Sommaire
- L’AMF retient l’usurpation pour deux adresses de gestion-crypto.com, à sept semaines d’écart
- Une vitrine qui reprenait le slogan et les codes visuels de crypto.com
- Un nom créé chez Namecheap en novembre 2023, jamais renouvelé, absent du registre en 2026
- Cloudflare, jQuery, une page de connexion baptisée Espace Client : l’anatomie relevée en février 2024
- De novembre 2023 à 2026 : la trajectoire d’un nom qui a cessé d’être servi
- Un paiement en crypto-actifs vers gestion-crypto.com : les pièces et la plainte
- FAQ : que reste-t-il de gestion-crypto.com ?
L’AMF retient l’usurpation pour deux adresses de gestion-crypto.com, à sept semaines d’écart
Le 21 février 2024, l’Autorité des marchés financiers a inscrit l’adresse [email protected] sur sa liste noire sous la qualification « Usurpation ». Ce libellé désigne les entités qui empruntent l’identité d’un acteur financier reconnu pour inspirer une confiance qu’elles n’ont pas construite. La fiche portant cette inscription reste consultable à ce jour. Le même 21 février, le régulateur a également inscrit crypto.ntefrp.com, une seconde copie de crypto.com, sous la même qualification : cette simultanéité suggère que les deux plateformes ont été identifiées dans une même opération de surveillance.
Sept semaines plus tard, le 12 avril 2024, une seconde adresse rattachée au domaine gestion-crypto.com a rejoint la liste noire, toujours sous la qualification « Usurpation ». L’opérateur disposait donc de plusieurs identités de contact, signe d’un dispositif monté pour ouvrir plusieurs canaux vers les épargnants.
En 2026, rien ne subsiste plus au registre des .com s’agissant de gestion-crypto.com : ni données d’enregistrement, ni titulaire, ni serveurs de noms. Aucune adresse ne répond, ni sur le domaine, ni sur son préfixe www. Le nom est redevenu disponible pour n’importe quel tiers. Cette situation mérite d’être distinguée d’une simple vitrine éteinte : une vitrine éteinte laisse subsister la fiche d’enregistrement du nom dans le registre ; ici, c’est le nom lui-même qui a quitté le fichier. Les victimes perdent du même coup la trace administrative de l’opérateur, ce qui complique toute démarche d’identification ultérieure. Notre fiche WHOIS complète sur DomainTools reste accessible pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine. La notice officielle du régulateur concernant [email protected] documente l’inscription et sa qualification.
Dernière mise à jour : 16/10/2026
Une vitrine qui reprenait le slogan et les codes visuels de crypto.com
La page d’accueil de gestion-crypto.com affichait le logo de crypto.com et le slogan « La meilleure plateforme de cryptomonnaies au monde ». Un visuel de course automobile accompagnait cette promesse, associant le site à la vitesse et à la performance. Aucun document contractuel ne venait étayer ces affirmations. L’effet recherché était immédiat : un visiteur peu averti pouvait croire accéder à un service adossé à une marque mondiale.
La page de connexion était accessible sous /login et portait le titre « Espace Client », reproduisant l’arborescence attendue d’une vraie plateforme d’échange. Derrière cette façade, rien de vérifiable : aucune mention légale, aucun numéro de régulation, aucun pays de rattachement, aucune page de contact exploitable. L’opérateur restait anonyme. C’est précisément la force d’une marque mondiale connue qui en fait une cible idéale pour ce type de fraude : son nom inspire une confiance que les escrocs n’ont pas eu à construire, et que leurs victimes n’ont aucune raison de remettre en question au premier contact.
Cette mécanique n’est pas isolée. Le même jour, le régulateur inscrivait crypto.ntefrp.com, une autre copie frauduleuse de crypto.com, sous la même qualification « Usurpation ». La concomitance des deux inscriptions révèle une pratique organisée, où plusieurs domaines imitateurs coexistent pour maximiser les prises de contact avec des épargnants trompés par la ressemblance visuelle.
Un nom créé chez Namecheap en novembre 2023, jamais renouvelé, absent du registre en 2026
Les données d’enregistrement relevées à l’époque du constat, avant leur disparition du fichier, indiquaient une création du nom le 2 novembre 2023. Le bureau d’enregistrement était Namecheap. Le titulaire était masqué derrière un service de confidentialité domicilié à Reykjavik, en Islande. Les serveurs de noms appartenaient à Cloudflare, identifiés sous les noms anderson et linda.
L’échéance de l’enregistrement était fixée au 2 novembre 2024. Elle n’a pas été reconduite. L’exploitation du nom a donc couvert une seule année d’enregistrement, ce qui correspond au schéma classique des plateformes frauduleuses : un cycle court, le temps de collecter des fonds, puis une disparition sans laisser de trace administrative. Le statut affiché à l’époque bloquait toute migration du nom chez un autre prestataire. Le 22 février 2024, un constat réalisé sur la page /login du site a fixé une preuve datée de l’existence de cette vitrine. Ce constat constitue une pièce utilisable si une procédure est engagée.
D’autres plateformes construites sur le même modèle ont été documentées dans la même période. C’est le cas de Tadeero, dont l’enquête détaille un mécanisme de trading frauduleux conduisant les comptes à zéro, inscrite sur la liste noire dans les semaines suivantes.
Cloudflare, jQuery, une page de connexion baptisée Espace Client : l’anatomie relevée en février 2024
Notre analyse technique de la vitrine a relevé une infrastructure servie derrière Cloudflare, assurant la distribution de contenu, l’exécution des scripts et la protection contre les attaques. Cette couche intermédiaire masque l’adresse du serveur réel : une enquête bute rapidement sur cet écran, sans pouvoir remonter directement à l’hébergeur physique.
La page reposait sur la bibliothèque JavaScript jQuery et sur une mise en page adaptée aux appareils mobiles : balise viewport, compatibilité explicite avec les téléphones, contenu conçu pour un écran de poche. L’ensemble était servi en HTTPS, avec un habillage standard de site d’échange : page de connexion, formulaire d’inscription, promesses de rendement. Le certificat HTTPS, souvent perçu comme un gage de sérieux, ne prouve rien quant à la légitimité de l’opérateur qui se cache derrière.
Le choix du téléphone comme canal principal n’est pas anodin. C’est le support privilégié des victimes de fraudes aux crypto-actifs, qui naviguent rarement sur ordinateur pour ce type d’opération. Une interface mobile soignée réduit le temps de réflexion et facilite les transferts impulsifs. Le recours à un réseau de distribution grand public ne prouve rien à lui seul, mais il permet à l’opérateur de fonctionner sans intervention humaine visible, jour et nuit, tout en restant difficile à localiser.
De novembre 2023 à 2026 : la trajectoire d’un nom qui a cessé d’être servi
Le 2 novembre 2023, le nom gestion-crypto.com est enregistré chez Namecheap, derrière un service de confidentialité islandais. Le 21 février 2024, l’AMF inscrit [email protected] et crypto.ntefrp.com sur sa liste noire, sous la qualification « Usurpation ». Le lendemain, 22 février 2024, un constat de la page /login, alors servie sous le titre « Espace Client », fixe une preuve datée de l’existence de la vitrine.
Le 26 février 2024, BrokerDefense publie sa première enquête sur gestion-crypto.com, cinq jours après son inscription sur la liste noire du régulateur. Le 12 avril 2024, une seconde adresse rattachée au même domaine rejoint la liste noire, toujours sous la qualification « Usurpation ». Le 21 janvier 2025, une copie de page conservée par un service public d’archivage montre la vitrine encore accessible. Le 11 mars 2025, la même source ne conserve plus qu’une page vide à cette adresse.
En 2026, plus aucune fiche n’est rendue au fichier du registre .com pour gestion-crypto.com : aucune adresse, aucun serveur, aucun titulaire. Le nom n’a pas été réenregistré. Cette trajectoire suit un arc prévisible : enregistrement rapide, exploitation courte, disparition sans renouvellement. Elle rappelle celle d’Immediate Momentum, dont l’enquête documente un mécanisme de rabattage organisé vers une plateforme sans existence réglementaire, un schéma que l’on retrouve dans plusieurs dossiers traités sur la même période.
Un paiement en crypto-actifs vers gestion-crypto.com : les pièces et la plainte
Les personnes ayant transféré des fonds vers gestion-crypto.com disposent de deux séries de pièces particulièrement utiles : les captures de la page /login intitulée « Espace Client » et des pages de la vitrine, prises au moment des faits, ainsi que l’historique des transactions en crypto-actifs dirigées vers l’adresse de la plateforme. Ces éléments permettent d’établir la réalité du préjudice et de dater les opérations.
Le dépôt d’une plainte pour escroquerie et usurpation d’identité, avec constitution de partie civile, reste la voie principale pour engager une procédure. L’interrogation par écrit de l’établissement bancaire ou de la plateforme d’échange qui a traité les ordres permet de vérifier si le devoir de vigilance a été respecté. Une réponse insuffisante de l’établissement peut ouvrir une voie de recours complémentaire. Notre guide comment porter plainte après une fraude financière et activer la procédure pénale détaille chaque étape, des pièces à réunir jusqu’à la constitution de partie civile.
Qu’advient-il concrètement d’une plainte déposée par une victime d’escroquerie financière ? Depuis le déclenchement d’une enquête préliminaire jusqu’à l’arrestation puis l’incarcération de l’auteur de la fraude, en passant par l’assignation de la banque ayant reçu les fonds, le parcours judiciaire reste mal connu des victimes. Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate dont l’ordre professionnel relève de Paris, retrace chaque étape de ce parcours dans l’entretien ci-dessous, en précisant à quel moment la responsabilité de l’établissement financier peut être engagée et quelles pièces conditionnent l’avancement du dossier.
FAQ : que reste-t-il de gestion-crypto.com ?
Cela signifie qu’aucune fiche n’est plus tenue pour ce nom par un prestataire accrédité. Aucune fiche ne lui est rendue : ni titulaire, ni serveurs de noms, ni date d’expiration. Le nom est redevenu disponible pour tout tiers souhaitant l’enregistrer. Pour les victimes, cette situation prive durablement les démarches d’identification de la dernière trace administrative de l’opérateur : il n’existe plus de point d’entrée officiel permettant d’identifier qui détenait le nom au moment des faits, sauf à s’appuyer sur les données relevées avant cette disparition.
Elles peuvent déposer une plainte pour escroquerie et usurpation d’identité auprès du procureur de la République, en joignant toutes les preuves disponibles : captures d’écran de la vitrine et de la page de connexion, historique des transactions, courriels et messages reçus de la plateforme. La constitution de partie civile permet d’être associée à la procédure pénale. Il est également possible d’interroger par écrit l’établissement bancaire ou la plateforme d’échange ayant traité les ordres, afin de vérifier si le devoir de vigilance a été respecté. L’absence du nom dans le registre ne ferme pas la voie judiciaire.
L’AMF publie la liste des prestataires de services sur actifs numériques enregistrés en France, accessible sur son site officiel. Une plateforme absente de cette liste n’est pas habilitée à proposer ses services à des résidents français. Il convient également de consulter la liste noire de l’AMF, qui recense les sites et adresses signalés pour usurpation, exercice illégal ou pratiques frauduleuses. Enfin, l’absence de mentions légales, de numéro de régulation et de pays de rattachement clairement identifié doit suffire à écarter une sollicitation.
Les victimes de gestion-crypto.com partagent un profil commun : attirées par une interface familière, proche de celle d’une plateforme d’échange mondialement connue, elles ont converti des euros en crypto-actifs avant de les transférer vers une structure dépourvue de toute existence juridique. Que le nom ait quitté le registre ne referme pas le dossier ; cela en complique seulement le volet administratif. Les preuves réunies au moment des faits, captures de la vitrine et historiques de transactions, conservent toute leur valeur dans une procédure pénale.
Avant tout versement vers une plateforme de cryptomonnaies, une vérification préalable par BrokerDefense permet d’établir si le site figure sur une liste noire réglementaire, si ses données d’enregistrement présentent des anomalies, et si son infrastructure correspond à celle d’un opérateur sérieux. Ce contrôle, réalisé avant le premier transfert, est le seul moment où il est encore possible d’éviter un préjudice.
Article réécrit le 16/10/2026



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