Sommaire
- Une mise en garde de l’AMF restée en place depuis janvier 2021
- Chacun des placements proposés relève des biens divers
- Aucune ligne ne subsiste au registre des .com
- Devant le registre des intermédiaires, un numéro jamais reconnu
- Ce qui demeure ouvert aux épargnants trompés en 2021
- Constituer le dossier des virements avant toute action
- Les interrogations qui subsistent après ce contrôle
Une mise en garde de l’AMF restée en place depuis janvier 2021
Le 18 janvier 2021, soit trois semaines avant la publication de notre premier article le 11 février 2021, l’Autorité des marchés financiers a porté le nom itmehpad.com sur sa liste des sites non autorisés, sous la qualification « Biens divers / Champagne ». Notre article d’origine n’en faisait pas mention : cette inscription nous avait échappé, alors même que le régulateur avait déjà identifié la vitrine et l’avait écartée de ses marchés.
Cette mise en garde n’a jamais été levée. Le nom itmehpad.com figure encore dans le relevé des biens divers publié le 12 juin 2026, le plus récent à ce jour. L’Autorité des marchés financiers n’est donc jamais revenue sur sa position : depuis plus de cinq ans, la plateforme est tenue pour non autorisée à proposer des placements en France.
C’est le fait le plus fort de ce dossier. Le régulateur avait pris les devants avant notre première enquête, et la fiche nominative qu’il a ouverte reste consultable à cette adresse : itmehpad.com sur la liste noire de l’AMF.
Dernière mise à jour : 21/09/2026
Chacun des placements proposés relève des biens divers
Chacun des produits mis en avant par la vitrine appartient à une famille que le régulateur français range précisément sous le libellé « Biens divers » : Leur objet est très variable, mais leur point commun tient à la manière dont ils sont proposés au public : la vitrine les présentait comme des placements accessibles à tous, alors que ce type d’offre suppose une autorisation que l’autorité n’avait pas accordée. C’est ce qui explique la qualification retenue en janvier 2021.
Le cœur de métier affiché était l’investissement dans les maisons de retraite, les EHPAD. Autour de cet axe principal, la plateforme proposait aussi de l’or, des cryptomonnaies, des SCPI et du cannabis thérapeutique. Son argument d’accroche, « Choisissez l’investissement qui vous ressemble », visait à rassurer un épargnant en quête de diversification, en lui présentant une gamme apparemment large et structurée.
D’autres acteurs du même relevé ont fait l’objet de nos enquêtes. Le dossier Placementsfaciles.fr concernait une offre de conteneurs maritimes inscrite par le régulateur le 11 février 2021, dont le nom a depuis quitté le registre.
Dans le même relevé figure également Multifond-cap.com, un dossier portant sur un placement de cheptel inscrit par l’AMF en avril 2021 et que nous avons documenté séparément. Ces rapprochements montrent que la qualification « Biens divers » recouvre des montages très variés, tous soumis aux mêmes exigences d’agrément.
Aucune ligne ne subsiste au registre des .com
Aucune fiche ne répond plus à ce libellé dans le registre des .com. Au contrôle effectué le 21 septembre 2026, le nom itmehpad.com n’est plus enregistré : le registre ne retourne aucune donnée à son sujet, et l’annuaire joint à ce registre ne rend rien non plus. Le nom ne résout plus sur le réseau : aucune adresse IP ne lui est associée, aucun serveur de noms ne le prend en charge, aucun enregistrement de messagerie n’y est rattaché. Ni titulaire, ni bureau d’enregistrement, ni hébergeur ne sont identifiables aujourd’hui.
Les relevés publics conservés permettent de dater la disparition progressive de la vitrine. Une première copie publique de page a été constituée le 15 avril 2021, puis une autre le 19 avril 2021 : la plateforme était alors encore accessible. Le 28 novembre 2021, un relevé montre que la vitrine se présentait encore dans sa forme habituelle. Dès le lendemain, 29 novembre 2021, il ne restait plus qu’une page par défaut générée par le service d’hébergement, signe que le contenu avait été retiré. Les relevés du 9 décembre 2021 et du 31 janvier 2022 ne renvoient que des redirections. La tentative du 13 mars 2022 ne produit aucun contenu.
Les journaux publics de certificats apportent un éclairage complémentaire. Un premier certificat, émis en octobre 2020 par l’autorité du panneau d’hébergement, couvrait le nom et plusieurs sous-domaines de gestion, ce qui caractérise un hébergement mutualisé. Des certificats Cloudflare datant également d’octobre 2020 ont été renouvelés jusqu’en septembre 2021. Un certificat supplémentaire a été émis le 15 octobre 2022 pour la forme avec le préfixe www, valable jusqu’au 15 octobre 2023, soit près d’un an après que la page par défaut de l’hébergeur avait remplacé la vitrine. Ces dates établissent que le nom est resté configuré techniquement après l’arrêt de la plateforme ; elles n’établissent en revanche pas qui détenait alors le nom ni dans quel but. Aujourd’hui, aucun certificat valide ne couvre itmehpad.com.
Il ne reste qu’un point de contrôle : la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
Devant le registre des intermédiaires, un numéro jamais reconnu
Devant les prospects, la vitrine affichait une raison sociale sans rapport avec son nom de domaine, ce qui constituait déjà un signal d’alerte. Notre enquête de 2021 avait également établi que les courriels adressés aux personnes ayant contacté la plateforme citaient un numéro d’immatriculation au registre des intermédiaires, le REGAFI 30984. Ce registre ne reconnaissait pas ce numéro : aucune entrée ne lui correspondait.



Le numéro d’identification d’entreprise mis en avant, 529 334 799, renvoie dans l’annuaire officiel des entreprises à une société réellement immatriculée depuis septembre 2011, dont l’activité déclarée est la location de biens immobiliers, à Paris. Aucun reproche ne lui est adressé dans ce dossier : tout indique qu’elle a fait l’objet d’un emprunt d’identité, un mode opératoire répandu parmi les plateformes non autorisées qui cherchent à se donner une apparence de légitimité.
Du côté du registre britannique des sociétés, nos vérifications n’ont révélé aucune société rattachée à ce libellé. L’anonymat de l’enregistrement du nom de domaine empêche aujourd’hui de reconstituer la chaîne de responsabilité et d’identifier qui se trouvait derrière cette vitrine en 2021.
Ce qui demeure ouvert aux épargnants trompés en 2021
Ce que la disparition du nom ne clôt pas, c’est la traçabilité des flux financiers. Un épargnant ayant effectué des versements en 2021 dispose encore de ses relevés bancaires et de ses ordres de virement : ces documents permettent d’identifier l’établissement qui a encaissé les fonds et de faire examiner la manière dont les ordres ont été exécutés, sans contrôle de la qualité du bénéficiaire.
La disparition du domaine ne fait pas obstacle à une démarche auprès des autorités compétentes. Les listes noires et mises en garde publiées par l’Autorité des marchés financiers constituent une pièce à verser immédiatement au dossier : l’inscription d’itmehpad.com depuis le 18 janvier 2021 établit que la plateforme était signalée par l’autorité dès le début de l’année 2021, ce qui peut être opposé dans un dossier.
Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate ayant prêté serment à Paris, revient sur ce que deviennent ces dossiers une fois portés devant les juges : comment une plainte est reçue, comment une instruction peut aboutir à la mise en examen des auteurs, et par quels mécanismes une indemnisation des victimes peut être envisagée.
Constituer le dossier des virements avant toute action
Constituer un dossier solide suppose de rassembler, dans l’ordre, toutes les traces des versements effectués vers itmehpad.com. Les fonds ont transité par virement bancaire vers une plateforme qui se présentait comme un gestionnaire de placements en biens divers ; le canal de contact était le formulaire de la vitrine, suivi d’échanges de courriels avec un interlocuteur se présentant comme un conseiller.
Les pièces concrètement produites dans cette situation sont les relevés bancaires où figurent les débits, les ordres de virement signés ou validés électroniquement, les confirmations reçues par courriel, l’ensemble des messages échangés avec la plateforme, et les copies des pages publiées en 2021 qui décrivaient les produits proposés. Ces éléments forment le socle de toute démarche ultérieure.
Pour comprendre comment ces pièces s’articulent dans une procédure pénale, notre page consacrée à déposer une plainte et engager une procédure au pénal détaille les étapes et les interlocuteurs compétents.
Les interrogations qui subsistent après ce contrôle
Que ce nom ne figure plus au registre rend l’identification du titulaire actuel impossible. En revanche, les relevés publics de pages conservés entre avril 2021 et mars 2022, ainsi que les journaux de certificats émis à partir d’octobre 2020, constituent des traces techniques qui peuvent être versées à un dossier judiciaire. Des réquisitions auprès des bureaux d’enregistrement et des hébergeurs ayant servi ce nom restent une voie ouverte dans le cadre d’une instruction pénale.
Non. Notre enquête de 2021 a établi que ce numéro n’était pas reconnu par le registre des intermédiaires REGAFI au moment des faits. Son usage dans les courriels adressés aux prospects visait à simuler une apparence de légitimité. L’inscription d’itmehpad.com sur la liste noire de l’AMF dès le 18 janvier 2021 confirme que la plateforme n’était pas autorisée à proposer des placements en France.
Non. Cette société, immatriculée depuis septembre 2011 dans la location de biens immobiliers à Paris, est étrangère à ce dossier. Tout indique qu’elle a subi un emprunt d’identité : ses références officielles ont été reprises sans son consentement pour donner une apparence de régularité à une plateforme non autorisée, ce qui est un procédé documenté dans de nombreux dossiers de ce type.
Pour un épargnant ayant répondu en 2021 à une offre de placements en biens divers présentée par itmehpad.com, ayant effectué des virements et n’ayant plus trouvé d’interlocuteur après la fermeture de la vitrine, la situation n’est pas sans issue. BrokerDefense peut procéder à une première analyse de ce dossier et indiquer les voies encore praticables, au regard des éléments qui subsistent.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 21/09/2026


