Montaris-ag.com arnaque : l’identité d’un vrai gérant suisse

Le domaine montaris-ag.com a été enregistré le 18 août 2026, à 13 h 14 UTC, chez un bureau d’enregistrement américain. Deux mois plus tard, sa page d’accueil revendique une maison de gestion zurichoise fondée le 12 avril 2010, inscrite au registre du commerce sous le numéro CH-270.3.014.314-0 et identifiée par l’UID CHE-115.586.897.

Ces références ne sont pas inventées. Elles désignent une société qui existe réellement, Montaris AG, dont le siège est à Zurich. La vitrine les a recopiées, adresse comprise, puis y a ajouté ce que le registre ne dit nulle part : une autorisation de la FINMA et une surveillance par une organisation d’audit agréée.

Un numéro UID authentique posé sur un nom de deux mois

La fiche du registre du commerce suisse, consultable en ligne, décrit Montaris AG comme une société anonyme de Zurich au statut « existant », dont le but statutaire couvre la gestion de fortune au sens de l’article 17 alinéa 1 de la loi sur les institutions financières. Le domicile enregistré est Beethovenstrasse 20, 8002 Zurich, depuis une inscription au journal officiel du 30 novembre 2023. La société, auparavant établie à Bâle, y a transféré son siège en 2023, et sa succursale bâloise a été radiée en janvier 2026.

Le site reprend ces éléments sans une faute : même UID, même numéro d’identification des registres, même adresse, même date de fondation. Il reprend aussi la nomenclature des cantons, en affichant un badge « HANDELSREGISTER SG » alors que la société est inscrite à Zurich. Ce copier-coller n’a rien d’un exploit, ces données sont publiques et se recopient en cinq minutes. C’est justement ce qui rend le procédé redoutable : un visiteur qui vérifie le numéro CHE-115.586.897 au registre tombe sur une société réelle, active et en règle.

La seule chose que le registre ne peut pas confirmer, c’est qui exploite montaris-ag.com. Le nom a été créé soixante jours avant notre relevé, son certificat de serveur a été émis le 17 octobre 2026 pour ce seul domaine, et le bureau d’enregistrement choisi, OwnRegistrar, n’est pas celui d’un établissement financier. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

La fiche ScamDoc de montaris-ag.com, qui agrège les signalements d’internautes, attribue de son côté un indice de confiance de 25 % à ce domaine, avec un avis classé parmi les plus faibles. Une fiche établie sur des signalements ne prouve pas une fraude à elle seule, mais elle confirme qu’un faisceau d’observations converge dans le même sens.

Dernière mise à jour : 19/10/2026

📄 Extrait de capture

La copie de la page d’accueil servie par montaris-ag.com le 19 octobre 2026 est versée ici au dossier, sans retouche ni filigrane sur les zones utiles. On y distingue le bandeau « Finanzexzellenz seit 2010 », le tableau des identifiants du registre, les trois taux annoncés et le formulaire de contact. Cette pièce horodatée garde la trace de ce que la vitrine montrait avant toute modification.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Page d'accueil de montaris-ag.com capturée le 19 octobre 2026

Derrière l’écran, un back-office qui inscrit des placements et des transactions

La page livrée au navigateur pèse trois kilo-octets et ne contient qu’une balise vide. Tout le reste est assemblé par un script unique de 1,25 Mo, construit avec un générateur de sites assisté par intelligence artificielle, dont l’image d’aperçu pointe encore vers l’hébergement d’origine de l’outil. Cette architecture n’est pas un détail de finition : elle explique que le texte visible ne dit presque rien de la machine placée derrière.

Le script, lui, parle davantage. Il déclare six routes d’administration : la racine de l’espace de gestion, la liste des clients, la fiche d’un client, les placements, les transactions et les réglages. Il interroge une base distante hébergée chez Supabase, sur le projet qnhvtfppiafehryifqry, et manipule quatre tables : des profils clients avec nom complet, adresse électronique, téléphone, numéro de compte et statut actif ; des placements avec capital initial, valeur actuelle, taux d’intérêt, date de départ et date d’échéance ; des transactions avec type, montant, libellé et date ; et une table de rôles qui sépare l’administrateur du client.

Autrement dit, l’opérateur saisit lui-même le capital, la valorisation et les mouvements. Le relevé qu’un épargnant découvrira dans son espace ne sort d’aucune banque : il est écrit ligne par ligne par la personne qui a encaissé le virement. C’est la mécanique exacte du faux portefeuille, celle qui laisse croire à une progression des encours pendant que les fonds se trouvent ailleurs. Aucun établissement dépositaire n’est nommé sur le site, ni dans les conditions générales, ni dans la page de contact.

Montaris.ch existe aussi, avec d’autres coordonnées

Montaris AG possède son propre site, montaris.ch, porteur d’un copyright 2024, de la même adresse Beethovenstrasse 20, et de deux coordonnées qui ne figurent pas sur la vitrine : le +41 44 521 69 10 et l’adresse [email protected]. Le clone, lui, ne se joint qu’au +41 44 707 94 91 et à [email protected]. Ce sont ces deux canaux, et eux seuls, qui captent les demandes et les virements. Un écart de cette nature, sur une adresse et un numéro qui ne se recoupent jamais, suffit à distinguer l’enseigne d’origine de sa copie.

Rien dans nos vérifications n’implique la société inscrite au registre, ses organes ou ses collaborateurs. L’identité est reprise à son insu, et la seule boîte aux lettres que la vitrine publie, y compris dans sa politique de confidentialité, appartient au dispositif. C’est un point à garder en tête avant tout signalement : la société dont le numéro est affiché est elle aussi victime du procédé. Le même schéma avait été documenté sur bdlcic.com, où la vitrine d’une banque suisse avait été recopiée à l’identique, et sur finexinstitut.de, qui portait une identité suisse sans jamais produire de registre.

3,7 % sur le Festgeld, 2 % sur le Tagesgeld : des taux sans banque dépositaire

L’offre tient en trois lignes. Un dépôt à terme rémunéré 3,7 % l’an, présenté comme adossé à des banques européennes « renommées » et à une garantie des dépôts de 100 000 euros. Un compte à vue rémunéré 2 %, avec versement trimestriel des intérêts. Des fonds maison annoncés entre 5 et 8 % « historiques ». En bandeau, deux compteurs : seize années d’expérience et une mention « 100 % régulé ».

Or une garantie des dépôts ne s’attache pas à une promesse, mais à un établissement de crédit identifié dans un pays donné. Aucune banque n’est nommée, ni sur la page d’accueil, ni dans les conditions générales, qui se contentent d’indiquer que les fonds clients sont versés sur un compte personnel ouvert « auprès d’une banque dépositaire », sans jamais dire laquelle. Les trois témoignages du site sont signés d’un prénom et d’un statut, sans ville, sans date et sans lien vérifiable. Une maison de gestion qui place réellement des dépôts à terme indique toujours la banque qui les porte : c’est la contrepartie du taux annoncé.

Une autorisation FINMA annoncée sans numéro de licence

La vitrine va plus loin que le registre. Elle affirme être un « gestionnaire de fortune agréé selon la loi sur les institutions financières », placé sous la surveillance de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, contrôlé chaque année par une organisation de surveillance, membre d’une association professionnelle et d’une organisation d’autorégulation au titre de la loi sur le blanchiment. Six badges reprennent ces qualités, dont un « AO-GEPRÜFT » et un « GWG / SRO ».

Aucun numéro de licence, aucune référence d’autorisation et aucune organisation de surveillance nommée ne figurent pourtant sur le site. La fiche du registre, elle, mentionne un but statutaire qui cite l’article 17 de la loi sur les institutions financières : une clause de but n’est pas une autorisation, et le registre du commerce n’est pas le registre des agréments. Les établissements autorisés et les avertissements adressés au public sont publiés séparément par la FINMA sur sa page des avertissements. C’est cette liste, et non le numéro CHE affiché sur la page d’accueil, qui dit si une enseigne peut légalement gérer de l’argent en Suisse.

Archiver les preuves avant la fermeture du compte

Un virement parti vers ce dispositif laisse toujours une trace nommée : l’ordre de paiement, l’IBAN du bénéficiaire et son titulaire, la date d’exécution. À cela s’ajoutent les échanges avec l’interlocuteur qui se présente au +41 44 707 94 91 ou qui écrit depuis [email protected], les captures datées du tableau de bord où figurent le capital et la valeur annoncée, et le relevé papier ou électronique de la banque émettrice. Ces pièces se conservent dans leur format d’origine, avec l’heure visible, avant toute suppression de compte ou de fil de discussion.

Maître Caroline Willm plaide au barreau de Paris. Dans l’échange filmé qui suit, elle décrit la façon dont un faux placement se démontre devant le juge civil, et ce qu’un épargnant peut demander à la banque qui a exécuté ses virements :

Une plainte utile ne raconte pas seulement l’escroquerie : elle établit la promesse, sa date, son canal et le compte destinataire. Notre page sur le dépôt de plainte et le volet pénal recense les pièces que les enquêteurs réclament, du premier message reçu au justificatif bancaire.

Montaris-ag.com : nos réponses aux objections les plus fréquentes

Le numéro CHE-115.586.897 affiché sur montaris-ag.com est-il celui d’une société réelle ?

Oui, et c’est tout le problème. Ce numéro correspond à Montaris AG, société anonyme inscrite à Zurich, dont le siège est Beethovenstrasse 20, 8002 Zurich. Le registre confirme son existence, son but statutaire et son adresse. Il ne dit rien, en revanche, du nom de domaine qui affiche ces données : montaris-ag.com a été créé le 18 août 2026, soit seize ans après la date de fondation qu’il revendique.

Comment vérifier qu’un gestionnaire de fortune suisse est réellement autorisé ?

Un gestionnaire soumis à la loi sur les institutions financières figure dans les listes tenues par la FINMA, avec une autorisation et une organisation de surveillance identifiables. Un numéro CHE, un extrait du registre du commerce ou un badge « régulé » ne remplacent pas cette inscription : le registre du commerce enregistre des sociétés, pas des agréments financiers. La vérification se fait par la dénomination sociale exacte, jamais par un logo.

Les fonds versés à montaris-ag.com peuvent-ils être récupérés ?

Le point de départ est le mode de paiement, puis son ancienneté. Un virement désigne un bénéficiaire et une banque, que l’on peut interpeller par écrit sans attendre ; un règlement par carte ou en jetons numériques suit un circuit plus court et plus difficile à remonter. Ce qui pèse, dans tous les cas, c’est la trace écrite : ordre de paiement, coordonnées du destinataire, messages échangés avec l’interlocuteur et copies horodatées de l’espace client où figure le capital annoncé.

Lorsqu’un versement a déjà été exécuté, notre service d’aide aux victimes peut relire les documents gratuitement et indiquer les voies ouvertes dans une situation de ce type.

Montaris-ag.com parle aux épargnants germanophones le langage d’une banque privée : un numéro de registre authentique, une adresse dans un quartier d’affaires zurichois, des taux de dépôt à terme et un espace client bien dessiné. La rupture survient au retrait, lorsqu’une vérification, une taxe ou une garantie complémentaire est réclamée avant la restitution. BrokerDefense évalue alors trois choses : la promesse affichée au jour du versement, les écrans servis depuis, et l’identité du compte qui a reçu l’argent.

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