Vaulltier arnaque : une société britannique que le registre ignore

Une société britannique annoncée à la City, absente du registre des sociétés

Deux éléments de vaulltier.com situent l’enseigne en Grande-Bretagne : le pied de page, qui déclare « Vaulltier Ltd », et la page de contact, qui installe le siège au 70 St Mary Axe, dans la City de Londres, code postal EC3A 8BE. Interrogé le 12 octobre 2026, le registre britannique des sociétés ne restitue aucune fiche sous ce nom, ni sous la forme « Vaulltier Ltd », ni sous celle de « Vaulltier Limited ». L’immeuble existe bien ; l’entité qu’il est censé abriter, non.

Aucune autorité de marché ne l’identifie davantage. Les documents publics que nous avons parcourus le 12 octobre 2026, ceux où l’AMF tient la liste des acteurs non autorisés comme le répertoire consolidé des autorités françaises, ne portent pas ce nom : cela décrit l’état de ces documents ce jour-là, et ne vaut pas agrément. Sur le plan du dossier, le nom de domaine a été enregistré le 5 juin 2026, soit quatre mois avant les promesses que nous avons relevées.

Dernière mise à jour : 12/10/2026

📄 Pièce

Mise à disposition gratuitement par BrokerDefense, la capture ci-dessous reproduit la page d’accueil servie par vaulltier.com le 12 octobre 2026. On y retrouve le bandeau de marché, le formulaire d’inscription et les mentions de bas de page, des éléments utiles lorsqu’un versement devra être justifié plus tard.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Page servie par vaulltier.com le 12 octobre 2026

Quatre mois d’existence pour le nom, un enregistrement daté du 5 juin 2026

Les fichiers publics du nom, ouverts le 12 octobre 2026, fixent le dépôt de vaulltier.com au 5 juin 2026 à 11 h 30 UTC et son échéance au 5 juin 2027. Le bureau d’enregistrement est Tucows Domains Inc., et deux restrictions de statut verrouillent le nom chez ce même prestataire. Aucun titulaire n’y figure : rien d’autre que l’entité du bureau, sans nom d’exploitant ni de société.

La résolution repose sur deux serveurs de noms de Cloudflare, elaine et pedro. Le certificat présenté au visiteur est générique, émis par Let’s Encrypt, valable du 26 août au 24 novembre 2026, et il couvre le domaine comme l’ensemble de ses sous-domaines. Rien, dans ces éléments, ne renvoie à une activité de courtage encadrée.

Le nom a par ailleurs été évalué publiquement : le document d’évaluation du nom, consulté le 12 octobre 2026, lui attribue un indice de confiance de 1 %.

Un terminal de trading servi par un second nom, à la même adresse que la vitrine

La vitrine n’est pas un site autonome. Chargée dans un navigateur, elle appelle un ensemble de services rangés sous un même préfixe, /brs/api/, et identifiés par un numéro de projet unique. La terminologie de marché, elle, est servie par une seconde adresse : un terminal de trading réservé au nom webtrader.acceyx-bolvys.com.

Les deux noms répondent depuis la même adresse, 168.100.11.67, géolocalisée à Amsterdam, aux Pays-Bas, chez le fournisseur BL Networks. Une troisième adresse, authorizedaisoftware.com, se trouve sur cette même machine et présente, elle, un certificat auto-signé, ce qui la rend inopérante pour un usage ordinaire.

Un tel assemblage est celui d’une plateforme de courtage en marque blanche : l’accueil, les formulaires et le terminal proviennent du même ensemble technique, décliné sous autant de noms que de clients. Il ne dit rien, en revanche, de l’identité de l’exploitant, pas plus que sur apexforges.com, dont l’identité réglementaire était fabriquée, ou sur gaingeneratorproai.com, qui se présente comme officielle en Suisse.

Enregistrement du nom : la fiche WHOIS complète sur DomainTools permet de revérifier ces éléments d’enregistrement.

Sept coordonnées affichées, dont une adresse de courriel hébergée sur un autre nom

La page de contact rassemble, sous l’adresse londonienne déjà citée, deux numéros présentés comme ceux du support et du service de trading, l’un au +44 1508 610 369, l’autre au +44 1508 610 373, ainsi qu’une boîte de réception, [email protected].

Cette boîte ne se trouve pas sur le domaine de la vitrine. Elle dépend de vaulltier-mail.com, un nom enregistré le 8 juin 2026, soit trois jours après celui de la vitrine, chez un autre bureau d’enregistrement, Internet Domain Service BS Corp, avec des serveurs de noms Cloudflare distincts. Son acheminement de courrier est confié à un prestataire européen, Zoho.

Autrement dit, la demande d’assistance d’un client part vers une infrastructure qui n’a pas été déposée avec le site, et qu’aucun élément affiché ne rattache formellement à lui. Pour une plateforme qui se dit installée à Londres, le détail mérite d’être connu de quiconque a déjà écrit à cette adresse.

Huit paliers de dépôt, de 3 000 à 1 000 000 d’euros, et une enseigne tierce restée dans la liste

La page des comptes propose huit formules, du compte « Green », à partir de 3 000 euros de versement initial, jusqu’au compte « VIP », à partir de 1 000 000 d’euros. Les avantages annoncés se répètent d’un palier à l’autre : revues de marché, accès à des séminaires, « Risk Free Trade », assistant personnel, et même salle de marché pour les montants les plus élevés.

Une mention revient dans chacun de ces huit tableaux : « CMTrading E-Book ». CMTrading est une enseigne de courtage existante, étrangère à ce dossier. Sa présence, au milieu des avantages revendiqués par vaulltier.com, montre que cette grille a été recopiée d’un document rédigé pour un autre opérateur, sans que le nom de ce dernier en ait été retiré.

La FAQ du site pose par ailleurs la question de front, « Is Vaulltier regulated ? », et y répond sans nommer la moindre autorité ni le moindre numéro d’agrément : la formule renvoie à des exigences réglementaires applicables, dit-elle, dans les régions où les services sont proposés. Aucune pièce vérifiable ne vient étayer cette phrase.

Ce qu’il reste à rassembler si des fonds ont été envoyés

Quand des fonds ont déjà été transférés vers vaulltier.com, deux gestes viennent d’abord : stopper les envois suivants, et garder la trace de ce qui a été fait. Trois ensembles de pièces comptent ici : les ordres de virement adressés au compte indiqué, les extraits de compte qui les reprennent, et la correspondance échangée avec l’interlocuteur, qu’elle vienne d’un formulaire du site ou d’un fil de messagerie.

La façon de déposer une plainte au pénal est décrite sur une autre page du site, avec l’inventaire des pièces qu’une enquête attend. Faire examiner le dossier en amont aide à séparer ce qui est immédiatement utilisable de ce qui reste à obtenir, en particulier lorsque le destinataire des fonds ne se confond pas avec l’enseigne affichée.

Ce qu’une plainte déclenche réellement, nous l’avons demandé à Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate rattachée au barreau de Paris. Son intervention, filmée ci-dessous, revient sur l’instruction judiciaire, l’interpellation d’un escroc et la détention qui peut s’ensuivre :

Vos questions sur le nom vaulltier.com

Vaulltier Ltd est-elle une société enregistrée au Royaume-Uni ?

Non. Le registre britannique des sociétés, interrogé le 12 octobre 2026, ne restitue aucune fiche portant ce nom, sous aucune de ses formes écrites, alors que le pied de page revendique une société et que la page de contact installe celle-ci à une adresse de la City. C’est le premier point à vérifier avant tout engagement.

Une adresse de prestige à Londres suffit-elle à rassurer ?

Non. Un immeuble de ce type héberge des dizaines d’activités distinctes, dont de simples boîtes de domiciliation, et l’affichage d’une adresse réputée n’est encadré par aucun agrément. Ce qui compte est le numéro d’immatriculation et l’autorité qui le délivre ; ici, ni l’un ni l’autre n’apparaît sur le site.

Des fonds ont déjà été adressés à vaulltier.com : que faire ?

Deux réflexes, dans l’ordre : couper les envois suivants, puis réunir au même endroit les ordres de virement, les relevés bancaires correspondants et la messagerie de l’interlocuteur. C’est de cette matière que se reconstitue le chemin emprunté par les fonds, et qu’un recours devient envisageable, y compris contre l’établissement qui a laissé filer les opérations. Un examen par BrokerDefense, avant toute procédure, aide à trier ce qui tient déjà.

Les promesses de rendement de vaulltier.com s’adressent à des personnes attirées par le trading et par un accès présenté comme simplifié aux marchés. Dans les faits, elles aboutissent à des virements vers un compte dont le titulaire effectif n’est jamais nommé, sur un site dont la société affichée n’existe dans aucun registre et dont la boîte de réception dépend d’un second nom de domaine déposé trois jours plus tard. Notre évaluation préalable de votre dossier permet de mesurer ce qui, dans les pièces que vous détenez, reste utilisable.

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