Le 5 janvier 2022, l’adresse e-mail [email protected] était inscrite sur la liste noire de l’AMF avec la qualification « Usurpation », et le nom de domaine qui l’animait a depuis été totalement effacé du registre des .fr. Ce double signal, d’abord réglementaire puis technique, résume à lui seul la trajectoire d’une fraude qui exploitait la notoriété d’une banque réelle pour soutirer des fonds à des épargnants. L’enquête originale de BrokerDefense, publiée le jour même de l’inscription, documentait un site présenté comme un service lié à ING, invitant les internautes à investir en ligne et promettant des gains d’argent selon un argumentaire commercial particulièrement appuyé.
Depuis cette date, le site a disparu sans laisser de trace exploitable : la Wayback Machine ne conserve aucune archive, et nos recherches indiquent que le nom de domaine lui-même a été supprimé du registre des .fr géré par l’AFNIC. Il ne s’agit pas d’un simple abandon de site, mais d’un effacement complet, ce qui est cohérent avec le comportement habituel des opérateurs de fraudes à l’investissement qui cherchent à brouiller les pistes après avoir collecté des fonds.
Cet article de mise à jour rassemble l’ensemble des vérifications effectuées au 30 août 2026 : état du domaine, situation dans les bases de données des régulateurs, mécanisme de l’arnaque et démarches recommandées aux personnes qui auraient été contactées ou qui auraient versé des fonds via ce canal.
Sommaire
[email protected] : l’adresse dénoncée par l’AMF
L’élément central de ce dossier est l’inscription, le 5 janvier 2022, de l’adresse e-mail [email protected] sur la liste noire publiée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et consultable via le portail ABE Infoservice, qui centralise les listes noires de l’AMF et de l’ACPR. La qualification retenue est sans ambiguïté : « Usurpation ». Ce terme désigne les entités qui se font passer pour un acteur financier légitime, en l’occurrence la banque ING, afin de tromper des épargnants sur la nature et la légitimité de l’offre qui leur est proposée.
Il est important de noter que c’est l’adresse e-mail elle-même qui figure sur cette liste noire, et non le nom de domaine en tant que tel. Cette précision technique a son importance : elle signifie que le régulateur a identifié ce point de contact comme le vecteur principal de la fraude, c’est-à-dire l’adresse utilisée pour correspondre avec les victimes potentielles, recueillir leurs coordonnées et les orienter vers la plateforme frauduleuse.
Au moment de l’enquête originale, le site ing-europe.fr se présentait comme un service lié à la banque ING, proposait aux épargnants d’effectuer des investissements en ligne et promettait des gains d’argent selon un argumentaire commercial appuyé. Aucune autorisation réglementaire ne venait légitimer cette activité, et aucun lien réel n’existait avec la banque ING. Depuis lors, le site a disparu et le nom de domaine a été totalement effacé du registre des .fr : le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine, et la base de l’AFNIC ne retourne aucune fiche d’enregistrement pour ing-europe.fr. Le résultat au registre est « NOT FOUND », ce qui confirme que le nom a été supprimé et non simplement laissé à l’abandon.
Pour vérifier si un acteur financier est autorisé à proposer des services d’investissement en France, les épargnants peuvent consulter l’espace épargnants de l’AMF, qui met à disposition les outils de vérification et les listes de mises en garde.
Dernière mise à jour : 30/08/2026
Le domaine ing-europe.fr effacé de la base AFNIC
Les vérifications techniques effectuées le 30 août 2026 confirment que le domaine ing-europe.fr n’a plus aucune existence dans les systèmes d’enregistrement. L’interrogation directe de la base du registre AFNIC, l’organisme qui gère les noms de domaine en .fr, renvoie le message suivant : « No domain corresponding to ing-europe.fr has been found ». Aucune fiche d’enregistrement n’est donc disponible, ce qui signifie que le nom a été supprimé du registre et non simplement expiré ou suspendu.
Cette situation est confirmée par plusieurs indicateurs convergents. D’une part, le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine, aussi bien pour le domaine nu (ing-europe.fr) que pour le sous-domaine www. D’autre part, nos outils techniques n’ont relevé aucun certificat SSL associé à ce domaine dans les journaux de transparence des certificats (la consultation de crt.sh ne retourne aucun résultat). Enfin, la Wayback Machine ne conserve aucune archive du site, ce qui prive les enquêteurs et les victimes de toute capture du contenu original accessible en ligne.
L’effacement complet d’un nom de domaine après une fraude à l’investissement est un comportement documenté : il permet aux opérateurs de couper les liens entre leur infrastructure technique et les traces laissées dans les bases de données publiques. Dans le cas d’ing-europe.fr, cet effacement est total et irréversible tant que le nom n’est pas réenregistré par un tiers.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
ING, une banque réelle utilisée comme appât
ING est une banque réelle, établie en France depuis de nombreuses années, qui propose légalement ses services à des millions de clients. C’est précisément cette notoriété, construite sur la durée et associée à une image de sérieux, que les opérateurs d’ing-europe.fr ont cherché à exploiter. En empruntant le nom, les codes visuels et la réputation d’un acteur financier connu, ils donnaient à leur fausse plateforme une apparence de légitimité que des épargnants peu familiers des mécanismes de vérification réglementaire pouvaient difficilement détecter à première vue.
Il n’existe aucun lien entre la banque ING et le site ing-europe.fr. ING n’a jamais exploité ce nom de domaine, n’a jamais proposé de service d’investissement via cette adresse et n’a aucune responsabilité dans les actes commis par les personnes qui se cachaient derrière cette plateforme. L’usurpation d’identité d’une institution financière réelle constitue l’une des techniques les plus répandues dans les fraudes à l’investissement, car elle permet de contourner la méfiance naturelle des épargnants en s’appuyant sur une confiance préexistante.
Ce mécanisme n’est pas isolé. Nos enquêtes ont mis en lumière des procédés similaires dans d’autres dossiers : Bmf-bank.com est un autre faux site bancaire que nous avons dénoncé la même semaine, en janvier 2022, et qui reposait sur la même logique d’usurpation d’une identité bancaire pour crédibiliser une offre frauduleuse. Plus récemment, notre analyse du cas ifiied.com a mis en évidence une fausse banque sans existence légale, opérant selon des ressorts comparables. Dans chacun de ces cas, l’emprunt d’une notoriété existante sert de levier principal pour convaincre les victimes de franchir le pas et de verser des fonds.
De faux collaborateurs d’ING au bout du clavier
Le mécanisme opérationnel d’ing-europe.fr reposait sur un démarchage actif par courriel. Des individus se présentaient comme des collaborateurs ou des conseillers de la banque ING, utilisant un registre professionnel et des formulations propres au secteur bancaire pour instaurer un climat de confiance. Ces faux conseillers invitaient leurs interlocuteurs à investir en ligne via la plateforme ing-europe.fr, en leur promettant des gains importants et en insistant sur le caractère sécurisé et rentable de l’opération.
L’argumentaire commercial décrit dans l’enquête originale du 5 janvier 2022 était particulièrement appuyé : le site présentait des offres d’investissement attractives, promettait des rendements irréalistes et s’appuyait sur l’image de la banque ING pour rassurer les épargnants hésitants. Aucune de ces promesses n’était fondée sur une autorisation réglementaire réelle, et aucun des interlocuteurs qui se réclamaient d’ING n’était effectivement employé par cette banque.
Ce type de démarchage par courriel, avec usurpation de l’identité d’un établissement bancaire connu, est particulièrement difficile à détecter pour les personnes qui ne connaissent pas les réflexes de vérification réglementaire. Les escrocs exploitent la familiarité du nom ING, la forme professionnelle des courriels et l’urgence artificielle créée par leurs relances pour pousser leurs cibles à agir rapidement, avant qu’elles n’aient le temps de vérifier la légitimité de l’offre.
Les démarches après un démarchage au nom d’ING
Si vous avez reçu des courriels de personnes se réclamant de la banque ING et vous invitant à investir via ing-europe.fr, ou si vous avez effectivement versé des fonds par virement bancaire à la suite de ce démarchage, plusieurs démarches sont à engager sans délai.
La première étape consiste à rassembler l’ensemble des preuves disponibles : les relevés de virement bancaire attestant des sommes envoyées, les échanges par courriel avec les faux collaborateurs d’ING (en conservant les en-têtes des messages, qui contiennent des informations techniques précieuses), ainsi que toutes les captures d’écran des messages reçus, des pages du site et des éventuelles conversations par messagerie. Ces éléments constituent le socle du dossier pénal et doivent être préservés dans leur format original.
La deuxième étape est le dépôt d’une plainte pénale. Une plainte pour escroquerie et usurpation d’identité peut être déposée auprès du commissariat de police ou de la brigade de gendarmerie de votre lieu de résidence, ou directement auprès du procureur de la République par courrier recommandé. Notre page Le pénal / Porter plainte détaille les étapes de cette procédure et les éléments à inclure dans votre dépôt de plainte.
La troisième étape est de contacter votre banque dans les meilleurs délais. Si les virements bancaires ont été effectués récemment, votre établissement peut tenter des procédures de rappel de fonds. Par ailleurs, votre banque doit être informée de la situation afin de surveiller votre compte et de prévenir d’éventuelles tentatives supplémentaires. Il est également utile de signaler les courriels frauduleux reçus à Signal-Spam (signal-spam.fr) et de déclarer les faits sur la plateforme Thésée (thesee.interieur.gouv.fr), dédiée aux escroqueries en ligne.
Enfin, se faire accompagner par un professionnel du droit spécialisé dans les fraudes financières peut s’avérer déterminant, notamment pour évaluer les voies de recours disponibles et les possibilités d’indemnisation, y compris auprès de la banque qui a reçu les virements.
Pour les victimes d’un site frauduleux qui a collecté des fonds par virements bancaires, la banque destinataire des sommes peut être tenue pour responsable : Me Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, revient dans la vidéo ci-dessous sur la condamnation de la banque des escrocs pour manquement à son devoir de vigilance et sur l’indemnisation obtenue par les victimes. Retrouvez le profil de Maître Anne Bernard-Dussaulx sur notre site.
FAQ : ce que sont devenus ing-europe.fr et son adresse
Non. Le nom de domaine ing-europe.fr a été totalement effacé du registre des .fr géré par l’AFNIC : le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine, la base de l’AFNIC ne retourne aucune fiche d’enregistrement et le résultat au registre est « NOT FOUND ». Aucun certificat SSL n’apparaît dans les journaux de transparence des certificats, et la Wayback Machine ne conserve aucune archive du site.
Non. ING est une banque réelle, établie légalement en France, qui n’a aucun lien avec le site ing-europe.fr. Les opérateurs de ce site ont usurpé l’identité de la banque ING pour crédibiliser une offre d’investissement frauduleuse. ING n’a jamais exploité ce nom de domaine et n’est en aucun cas responsable des actes commis par les personnes qui se cachaient derrière cette plateforme.
Rassemblez immédiatement toutes les preuves disponibles : relevés de virement bancaire, courriels reçus des faux collaborateurs d’ING et captures d’écran des échanges. Déposez une plainte pénale pour escroquerie et usurpation d’identité auprès des autorités compétentes. Prévenez votre banque afin qu’elle puisse tenter des procédures de rappel de fonds et surveiller votre compte. Faites-vous accompagner par un professionnel du droit spécialisé dans les fraudes financières pour évaluer vos voies de recours et les possibilités d’indemnisation.
Le dossier ing-europe.fr illustre avec une clarté particulière la mécanique des fraudes à l’investissement par usurpation d’identité bancaire. D’un côté, l’inscription de l’adresse [email protected] sur la liste noire de l’AMF, le 5 janvier 2022, avec la qualification « Usurpation », a constitué le premier signal public permettant d’alerter les épargnants. De l’autre, l’effacement total du nom de domaine du registre des .fr, constaté lors de nos vérifications du 30 août 2026, marque la disparition définitive de l’infrastructure technique utilisée par les escrocs. Pour les personnes qui ont versé des fonds par virement bancaire à la suite d’un démarchage par courriel de faux collaborateurs se réclamant d’ING, cette disparition ne clôt pas le dossier : les preuves conservées, les plaintes déposées et les recours engagés restent des leviers réels. Plus largement, ce cas rappelle qu’avant tout versement, vérifier l’autorisation réglementaire d’un acteur financier et s’assurer de son identité réelle auprès des sources officielles constitue la première ligne de défense contre ce type de fraude.
Article réécrit le 30/08/2026


