Sommaire
- Une licence affichée, un contrat qui désigne un autre fournisseur
- Douze destinations affichées, aucune adresse en Afrique du Sud
- Un nom déposé en avril 2025, un certificat de quatre-vingt-dix jours
- Dix mois entre le nom de domaine et la société de Londres
- Des pages que les moteurs ne doivent pas lire
- Un levier de 1 pour 200, des cartes bancaires, et un indice public de 60 %
- Ce que la vitrine ne dit pas sur le contrat
Une licence affichée, un contrat qui désigne un autre fournisseur
La page « À propos » de CIFMarkets écrit, en gros caractères, « Réglementée. Transparente. Fiable », puis affiche un numéro de licence, 54857. Le document de 77 pages publié sur le même site sous l’intitulé de conditions générales désigne, lui, un fournisseur de produits distinct de la société qui exploite la marque : Intrepot Investments Ltd, immatriculée dans l’Union des Comores sous le numéro HV00126489 et titulaire d’une licence BFX2025155 délivrée par la Mwali International Services Authority, à Fomboni, sur l’île de Mohéli.
Les deux rôles sont décrits noir sur blanc. La société sud-africaine ACLIVE WEALTH ADVISORY (PTY) LTD, immatriculée sous le numéro 2022/427817/07 et présentée comme agréée par la Financial Sector Conduct Authority sous le numéro FSP 54857, « n’est ni un teneur de marché ni un émetteur de produits, et agit uniquement en tant qu’intermédiaire entre le client et le fournisseur de produits ». Autrement dit, le numéro mis en avant sur la vitrine ne couvre pas le produit financier proposé : il couvre une fonction d’entremise, exercée depuis Johannesburg, pour des contrats dont l’émetteur se trouve dans l’océan Indien.
La phrase suivante du même contrat ferme la porte à ceux à qui la vitrine s’adresse. Le texte prévient que le site et les services « ne sont pas destinés » aux résidents de certaines juridictions, et cite pêle-mêle les États membres de l’Union européenne, l’Afrique du Sud, les États-Unis, la Colombie-Britannique, le Canada, l’Iran, la Corée du Nord, le Myanmar et la Russie. Le pays où siège l’exploitant figure donc dans sa propre liste d’exclusions, juste à côté de l’Union européenne. Or cifmarkets.com est publié en sept langues, français compris, et c’est précisément la version française que nous avons examinée pendant cette enquête.
Un lecteur francophone qui ouvre un compte par cette page se place donc hors du périmètre que l’opérateur revendique, et hors de celui qu’il exclut. Cette contradiction n’est pas une clause de style perdue au milieu d’un contrat : elle est répétée en pied de chaque page du site, dans un encadré intitulé « Mentions légales », sous une promesse de transparence.
Dernière mise à jour : 19/10/2026
📄 Relevé
Voici, déposée gratuitement par BrokerDefense, la capture de la page que servait cifmarkets.com le 19 octobre 2026. On y voit la promesse de plateforme « claire », le bandeau de comptes Silver, Gold et Platinum, et les logos de cartes acceptées : autant de pièces à garder si un prélèvement doit plus tard être contesté.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Douze destinations affichées, aucune adresse en Afrique du Sud
La page de contact est le document le plus instructif du site. Elle propose douze destinations téléphoniques : Royaume-Uni, Costa Rica, Pérou, République dominicaine, Guatemala, Salvador, Panama, Argentine, Chili, Suisse, Colombie et Équateur. Aucune ne correspond au siège annoncé à Rosebank, dans la banlieue de Johannesburg, et aucune ne correspond à la France. La Suisse est le seul pays européen de la liste.
La page assume elle-même l’absence de structure : « Nous fournissons une assistance à distance et ne maintenons pas de bureaux physiques dans ces régions. » Le siège social mentionné dans les mentions légales n’apparaît donc nulle part ailleurs, et le seul point de contact physique revendiqué par la marque reste une adresse de bureau, sans permanence décrite.
Les numéros eux-mêmes ne tiennent pas. Onze des douze sont écrits avec des astérisques à la place des chiffres, et pas seulement dans le texte affiché : le lien téléphonique lui-même porte la séquence incomplète. Pour le Royaume-Uni, l’indicatif 44 est suivi d’un astérisque puis de quatre chiffres ; pour le Costa Rica, l’indicatif 506 est suivi de la même troncature. Cliquer dessus ne compose rien. Un seul numéro est complet, celui de l’Équateur. Une page de contact dont onze liens ne peuvent pas aboutir n’est pas une page de contact : c’est un décor de page de contact.
Le procédé rappelle celui que nous avons décrit dans notre enquête sur Alsetmarkets, où les numéros publiés appartenaient déjà à une autre vitrine. Ici, la vitrine pousse la logique plus loin : elle publie des numéros qu’aucun standard ne peut recevoir.
Un nom déposé en avril 2025, un certificat de quatre-vingt-dix jours
D’après le registre du .com, cifmarkets.com a été réservé le 2 avril 2025, à 12 h 38 UTC. Le nom court jusqu’au 2 avril 2027, porte le statut « transfert interdit au titulaire » et n’expose aucune identité de titulaire : seule l’identité du bureau d’enregistrement, Namecheap, est restituée. La zone est hébergée chez Cloudflare, sur les machines ophelia et rudy.
La dernière modification du dossier d’enregistrement est datée du 3 mars 2026, à 7 h 00 UTC. Cette date reviendra plus bas : elle croise un autre événement du même jour. Le certificat présenté par le site, lui, est un certificat de quatre-vingt-dix jours délivré par Google Trust Services, valable du 27 août au 25 novembre 2026, au nom de cifmarkets.com. Ce certificat de courte durée ne dit rien de l’ancienneté d’une activité : il dit seulement que la machine qui le demande est à jour de son renouvellement.
Les archives publiques du web ne compensent pas ce silence. Quatre captures seulement sont conservées pour ce nom, la première le 4 avril 2025, et aucune ne restitue la page : elles renvoient un code d’erreur ou une redirection. Il n’existe donc aucune version antérieure de cette vitrine à comparer avec celle d’aujourd’hui, alors que la marque se présente comme un courtier établi.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Dix mois entre le nom de domaine et la société de Londres
Le site désigne deux « agents payeurs » : une société britannique et une société chypriote. La première, ACLIVE ADVISORY (UK) LTD, existe réellement au registre de Companies House sous le numéro 17048005. Elle y a été immatriculée le 23 février 2026, soit dix mois après le dépôt du nom de domaine, avec un unique dirigeant de nationalité chypriote et un code d’activité déclaré qui correspond au « soutien aux entreprises », pas aux services financiers. Son adresse, Aston House, Cornwall Avenue, à Londres, est un domiciliataire : des centaines de sociétés y sont enregistrées à la même adresse.
Huit jours plus tard, le 3 mars 2026 à 14 h 07 UTC, le nom acliveadvisory.com est déposé chez le même bureau d’enregistrement, Namecheap, avec la même architecture technique : serveurs de noms Cloudflare et messagerie Microsoft 365. C’est exactement la date de la dernière modification du dossier de cifmarkets.com relevée plus haut. Interrogé à trois reprises, ce second nom ne sert plus rien : le proxy répond, l’origine est injoignable, avec un code 522 à chaque essai, en lecture comme en entête.
La société chypriote, ACLIVE ADVISORY (CY) LTD, est déclarée sous le numéro HE494365, à une adresse de bureaux à Limassol. Nous n’avons pas pu vérifier ce numéro auprès du registre chypriote, qui ne délivre pas de consultation libre : ce point reste donc une déclaration de la vitrine, et non un fait établi.
Le dossier documentaire confirme la chronologie. Le fichier des conditions générales porte une date de création interne du 24 février 2026, un jour après l’immatriculation britannique, et l’ensemble des politiques publiées porte le millésime « février 2026 » dans son nom de fichier. Le fichier robots.txt du site conserve d’ailleurs la trace d’une enseigne précédente : il liste encore une politique de cookies au nom de TIPMARKETS, datée d’octobre 2025, dans le même dossier de téléversement. La marque a donc changé de nom sur une installation existante, ce que confirme le chemin interne, identique pour les deux jeux de documents.
Ce schéma, une société récente greffée sur un nom plus ancien, est celui que nous avions rencontré chez Vaulltier, dont le registre britannique ne restituait aucune fiche malgré une adresse de prestige dans la City.
Des pages que les moteurs ne doivent pas lire
Chaque page que nous avons demandée renvoie un en-tête peu banal : « X-Robots-Tag: noindex, nofollow ». La page d’accueil française, la page de présentation, la page des documents juridiques et la version anglaise portent toutes cette consigne, qui demande aux moteurs de recherche de ne pas inscrire la page dans leurs résultats et de ne pas suivre ses liens. Dans le même temps, le site génère un plan de site, daté du 25 septembre 2026 à 10 h 12, et sert ses pages avec un horodatage de dernière modification du même jour, entre 10 h 16 et 10 h 17.
La vitrine est donc fabriquée pour être lue par ceux qui la reçoivent par un autre canal, courriel, message privé ou publicité, et non pour être trouvée. C’est un choix cohérent avec la clause d’exclusion décrite en ouverture : un service qui écarte les résidents européens n’a aucun intérêt à apparaître dans une recherche faite depuis l’Europe.
Techniquement, les pages sont servies par un stockage objet derrière le proxy de Cloudflare : la réponse HTML elle-même porte l’en-tête de chiffrement au repos du stockage, et le site s’appuie sur WordPress avec Elementor Pro, WPML pour les sept langues et Yoast pour le référencement. Quatre-vingt-quatorze composants techniques ont été relevés sur l’ensemble du site, dont TradingView pour les graphiques, Freshchat pour le chat et OneSignal pour les notifications.
L’espace client et le parcours d’inscription sont deux applications React distinctes, servies sous /client-area/ et /onboarding/. Leur code charge les ressources d’un prestataire de plateformes de courtage hébergées sur un stockage S3, confie la vérification d’identité à un service spécialisé, et déclare des routes de terminal de trading au nom d’une solution de place de marché. La vitrine n’est donc pas un développement propre : c’est une marque posée sur une pile de courtage en marque blanche, ce qui explique la rapidité du montage et la présence de documents au nom d’une enseigne antérieure.
Un levier de 1 pour 200, des cartes bancaires, et un indice public de 60 %
Les comptes se répartissent en trois paliers, Silver, Gold et Platinum, avec des remises de swap et de spread croissantes. La comparaison des trois grilles donne un levier maximum de 1:200, avec un seuil de clôture forcée fixé à 5 % de la marge. Pour un particulier européen, ce rapport est cinq à six fois supérieur au plafond de 1 pour 30 appliqué aux particuliers de l’Union, plafond qui existe précisément parce qu’un tel rapport vide un compte sur une variation de quelques pour cent.
Les moyens de paiement affichés sont tous bancaires ou de portefeuille : Visa, Mastercard, Maestro, Visa Debit, Apple Pay et Google Pay. C’est une information utile pour la suite, car un paiement par carte ouvre des droits propres auprès de l’émetteur de la carte, indépendamment de ce que devient la plateforme.
Le nom a par ailleurs été évalué publiquement : cette évaluation publique lui attribue un indice de confiance de 60 %, qualifié de modéré. Ce chiffre n’est ni un agrément ni une condamnation : il mesure la maturité d’un nom, pas la solidité d’un contrat.
Si des fonds ont déjà été adressés à CIFMarkets, trois choses se font dans l’ordre. D’abord, demander à la banque ou à l’émetteur de la carte le rejet du débit pour les paiements par carte encore dans les délais, en joignant la capture de la page et le récapitulatif des prélèvements. Ensuite, rassembler les pièces qui datent l’opération : relevés, confirmation de virement, échanges écrits avec l’interlocuteur, identifiants du compte ouvert sur la plateforme, et la copie du contrat au nom d’Intrepot Investments Ltd, qui est la pièce déterminante pour établir qui était le véritable cocontractant. Enfin, ne plus répondre aux demandes de « frais de déblocage » ou de « taxe » préalables à un retrait : ces demandes n’ont jamais rouvert un compte.
Une plainte se prépare avec ces mêmes pièces. La marche à suivre figure sur notre page dédiée au dépôt de plainte, qui indique ce que les enquêteurs attendent d’un dossier de ce type. Sur le terrain réglementaire, le fichier public où l’autorité belge recense les acteurs non autorisés reste la référence consultable pour un épargnant francophone, et il ne mentionne pas ce nom à notre passage.
La parole est donnée à Maître Goce Novakov, du barreau de Paris, dans la séquence qui suit. Il y commente une décision où la justice a reproché à un établissement d’avoir laissé filer les virements d’un client trompé, et où 70 % des pertes ont finalement été rendues :
Ce que la vitrine ne dit pas sur le contrat
La vitrine met en avant une licence sud-africaine, et son contrat précise que les services ne sont pas destinés aux résidents de l’Union européenne. Un démarchage auprès d’un résident français se situe donc hors du périmètre que l’opérateur revendique lui-même. Aucune autorisation de l’Autorité des marchés financiers n’est affichée sur le site.
Les conditions générales désignent Intrepot Investments Ltd, immatriculée aux Comores, comme fournisseur de produits, la société sud-africaine n’agissant qu’en qualité d’intermédiaire. C’est ce document qu’il faut conserver, car il nomme l’entité avec laquelle le contrat est réellement formé, et donc celle vers laquelle une réclamation doit être dirigée.
Un paiement par carte ouvre un droit à contestation auprès de l’émetteur de la carte, dans les délais prévus par le réseau concerné. La démarche se fait auprès de la banque, avec la date des prélèvements, la capture de la page qui a servi à les autoriser et les échanges avec l’interlocuteur. Elle est indépendante de toute action contre la plateforme.
CIFMarkets présente donc une vitrine soignée, en sept langues, adossée à une pile de courtage en marque blanche et à un dossier de société monté en février 2026, mais son propre contrat écarte les résidents européens comme les Sud-Africains et renvoie le produit à une entité comorienne. Reste une interrogation simple, et c’est celle qui compte pour un épargnant français : qui répondrait d’un versement si le retrait se bloquait ? Notre équipe peut évaluer votre dossier avant toute démarche, à partir des pièces que vous détenez déjà.
Vous avez versé des fonds à CIFMarkets ou à un intermédiaire qui présentait la même licence ?
Décrivez votre situation à notre service d’aide aux victimes : les relevés, les échanges avec l’interlocuteur et la capture de la page suffisent pour un premier examen.


