Finetras arnaque : l’exploitant n’existe que dans un PDF

Le 29 octobre 2026, la page d’accueil de finetras.com ne nomme aucune société. Ni le bandeau, ni le pied de page, ni les quatre autres pages de la vitrine ne portent une raison sociale, un numéro d’immatriculation ou une adresse : le seul nom propre affiché est « Finetras », suivi de la mention « © 2026 Finetras. All rights reserved. ». Pour savoir qui exploite le site, il faut ouvrir le fichier « Legal-Terms-and-Conditions.pdf » proposé en bas de page. Ce document de 64 pages, intitulé « Service Terms », désigne à sa première ligne « TRDpoint Ltd », présentée comme une entité constituée aux Comores, puis, page 2, un « Brokerage License » numéro 581696835 assorti d’un numéro d’enregistrement 69123IBC.

L’exploitant du site n’apparaît que dans un PDF de 64 pages

Le texte ne laisse aucune place à l’interprétation. La société y est décrite comme « Finetras, operated and managed by TRDpoint Ltd », une entité « organized under the laws of the Grande Comore Financial Services Act », avec siège aux Comores. La page suivante ajoute le fonds de commerce réglementaire : un permis de courtage délivré par une « International Regulatory Authority of Grande Comore » (IRAGC), et une adresse d’exploitation, Rue de la Paix, Quartier Cala Kuu, Moroni. Le nom « TRDpoint » apparaît une fois dans ces 64 pages et pas une seule fois sur le site : nous avons cherché la chaîne sur les cinq pages servies, sans résultat.

Un visiteur qui ne télécharge pas ce fichier n’a donc aucun moyen de savoir à qui il parle. C’est une dissociation rare : la plupart des vitrines de ce genre affichent au moins une société en pied de page, fût-elle inventée. Ici, l’identité de l’exploitant est rangée dans une pièce jointe, à la page 2 d’un document que rien n’oblige à lire avant de déposer de l’argent.

Le nom de domaine, lui, a une histoire courte et datée. Il a été enregistré le 17 mars 2026 chez MainReg Inc., bureau d’enregistrement dont le contact d’abus est joignable en Bulgarie, et court jusqu’au 17 mars 2027. Les données du titulaire sont masquées et l’acheminement des requêtes passe par Cloudflare, via deux serveurs melnicoff et oaklyn. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Dernière mise à jour : 29/10/2026

📄 Pièce

Voici, mise à disposition gratuitement par BrokerDefense, la capture de la page affichée par finetras.com, prise le 29 octobre 2026. On y voit le bandeau de promesse, les cinq paliers de dépôt et les six rubriques de pied de page dont il est question plus bas : autant de repères pour situer un versement dans le temps.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Page d’accueil servie par finetras.com le 29 octobre 2026

Un permis comorien que le site ne donne aucun moyen de vérifier

Un permis de courtage n’a de valeur, pour un épargnant, que s’il peut être confronté à un registre public. Or les huit documents proposés en pied de page ne contiennent pas une seule adresse de site, ni celle d’un régulateur, ni celle de l’exploitant : nous avons passé leur texte extrait au crible, page par page, sans relever le moindre lien. La revendication reste donc à l’état de phrase, dans un PDF, sans renvoi vers une base consultable où le numéro 581696835 correspondrait à une entité nommée.

Nous avons tout de même cherché de notre côté, le 29 octobre 2026, dans les documents publics où l’AMF tient la liste des acteurs qui n’ont pas d’autorisation pour démarcher en France. Ce relevé ne mentionne ni « Finetras », ni « TRDpoint ». Ne pas y figurer ne vaut pas brevet de conformité : cela signifie qu’à cette date, aucune autorité de marché consultée n’a repris ce nom dans un avertissement public, ce qui n’équivaut en rien à une autorisation d’exercer.

Le reste du site ne fournit aucun point d’appui supplémentaire. Pas de page « réglementation », pas de numéro de téléphone, pas d’adresse postale, aucun numéro d’identification d’entreprise autre que ceux du PDF. La seule coordonnée est une adresse de courriel, [email protected], protégée par le masquage anti-pourriel de Cloudflare. Une société qui revendique un permis de courtage et vingt-cinq millions de dollars de dépôt pour son palier le plus élevé répond par une boîte mail.

Ce montage, une vitrine bâtie sur un modèle et un ancrage juridique réduit au nom d’un archipel, présente des airs de famille avec d’autres dossiers que nous avons ouverts, dont infinitemarkets.trade, où la boutique de courtage était louée clé en main et où la licence annoncée ne résistait pas à la vérification.

Six rubriques du pied de page sont des dessins, pas du texte

Le bas de page aligne six intitulés rassurants : « Trading Risk Disclosure », « No Investment Advice », « General Disclaimer », « Corporate Information », « Jurisdictional Restrictions », « User Responsibility and Legal Compliance ». Sous chacun, aucun paragraphe. Un fichier graphique, et rien d’autre.

Ces six fichiers ne sont pas des icônes. Ils pèsent de 355 à 460 kilo-octets chacun, pour des dimensions d’environ 450 sur 260 pixels, et ils contiennent des centaines de tracés dont les coordonnées dessinent des lettres : les avertissements ont été convertis en courbes vectorielles. Le résultat est une image de texte. Elle s’affiche, mais elle ne se sélectionne pas, ne se copie pas, ne s’indexe pas, et les images n’ont aucun texte de remplacement : un lecteur d’écran n’en restitue rien.

La conséquence est directe pour le sujet qui nous occupe. La rubrique « Corporate Information », c’est-à-dire l’endroit où un courtier nomme sa société, son numéro et son autorité de tutelle, est ici une illustration. Ce n’est pas un oubli de mise en page : c’est le seul endroit du site où l’exploitant aurait dû se présenter, et il est illisible autrement qu’à l’œil. Le contenu existe peut-être, mais il est hors de portée de toute vérification textuelle.

Le même code de page donne une date de fabrication : un commentaire de gabarit indique « Last Published: Mon Aug 10 2026 ». La vitrine a donc été mise en ligne à la mi-août 2026, cinq mois après la réservation du nom.

Une vitrine Webflow datée du 10 août, un terminal ouvert sept jours après le nom

La partie publique est un site statique construit sur un service de publication graphique : les ressources viennent d’un CDN de gabarits, les animations d’une bibliothèque de défilement, la police de Google Fonts. Rien d’anormal en soi, sinon que ce type d’outil est taillé pour une page de présentation, pas pour un espace client financier. L’ensemble est placé derrière Cloudflare, sous un certificat émis par Google Trust Services, daté du 17 septembre 2026 et valable jusqu’au 16 décembre de la même année.

Le vrai service, lui, vit sur un autre nom. Tous les boutons de la vitrine, « Trade Now », « Get Started », « Login », « Sign Up », ouvrent la même adresse : webtrader.finetras.app. Elle redirige vers une page de connexion intitulée « Finetras Trading Platform », avec deux champs, une case « Remember me », un sélecteur de langue qui propose anglais, russe, français et allemand, et un contrôle anti-robot. Le terminal s’appuie sur deux autres sous-domaines, backend et cdn : interrogé à sa racine, le premier répond par une ligne technique de trois mots, le second par une erreur de stockage objet.

Ce second nom a sa propre chronologie. finetras.app a été enregistré le 24 mars 2026, sept jours après le .com, chez un prestataire tchèque. Son apex ne résout pas : seuls les sous-domaines répondent, ce qui est la marque d’une zone montée pour faire tourner une application et non pour présenter une entreprise. La séquence est parlante : le nom commercial d’abord, la vitrine ensuite, le terminal au milieu. Notre dossier sur vaulltier.com avait rencontré la même architecture, avec un terminal servi par un nom distinct de la vitrine.

Dernier détail, qui se vérifie en trois requêtes : sur le domaine principal, les adresses /login, /register, /dashboard et /api renvoient toutes la page d’accueil, à l’octet près, soit 50 183 octets de contenu identique. Aucune inscription ne se fait donc sur finetras.com ; le formulaire d’ouverture de compte n’existe que sur l’autre nom, celui dont l’apex est muet.

Des paliers à 25 000 000 $ et des chiffres sans source

La page tarifs annonce cinq niveaux, présentés par un montant et une liste de services : 5 000 $, 25 000 $, 100 000 $, 1 000 000 $, puis « VIP Family Office » à 25 000 000 $. Aucun de ces montants n’est présenté comme un dépôt minimal, aucun n’est rattaché à un contrat, et le dernier palier, présenté comme réservé à une famille ou à un family office, n’a aucun sens dans une grille de particulier.

Les chiffres de performance suivent la même pente : « 130+ Markets », « 65+ Currency Pairs », « <0.02 sec Order Processing Time », « From 0.1 pip », et surtout « 70% Platform Adoption Growth », une progression dont ni la période ni la source ne sont indiquées. Six témoignages signés de prénoms lusophones (Lucas, Mariana, Rafael, Fernanda, Bruno, Camila) vantent la fluidité de l’exécution, sans date, sans ville et sans compte vérifiable.

La page « Platform Overview » ajoute un tableau d’horaires de marché qui se contredit tout seul : la Bourse de New York y ouvre à 03:10 pour fermer à 00:00, Londres à 11:00 pour 19:30, Tokyo à 04:00 pour 10:00, sans qu’aucun fuseau horaire ne soit précisé. Un courtier qui prétend exécuter des ordres sur ces places connaît leurs horaires dans une zone de référence ; ici, la grille a été recopiée sans être relue.

À l’extérieur, l’image n’est pas meilleure. La fiche publique de finetras.com sur ScamDoc porte un indice de confiance de 1 %, et range les faux avis parmi les motifs qu’elle retient.

Les pièces à réunir quand l’exploitant n’a pas de nom

Quand une plateforme ne nomme pas son exploitant sur sa vitrine, la difficulté n’est pas de prouver l’existence des versements, elle est de relier ces versements à une personne morale identifiable. Trois séries de pièces prennent alors une valeur particulière. D’abord les ordres de virement, avec le nom du bénéficiaire tel qu’il figure sur l’ordre : il ne correspond presque jamais à la marque affichée, et c’est cette différence qui intéresse une enquête. Ensuite les relevés de compte qui reprennent ces opérations, avec leurs dates de valeur. Enfin la conversation avec l’interlocuteur, courriels et fils de messagerie compris, qui montre comment le versement a été présenté et par quel canal la demande est arrivée.

Les huit PDF de finetras.com méritent d’être conservés dans cet ensemble, malgré leur contenu standardisé : ce sont les seules pièces où le nom « TRDpoint Ltd », le numéro 581696835 et l’adresse de Moroni apparaissent. Un dossier qui s’appuie sur ces documents peut désigner une entité, même si cette entité n’existe que dans un fichier que l’exploitant a lui-même publié.

Le réflexe suivant concerne la banque. Demander par écrit l’identité du titulaire du compte qui a reçu les fonds, puis conserver la réponse, permet souvent de constater que le destinataire est une personne physique ou une société sans lien apparent avec le courtier. La façon de déposer une plainte au pénal est décrite sur une autre page du site, avec l’inventaire des pièces attendues ; faire examiner le dossier en amont évite de déposer un signalement que le destinataire des fonds ne pourra pas rattacher à l’enseigne.

Nous avons interrogé sur ce point Maître Goce Novakov, avocat inscrit au barreau de Paris. Son intervention, filmée ci-dessous, revient sur une décision du tribunal judiciaire de Perpignan : la juridiction a retenu que l’établissement avait manqué à la surveillance des opérations de son client, dans un dossier où l’enseigne Revolut était usurpée, et la victime a obtenu 70 % de ses pertes :

Les questions que l’on nous adresse sur finetras.com

Quelle société se trouve derrière finetras.com ?

Le site n’en nomme aucune. Le seul document qui désigne un exploitant est le fichier « Legal-Terms-and-Conditions.pdf » du pied de page, qui mentionne « TRDpoint Ltd », une entité présentée comme constituée aux Comores, avec un permis de courtage 581696835 et une adresse à Moroni. Ces éléments proviennent donc de l’exploitant lui-même, et d’aucun registre que nous ayons pu consulter.

Un permis comorien protège-t-il un épargnant français ?

Non. Un permis délivré hors de l’Union européenne ne vaut pas autorisation de démarcher en France, et il ne donne accès à aucun fonds de garantie français ni européen. Ce qui compte est l’inscription auprès d’une autorité que l’on peut interroger ; ici, le numéro de permis est écrit dans un PDF, sans le moindre renvoi vers une base vérifiable.

Des fonds ont déjà été versés à cette plateforme : par quoi commencer ?

Par l’arrêt des versements suivants, puis par la collecte des preuves dans un seul dossier : ordres de virement, relevés bancaires correspondants, échanges avec l’interlocuteur qui a proposé le placement, et les huit documents PDF du site. Demandez ensuite à votre banque, par écrit, l’identité du titulaire du compte bénéficiaire : c’est cette information qui permet de rattacher le versement à une personne et non à une marque.

Finetras n’est pas un cas isolé de vitrine bavarde : c’est un cas de vitrine muette sur l’essentiel. Des promesses chiffrées, cinq paliers dont un à vingt-cinq millions de dollars, six avertissements dessinés au lieu d’être écrits, un terminal hébergé sur un nom réservé sept jours après celui de la marque, et un exploitant qui n’existe qu’à la page 2 d’un document de 64 pages. Une personne qui a versé de l’argent à cette enseigne n’a pas affaire à un courtier discret : elle a affaire à un montage dont l’identité a été volontairement laissée hors de portée. Notre équipe reprend gratuitement chaque situation pièce par pièce, en confrontant les justificatifs du versement à la réponse écrite de la banque.

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