Le nom www.ogm-portail.com est encore porté, cinq ans après les faits, par la liste noire que tient l’Autorité des marchés financiers pour les sites non autorisés, sous la qualification « Usurpation », avec la date retenue du 9 septembre 2021, soit dix jours avant notre premier article sur ce dossier. La fiche nominative qui porte cette entrée répond encore, et la liste publiée le 28 septembre 2026 la reprend telle quelle, alors que le domaine, lui, a quitté le fichier du registre et ne résout plus. C’est ce décalage que nous documentons ici : la trace du régulateur survit à la plateforme qu’elle visait.
Sommaire
- La fiche de l’AMF qui vise ce nom depuis septembre 2021
- Un espace de connexion privée monté pour isoler les victimes
- Le nom sorti du fichier du registre et de la zone DNS
- Les certificats publics qui datent l’arrêt de l’exploitation
- D’autres noms retenus le même jour par le régulateur
- Les recours encore ouverts après un versement
- Les interrogations que ce dossier suscite
La fiche de l’AMF qui vise ce nom depuis septembre 2021
Notre article du 19 septembre 2021 indiquait que le nom figurait sur la liste noire du régulateur français et que l’inscription avait été rangée sous l’angle de l’usurpation d’identité. Ce que le suivi de ce dossier permet d’ajouter aujourd’hui, c’est la précision de l’entrée elle-même : la fiche nominative conservée par le régulateur porte, comme libellé, la forme précédée de « www », et, comme qualification, « Usurpation », pour une date retenue au 9 septembre 2021. Ce n’est donc pas le nom de domaine à nu qui a été visé, mais bien la forme publiée avec son préfixe : la nuance compte, parce que c’est cette adresse-là qui était présentée aux épargnants.
L’inscription n’a jamais été levée. La fiche publiée par le régulateur français continue de s’afficher, et le relevé daté du 28 septembre 2026 que nous avons consulté la reprend sans modification. Le texte attaché à cette fiche indique, en substance, qu’aucune habilitation n’a été accordée à un tel acteur pour s’adresser au public en matière de services ou de placements financiers en France. Autrement dit, cinq ans après les faits, l’autorité maintient sa position : ce nom n’a jamais été autorisé à proposer ce qu’il proposait.
Le rapprochement des deux dates mérite d’être posé sans ambiguïté. Notre publication est parue dix jours après l’inscription, et non l’inverse : la mise en garde du régulateur précédait notre enquête. Il n’y a là aucune causalité à chercher dans un sens ou dans l’autre : les vérifications d’une autorité et celles d’une rédaction suivent des calendriers qui leur sont propres.
Sur le plan de l’enregistrement, le nom a en revanche cessé d’exister. Les données d’enregistrement de cette adresse ne sont plus servies par le registre : une requête auprès du fichier des noms en « .com » ne renvoie plus aucune fiche, et le nom est réapparu comme disponible. Les données d’enregistrement de ce nom demeurent lisibles dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools, pour qui veut retracer l’historique de cette réservation.
Dernière mise à jour : 30/09/2026
Un espace de connexion privée monté pour isoler les victimes
La particularité de cette adresse, et la raison pour laquelle nous l’avions signalée à l’époque, tenait à sa forme même. Il ne s’agissait pas d’une vitrine de courtage ordinaire, mais d’un espace de connexion privée : les pages n’étaient accessibles qu’après la remise d’identifiants, ce qui rendait le dispositif invisible à quiconque n’avait pas été préalablement contacté. Un prospecteur qui n’avait pas été invité ne voyait rien, et un curieux qui tombait sur l’adresse ne pouvait rien documenter.
La mécanique observée alors est celle que nous retrouvons dans la plupart des dossiers de ce type. L’interlocuteur se présente comme un conseiller en gestion de patrimoine, installe la confiance par une série d’échanges, puis propose un placement en s’appuyant sur des rendements présentés comme élevés. L’accès se fait ensuite par cet espace réservé, où les relevés affichés confirment au client qu’il a bien gagné de l’argent, alors que ces chiffres ne correspondent à aucun actif réel. La dernière pièce du dispositif est la consigne de discrétion : le client est invité à ne parler de l’offre à personne, ce qui retarde d’autant la découverte de la supercherie et l’arrivée d’un signalement.
Cette combinaison explique la longévité de ce type de plateforme. Isolé dans un espace auquel lui seul a accès, convaincu par ses propres relevés et tenu au silence, le déposant n’a aucun point de comparaison extérieur. Le nom visé sous la qualification « Usurpation » par le régulateur français correspond exactement à ce schéma : une identité empruntée, présentée dans un cadre fermé, à des personnes démarchées individuellement.
Le nom sorti du fichier du registre et de la zone DNS
Deux plans distincts doivent être séparés ici. Le premier est celui du registre, c’est-à-dire du fichier qui recense les noms réservés : interrogé sur cette adresse, il ne rend plus aucune fiche, et le nom apparaît de nouveau comme libre de toute réservation. Le second est celui de la résolution, c’est-à-dire de la traduction d’un nom en adresse technique : la requête ne renvoie plus qu’un constat d’inexistence, et les serveurs faisant autorité pour la terminaison « .com » répondent qu’ils ne connaissent pas ce nom.
Ces deux constats se confirment mutuellement. Un nom qui ne figure plus au registre n’est plus délégué, et un nom qui n’est plus délégué ne peut évidemment plus répondre à la moindre requête. Il n’y a donc aucune nuance de rétention à chercher dans ce dossier : il ne s’agit pas d’une suspension temporaire, ni d’une période de garde pendant laquelle le titulaire aurait encore pu récupérer son bien. La réservation est arrivée à son terme sans être renouvelée, puis le nom a été rendu au stock commun des noms disponibles.
Ce détail éclaire la chronologie de l’ensemble du dossier. Le nom a été réservé peu avant novembre 2020, notre premier article a été publié en septembre 2021, et l’adresse a aujourd’hui disparu des deux côtés à la fois, du registre comme de la résolution. Le seul élément de ce dossier qui n’a pas bougé, c’est l’inscription du régulateur.
Les certificats publics qui datent l’arrêt de l’exploitation
Les journaux publics de certificats permettent de reconstituer la vie technique de cette adresse, et leur lecture est instructive. Le premier document de ce type a été émis le 4 novembre 2020 pour le seul nom de cette plateforme : cette date s’accorde avec la réservation que mentionnait notre premier article. Six émissions se succèdent ensuite à un rythme régulier, environ tous les deux mois, jusqu’au 2 septembre 2021. Autrement dit, l’exploitation menée sous cette identité propre s’achève à la fin de l’année 2021.
La seconde période raconte tout autre chose. À partir du 12 février 2022, le nom réapparaît dans ces journaux, mais uniquement comme entrée secondaire d’un document dont le nom principal appartient à un tout autre site. Les noms portés en tête par ces documents successifs sont successivement wowsudbury.com, une variante construite sur une faute de frappe du site de petites annonces eBay Kleinanzeigen, puis curtis.nl, bih.us et going.be. La dernière émission est datée du 7 février 2023, pour une validité s’achevant le 8 mai suivant. Après cette date, plus rien.
La lecture de ces relevés doit rester prudente. Le fait que plusieurs noms partagent un même document atteste un hébergement mutualisé, c’est-à-dire posé sur une même machine, et rien de plus : cela n’établit ni une exploitation commune, ni une filiation entre les projets. Ce que ce relevé établit réellement est autre chose, et c’est l’essentiel : la plateforme n’a plus eu d’identité technique propre à partir de 2022, et son nom n’a plus été couvert après mai 2023. Depuis, la trace technique s’arrête là où l’inscription du régulateur, elle, continue.
D’autres noms retenus le même jour par le régulateur
La date retenue pour cette entrée, le 9 septembre 2021, regroupe sept noms dans le relevé du régulateur. Six de ces sept entrées portent la même qualification, « Usurpation », et plusieurs d’entre elles sont des adresses de courriel bâties sur le nom de maisons d’épargne réellement établies en France : deux reproduisent le nom de Corum, une celui d’Ostrum AM, une celui d’Allianz. La septième porte une qualification différente et vise un nom lié aux actifs numériques.
Deux de ces noms ont leur propre dossier sur ce site, et c’est à ce titre que nous les citons. Btc-anonyme.com a fait l’objet de notre article du 11 septembre 2021 et figure, lui, sous la qualification relative aux actifs numériques. France-capitalbk.com, documenté le 29 août 2021, appartient à la même famille de noms : une marque de financement empruntée, une adresse de souscription détournée, une inscription du régulateur quelques jours avant notre publication.
Une précaution s’impose ici. Le fait que des noms soient retenus à la même date ne suffit pas à établir qu’ils appartiennent au même opérateur : ces relevés sont constitués par vagues de publication, et une date commune n’est pas une preuve de filiation. Ce que le rapprochement documente, c’est un contexte, celui d’une période où les usurpations de marques d’épargne se sont succédé à un rythme serré, visant des épargnants français par des canaux personnalisés.
Les recours encore ouverts après un versement
Pour une personne qui a alimenté cet espace de connexion par des virements, le fait que le nom ait disparu du registre ne referme rien. Les versements laissent une trace dans les relevés de compte, et cette trace est ce qui permet de travailler : la correspondance échangée avec le faux conseiller, les justificatifs des transferts successifs et la chronologie qui relie les deux constituent le socle d’un dossier. Le point d’appui le plus souvent décisif reste l’établissement qui a exécuté les ordres, dont le comportement peut être examiné au regard de son devoir de vigilance.
Me Michel Orsini, avocat au barreau de Paris, revient dans l’entretien ci-dessous sur les escroqueries financières et sur la manière dont une responsabilité se construit lorsque les flux sont passés par des comptes intermédiaires. Son analyse porte sur les éléments qui doivent être réunis pour que la réparation du préjudice soit demandée, et sur l’articulation entre la recherche des responsables et les actions proprement civiles. L’approche qu’il décrit s’applique aux dossiers de cette nature, où le montant versé et les échanges conservés déterminent ce qui peut être tenté. Sa présentation complète est disponible sur la page qui lui est consacrée.
Si les pièces rassemblées laissent apparaître la matérialité d’une infraction, une action devant le juge répressif reste envisageable ; son cadre est décrit sur ce que réclame une action devant le juge pénal.
Les interrogations que ce dossier suscite
Non, en tant que telle. L’absence de réponse signifie que la réservation de ce nom est arrivée à son terme et qu’il n’est plus délégué : aucun service n’est plus servi à cette adresse. Ce constat ne dit rien, en revanche, du sort des fonds qui y ont été adressés, ni des démarches qui restent possibles de ce côté.
Oui. Libéré de toute réservation, un nom retourne dans le stock des noms disponibles, et rien n’empêche une reprise ultérieure par un tiers. Une remise en service ne signifierait pas pour autant qu’il s’agit du même exploitant : dans ce dossier comme dans beaucoup d’autres, deux périodes d’activité séparées par une disparition ne se rattachent pas nécessairement au même opérateur.
Les listes de mise en garde publiées par l’AMF ne sont pas retirées du seul fait de la disparition d’un site. Une entrée reste portée tant qu’elle n’est pas réexaminée, et celle-ci continue d’apparaître au relevé du 28 septembre 2026, sous la même qualification qu’au jour de son inscription. C’est précisément ce maintien qui garde trace d’une activité devenue techniquement invisible.
Ogm-portail.com illustre donc un cas devenu fréquent : une plateforme accessible uniquement sur identifiants, ouverte à des personnes démarchées une à une, inscrite par le régulateur sur la liste des usurpations, puis sortie du registre et de la résolution sans qu’aucune mise en cause n’ait jamais été rendue publique. Les victimes de ce type d’espace ne disposent pas d’un site à consulter pour se reconnaître : elles disposent d’échanges conservés, de relevés bancaires et d’un nom que l’autorité a fiché. Autant d’éléments qui ont une valeur, mais qui ne s’exploitent pas de façon isolée. BrokerDefense procède à une évaluation préalable de chaque situation avant d’indiquer ce qui peut être tenté, en distinguant ce qui relève d’une démarche auprès de la banque, d’un signalement au régulateur ou d’une procédure en justice.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 30/09/2026


