Sommaire
- Investir-en-ehpad.com et Capital-placements.com, deux vitrines liées par une même enquête
- Quatre informations réclamées avant qu’un rendement soit annoncé
- Sans vitrine depuis 2023, le nom n’est plus enregistré
- Chacune des trois inscriptions du régulateur concerne le créneau EHPAD
- Une victoire judiciaire obtenue devant le tribunal de Troyes
- Faire établir le parcours des fonds après un virement sans contrat
- Les questions qui nous sont posées sur ce dossier
Investir-en-ehpad.com et Capital-placements.com, deux vitrines liées par une même enquête
En décembre 2020, nos deux articles documentaient côte à côte deux pages dont la parenté sautait aux yeux. Celui consacré à investir-en-ehpad.com, publié le 15 décembre 2020, décrivait une vitrine sans exploitant nommé, sans information légale, réduite à une promesse de rendement et à un formulaire de rappel. Le lendemain, notre dossier Capital-placements.com, consacré à une page au même profil, aboutissait au même constat : deux interfaces construites sur le même moule, proposant toutes deux de collecter des informations personnelles avant de promettre un gain.
La ressemblance relevée alors ne tenait pas au hasard. La mise en page, l’absence de toute mention d’une société responsable, le recours exclusif à un formulaire pour engager le visiteur : autant d’éléments qui nous conduisaient à considérer les deux pages comme pilotées par les mêmes personnes. Aucune des deux ne produisait un contrat, aucune ne nommait un interlocuteur, aucune ne donnait la moindre information permettant de vérifier qui se trouvait derrière l’offre.
Contrôlés le 22 septembre 2026, les deux noms ne servent plus aucune offre d’investissement. Pour investir-en-ehpad.com, le fichier des .com ne rend plus aucun dossier : plus de bureau d’enregistrement, plus de serveur de noms, plus de période de validité. Capital-placements.com, lui, demeure enregistré mais ne répond plus vers l’offre de 2020 : la page servie n’est qu’un renvoi vers une autre adresse du même domaine, sans le moindre contenu lié à un placement.
Ce que ni l’un ni l’autre ne permet plus de retrouver, c’est l’identité de ceux qui ont conçu ces pages, le nom de la société qui aurait dû détenir une autorisation, et le contrat qui n’a jamais été produit.
Dernière mise à jour : 22/09/2026
Quatre informations réclamées avant qu’un rendement soit annoncé
La page qu’investir-en-ehpad.com servait en 2020 tenait en un seul écran. Elle annonçait un placement minimum de 20 000 euros, un rendement allant jusqu’à 4,2 % par an, et une durée présentée comme comprise entre un et dix ans. Ces chiffres constituaient l’intégralité de ce que le visiteur recevait en échange de sa visite.
En contrepartie, la page réclamait quatre informations personnelles : un nom, un prénom, une adresse de courriel et un numéro de téléphone. Le formulaire était la seule action proposée. Aucune brochure, aucun document contractuel, aucun numéro d’immatriculation n’accompagnaient la promesse de rendement. Le déséquilibre était total : le visiteur donnait des données identifiantes, et ne recevait en retour aucune information vérifiable sur l’entité qui l’interpellait.
Notre article de décembre 2020 relevait déjà ce déséquilibre : une page qui réclame des coordonnées personnelles sans nommer son exploitant ne donne aucun moyen de vérifier à qui l’on a affaire. Ce constat valait en 2020 et il n’a pas changé depuis.
Sans vitrine depuis 2023, le nom n’est plus enregistré
Nos vérifications du 22 septembre 2026 établissent qu’investir-en-ehpad.com ne répond plus à aucune requête, que le nom soit saisi seul ou précédé de « www ». Interrogé le même jour, le fichier des .com ne restitue rien au nom investir-en-ehpad.com : aucun titulaire, aucun serveur de noms, aucune coordonnée de contact, aucune période de validité. Pour s’assurer que le fichier lui-même fonctionnait correctement, nous avons interrogé un autre nom de la même extension ce même jour : la fiche correspondante a bien été restituée dans son intégralité. La défaillance concerne donc investir-en-ehpad.com seul.
Les copies conservées du nom permettent de reconstituer une chronologie. En février 2013, le nom portait une page d’accueil et une page de contact. En 2019, il ne servait plus qu’un renvoi publicitaire. En décembre 2021, le serveur refusait toute requête. En juillet 2023, puis en juin 2024, la page n’existait tout simplement plus. Le nom avait donc cessé de présenter une offre bien avant d’être retiré du registre.
Consultées le 22 septembre 2026, les listes tenues par l’AMF ne portent pas le nom investir-en-ehpad.com. Rien, dans ce silence, ne vaut preuve de régularité : il indique seulement qu’aucune autorité n’a reconnu cette entité comme un intermédiaire autorisé, et que le régulateur ne l’a pas inscrit nommément à ses listes d’alerte.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Chacune des trois inscriptions du régulateur concerne le créneau EHPAD
Sans porter le nom d’investir-en-ehpad.com, les listes de l’Autorité des marchés financiers renseignent sur le créneau dans lequel cette page s’inscrivait. Trois libellés distincts y figurent, tous rattachés au secteur des établissements pour personnes âgées dépendantes. Le nom itmehpad.com y a été inscrit le 18 janvier 2021 sous la qualification « Champagne » dans la liste des offres portant sur des biens divers. Une adresse de courriel construite sur le modèle pré[email protected] a été retenue le 21 avril 2021 sous la qualification « Usurpation ». Une adresse du même modèle, portée cette fois par orpavimob-ehpad.com, l’a rejointe le 15 juin 2021 sous cette même qualification.
Notre dossier Itmehpad.com, publié le 11 février 2021, documentait ce premier nom en détail, et sa mise en garde demeure au relevé consacré aux biens divers, dans sa version arrêtée au 12 juin 2026. Quant à orpavimob-ehpad.com, que nous avons consacré dans notre dossier du 4 mai 2021, il appartenait à une série de faux sites dédiés aux EHPAD qui exploitaient l’identité du groupe ORPEA sans son accord.
Ces trois inscriptions établissent que le créneau des placements en EHPAD a été activement utilisé par des opérateurs non autorisés. Elles n’établissent pas pour autant qu’investir-en-ehpad.com partageait les mêmes auteurs que ces noms inscrits : elles dessinent un environnement, pas une identité commune prouvée.
Le répertoire de ces avertissements demeure consultable sur la page des listes noires et des mises en garde de l’AMF.
Une victoire judiciaire obtenue devant le tribunal de Troyes
Obtenir un jugement d’escroquerie dans un dossier d’investissements est une issue que peu de victimes atteignent, et pourtant elle change concrètement leur situation : une condamnation pénale ouvre des voies d’exécution, renforce les demandes de réparation civile et peut contraindre des tiers à s’expliquer sur leur rôle. Maître Goce Novakov, avocat dont le tableau d’inscription est celui de Paris, revient dans cet entretien sur le jugement d’escroquerie qu’il a obtenu dans un dossier d’investissements dénoué devant le tribunal de Troyes, et sur ce qu’une telle décision représente pour les personnes lésées.
Faire établir le parcours des fonds après un virement sans contrat
Les personnes qui ont répondu à la page d’investir-en-ehpad.com ont agi sur la promesse d’un rendement locatif en établissement pour personnes âgées. Le canal utilisé était minimal : une page unique, un formulaire réclamant quatre informations, puis un démarchage téléphonique invitant à envoyer des fonds par virement. Aucun contrat n’a été remis, aucune société n’a été nommée.
Dans ce type de dossier, les pièces les plus utiles sont celles que la personne concernée a conservées sans nécessairement y avoir pensé : le relevé de compte mentionnant l’ordre de virement, la confirmation émise par la banque à la date du transfert, les échanges téléphoniques retranscrits ou les messages écrits conservés avec le démarcheur, et toute copie de la page telle qu’elle se présentait au moment de la prise de contact. Ces éléments constituent le socle d’un dossier, même plusieurs années après les faits.
Les voies encore ouvertes concernent plusieurs acteurs. L’établissement bancaire qui détenait le compte destinataire des virements peut voir sa responsabilité recherchée si des signaux d’alerte auraient dû l’amener à bloquer les opérations. La banque du payeur, de son côté, est tenue à un devoir de vigilance dont le respect peut être examiné. Déposer plainte reste par ailleurs une démarche à engager, même tardivement, pour ancrer les faits dans une procédure officielle.
Notre page consacrée aux étapes pénales et au dépôt de plainte détaille les actes à accomplir dans ce type de situation.
Les questions qui nous sont posées sur ce dossier
Relevé du 22 septembre 2026 : le nom investir-en-ehpad.com n’est rattaché à aucune fiche, sans titulaire, sans serveur de noms et sans période de validité. Le nom avait cessé de présenter une offre dès 2023, et il a depuis disparu du registre sans qu’aucun successeur ne soit identifiable.
La page ne produisait aucun contrat, aucune notice d’information, aucune mention d’un exploitant d’établissement pour personnes âgées. Le chiffre de 4,2 % était avancé sans aucun document permettant d’en vérifier le fondement. Aucune autorité n’a reconnu cette entité comme un intermédiaire autorisé à proposer ce type de placement.
Réunir tous les justificatifs disponibles reste la première étape : relevés de compte, confirmation du virement, messages conservés avec le démarcheur, copie de la page. Il est ensuite possible de rechercher la responsabilité de la banque sur le compte de laquelle les virements ont été reçus, d’interroger le devoir de vigilance de sa propre banque, et de déposer plainte pour ancrer les faits dans une procédure pénale.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 22/09/2026


