Sommaire
- Quatre adresses sur un domaine qui n’existe pas
- Un matricule britannique qui renvoie à une autre société
- Notice allemande, métier déclaré : avocat
- Le conteneur de mesure trahit une enseigne antérieure
- Ce que le ticket d’entrée de 250 dollars achète
- Les gestes qui comptent une fois les fonds transférés
- Ce que les internautes nous demandent sur tradesired.com
Quatre adresses sur un domaine qui n’existe pas
Le 19 octobre 2026, la page de contact de tradesired.com énumère quatre boîtes aux lettres : official@, support@, analyst@ et compliances@. Les quatre sont hébergées sur tradesired-compliances.com, un nom absent de la zone DNS publique comme du registre des domaines, où sa fiche renvoie une erreur 404. Un message envoyé à l’une de ces adresses ne peut donc atteindre personne.
Le reste du bloc tient en deux lignes. La première annonce un formulaire. La seconde affiche un numéro de téléphone sous la forme « +447****9712 » : les astérisques ne viennent pas d’un masquage de notre lecture, elles figurent dans le code de la page, y compris dans le lien que le navigateur transforme en appel. Une enseigne qui revendique une licence mauricienne et une adresse à Londres publie ainsi un standard dont quatre chiffres manquent.
La vitrine promet pourtant « 24/5 support », une réponse « under 2 mins » et, mot pour mot, « we respond, not a bot ». Rien de tout cela n’est vérifiable : il reste un formulaire dont on ne sait ni qui le lit, ni où il envoie.
Cette page n’est pas un détail de finition. Elle est le seul point de sortie d’un dispositif qui se présente par ailleurs comme un intermédiaire encadré : « FSC Regulated Broker », « Licence Number GB23202163 », un bouton « Verify Licence » qui pointe vers le registre mauricien, et une note de 4,7 sur 5 attribuée à Trustpilot.
Dernière mise à jour : 19/10/2026
📄 Extrait de capture
BrokerDefense met ci-dessous à disposition, gratuitement, la page d’accueil telle que tradesired.com l’a servie le 19 octobre 2026 : bandeau de licence, compteurs d’instruments et mentions de régulation. Ces jalons datés permettent de comparer, plus tard, ce que la vitrine affichait ce jour-là.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Un matricule britannique qui renvoie à une autre société
Le pied de page donne une identité : « TRADESIRED trading and consulting limited (the «TRADE SIRED LTD») », firme numéro 8364033, Riverside House, 26 Osiers Road, Wandsworth, Londres SW18 1NH. Le même bloc affirme que la société n’accepte aucune devise classique et ne se finance qu’en bitcoins.
Le numéro existe au registre britannique, mais il y désigne SIRED LTD, immatriculée le 17 janvier 2013, toujours active, dont le siège déclaré se trouve à Clockwise, Bromley Old Town Hall, 30 Tweedy Road, Bromley BR1 3FE. Ni le nom ni l’adresse ne correspondent à ceux de la page. Les comptes déposés sont ceux d’une micro-entreprise, sous le code d’activité 64999. Une recherche au registre sous « TRADE SIRED LTD » ne restitue aucune fiche à ce nom.
Autrement dit, le matricule est authentique ; c’est la fiche qu’il désigne qui ne parle pas de ce courtier. Le rapprochement entre le nom composé « Tradesired » et ce numéro a été fait sur la vitrine, pas dans un registre.
Le domaine, lui, a été déposé le 28 août 2026 à 11 h 14 UTC, pour une échéance au 28 août 2027, chez NETIM SAS. Deux serveurs de noms opérés par Cloudflare, agustin et isla, portent la zone, et un verrou de transfert protège le nom. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Notice allemande, métier déclaré : avocat
Le menu renvoie à un fichier PDF d’une page, présenté comme l’Impressum, la notice qu’un site germanophone doit publier pour identifier son exploitant. Le document nomme TRADE SIRED LTD, à la même adresse londonienne.
Son contenu décrit un autre métier. Sous « Berufsbezeichnung », la profession déclarée, il écrit « Rechtsanwälte », soit avocats. Sous « Zuständige Kammer », la chambre compétente, il désigne la Pfälzische Rechtsanwaltskammer de Zweibrücken, en Rhénanie-Palatinat, et précise que la profession a été conférée par la République fédérale d’Allemagne. Suivent les clauses de responsabilité des paragraphes 7 à 10 du TMG et un paragraphe sur la protection des données.
Aucun nom d’associé, aucune raison sociale d’étude, aucun numéro d’inscription au barreau ne figure dans le fichier. Un cabinet qui exercerait réellement à Zweibrücken serait identifiable en une recherche ; ici, la mention tient lieu de décor juridique, posée à quelques lignes de la licence mauricienne.
Les trois références ne peuvent pas être vraies ensemble. Un cabinet d’avocats allemand ne vend pas de contrats sur différence sous agrément de l’île Maurice, et une société de droit anglais n’a pas de chambre d’avocats bavaroise. Sur les trois cases, deux au moins tiennent de la mise en scène.
Le conteneur de mesure trahit une enseigne antérieure
Le code source de chaque page porte une note de développement, en italien, laissée en commentaire : « il container GTM-TFMZW4CF e’ replicato dal legacy bcm-markets.com ». Traduction : le conteneur de mesure a été recopié de l’ancienne enseigne bcm-markets.com.
Le nom cité répond encore. bcm-markets.com sert la même mise en page, les mêmes cartes de compte, le même numéro de licence GB23202163, et charge le même conteneur GTM-TFMZW4CF. Son domaine a été déposé le 12 avril 2023 chez Ascio, et les archives publiques en conservent des captures depuis 2024. En revanche, son fichier Impressum.pdf renvoie une erreur 404 : la couche juridique a été ajoutée sur la nouvelle enseigne, pas sur l’ancienne.
Les dates se lisent alors dans l’autre sens. L’enseigne ancienne a trois ans et demi ; le nom tradesired.com a sept semaines ; le texte, les plans de compte, les visuels et le numéro de licence sont communs aux deux. Ce n’est pas une société qui ouvre une marque, c’est une marque qui change de nom en gardant son dossier, y compris les pièces qui ne la concernent pas.
Pour une personne qui a signé un contrat, la conséquence est concrète : selon la date du dépôt, le document peut porter l’une ou l’autre enseigne, et le numéro de licence invoqué reste identique dans les deux cas.
Ce que le ticket d’entrée de 250 dollars achète
Six formules s’alignent sur la page des comptes : 250 dollars pour la première, puis 5 000, 25 000, 50 000, 100 000, et un palier « VIP » sans montant affiché. Les promesses montent avec le versement : 50 actifs en BASIC, 700 en BRONZE, 2 000 en SILVER, 5 000 en GOLD, 12 000 en PLATINUM, 25 000 en VIP, avec un effet de levier qui glisse de 1:200 à 1:5000.
La page d’accueil, elle, annonce « 50+ CFD instruments » et « 1:2000 maximum leverage ». Ce sont donc les chiffres du milieu de gamme qui sont présentés comme le plafond, et le visiteur qui ne déplie pas les six cartes repart avec une idée fausse de ce qu’il achète.
La note de 4,7 sur 5 est un visuel, pas un lien : le badge renvoie vers tradesired.com lui-même, jamais vers un profil d’avis. Le bandeau « They Trust Us » aligne cinq marques réelles, Trust Wallet, Vivid, Banking Circle LU, Sparkasse et Trading S, sans un lien, sans une autorisation, sans une mention de partenariat. Aucune de ces sociétés n’apparaît dans les documents du site. Un service de notation indépendant, la fiche ScamDoc de tradesired.com, lui attribue 25 % de confiance ; quant à la page où l’AMF publie ses listes noires, consultée le 19 octobre 2026, elle ne portait pas ce nom, ce qui décrit l’état des documents à cette date et ne vaut pas agrément.
Le financement se contredit d’un bloc à l’autre. La page des dépôts liste le virement bancaire, Visa et Mastercard, Skrill, Neteller et l’USDT, avec des délais et des frais. Le pied de page juridique, en allemand, prévient que la société n’accepte aucune devise fiduciaire et seulement du bitcoin. Avant de payer, le client ne peut pas savoir laquelle des deux règles s’appliquera à son argent.
Le compte client, lui, vit sur client.tradesired.com, un sous-domaine distinct qui ouvre un formulaire d’inscription classique. C’est là que se joue la suite : une fois le dépôt enregistré, la relation ne passe plus par la vitrine mais par un tableau de bord, et l’adresse publiée pour écrire au support ne résout plus.
Les gestes qui comptent une fois les fonds transférés
Trois pièces changent le dossier. D’abord l’ordre de virement ou le relevé qui montre le compte crédité, avec l’IBAN et le nom du bénéficiaire tels qu’ils ont été enregistrés par la banque. Ensuite les messages reçus d’une adresse en @tradesired-compliances.com : ils ne peuvent pas recevoir de réponse, ce qui en fait une preuve d’émission, à conserver avec les en-têtes complets. Enfin les captures du tableau de bord avant toute modification, avec la date visible, le solde affiché et l’historique des opérations.
La banque émettrice est le premier interlocuteur utile. Une demande écrite lui permet de confirmer à qui le compte crédité appartient, et de déclencher sa procédure interne sur un bénéficiaire signalé. Le délai compte davantage que la formulation.
Sur le plan pénal, la plainte et les pièces qui l’accompagnent sont décrites dans notre page consacrée au dépôt de plainte. Le dossier rejoint deux affaires publiées le même jour : capitaledgemarket.live, qui revendiquait elle aussi un matricule britannique absent du registre, et ehamarkets.pro, qui alignait des agréments sans référence vérifiable. Trois vitrines, une même manière de fabriquer un dossier crédible.
Maître Goce Novakov, dont la robe se porte à Paris, a répondu à nos questions sur la décision qui a fait payer à un établissement sa carence dans la surveillance d’un compte de victime. L’entretien filmé suit :
Sur les sommes versées à Tradesired, la question n’est pas de savoir si la vitrine est bien construite, mais si un compte a reçu l’argent et sous quel nom. C’est cette chaîne que la banque et le dossier pénal reconstituent.
Si un paiement est déjà parti, notre service d’aide aux victimes en relit les pièces sans frais et précise les suites possibles.
Ce que les internautes nous demandent sur tradesired.com
Non, pas par les canaux publiés. Le numéro figure sur la page de contact sous la forme +447****9712, astérisques comprises dans le code, et les quatre adresses officielles, support, analyst et compliances renvoient à tradesired-compliances.com, un nom qui ne résout pas et ne figure pas au registre des domaines. Seul le formulaire de la page reste utilisable, sans indication de destinataire.
Un numéro affiché n’est pas une inscription. Le registre mauricien se consulte par dénomination sociale, et le même numéro GB23202163 apparaît sur bcm-markets.com, une enseigne antérieure servie par le même modèle de page. Deux noms commerciaux pour un seul numéro, c’est précisément ce qu’un contrôle de registre permet de démêler avant tout versement.
Le sort d’un versement dépend du canal et de la date. Un virement laisse le nom du bénéficiaire dans les livres de la banque d’où il est parti, et cette banque peut être questionnée par écrit ; un paiement par carte ou en jetons numériques emprunte un circuit plus court, souvent moins réversible. Les trois pièces décrites plus haut, ordre de paiement, courriels d’origine et copies datées du tableau de bord, forment la base de la demande.
Tradesired s’adresse à des épargnants germanophones et anglophones avec un argument simple : une licence affichée, un levier élevé, des retraits en vingt-quatre heures. Les personnes qui y déposent des fonds découvrent en général le problème au moment du retrait, quand le tableau de bord réclame une vérification supplémentaire ou une taxe avant de débloquer la somme. C’est ce moment-là que le dossier de BrokerDefense sert à documenter : ce que la vitrine promettait le jour du dépôt, ce qu’elle a servi depuis, et à qui l’argent a été adressé.


