Sommaire
- Le fichier du .fr ne restitue plus rien au nom du domaine
- Copie unique d’une page de garde, prise le 6 juillet 2021
- Rien qu’une boîte de courriel au nom du domaine
- L’enseigne recopiée appartient à une société immatriculée depuis 1989
- Un procédé qui se passait de toute vitrine
- Les pièces à réunir quand des fonds ont été versés en 2021
- Financieredesjacobins.fr : les questions qui reviennent
Le fichier du .fr ne restitue plus rien au nom du domaine
Deux interrogations conduites séparément le 1er octobre 2026 rendent la même réponse : aucune inscription ne figure au nom de financieredesjacobins.fr dans le fichier du registre du .fr. Le nom n’a plus de titulaire. La forme précédée du préfixe habituel des adresses de sites est traitée de la même façon, sans qu’aucune donnée d’enregistrement ne s’attache ni à l’une ni à l’autre.
Sur le plan de la résolution, aucune infrastructure ne subsiste. Nos relevés ne trouvent ni adresse de machine, ni étiquette de messagerie, ni serveur de noms déclaré. L’absence d’étiquette de messagerie a une conséquence directe et concrète : aucune réception de courriel n’est plus possible sur ce nom. La boîte [email protected], construite sur ce nom et seul support réel de tout le dispositif de démarchage de 2021, ne peut donc plus exister. Le canal par lequel des particuliers avaient été approchés est fermé, sans qu’il ait été nécessaire de le fermer délibérément : il s’est éteint avec l’inscription elle-même.
Les repères de temps permettent de délimiter la période concernée. Le nom avait été déposé le 25 juin 2021, cinq semaines avant notre premier article, publié le 1er août 2021. Nos relevés montrent qu’il était encore présent au registre au printemps 2022. Entre ce printemps-là et l’automne 2026, l’inscription a cessé, sans qu’il soit possible de dire à quel moment exact. La place est désormais vacante, et rien n’empêche un tiers de déposer ce nom à son tour. Les personnes qui avaient reçu des messages signés de cette adresse en 2021 ont donc intérêt à rester attentives : si un message leur parvenait encore aujourd’hui signé de ce nom ou d’une adresse construite sur lui, il ne pourrait pas provenir du même dispositif, mais pourrait procéder d’un nouveau dépôt exploitant la même enseigne.
Dernière mise à jour : 01/10/2026
Copie unique d’une page de garde, prise le 6 juillet 2021
Nos clichés conservés couvrent trois dates : le 6 juillet 2021, le 2 décembre 2021 et le 9 mars 2022. À ces relevés s’ajoutent un fichier de directives destiné aux moteurs de recherche et un carré d’icône. Le premier cliché, celui du 6 juillet 2021, suffit à décrire ce que le nom servait réellement à cette période.
Ce que nos recherches ont capturé ce jour-là n’a rien d’une vitrine de gestion de patrimoine. Aucune présentation de produits, aucun formulaire de contact, aucune condition générale accessible, aucun nom de responsable affiché. À l’écran s’affichait un gabarit rédigé en anglais, réclamant l’activation de JavaScript et chargeant un script publicitaire d’une régie de monétisation. C’est la page de garde qu’un prestataire sert par défaut sur un espace non utilisé, celle que l’on voit quand un nom a été déposé mais qu’aucun contenu n’y a été installé. Aucun texte à caractère financier, aucune promesse de rendement, aucun espace client : financieredesjacobins.fr n’a jamais été mis en service comme site. Notre article de 2021 signalait déjà que le site ne fonctionnait pas. La copie conservée explique pourquoi, et de manière définitive : rien n’a jamais été publié sous ce nom. Sa seule fonction utile, pour celui qui l’avait déposé, était de porter une adresse de courriel dont le format semblait professionnel.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Rien qu’une boîte de courriel au nom du domaine
Les personnes ciblées en 2021 avaient affaire à un interlocuteur se présentant sous le nom de Gilles Guérin, dont les messages étaient signés de l’adresse [email protected]. Notre article de 2021 retenait l’hypothèse d’un nom d’emprunt, et nos recherches n’ont jamais permis de rattacher ce nom à un professionnel répertorié ni à un établissement identifiable. On ne va pas au-delà de ce que cet article publiait déjà sur cette personne.
L’argument commercial servi à ces personnes portait sur deux types de placements présentés comme durables et rentables : des maisons de retraite médicalisées et des parkings. Le document transmis par l’interlocuteur développait cette présentation, sans faire apparaître ni agrément, ni siège social vérifiable, ni numéro d’immatriculation, ni adresse physique. C’est ce document que l’image ci-dessous reproduit.

Ce document était le seul support tangible du démarchage. Il n’était accompagné d’aucune plaquette institutionnelle, d’aucune notice d’information réglementaire, d’aucune mention d’un conseiller inscrit auprès d’un registre professionnel. L’échange se tenait entre cette adresse de courriel et les particuliers approchés, parfois prolongé par des appels téléphoniques. Il n’y avait aucune plateforme à visiter, aucun espace sécurisé à activer, aucun contrat dématérialisé à consulter.
L’enseigne recopiée appartient à une société immatriculée depuis 1989
Le nom financieredesjacobins.fr reproduit celui d’une société civile française dont l’immatriculation remonte à 1989, le numéro 353 274 533, et qui portait alors la dénomination Financière des Jacobins. Cette société, qui exerce depuis sous une autre dénomination, est étrangère aux faits décrits dans ce dossier : elle n’a aucun lien avec le démarchage de 2021, avec l’adresse [email protected], ni avec les placements qui y étaient proposés. Elle est une victime du procédé, comme les personnes qui ont été approchées : c’est son enseigne ancienne et identifiable qui donnait une apparence de légitimité à une adresse de courriel construite sur un nom déposé cinq semaines avant le premier signalement.
Ce mécanisme, qui consiste à greffer une identité numérique fabriquée sur la réputation d’une structure réelle, n’était pas isolé à l’été 2021. On en retrouve la même logique dans notre enquête de juillet 2021 consacrée à une société immobilière doublée par une fausse vitrine, qui vendait à son tour de faux placements en maisons de retraite médicalisées sous l’enseigne d’une structure centenaire. Quelques mois plus tard, on retrouvait le même schéma appliqué au secteur des places de parking, comme le documente notre enquête d’octobre 2021 sur deux enseignes de placement en parkings dont les noms ont été retirés du registre des .com. Le choix de maisons de retraite médicalisées et de parkings comme arguments n’est donc pas anodin : ces deux familles de placements immobiliers dits alternatifs étaient précisément mobilisées par plusieurs dispositifs concurrents au cours de la même période.
Consultées le 1er octobre 2026, les listes publiques de l’Autorité des marchés financiers ne portent pas le nom financieredesjacobins.fr. Aucun document officiel publié par cette autorité ne permettait donc, ni en 2021 ni aujourd’hui, de confronter ce que proposait l’interlocuteur à une qualification réglementaire. C’est précisément ce que le procédé exploitait : une enseigne ancienne et connue, une adresse de courriel au format crédible, et rien à consulter nulle part pour vérifier.
Un procédé qui se passait de toute vitrine
La mécanique mise en place autour de financieredesjacobins.fr repose sur trois gestes seulement. Déposer un nom construit sur une enseigne ancienne et identifiable. Ouvrir sur ce nom une boîte de courriel au format prénom.nom. Contacter des particuliers en se présentant comme un service de cette enseigne. Rien de plus n’était nécessaire.
La difficulté pour les personnes approchées tient précisément à cette économie de moyens. Il n’y avait aucune vitrine à visiter, aucune plateforme à confronter à un registre, aucune page de connexion susceptible de déclencher la méfiance. Les échanges se tenaient dans une messagerie et, selon les signalements, au téléphone. Le document transmis sur les maisons de retraite médicalisées et les parkings semblait suffisamment documenté pour emporter la conviction, et le nom de domaine apportait la caution d’une adresse professionnelle. C’est tout ce dont le dispositif avait besoin pour fonctionner.
Ce type de construction est d’autant plus difficile à détecter avant qu’il ne soit trop tard que les vérifications instinctives d’un destinataire prudent portent sur la forme de l’adresse, c’est-à-dire sur le nom de domaine, et non sur ce que ce nom recouvre réellement. Un nom déposé cinq semaines avant le premier signalement, construit sur une enseigne de 1989, avec une boîte au format g.guerin : aucun de ces éléments n’alerte spontanément. Ce n’est qu’en confrontant le nom au registre de l’Autorité des marchés financiers, ou en cherchant à joindre la société dont l’enseigne était recopiée, qu’on pouvait déceler l’écart.
La disparition de l’inscription au registre du .fr retire aujourd’hui aux personnes démarchées la dernière pièce sur laquelle elles pouvaient s’appuyer pour documenter leur dossier. L’adresse [email protected] ne peut plus recevoir ni émettre de messages. Les en-têtes des courriels reçus en 2021 constituent donc des pièces irremplaçables, et leur conservation est une priorité pour quiconque envisage encore de faire valoir ses droits.
Les pièces à réunir quand des fonds ont été versés en 2021
Si des virements ont été effectués en 2021 à la suite d’échanges avec [email protected], la première priorité est de rassembler les pièces avant que leur valeur probante ne se réduise davantage. Les courriels reçus de cette adresse doivent être conservés avec leur en-tête d’expédition complet, c’est-à-dire les métadonnées techniques que les logiciels de messagerie affichent quand on demande la version brute d’un message : ces données permettent de tracer le chemin réel du courriel, indépendamment de l’adresse affichée. Les relevés bancaires faisant apparaître les virements effectués, les avis de virement, ainsi que le document commercial présentant les placements en maisons de retraite médicalisées et en parkings doivent également être mis à part. Il est également utile d’interroger l’établissement qui a exécuté ces règlements, pour comprendre comment les opérations ont été passées. Les faits peuvent être signalés au régulateur français des marchés. Pour le dépôt de plainte, notre guide du dépôt de plainte expose la marche à suivre, étape par étape, en tenant compte des particularités des dossiers de démarchage financier par courriel.
Une mise en garde s’impose sur un risque propre à ce type de dossier : les personnes démarchées qui ont effectué des virements sont susceptibles d’être recontactées par d’autres intervenants qui se présentent comme des spécialistes du recouvrement ou de la récupération de fonds, et qui conditionnent leur intervention à un paiement préalable. Ce procédé cible précisément des personnes déjà identifiées comme victimes, et constitue une arnaque secondaire distincte. Toute proposition de ce type, qu’elle arrive par courriel, par téléphone ou via un formulaire, doit être traitée avec la même vigilance que le démarchage initial lié à financieredesjacobins.fr.
Maître Denitza Gueorguieva, avocate exerçant sous le barreau de Lyon, revient dans l’entretien ci-dessous sur une affaire d’arnaque à l’or portée devant le tribunal de Perpignan : la procédure civile engagée, la victoire judiciaire obtenue, le montant des dommages-intérêts accordés et les conditions dans lesquelles l’indemnisation des victimes a pu être mise en œuvre. La mécanique de contentieux décrite est voisine de celle que peuvent envisager les personnes qui ont réglé des virements après le démarchage de 2021.
Financieredesjacobins.fr : les questions qui reviennent
Non. Le relevé du 1er octobre 2026 est sans ambiguïté : aucune inscription ne figure au nom de financieredesjacobins.fr dans le fichier du registre du .fr, et qu’aucune étiquette de messagerie n’est déclarée sur ce nom. La boîte [email protected] ne peut donc plus recevoir ni émettre de courriels. Si un message portant cette adresse vous parvenait aujourd’hui, il ne pourrait pas provenir du dispositif original de 2021 : il s’agirait soit d’une adresse falsifiée, soit d’un nouveau dépôt du nom par un tiers, ce que le registre n’interdit pas puisque la place est désormais vacante.
Non. La société immatriculée depuis 1989 sous le numéro 353 274 533, qui portait alors la dénomination Financière des Jacobins et exerce depuis sous une autre dénomination, n’a aucun lien avec le démarchage de 2021, avec l’adresse [email protected] ni avec les placements en maisons de retraite médicalisées et en parkings qui y étaient proposés. C’est précisément parce que son enseigne est ancienne et identifiable qu’elle a été choisie : la confusion entre sa réputation réelle et le nom fabriqué était le ressort central du procédé. Cette société est la première victime du mécanisme.
Les courriels reçus de [email protected] avec leur en-tête d’expédition complet, les relevés bancaires faisant apparaître les virements de 2021, les avis de virement et le document commercial présentant les placements en maisons de retraite médicalisées et en parkings constituent le socle du dossier. La disparition de l’inscription au registre du .fr retire aux personnes démarchées la dernière pièce sur laquelle elles pouvaient s’appuyer pour établir l’existence du nom : les documents conservés en 2021 n’ont donc pas d’équivalent. Le dossier peut être soumis à BrokerDefense pour un examen préalable, qui dira ce qui peut encore être engagé.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 01/10/2026


