Alsetmarkets.com arnaque : les trois numéros d’une autre vitrine

Trois numéros d’agrément, déjà publiés sous une autre enseigne

Le 19 octobre 2026, la page « Regulation and Licensing » d’alsetmarkets.com aligne trois références d’agrément, et ce trio est celui qu’une autre vitrine de courtage en CFD portait déjà, à l’identique, le 12 octobre.

Le premier paragraphe annonce une société « registered under the Laws of Seychelles », porteuse du numéro 709718501 et « licensed by the Financial Services Authority (FSA) of Seychelles ». La phrase suivante attribue au même nom un second statut : « a tradename of Alsetmarkets with registration number HE 19818009 », présenté comme un « Cyprus Investment Firm (CIF) » supervisé par la CySEC au titre de MiFID II. Deux régimes, deux continents, une seule enseigne, et pas une seule fois le nom d’une personne morale autre que l’enseigne commerciale.

La FAQ ajoute une troisième pièce : la société s’y dit « officially registered in the UK under the company registration number #08683932 ». Ce numéro existe. Il désigne ALLBIT LTD, immatriculée le 10 septembre 2013, dont le siège déclaré se trouve Unit 10 Enterprise Court, Farfield Park, à Rotherham (S63 5DB), dans le Yorkshire du Sud. Une société de treize ans, étrangère au courtage, dont l’immatriculation sert ici de parure.

Cette trilogie n’est pas une rencontre de gabarit : notre enquête du 12 octobre sur apexforges.com relevait les trois mêmes numéros, dans le même ordre, sur une page au même intitulé. Deux noms distincts, un seul dossier d’identité.

Le reste du site ne rattrape rien. Nulle part une société n’est nommée avec un numéro et un registre. La rubrique « Legal Documentation » ne contient qu’une politique de confidentialité, et l’adresse /trading-conditions sert très exactement le même texte, tandis que /rules renvoie une page sans contenu. Il n’existe ni conditions générales, ni convention client, ni document sur les risques, alors que la vitrine revendique le statut d’entreprise d’investissement chypriote.

Dernière mise à jour : 19/10/2026

📄 Justificatif de capture

La capture ci-dessous est mise à disposition gratuitement par BrokerDefense. Elle montre la page d’accueil servie par alsetmarkets.com le 19 octobre 2026, avec le bandeau de chiffres, les modules de cotation et le formulaire d’inscription en trois étapes. Autant de repères utiles si un versement doit un jour être expliqué à une banque ou à un enquêteur.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Vitrine d’alsetmarkets.com capturée le 19 octobre 2026, bandeau de chiffres et formulaire d’inscription

Un nom acheté en juin chez un revendeur néerlandais

Le relevé public du nom, consulté le 19 octobre 2026, situe l’enregistrement d’alsetmarkets.com au 13 juin 2026, à 9 h 06 UTC, pour une échéance fixée au 13 juin 2027. Derrière ce dépôt, on trouve Hosting Concepts B.V., société qui commerce sous l’enseigne Registrar.eu, et aucun titulaire n’est publié : seule l’entité du registraire apparaît dans le dossier.

Quatre mois séparent donc le dépôt du nom des quinze années d’activité que revendique la page « About », où la maison se présente comme « one of the most reputable brokers in the industry » avec « 40+ International Awards » et « 100 account managers ». Un courtier de quatre mois n’a pas derrière lui cent gestionnaires de comptes, et cette antériorité déclarée ne repose sur aucun document daté.

La zone repose sur deux serveurs de noms, ns23 et ns24.my-control-panel.com, propres à un hébergeur à bas coût, et l’adresse qui répond est 198.251.89.30. Le courrier est déclaré par un enregistrement MX qui renvoie au domaine lui-même, sans relais externe.

La politique d’authentification des messages sortants mérite un détour. L’enregistrement SPF s’écrit « v=spf1 +a +mx +ip4: … ~all », et l’adresse que la règle autorise à émettre en nombre est une adresse de réseau local, du genre de celles qui n’existent que derrière une box. La consigne ne protège donc rien. Le domaine publie par ailleurs une politique DMARC au niveau « none », laquelle se contente de demander des rapports sans imposer de traitement aux destinataires. Ces deux réglages sont ceux d’une installation montée vite, pas ceux d’une société qui dit envoyer des relevés de compte.

Une évaluation publique du nom, ouverte le même jour, ne lui accorde que 1 % de confiance, le plancher de sa grille : cette évaluation publique rejoint tout ce qui précède.

Sous le capot, une application Laravel et des briques empruntées

Notre analyse de la page d’accueil a relevé trente-sept composants répartis en quinze familles. Le serveur se présente comme LiteSpeed, le langage est PHP, et l’ossature est celle du cadriciel Laravel : deux en-têtes de réponse le trahissent, un jeton XSRF-TOKEN et un cookie de session baptisé remedy_algo_trade_session. Ce dernier détail compte : le nom du cookie ne porte pas l’enseigne, ce qui veut dire que le moteur d’espace client a été repris tel quel auprès d’un fournisseur et rebadgé à la marge.

La vitrine promet pourtant « Alsetmarkets cTrader », cité trois fois sur l’accueil, avec un discours sur l’exécution en millisecondes et l’absence de requotes. Aucune trace de cTrader nulle part : pas de sous-domaine de terminal, pas de script Spotware, et la zone /dashboard renvoie à la page de connexion du même site. L’espace de trading, c’est l’application Laravel elle-même, avec son formulaire d’inscription en trois étapes et son tableau de bord maison.

Les graphiques ne sont pas calculés par la plateforme. Ils sont affichés depuis les modules publics de TradingView pour la carte des devises, le bandeau de cotation et la carte des tensions, depuis un widget coinlib pour le bitcoin, et le cours est en outre réclamé en direct à l’interface publique de CoinGecko. La présentation, elle, assemble des briques disponibles en CDN : TailwindCSS appelé depuis son réseau public, Alpine.js pour les menus déroulants, jQuery 3.6, Font Awesome, les polices de Google, et deux diffuseurs de bibliothèques, unpkg et jsDelivr.

La couche de mesure et de conversation est, elle, entièrement déléguée : Google Tag Manager, Microsoft Clarity, le widget de traduction Google, la messagerie tawk.to, et des emplacements publicitaires DoubleClick. Un courtier qui revendique des centaines de millions de dollars de volumes traités passe donc par les mêmes outils gratuits qu’un site de contenu.

Côté réseau, l’hébergement a changé de mains en cours de route : les relevés situent d’abord le serveur aux Pays-Bas, puis l’adresse actuelle, 198.251.89.30, chez un hébergeur à bas coût installé au Luxembourg, avec un pare-feu DDoS et un relais Cloudflare devant. Le certificat, enfin, est un certificat Let’s Encrypt de type joker, émis le 22 août 2026 pour *.alsetmarkets.com et valable jusqu’au 20 novembre 2026 : une délivrance gratuite, délivrée sans intervention humaine, qui ne dit rien de l’identité de l’exploitant.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Quatre continents annoncés pour un standard au Nevada

La page de contact fixe un siège au 11 Grace Avenue, suite 108, à Great Neck, dans l’État de New York (11021). Le numéro qui l’accompagne, 702-706-4466, porte l’indicatif du Nevada, à plus de quatre mille kilomètres de là. Un courtier new-yorkais joignable par un standard de Las Vegas, voilà déjà une bizarrerie.

La même page déroule ensuite une carte du monde : San Francisco au 301 Howard Street, Toronto au 199 Bay Street, Londres au 1 Canada Square de Canary Wharf, Francfort au Mainzer Landstrasse 50, Zurich au Bahnhofstrasse 64, Singapour à One Raffles Quay, Hong Kong à l’International Finance Centre et Tokyo au Marunouchi Building, chacun assorti d’horaires de séance. Neuf implantations pour un nom de quatre mois, servi depuis un serveur mutualisé, sans une seule immatriculation locale publiée.

La FAQ se contredit d’ailleurs elle-même : la société y écrit qu’elle « doesn’t work and doesn’t accept deposits from US residents » et demande de cocher une case attestant que l’on n’est pas citoyen américain, alors que son siège annoncé se trouve à New York. Sur les pages de connexion, d’inscription et de mot de passe oublié, la description destinée aux moteurs de recherche est restée celle d’un gabarit antérieur, en capitales, avec ses points d’interrogation en série : « Alsetmarkets LIMITED??? INVEST IN A LEADING TRADE AND INVESTMENT COMPANY, OPERATING IN THE UK », suivie d’un catalogue qui parle de pétrole, de gaz et d’immobilier. Trois pages, un texte jamais réécrit.

Nous avons passé en revue les documents publics où l’AMF recense les acteurs non autorisés : aucune entrée ne correspond à ce nom dans les six fichiers publiés à la date de notre passage, dont le dernier export du 8 octobre 2026. Le fichier consolidé des autorités européennes, ouvert le même jour, n’en porte pas davantage. Cette absence décrit l’état de ces documents à cette date ; elle ne fait pas de la vitrine un intermédiaire reconnu.

Une FAQ de robot de trading collée sur un décor de courtier

La rubrique « Frequently Asked Questions » ne parle pas de courtage. À la question « What is Alsetmarkets? », la réponse est : « Professional team of cryptocurrency industry developers », dont l’avantage principal serait « a unique trading bot that makes a profit at the stage of growth and market decline ».

Le reste du questionnaire décrit un produit d’un autre genre : des « investment plans » avec un dépôt minimum de 10 dollars ou 0,005 bitcoin, des retraits vers un « wallet number », aucun document d’identité réclamé (« we do not require your personal information »), et des versements acceptés par PerfectMoney, bitcoin, ethereum, litecoin, dogecoin, TRON, tether TRC20 et tether ERC20. Les frais, précise la page, sont « included in the company’s profits from the profits from the development of cryptocurrency robots ».

Une question porte même sur l’inscription d’un enfant (« Can I register my child? »). Pour une entreprise d’investissement soumise à MiFID II, qui doit vérifier l’identité, les compétences et la situation de chaque client avant d’ouvrir un compte, la question n’a aucun sens. Pour un montage de rendement, elle en a un.

Le formulaire confirme. Il demande un identifiant, un nom, un courriel, un téléphone, un mot de passe, un captcha et une case à cocher. Ni pièce d’identité, ni justificatif de domicile, ni questionnaire de tolérance au risque. Le parcours tient en trois étapes, et la troisième s’intitule « START EARNING », avec un dépôt à la clé.

Ce qu’une personne ayant viré des fonds peut encore réunir

Un versement parti vers alsetmarkets.com ne se rattrape pas en écrivant au support. Ce qui demeure, en revanche, ce sont les traces : l’ordre de virement et son libellé exact, le relevé bancaire qui l’a exécuté, les captures de la conversation ouverte dans la bulle tawk.to du site, et les courriels échangés avec [email protected], en particulier ceux qui promettent un rendement ou annoncent un retrait contre un complément de frais.

Ces pièces se réunissent avant que la vitrine ne change de nom ou de serveur, ce qui est déjà arrivé à son hébergement en septembre. Le dossier pénal que nous documentons, à commencer par la plainte et ses annexes, expose les documents que les enquêteurs attendent, et le même trio de numéros a déjà servi à une autre enseigne du même dossier : le rapprochement prend alors une valeur qui dépasse un simple nom de domaine.

Pour éclairer ce point, nous avons interrogé Maître Goce Novakov, du barreau de Paris, sur les recours ouverts après un versement de ce type. Sa réponse est filmée ci-dessous :

Ce que les épargnants demandent sur alsetmarkets.com

Les numéros 709718501 et HE 19818009 désignent-ils vraiment cette société ?

Aucun document public ne rattache ces références à alsetmarkets.com. Le premier est présenté comme une immatriculation seychelloise, le second comme un agrément chypriote, et la même page les attribue à la même enseigne sans jamais nommer la personne morale qui les détiendrait. Le troisième numéro cité, le 08683932, appartient à une société du Yorkshire sans lien avec le courtage. Une entreprise d’investissement se vérifie par son nom légal et son numéro dans le registre du régulateur, pas par un nom commercial.

Faut-il envoyer une pièce d’identité pour ouvrir un compte ?

Non, et c’est précisément ce qui inquiète. Le formulaire d’alsetmarkets.com demande un identifiant, un nom, un courriel, un téléphone et un mot de passe, puis un captcha. La FAQ ajoute que la plateforme ne réclame pas d’informations personnelles et qu’un simple « wallet number » suffit pour les retraits. Un établissement soumis à MiFID II ne peut pas fonctionner ainsi : la vérification d’identité et l’évaluation de la tolérance au risque précèdent l’ouverture, elles ne la suivent pas.

Un virement est déjà parti vers alsetmarkets.com, que faire maintenant ?

Interrompre tout envoi complémentaire, y compris les frais de déblocage ou de vérification qui seraient demandés depuis la messagerie du site. Réunir ensuite l’ordre de virement, le relevé qui le retrace, les échanges avec [email protected] et les captures de la conversation tawk.to, puis faire évaluer l’ensemble avant d’engager une démarche. Ces éléments permettent de reconstituer le parcours des fonds et de discuter, le cas échéant, de la responsabilité de la banque qui a exécuté les transferts.

Alsetmarkets.com n’est donc pas seulement un courtier en CFD dépourvu d’agrément : c’est une vitrine qui emprunte l’état civil d’une autre, jusqu’au numéro d’une société du Yorkshire, et qui juxtapose deux catalogues, celui du broker régulé et celui du robot de rendement. Les personnes ayant viré des fonds vers cette interface ont alimenté un compte dont le titulaire n’est nommé nulle part. Faire évaluer le dossier par BrokerDefense avant d’écrire au support, c’est conserver la chronologie intacte et éviter qu’un second versement soit présenté comme la condition d’un déblocage.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

SERVICE DE VÉRIFICATION

Vérifier le destinataire de votre paiement avant d’effectuer votre virement

ÉTUDE DE TRAÇAGE

Litiges cryptoactifs

SERVICES

BROKER DEFENSE

Offres spécifiques en matière de gestion des litiges dans le domaine de l’investissement et des escroqueries financières.

Ceci pourrait vous intéresser

Arnaque broker / courtier frauduleux

GallaeciaFX arnaque : la FCA l’avertit, la page cachée réclame les passeports

La Financial Conduct Authority a inscrit GallaeciaFX.com sur sa liste des firmes non autorisées le 14 octobre 2026. La vitrine, qui se présente comme un introducteur B2B vers des institutions régulées, répond toujours et continue de collecter des dossiers. Une page d’onboarding non liée y réclame les passeports des bénéficiaires effectifs et les comptes annuels, expédiés vers un script Google. Le nom a été enregistré le 24 juin 2026 et son titulaire n’est pas publié.

Lire la suite »
Page d'accueil de valorafinancialbank.com capturée le 19 octobre 2026, bandeau de sécurité et offres de comptes
Arnaque broker / courtier frauduleux

Valora Financial Bank arnaque : le code est public sur GitHub

Valora Financial Bank se présente comme une banque britannique agréée par la PRA et régulée par la FCA. Le code source complet du site est public sur GitHub, panneau d’administration et fichier d’état clients compris. Le domaine a quatre mois et aucune société de ce nom n’existe au registre britannique. Verdict : banque fictive, alimentée par virements et par cryptoactifs.

Lire la suite »