Sommaire
- Une enseigne de financement de traders que nul registre ne reprend
- Comptes confiés à des gestionnaires partenaires, jamais identifiables
- Documents contractuels en anglais, risque du trading jamais expliqué
- Les dernières émissions relevées couvrent l’accueil et la démonstration
- Faire valoir les sommes confiées à une structure inexistante
- Rodrigmarkets.com en trois points de contrôle
Une enseigne de financement de traders que nul registre ne reprend
Notre relevé du 1er octobre 2026 auprès du registre des sociétés britanniques ne restitue aucune société liée à ce nom : la raison sociale « Rodrig Markets », que la vitrine mettait en avant pour asseoir sa crédibilité, n’y correspond à rien de tangible. Cette absence ne constitue pas une surprise isolée ; elle s’inscrit dans un faisceau de constats qui se renforcent mutuellement depuis 2021.
Dès notre enquête d’origine, nous avions établi que la vitrine soutenait que son fournisseur de liquidité et sa banque de dépôt étaient tous deux encadrés par la Financial Conduct Authority britannique. L’autorité invoquée ne reconnaissait pas cette société. Cinq ans après, le registre des sociétés du même pays ne restitue toujours rien pour ce nom, ce qui confirme que la référence à une régulation britannique n’avait aucun fondement documentable.
L’AMF avait pour sa part inscrit www.rodrigmarkets.com sur son fichier des sites non autorisés sous la qualification « Forex », avec la date retenue par le régulateur, le 27 juillet 2021. Cette inscription précède de deux jours la parution de notre premier article, daté du 29 juillet 2021. Au 1er octobre 2026, la fiche retenue pour ce nom répondait encore, témoignant d’une vigilance maintenue par le régulateur français bien après la disparition apparente de la vitrine.
Un second dossier consacré à ce même nom a été publié sur notre site en mars 2022 : il prolonge les vérifications que nous avions engagées l’année précédente, sans que les conclusions aient évolué en faveur de la structure.
Ce que ce tableau révèle, c’est une disproportion saisissante : d’un côté, une inscription de régulateur qui demeure visible et consultable des années après les faits ; de l’autre, l’absence de toute société identifiable à laquelle rattacher la responsabilité de ce dispositif.
Dernière mise à jour : 01/10/2026
Comptes confiés à des gestionnaires partenaires, jamais identifiables
La vitrine s’affichait comme la première structure au monde à financer les traders, une formulation destinée à susciter un sentiment d’exclusivité et de nouveauté. Derrière cette promesse, le mécanisme proposé consistait à placer l’argent des déposants dans des comptes PAMM administrés par des « gestionnaires de fonds partenaires », avec la perspective de gains comparables à ceux des meilleurs opérateurs.
Les produits affichés couvraient un large spectre : cryptomonnaies, actions, forex, matières premières et indices boursiers. Cette diversité donnait à la vitrine une apparence de professionnalisme et laissait entendre que des infrastructures techniques sophistiquées étaient mobilisées pour le compte de l’épargnant.
Ce que ce montage laissait hors de portée du lecteur était pourtant fondamental. Ni l’identité des gestionnaires, ni la localisation effective des fonds, ni la personne juridiquement responsable de la structure n’étaient communicables. L’épargnant était invité à confier des sommes à des « partenaires » dont aucun nom, aucun agrément et aucune adresse vérifiable n’étaient fournis.
Aucune autorité de supervision ne reconnaissait cette enseigne. La promesse de résultats alignés sur ceux des meilleurs traders constituait, dans ce contexte, une affirmation invérifiable, portée par une entité dont l’existence légale demeure introuvable à ce jour.
Documents contractuels en anglais, risque du trading jamais expliqué
Notre article d’origine relevait une incohérence qui, à elle seule, aurait dû alerter le visiteur : le site était rédigé en français, langue dans laquelle il s’adressait manifestement à un public francophone, mais les pages qui détaillaient les conditions de négociation et les mentions légales étaient, elles, rédigées en anglais.
Cette dissociation n’est pas anodine. Pour un épargnant souhaitant comprendre ce à quoi il s’engageait, les documents contractuels les plus importants étaient précisément ceux qu’il lui était le plus difficile d’appréhender dans leur intégralité. L’assemblage privait le lecteur de tout repère vérifiable sur ses droits, ses obligations et les conditions dans lesquelles ses fonds auraient pu lui être restitués.
À cela s’ajoutait l’absence totale d’avertissement sur les risques du trading. Or, les prestataires qui proposent ce type d’activité ont l’obligation d’afficher une telle mention. Son omission ne relève pas d’un oubli formel : elle supprime l’un des seuls signaux que la réglementation impose précisément pour permettre à l’épargnant de mesurer ce qu’il engage.
Réunis, ces deux manquements, documents contractuels inaccessibles à la langue du public visé et silence total sur les risques, dessinent un environnement dans lequel l’épargnant ne disposait d’aucun des éléments minimaux que la loi exige de tout acteur régulier opérant dans ce secteur.
Les dernières émissions relevées couvrent l’accueil et la démonstration
Nos relevés d’émission de certificats portent sur plusieurs configurations du nom : le nom lui-même, sa forme accompagnée de www, un sous-ensemble consacré à un espace de démonstration et un autre consacré à un espace de marché en direct. Ces quatre configurations témoignent d’une infrastructure qui, à un moment donné, était suffisamment développée pour distinguer un environnement de test d’un environnement opérationnel.
L’émission la plus tardive que nos relevés ont identifiée commence le 19 juin 2023 et court jusqu’au 17 septembre 2023. Les passages conservés portant sur la page d’accueil de ce nom couvrent quant à eux la période d’octobre 2021 à mai 2023, ce qui correspond approximativement à la phase durant laquelle des certificats étaient encore actifs.
Au 1er octobre 2026, la situation du nom présente deux constats distincts qu’il convient de ne pas confondre. La distinction entre ces deux plans doit être maintenue. Côté registre, l’annuaire du .com n’oppose plus aucune fiche à ce nom : le serveur d’interrogation répond « No match for RODRIGMARKETS.COM », la correspondance ayant cessé. Côté résolution, le constat est tout aussi négatif, car rien ne répond désormais à l’adressage, à la délégation de domaine ou au courrier électronique. Le nom ne porte donc plus rien, ni page ni boîte aux lettres.
Ce type de montage, dans lequel une infrastructure technique soigneusement construite disparaît sans laisser de trace administrative, rejoint ce que nous avons documenté dans d’autres dossiers de la même période, comme celui consacré à global-markets-exchange.com, établi la même année.
Le relevé conservé pour ce nom se lit sur la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Faire valoir les sommes confiées à une structure inexistante
Les personnes qui ont effectué des virements ou des paiements par carte en 2021 pour alimenter un compte présenté comme géré par un gestionnaire partenaire se trouvent dans une situation qui exige une organisation rigoureuse des pièces disponibles. Les relevés de compte retraçant les mouvements vers ce nom, les avis d’opération reçus après chaque virement, les échanges écrits avec le prétendu service client et les copies des pages consultées à l’époque forment le socle documentaire à réunir en priorité.
La cohérence chronologique de ces pièces est déterminante : il s’agit de montrer que les sommes ont été versées en réponse à des sollicitations précises, sur la base d’informations que la vitrine présentait comme exactes et que les autorités ont ensuite contredites. Chaque échange écrit avec le prétendu service client, chaque confirmation reçue après un virement, mérite d’être conservé dans son format d’origine.
L’établissement qui a exécuté ces paiements peut, selon les circonstances, être conduit à examiner dans quelle mesure les opérations réalisées correspondaient à des transferts vers une entité signalée. Sans préjuger d’une quelconque faute établie de sa part, il peut être utile de lui adresser un exposé factuel accompagné des pièces disponibles, afin qu’elle puisse se prononcer sur les suites qu’elle est en mesure d’y réserver.
Sur le plan pénal, les étapes d’un dépôt de plainte sont détaillées sur notre site, depuis la rédaction du récit des faits jusqu’à la transmission aux autorités compétentes. Engager cette démarche permet d’inscrire le dossier dans un cadre judiciaire susceptible de déboucher sur une instruction et, le cas échéant, sur une indemnisation.
Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate dont la circonscription de barreau est parisienne, a accordé un entretien dans lequel elle expose la façon dont les auteurs d’une escroquerie financière répondent devant la justice, depuis le dépôt de plainte jusqu’à l’instruction pénale et l’indemnisation des victimes. Comprendre cette séquence aide à situer chaque démarche dans le bon ordre et à ne pas en négliger une étape décisive.
Rodrigmarkets.com en trois points de contrôle
Non. Au 1er octobre 2026, l’annuaire du .com n’oppose plus aucune fiche à ce nom et le serveur d’interrogation répond « No match for RODRIGMARKETS.COM ». Rien ne répond non plus à l’adressage, à la délégation de domaine ou au courrier électronique : le nom ne porte plus rien, ni page ni boîte aux lettres.
Oui. L’AMF a inscrit www.rodrigmarkets.com sur son fichier des sites non autorisés sous la qualification « Forex », avec la date retenue par le régulateur, le 27 juillet 2021. Notre premier article est paru deux jours plus tard. Cette fiche était encore accessible au 1er octobre 2026.
Non. Notre relevé du 1er octobre 2026 auprès du registre des sociétés britanniques ne restitue aucune société liée à ce nom, alors que la vitrine affirmait que son fournisseur de liquidité et sa banque de dépôt étaient tous deux encadrés par l’autorité britannique de régulation financière. Cette autorité ne reconnaissait pas la société, comme notre enquête de 2021 l’avait établi.
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Article réécrit le 01/10/2026


