Bowtrading arnaque : un nom revenu en 2024 sans vitrine

La plateforme disparue, le nom revenu sans vitrine

Le nom bowtrading.com, utilisé en 2023 pour servir une prétendue plateforme de courtage, a été laissé expiré le 24 octobre 2023 par son premier titulaire, repris le 10 décembre 2024 par un nouveau détenteur, et ne délivre depuis lors qu’une page d’attente vide : c’est le fait central de ce dossier.

En septembre 2023, la vitrine accessible sous ce nom se présentait comme un environnement de trading complet : rubriques dédiées aux marchés, au forex, aux crypto-actifs, à un club d’investisseurs, à des signaux et à des graphiques en temps réel. L’apparence était celle d’une salle de marché. Mais aucune société exploitante, aucun numéro d’immatriculation et aucune licence ne figuraient sur la page d’accueil. La rubrique de contact ne comportait aucun contenu exploitable. Un mois après l’alerte publiée par BrokerDefense en septembre 2023, le premier titulaire n’a pas renouvelé le nom : il a simplement laissé l’enregistrement arriver à échéance le 24 octobre 2023.

Le nom a ensuite été repris le 10 décembre 2024 par un nouveau titulaire, enregistré cette fois chez Squarespace Domains II LLC. Depuis cette reprise, bowtrading.com ne sert aucune plateforme. Nos vérifications menées le 13 septembre 2026 aboutissent à une page dont le titre est « Coming Soon » et dont le seul texte est « We’re under construction. Please check back for an update soon. » : un document de un à trois kilo-octets, marqué noindex, sans formulaire, sans rubrique de contact, sans contenu métier d’aucune sorte. Le nom répond techniquement, mais il ne délivre rien.

Ce schéma mérite d’être nommé clairement : un nom qui a servi une vitrine de courtage sans licence identifiable, laissé expiré après une alerte publique, puis remis en circulation par un tiers dont la seconde exploitation se résume à un écran vide. Rien, dans l’état actuel du domaine, ne permet d’établir un lien entre le titulaire actuel et l’exploitant de 2023.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Dernière mise à jour : 13/09/2026

Deux inscriptions, deux bureaux d’enregistrement

Le premier cycle d’enregistrement de bowtrading.com a débuté le 24 octobre 2022, pour une durée de douze mois, auprès de Namecheap, Inc. L’identité du détenteur d’alors était dissimulée par un prestataire de confidentialité établi à Reykjavik, en Islande. La résolution du nom passait par dns1.registrar-servers.com et dns2.registrar-servers.com. L’hébergement était assuré sur un serveur mutualisé à l’adresse 162.0.209.189, dont le nom inverse est business94-2.web-hosting.com, localisé aux États-Unis. Sur les copies conservées de cette période, aucune société exploitante, aucun numéro d’immatriculation et aucune licence n’étaient nommés.

Le second cycle s’ouvre le 10 décembre 2024, avec un enregistrement chez Squarespace Domains II LLC. L’échéance est fixée au 10 décembre 2026. Les serveurs de noms sont désormais ns-cloud-a1 à ns-cloud-a4.googledomains.com, et la résolution pointe vers l’infrastructure Squarespace. Aucun élément technique ou administratif ne permet de rattacher ce second titulaire à l’exploitant de 2023 : les deux inscriptions partagent un nom de domaine, rien d’autre.

Le recyclage de noms de domaine ayant déjà servi des vitrines de courtage non identifiées est un schéma que BrokerDefense a documenté à plusieurs reprises. Algobi.com est un autre exemple de vieux nom de domaine recyclé en plateforme de trading, dont l’historique révèle le même procédé de réutilisation d’une adresse déjà compromise. De même, le dossier UnionBTC illustre la situation d’une vitrine éteinte et d’un nom resté enregistré, sans que le titulaire inscrit ne serve aucun contenu accessible aux épargnants.

Entre le 11 septembre 2023 et le 16 décembre 2024, aucune copie publique de bowtrading.com n’existe : la seconde vie du nom n’apparaît dans les copies conservées qu’après la reprise du 10 décembre 2024. Cette absence de continuité documentaire renforce l’idée que les deux cycles d’enregistrement sont indépendants l’un de l’autre.

Un gabarit de courtage, garni de dépêches jamais rafraîchies

La vitrine servie en 2023 reposait sur un gabarit WordPress 6.3.1 associé à Elementor 3.15.3, complété par des modules de cotation tiers. L’ensemble produisait l’apparence d’un environnement de trading professionnel : rubriques dédiées aux marchés, au calendrier économique, aux taux de change, au marché des crypto-actifs, à un sélecteur d’opérations, à des actualités, à des signaux, à des opérations de court terme et de long terme, à un club d’investisseurs, à des graphiques, à un graphique en temps réel, à une section de formation, à une terminologie du trader et à un formulaire de contact.

C’est le bloc d’actualités qui révèle le mieux la nature du dispositif. Nos relevés du 11 septembre 2023 montrent que la dépêche la plus récente datait de novembre 2022, et que les autres remontaient à décembre 2021 : effondrement de FTX, variant Omicron, actualités Visa, actualités Cardano. Aucune publication postérieure à novembre 2022 n’était présente. Un site de courtage actif, servant des clients qui tradent en temps réel, ne peut fonctionner avec un fil d’actualités figé depuis dix mois.

Ce décor a été monté rapidement et n’a jamais été alimenté. Son objet était de donner l’apparence d’une salle de marché opérationnelle, suffisamment crédible pour retenir l’attention d’un épargnant, mais jamais entretenue au-delà du strict minimum visuel. La rubrique de contact, quant à elle, ne comportait aucun contenu exploitable : aucune adresse postale vérifiable, aucun numéro de téléphone, aucun identifiant d’entreprise.

Le registre de septembre 2026 et un certificat émis cet été

Nos vérifications du 13 septembre 2026 établissent que bowtrading.com est enregistré jusqu’au 10 décembre 2026, avec deux verrous portés à la fiche : « client transfer prohibited » et « client delete prohibited ». Les serveurs de noms sont hébergés chez Google. La résolution aboutit à l’adresse 198.185.159.145, qui correspond à l’infrastructure Squarespace. Le certificat TLS est signé par Let’s Encrypt, au nom commun bowtrading.com : il a été émis le 6 août 2026 et reste valable jusqu’au 4 novembre 2026.

Ce dernier point mérite attention : un certificat émis cet été montre que le domaine reste techniquement entretenu, avec une résolution active et une connexion HTTPS valide, alors que la seule page servie est un écran d’attente de quelques kilo-octets. Ce maintien, sans aucun contenu, est un fait à noter.

La recherche menée le 13 septembre 2026 sur l’ensemble des fichiers de listes publiés par l’AMF, portant sur les produits dérivés sur crypto-actifs, les crypto-actifs, le forex, les biens divers, les autres actifs et les options binaires, ainsi que sur la page de synthèse, ne fait apparaître aucune entrée correspondant à ce nom.

Cette absence ne saurait valoir certificat de régularité. Elle signifie seulement qu’aucune autorité n’a, à ce jour, publié de mise en garde portant ce nom. Un nom entretenu techniquement ne dit rien de la régularité de ce qui a été exploité sous ce nom entre octobre 2022 et octobre 2023.

Ce qu’un épargnant peut encore faire valoir en justice

L’arrêt de la plateforme ne referme pas, à lui seul, les recours. Pour un épargnant qui a exécuté des virements en direction de bowtrading.com, la pièce maîtresse reste le relevé de ces opérations : dates, montants, références de virement, comptes destinataires. Ces documents forment le socle de toute démarche ultérieure.

Il convient ensuite d’identifier l’établissement teneur de compte qui a reçu les fonds. Cette identification ouvre la question de la responsabilité de l’établissement qui a donné suite à ces ordres : une banque qui laisse passer des virements vers un compte dont le bénéficiaire ne correspond à aucune entité régulée connue peut se voir reprocher un manquement à son devoir de vigilance. Ce grief a déjà été retenu par des juridictions françaises dans des dossiers comparables.

La recherche de l’intermédiaire qui a orienté l’épargnant vers la plateforme est également une piste à ne pas négliger. Si un tiers, présenté comme conseiller ou apporteur d’affaires, a joué un rôle dans la mise en relation, sa responsabilité propre peut être engagée, indépendamment de celle de la plateforme elle-même. Ces démarches ne garantissent aucun résultat, mais elles ouvrent des voies que l’inaction referme définitivement.

Un entretien filmé avec Maître Goce Novakov, avocat dont le cabinet est implanté à Paris et qui a son barreau dans la même ville, revient sur un jugement d’escroquerie rendu à Créteil dans un dossier de faux investissement : des épargnants trompés y ont obtenu réparation, et la banque s’est vu reprocher un manquement à son devoir de vigilance, deux points directement transposables à la situation des personnes ayant versé des fonds sur bowtrading.com.

Bowtrading.com : les paiements à réunir et les suites envisageables

Les fonds envoyés à bowtrading.com l’ont été sous forme de virements bancaires vers une plateforme présentée comme un courtier actif, proposant des opérations sur forex, crypto-actifs et marchés financiers. Ce canal, le virement bancaire classique, est précisément celui qui laisse des traces exploitables : relevés d’opérations, ordres de virement, confirmations d’exécution. Ces pièces doivent être conservées dans leur intégralité, sans modification.

Les escrocs opérant sous ce type de vitrine utilisent généralement un script de contact téléphonique ou par messagerie pour convaincre l’épargnant d’effectuer un premier versement, puis des versements successifs présentés comme nécessaires pour débloquer des gains fictifs. Les échanges écrits, qu’il s’agisse de courriels, de messages sur une application ou de captures d’écran de l’interface de la plateforme, constituent des éléments de preuve à conserver avec le même soin que les relevés bancaires.

Sur le plan des suites envisageables, la voie ouverte devant le juge répressif reste accessible même lorsque la vitrine n’est plus en ligne. Le dépôt d’une plainte pour escroquerie ou pour exercice illégal d’activités financières permet d’enclencher une enquête susceptible d’identifier les personnes physiques derrière l’opération, y compris lorsque le domaine a changé de titulaire.

Les personnes qui ont adressé des fonds à bowtrading.com se trouvent dans une situation comparable : une plateforme qui n’est plus servie, un nom repris par un tiers, et des virements qu’il reste possible de documenter. Un examen du dossier avec BrokerDefense, avant l’engagement de toute démarche, permet de trier ce qui subsiste et ce qui peut être produit devant une juridiction.

Bowtrading.com : trois questions, deux vies du nom

Le fait que bowtrading.com affiche désormais une page « Coming Soon » signifie-t-il que les poursuites sont impossibles ?

Non. La disparition de la vitrine de trading ne supprime pas les traces laissées par les virements bancaires effectués vers la plateforme. Les relevés d’opérations, les ordres de virement et les échanges écrits avec les opérateurs constituent des éléments de preuve qui subsistent indépendamment de l’état du site. Une plainte pénale peut être déposée même lorsque le domaine ne sert plus aucun contenu.

Le nouveau titulaire enregistré depuis décembre 2024 est-il responsable des agissements de 2023 ?

Rien ne permet de l’établir. Les deux cycles d’enregistrement de bowtrading.com correspondent à deux titulaires distincts, enregistrés auprès de deux bureaux d’enregistrement différents. Aucun élément technique ou administratif relevé dans nos vérifications ne rattache le titulaire actuel à l’exploitant de la plateforme de 2023. Cette distinction est importante pour orienter correctement toute démarche de recours.

L’absence de mention de bowtrading.com dans les listes de l’AMF signifie-t-elle que la plateforme était régulière ?

Non. L’absence d’inscription dans les listes noires et mises en garde publiées par l’AMF signifie seulement qu’aucune autorité n’a publié de mise en garde portant ce nom à ce jour. Elle ne constitue pas une attestation de régularité. La vitrine de 2023 ne mentionnait aucune société exploitante, aucun numéro d’immatriculation et aucune licence : ces absences sont en elles-mêmes des signaux d’alerte.

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Article réécrit le 13/09/2026

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