergeur, lui, est nommé sans détour : Lovable, et son infrastructure « Lovable Cloud ». L’adresse elle-même le confirme, puisque la vitrine occupe le sous-domaine offre0926 d’une plateforme de création de sites, avec la pastille « Edit with Lovable » fixée en bas de chaque page. Le certificat présenté est d’ailleurs un certificat générique couvrant l’ensemble de la plateforme, émis par Google Trust Services le 10 octobre 2026 et valable jusqu’au 9 janvier 2027, derrière le filtrage de Cloudflare et deux adresses 185.41.148.1 et 185.41.148.2. Rien, dans cette pile, n’évoque un établissement financier.

Au registre, une société homonyme qui ne dit pas la même chose

Un groupe nommé Groupe Swan existe pourtant, et il est bien réel. Le registre national des entreprises porte le SIREN 850369216 pour une société par actions simplifiée immatriculée le 1er avril 2019, dont l’activité déclarée est le courtage d’assurances, avec un unique établissement à Nice. Ni capital de holding, ni réseau d’agences, ni implantation hors de France.

La comparaison avec le récit de la vitrine est cruelle. La page revendique une maison fondée en 2011, quinze ans d’accompagnement, 62 collaborateurs, 8 500 clients particuliers et entreprises, quatre pôles régionaux à Paris, Lyon, Bordeaux et Genève, et « plus de 40 partenaires bancaires ». Aucun de ces chiffres ne se retrouve au registre, et la société immatriculée ne revendique d’ailleurs rien de tel. Nous n’avons aucune raison de penser que l’exploitant de la page et le titulaire du SIREN soient la même personne, et nous ne le présentons pas ainsi : la page emprunte un nom qui existe déjà, sans jamais citer l’immatriculation qui l’accompagne.

Un courriel pour seul point de contact, sur un domaine qui ne résout pas

Le parcours de souscription ne comporte ni formulaire, ni téléphone, ni espace client. Les quatre adresses d’interface que nous avons testées, celles par lesquelles un client suivrait habituellement ses fonds, renvoient une page d’erreur. Tout passe par une boîte aux lettres, [email protected], répétée sur chaque page, avec des horaires de bureau et quatre villes en signature. C’est par ce canal qu’un prospect est censé demander la « documentation contractuelle », l’« attestation de cantonnement » et l’« échéancier de rémunération ».

Or le domaine qui porte cette adresse n’existe pas. Le nom de domaine groupe-swan.com ne répond à aucune résolution, et le registre des noms en .com n’en porte aucune trace. Un courriel envoyé à cette adresse ne peut donc aboutir nulle part : le candidat déposant n’a aucun moyen de joindre l’émetteur du produit qu’on lui propose. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Quatre autres noms du même radical, fichés à l’été 2024

Les inscriptions de 2024 méritent qu’on s’y arrête, parce qu’elles montrent un même nom décliné en série. swan-gestion.com, gestion-swan.com, swan-private.com et private-swan.com y apparaissent le 9 août, précédés le 30 juillet par trois adresses de courriel construites sur les mêmes mots. Même paire de qualifications, même registre, deux dates rapprochées.

Ce que sont devenus ces quatre noms est instructif. Trois d’entre eux ne répondent plus aujourd’hui. Le quatrième, swan-private.com, a été réenregistré le 6 août 2026 et ne sert plus qu’une page de 114 octets proposant le nom à l’achat, hébergée sur les serveurs d’un courtier en noms de domaine. La marque a donc survécu à ses domaines, et c’est sur une plateforme gratuite qu’elle réapparaît aujourd’hui, avec un produit d’épargne à 5,50 %.

Deux dossiers voisins documentent la même mécanique, et méritent d’être lus ensemble : banque-stellantis.com, fichée pour usurpation, revendiquait un agrément et citait deux SIREN réels ; citieurope-private.com n’a jamais servi de site, seule sa messagerie avait été configurée. Deux façons de faire exister une banque qui n’en est pas une.

Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, revient dans l’entretien ci-dessous sur la responsabilité de la banque lorsqu’un virement a été obtenu par un faux conseiller, et sur ce que les victimes peuvent en attendre. Sa fiche professionnelle est consultable sur la page dédiée de son cabinet.

Les gestes à faire après un virement vers ce compte

Si un virement a été exécuté vers le compte indiqué par un interlocuteur de cette page, l’urgence est de figer les traces avant qu’elles ne disparaissent. Trois pièces comptent : le relevé de l’ordre de virement avec son libellé exact, la totalité des échanges avec [email protected], et le document de souscription ou l’attestation de cantonnement remis par l’interlocuteur. Ces pièces portent souvent un numéro de dossier, un IBAN et un nom de bénéficiaire qui ne correspondent pas à l’émetteur annoncé.

La déclaration se dépose auprès des services de police ou de gendarmerie, et la banque émettrice doit être informée par écrit dans les meilleurs délais, avec une demande de rappel des fonds. Notre guide Porter plainte après une escroquerie expose les justificatifs à rassembler et la chronologie des formalités. Un signalement à l’ACPR et à l’AMF, via le formulaire de l’ABE, complète utilement le dossier.

Vos questions sur l’offre et sur le courriel

Comment vérifier qu’un compte à terme est proposé par un établissement autorisé ?

Il faut demander la dénomination sociale exacte, le SIREN et le numéro d’agrément, puis vérifier que la société figure parmi les établissements habilités à recevoir des dépôts. Ici, la page ne donne ni SIREN, ni agrément : les champs correspondants sont restés à l’état de gabarit, et le nom apparaît en revanche sur la liste des sites non autorisés.

Que faire si j’ai déjà versé de l’argent sur le compte indiqué ?

Signalez l’ordre de virement à votre banque par écrit sans attendre, en demandant le rappel des fonds, conservez les échanges avec [email protected] et les documents de souscription, puis déposez plainte. Le libellé du virement et l’IBAN du bénéficiaire sont les deux éléments que les enquêteurs exploitent en premier.

Une adresse en lovable.app est-elle en soi suspecte ?

Non. Cette plateforme héberge des milliers de sites légitimes, et beaucoup d’entreprises y publient une page de présentation. Ce qui doit alerter, c’est le décalage entre l’activité revendiquée et le support : un groupe qui se présente comme un établissement d’épargne avec 8 500 clients n’a pas de domaine propre, pas de téléphone et pas d’espace client.

Vous avez versé des fonds après un échange avec Groupe Swan ?

Notre service d’aide aux victimes examine les dossiers de comptes à terme fictifs et de faux placements bancaires. Il vous aide à rassembler les pièces, à qualifier l’infraction et à orienter la plainte.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Ce que la page promet, et ce qu’elle ne dit pas

Il reste une phrase, dans le bas de chaque page de offre0926.lovable.app, qui résume assez bien le dossier : « Le capital placé est protégé et garanti en fin d’échéance, sous réserve des conditions contractuelles. » La protection est affirmée, la garantie est renvoyée à des conditions que personne ne peut obtenir, et l’émetteur du produit n’est nommé nulle part. Entre-temps, le nom de cette vitrine figure sur la liste que consultent les banques avant d’ouvrir une relation d’affaires.

Les victimes de ce type de montage ont un point commun : elles ont traité avec une adresse électronique, jamais avec une personne identifiable, et elles ont versé sur un compte dont le titulaire ne correspondait pas à l’enseigne affichée. C’est précisément ce décalage qu’il faut documenter, pièce par pièce, avant que la page ne disparaisse. BrokerDefense évalue gratuitement chaque situation avant toute démarche, et oriente celles et ceux qui ont déjà viré vers les interlocuteurs compétents.

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