Agifinanz.com arnaque : la FINMA épingle un comparateur vide

Une fiche d’avertissement datée du 29 octobre, et aucune immatriculation

Le gendarme financier helvétique a ouvert, le 29 octobre 2026, une fiche au nom de ce domaine. Il y inscrit « agifinanz.com » comme raison sociale, laisse le champ « Siège » vide, réduit l’adresse à « 1204 Genève » et renvoie au site « https://www.agifinanz.com/ ». Pour la rubrique « Registre du commerce », la réponse tient en une constatation : l’exploitant n’est inscrit à aucun registre du commerce.

Le champ « Remarques » est plus intéressant encore, parce qu’il nomme une société pour l’écarter : « https://www.aqifinanz.com/ n’a pas de lien avec Agi Finance SA, Genève ». La suite de la phrase indique que cette société, titulaire du numéro CHE-106.737.909, figure au fichier suisse des sociétés. La remarque publiée comporte un q à la place du g, alors que les champs « nom » et « site internet » de la même fiche portent bien agifinanz.com : le domaine visé est celui de cette page, l’orthographe fautive est celle du texte de remarque. La conséquence, elle, ne souffre aucune ambiguïté : l’autorité qui délivre les agréments en Suisse dit noir sur blanc que l’exploitant du site n’est pas la société dont la vitrine reprend le nom.

La fiche est consultable publique et nominative sur le registre des avertissements de la FINMA. Une inscription sur cette liste ne prouve pas une condamnation : elle constate qu’une entité exerce vraisemblablement une activité soumise à autorisation sans la détenir. C’est exactement le registre dans lequel une vitrine d’épargne germanophone vient d’entrer, six mois après le dépôt de son nom.

Dernière mise à jour : 29/10/2026

📄 Référence

Le fichier proposé ci-dessous reproduit l’écran d’accueil d’agifinanz.com tel qu’il se présentait le 29 octobre 2026. On y trouve, de haut en bas, le bandeau de promesse, les quatre arguments de confiance puis le bloc des meilleurs taux. Cette pièce sert à confronter la page conservée aux captures qu’un interlocuteur a pu envoyer à un épargnant.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Accueil du comparateur de taux agifinanz.com, capture du 29 octobre 2026

Quatre champs, deux écrans vides et un message destiné à l’administrateur

La page d’accueil promet « die besten Angebote im Vergleich », les meilleures offres comparées, pour l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. Dans le bloc qui devrait les afficher, le HTML servi contient une seule phrase, en allemand, adressée non pas au visiteur mais au propriétaire du site : « Bitte fügen Sie im Admin-Panel Angebote hinzu », autrement dit « veuillez ajouter des offres dans le panneau d’administration ». Le comparateur est donc en production depuis des mois avec une consigne de développement en guise de contenu.

La page de comparaison confirme. Le compteur de résultats est écrit en dur dans le fichier : « 0 Angebote gefunden für 50.000 € », aucune offre trouvée pour 50 000 euros. Juste à côté, le simulateur annonce s’appuyer sur « unserem aktuellen Top-Zinssatz von 4,10% p.a. », un taux de référence de 4,10 pour cent, et affiche pourtant « Ihr voraussichtlicher Gewinn: 0,00 € » : un gain prévisionnel nul calculé sur un taux qui n’existe nulle part sur le site.

L’architecture est celle d’un guichet de collecte, pas d’un intermédiaire bancaire. Les deux formulaires du site ne réclament que quatre données : le prénom, le patronyme, une messagerie et un numéro de portable. S’y ajoutent des champs techniques invisibles, la valeur des trois réponses du questionnaire, l’identifiant de clic publicitaire « gclid » et le mot-clé de recherche « keyword ». Le formulaire de la page d’analyse poste vers « process-zins-check » et le serveur répond par une redirection vers une page de remerciement. Un script enregistre par ailleurs l’identifiant publicitaire dans le stockage local du navigateur pendant quatre-vingt-dix jours, envoie une première balise à « log_traffic », puis chronomètre le temps passé sur chaque page et le transmet à « log_page_time » à la fermeture de l’onglet.

Il n’y a derrière aucun espace client à ouvrir : les adresses « /login », « /register », « /dashboard » et « /api » répondent toutes les quatre par une erreur 404. Le visiteur laisse ses coordonnées, obtient un remerciement, et le reste du parcours se déroule ailleurs, par téléphone, sur un canal que le site ne décrit pas.

Une garantie de 100 000 € étendue à trois pays qui n’ont pas le même régime

La page de comparaison répond à la question « Wie sicher ist mein Geld ? », comment mon argent est-il protégé, par une phrase qui mérite d’être lue deux fois : « Alle Einlagen bis zu 100.000 € pro Person sind durch die gesetzliche Einlagensicherung (SRB) geschützt. Das ist eine zuverlässige Sicherung in Deutschland, Österreich und der Schweiz. » Trois éléments y sont empilés sans logique.

D’abord le sigle : « SRB » désigne le Conseil de résolution unique de l’Union européenne, chargé du démantèlement ordonné des banques en difficulté, et non un régime de garantie des dépôts. Ensuite le plafond : 100 000 euros est le montant de la garantie européenne par déposant et par banque, exprimé en euros, alors qu’une entité qui se présente comme genevoise relève du régime suisse, libellé en francs. Enfin la géographie : la Suisse ne fait pas partie de l’union bancaire européenne, et aucun dispositif unique ne couvre à la fois les trois pays cités. Une garantie qui embrasse trois systèmes en une phrase n’en décrit aucun.

Le reste de la page ne rattrape rien. Le mot « Partnerbanken », banques partenaires, revient à plusieurs reprises, y compris dans la réponse qui explique que la rémunération provient des commissions versées par ces banques, mais aucune institution n’est jamais nommée, aucun taux n’est publié, aucun établissement de l’espace économique européen n’est identifié. Une garantie des dépôts sans établissement identifiable n’est pas vérifiable, et c’est précisément ce que la FINMA reproche à ce type de montage.

Un nom déposé le 23 avril 2026, une ancienneté revendiquée depuis 1991

La fiche d’enregistrement du domaine, interrogée auprès du registre qui tient le .com, donne une date unique et récente : création le 23 avril 2026, expiration le 23 avril 2027, bureau d’enregistrement Cloudflare et serveurs de noms « jim » et « savanna » chez le même prestataire. Le statut porte la mention habituelle de verrouillage contre les transferts. Six mois d’existence, donc, quand la page « Über uns » annonce « Ihr verlässlicher Partner für sichere und gewinnbringende Geldanlagen seit 1991 » : trente-cinq ans d’ancienneté revendiqués par un nom qui en compte six mois.

Le socle technique est celui d’une petite structure locative, sans banque derrière. Le trafic passe par le réseau de diffusion de contenu de Cloudflare, l’en-tête du serveur annonce PHP 8.2 et pose un cookie de session PHP, le certificat est un certificat joker Let’s Encrypt émis le 18 octobre 2026 et valable jusqu’au 16 janvier 2027, ce qui couvre agifinanz.com et tous ses sous-domaines. La messagerie est confiée à Titan Email avec un enregistrement SPF. Le fichier robots.txt est servi, déclare des signaux de contenu en quatre familles, mais le plan du site renvoie une erreur 404.

Côté mesure, la page charge deux balises Google : une balise de site « G-E8Y3KPVP81 » pour l’analytique et une balise publicitaire « AW-18038647967 » pour les campagnes. Notre relevé technique recense trente-cinq briques réparties en dix-sept familles, dont un gestionnaire de balises, un réseau de diffusion, une famille d’hébergement, un langage serveur, des modules JavaScript et une image d’illustration servie depuis une banque de photographies. Une photo de banque d’images sur la page d’accueil d’un intermédiaire financier n’est pas un délit ; c’est simplement cohérent avec une vitrine montée vite.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Toute vérification du nom mène à une société genevoise qui ne l’exploite pas

Le registre du commerce suisse restitue bien une société Agi Finance SA, à Genève, avec le numéro CHE-106.737.909 et le statut « existant ». Son adresse enregistrée est Rue de la Rôtisserie 11, 1204 Genève : exactement celle que publient l’impressum et le pied de page de tous les écrans du site. Son but statutaire, tel que la fiche le résume, porte « études de financements, gestion de fortunes, exécution de mandats et conseils dans ces domaines ». Les publications au journal officiel que la fiche restitue commencent en 2014, mentionnent un changement d’adresse en 2022 vers la rue de la Rôtisserie et, en 2024, une renonciation au contrôle restreint.

Cette société est donc réelle, inscrite, et très probablement la première victime du dossier : son nom, son adresse et son canton servent de décor à une vitrine germanophone qui vend des dépôts à terme à des épargnants allemands et autrichiens. Rien dans ce que publie le site n’établit de lien entre elle et l’exploitant du domaine, et l’autorité suisse le dit explicitement dans la remarque de sa fiche. Aucun numéro d’identification, aucun nom de responsable de publication, aucune mention d’un quelconque agrément ne figure sur les pages.

Une incohérence de gabarit achève de situer le montage. L’impressum s’ouvre sur « Angaben gemäß § 5 TMG », c’est-à-dire les mentions obligatoires prévues par la loi allemande sur les services de médias, pour une société qui se déclare domiciliée à Genève et n’évoque à aucun moment le droit suisse. Le texte légal a été écrit pour un prestataire allemand, puis l’adresse a été remplacée. Le téléphone publié, +41 22 512 24 52, et la boîte [email protected] sont les seuls canaux offerts, sans que rien ne permette de les rattacher à la société homonyme.

Ce qu’une personne ayant laissé ses coordonnées peut encore tenter

La première pièce à conserver est le courriel de confirmation reçu après l’envoi du formulaire, avec son horodatage, puis les relevés des virements ou des paiements par carte qui ont suivi, et l’identité du bénéficiaire tel qu’il apparaît sur le relevé bancaire. Ces trois éléments permettent d’établir à quelle date les coordonnées ont été transmises et vers quel compte les fonds sont partis, ce qui est le point de départ de toute contestation. Le déroulé d’une plainte et les pièces à joindre sont exposés sur la page « Le pénal / Porter plainte » de notre site, et l’évaluation publique du domaine est consultable sur ScamDoc, qui lui attribue une note de 25 sur 100. Deux dossiers voisins documentent la même mécanique d’emprunt d’identité helvétique : le cas Globalsynergy.ch, désavoué par la FINMA le jour même, et le dossier Riverfieldcapital.ch, bâti sur l’identifiant d’une société bien réelle.

Notre rédaction a interrogé Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate membre du barreau de la capitale, sur les recours ouverts aux épargnants qui ont composé leurs coordonnées sur un guichet de ce type. Son intervention est filmée ci-dessous.

Un dépôt de plainte suppose de décrire précisément l’interface utilisée, la date de la prise de contact et le mode de paiement réclamé. C’est la raison pour laquelle la capture de la page d’accueil est conservée avec les autres pièces du dossier : elle fixe ce que le visiteur avait sous les yeux au moment où il a rempli le formulaire.

Réponses aux épargnants qui ont croisé agifinanz.com

Agifinanz.com est-il autorisé à proposer des placements en Suisse ?

La fiche publiée par la FINMA le 29 octobre 2026 retient l’absence de toute immatriculation commerciale pour l’exploitant, et aucun numéro d’autorisation, aucun nom d’organisme de surveillance et aucun responsable de publication ne figure sur le site. Une clause de but statutaire relevée au registre ne vaut pas agrément : le fichier des sociétés n’est pas celui des autorisations.

Que deviennent les coordonnées laissées dans le formulaire d’analyse ?

Le formulaire transmet le prénom, le patronyme, la messagerie et le numéro de portable, ainsi que les trois réponses du questionnaire, l’identifiant de clic publicitaire et le mot-clé de recherche. Le serveur renvoie une page de remerciement, sans ouvrir de compte, et le site mesure en plus le temps passé sur chaque page. Aucune banque partenaire n’étant nommée, il est impossible de savoir qui reçoit réellement la fiche.

La garantie de 100 000 € annoncée couvre-t-elle un dépôt chez cet intermédiaire ?

La page cite le sigle « SRB », qui désigne le Conseil de résolution unique et non un fonds de garantie des dépôts, et présente le plafond européen de 100 000 euros comme valable en Allemagne, en Autriche et en Suisse. La Suisse applique son propre régime, libellé en francs, et aucun établissement dépositaire n’est identifié sur le site : la garantie annoncée n’est donc vérifiable auprès de personne.

Un comparateur de taux qui n’affiche aucun taux, un formulaire qui transmet l’identifiant publicitaire avec les coordonnées, et une fiche d’avertissement publiée le jour où la vitrine reprenait le nom d’une société genevoise bien réelle : l’ensemble décrit moins un intermédiaire financier qu’une collecte de contacts revendue à des tiers. Les épargnants qui ont laissé leurs coordonnées sur agifinanz.com peuvent demander l’évaluation préalable de leur situation à BrokerDefense, sans frais et sans engagement, en décrivant les dates, les montants et le canal utilisé par leurs interlocuteurs.

Contactez notre service d’aide aux victimes

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