Le fichier public que l’Autorité des marchés financiers tient à jour s’est enrichi, le 28 septembre 2026, d’une entrée d’un genre particulier : pré[email protected]. Le régulateur la range sous le libellé « Usurpation AMF », celui dont il se sert lorsque des courriels empruntent son propre nom. Derrière cette adresse, aucune boutique, aucun espace client, aucune page : le nom de domaine qui la porte ne publie la moindre adresse technique susceptible de desservir un site.
Le montage tient donc en deux pièces seulement : une adresse qui se réclame du gendarme des marchés, et un nom enregistré qui ne sert qu’à la messagerie. Nos relevés du 28 septembre 2026 établissent l’un et l’autre, et nous n’avons retrouvé nulle part la trace d’une page servie sous ce nom.
Sommaire
- Le régulateur publie ce lundi une adresse qui emprunte son nom
- Une formule d’exemple, répétée sur quatre cent quatre-vingt-une lignes du même fichier
- Un dépôt de mai 2026 chez Tucows, aucune adresse publiée dans la zone
- Dix certificats délivrés, une zone qui n’annonce aucune vitrine
- Rassembler les pièces quand un versement a suivi ce courriel
- Trois points à contrôler si vous avez répondu à ce courriel
- Un courriel au nom du régulateur : ce qu’il faut en retenir
Le régulateur publie ce lundi une adresse qui emprunte son nom
La fiche ouverte par l’Autorité à ce nom porte une date de publication, le 28 septembre 2026, et deux mentions : le nom retenu, pré[email protected], et le libellé « Usurpation AMF ». La formule d’usage qui accompagne ce type d’entrée est sans ambiguïté : cet acteur n’est pas autorisé par l’autorité à proposer certains services ou placements financiers en France.
Cette inscription s’ajoute, à un jour d’intervalle, à un dossier bâti exactement sur le même ressort. Notre enquête sur amf-info.com décrivait un nom choisi pour porter le sigle du régulateur et visé par une fiche du même fichier. Ici, la mécanique se répète avec une adresse plutôt qu’une vitrine, et c’est ce qui rend le cas instructif : la sollicitation n’a même plus besoin d’une page pour tenir debout.
La fiche elle-même est consultable à l’adresse que le régulateur consacre à cette entrée : la page publiée par l’Autorité des marchés financiers au sujet de cette adresse. Elle reproduit le nom tel qu’il a été enregistré et ne comporte aucune mention d’une société, d’un dirigeant ou d’un numéro d’immatriculation.
Dernière mise à jour : 28/09/2026
Une formule d’exemple, répétée sur quatre cent quatre-vingt-une lignes du même fichier
La première chose que révèle cette entrée tient à la façon dont le nom y est écrit. La partie qui précède l’arobase n’est pas composée d’un prénom et d’un nom de personne : le fichier y place une formule d’exemple, « prénom.nom », employée pour toutes les adresses construites sur une identité individuelle dont le détail n’est pas repris. Sur les 3 460 lignes que compte ce document public, nous en avons compté 481 portant cette même formule.
La conséquence est double. D’une part, ce que le fichier établit, c’est la forme de l’adresse et le nom de domaine qui la porte, et non l’identité d’une personne. D’autre part, cette forme est précisément celle qui laisse toute latitude à l’expéditeur : le courriel reçu peut être signé de n’importe quel prénom et de n’importe quel nom, pourvu que l’adresse soit construite sur le même domaine. C’est cette plasticité qui a valu à ce nom d’être rangé sous le libellé réservé aux usurpations du régulateur lui-même.
Un dépôt de mai 2026 chez Tucows, aucune adresse publiée dans la zone
Le nom elliptic-lab.email a été créé le 20 mai 2026 et son échéance est fixée au 20 mai 2027. La dernière modification enregistrée sur le dossier porte la date du 11 août 2026. Le prestataire d’enregistrement est Tucows Domains Inc., et deux verrous encadrent le nom : le transfert vers un autre prestataire comme la modification de ses données sont interdits. L’identité du titulaire n’est pas diffusée, et la signature cryptographique de la zone n’est pas activée.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Interrogée le 28 septembre 2026, la zone ne publie aucune adresse de serveur : ni le nom principal ni sa forme préfixée par « www », qui n’existe pas davantage, ne renvoient vers une machine. La configuration se limite à deux serveurs de noms du réseau Cloudflare et à un service de messagerie. Autrement dit, le nom existe, il est payé, il est verrouillé, et il ne sert aucune page. Cette configuration rappelle celle de l’adresse fichée pour le nom service-trade-rep.com, où le domaine n’avait jamais supporté autre chose qu’une boîte aux lettres.
Dix certificats délivrés, une zone qui n’annonce aucune vitrine
Un détail mérite l’attention : les journaux publics de certification recensent dix certificats émis pour ce nom. Le premier porte la date du 20 mai 2026, jour même du dépôt, puis une seconde campagne apparaît le 18 juillet 2026 et une dernière le 30 août 2026. Ce dernier certificat, signé par l’autorité de certification de Cloudflare, demeure valable jusqu’au 26 novembre 2026. Tous couvrent le nom lui-même et l’ensemble de ses sous-domaines ; aucun ne mentionne un domaine tiers, ce qui écarte l’hypothèse d’une infrastructure partagée avec d’autres noms.
Une infrastructure qui obtient et renouvelle des certificats sans publier la moindre adresse montre une préparation technique continue, sans jamais passer à la mise en service d’un site. L’ensemble du paramétrage va dans le même sens : la seule fonction déclarée est la messagerie, confiée à un prestataire établi hors de France, et la politique d’authentification des envois désigne expressément ce prestataire comme le seul habilité à écrire au nom du domaine, tout autre expéditeur étant rejeté. Le nom annonce donc lui-même à quoi il sert.
La réputation publique de ce nom s’établit de son côté à un niveau très bas. L’indice de confiance calculé par un service d’évaluation indépendant ressort à 25 %, avec deux motifs relevés : l’acquisition très récente du nom et sa faible espérance de vie. La même fiche constate qu’aucune donnée technique ne permet d’identifier le propriétaire. Voir cette fiche d’analyse. Le nom ne laisse enfin derrière lui aucune page : nos recherches du 28 septembre 2026 n’en retrouvent la trace dans aucun des relevés publics que nous avons consultés.
Rassembler les pièces quand un versement a suivi ce courriel
Les personnes qui ont reçu un message de cette adresse et qui ont engagé des fonds à sa suite disposent de quelques gestes simples, à mener sans attendre. Le premier est de conserver le courriel dans son intégralité, en-têtes techniques compris : ils datent l’envoi et nomment le serveur de départ, ce que fait disparaître la simple capture d’écran du texte. Le deuxième est de réunir les ordres de virement passés depuis la banque, avec leurs références, ainsi que les échanges écrits tenus avec l’interlocuteur rencontré.
Il est également utile de parcourir le recueil public que le régulateur consacre aux acteurs non autorisés, afin de voir si d’autres adresses construites sur le même domaine y figurent, et de signaler la sollicitation à la même autorité. Aucun frais de déblocage, de dossier ou de récupération ne doit être versé : une demande de paiement pour récupérer des fonds est en soi une seconde tentative d’escroquerie. Le dépôt d’une plainte pour escroquerie et usurpation d’identité, et les pièces qu’il suppose, sont décrits dans notre dossier sur la plainte pénale.
Dans l’entretien filmé ci-dessous, Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate dont l’ordre professionnel est parisien, décortique le mécanisme dit de « spoofing » : par quel artifice un expéditeur fait endosser son message par une institution, comment la confiance s’installe en quelques échanges, et quelles voies de droit s’ouvrent ensuite pour les personnes trompées.
Trois points à contrôler si vous avez répondu à ce courriel
Non. L’Autorité des marchés financiers a inscrit cette adresse sur son fichier public le 28 septembre 2026, sous le libellé « Usurpation AMF », et précise que l’acteur qu’elle désigne n’est pas autorisé à proposer des services ou des placements financiers en France. Le nom de domaine qui porte l’adresse, enregistré le 20 mai 2026, ne publie aucune adresse technique et n’héberge aucun site : il n’existe pour cette adresse ni société, ni bureau, ni conseiller identifiable.
Parce que la sollicitation se joue dans le courrier, pas sur le web. Le nom de domaine n’a pas d’autre emploi déclaré que la messagerie : sa configuration désigne un prestataire d’envoi et rejette tout autre expéditeur, et il ne publie aucune adresse de serveur capable de servir une page. L’inscription sur le fichier public donne aux destinataires un repère officiel pour reconnaître le message, identifier l’émetteur et refuser d’y donner suite.
Cessez toute réponse : chaque échange confirme aux expéditeurs que l’adresse est active et alimente leur fichier. Conservez le courriel avec ses en-têtes, les relevés des virements effectués et les échanges écrits, puis déposez plainte pour escroquerie et usurpation d’identité auprès du service compétent. Refusez toute demande de paiement préalable présentée comme un déblocage ou une récupération de fonds. Notre service d’aide aux victimes peut examiner votre situation lors d’une évaluation préalable.
Un courriel au nom du régulateur : ce qu’il faut en retenir
Le nom elliptic-lab.email n’a jamais rien eu à montrer, et c’est en cela qu’il est exemplaire. Il n’a pas fallu de fausse plateforme de trading, ni de tableau de bord, ni de faux relevés : une adresse façonnée pour se réclamer d’une autorité de régulation, posée sur un domaine muet dont la configuration ne prévoit que l’envoi de courriers, a suffi pour figurer au fichier public des acteurs non autorisés, le jour même de notre relevé.
Les personnes qui ont dialogué avec cet interlocuteur, transmis des pièces d’identité ou engagé des fonds après un message signé de ce nom, se trouvent dans une situation où l’analyse des échanges pèse plus lourd que la précipitation. BrokerDefense propose un examen préalable des éléments disponibles (courriels, virements, échanges écrits) pour déterminer quelles suites sont réalistes au vu du dossier.


