Sommaire
- L’autorité suisse avait écarté ce nom dès novembre 2020
- Tous les registres cités sont muets sur cette société
- Le nom de la carte a quitté le fichier des .com
- Face au nom sans tiret, une page de protection de marque
- Dans les archives, une vitrine italienne de 2022
- Réunir les pièces utiles avant tout dépôt de plainte
- Les questions qui reviennent sur ce dossier de 2020
L’autorité suisse avait écarté ce nom dès novembre 2020
Le 18 novembre 2020, la FINMA inscrivait sur sa liste d’avertissement une fiche nominative visant l’entité « Dreyfus Corporation ». Cette fiche, contrôlée le 23/09/2026, répond encore : elle mentionne une adresse à Baarerstrasse 135, 6300 Zoug, précise que la société n’est pas inscrite au registre du commerce suisse et indique comme adresse internet www.dreyfuscorporation.com.
La date retenue par le régulateur helvétique est sans ambiguïté : le 18 novembre 2020, soit cinq jours avant que notre article du 23 novembre 2020 ne relaie cette mise en garde. À ce stade, la vitrine affichait le nom « Dreyfus Corporation » sous l’étiquette de société de sécurité et d’investissement, tout en prétendant à une implantation à Zoug que le registre du commerce ne confirmait pas.
Nos relevés techniques établissent qu’un premier certificat couvrant le domaine dreyfus-corporation.com avait été émis le 10 novembre 2020, soit huit jours avant la mise en garde de la FINMA. Cette chronologie indique que la vitrine était techniquement opérationnelle avant même que l’autorité suisse n’ait pu formaliser son alerte.
Le fait que la fiche suisse reste consultable plus de cinq ans après son dépôt témoigne de la durée de vie de ce type d’avertissement. Quiconque cherche à vérifier le sérieux d’une entité se réclamant de Zoug ou de la Suisse peut consulter directement la fiche d’avertissement publiée par la FINMA avant tout engagement financier.
Dernière mise à jour : 23/09/2026
Tous les registres cités sont muets sur cette société
La vitrine dreyfus-corporation.com se réclamait des lois des Bahamas. Nos vérifications auprès de la Securities Commission of the Bahamas n’ont trouvé aucune trace d’une entité dénommée « Dreyfus Corporation » dans ses registres. Se réclamer d’un cadre réglementaire sans y être enregistré constitue l’un des signaux d’alerte les plus fréquents dans les dossiers de faux investissements.
La vitrine revendiquait également une marque déposée auprès du registre américain des marques. Le registre américain attribue effectivement la marque « Dreyfus » à BNY Mellon Investment Adviser, Inc., société établie à New York. Nos recherches s’arrêtent là : aucun lien ne peut être affirmé entre cette société new-yorkaise et l’exploitation de la vitrine, et nous ne formulons aucune autre conclusion à son sujet.
Des bureaux étaient annoncés à Hong Kong et à Singapour. Aucun numéro d’enregistrement local n’était communiqué pour l’une ou l’autre de ces places, ce qui rend toute vérification auprès des autorités compétentes de ces territoires impossible à partir des seules informations publiées par la vitrine.
L’accumulation de références géographiques et réglementaires sans aucune trace vérifiable dans les registres correspondants forme un schéma cohérent avec les pratiques documentées des vitrines frauduleuses : multiplier les apparences de légitimité tout en restant introuvable dès qu’un contrôle est entrepris.
Le nom de la carte a quitté le fichier des .com
Notre relevé du 23/09/2026 portant sur le nom dreyfus-corporation.com ne rend aucune ligne pour ce nom. Il ne se résout plus : l’interrogation ne livre ni adresse de machine, ni serveur faisant autorité, ni enregistrement destiné au courrier.
Les journaux publics de certificats font néanmoins état de quatre certificats, tous libellés au nom de *.dreyfus-corporation.com et émis par une autorité de certification italienne, Actalis Domain Validation Server CA G3, dont le siège est à Bergame. Les dates d’émission relevées sont le 10/11/2020, puis le 13/08/2021, puis le 16/06/2022. La validité du plus récent s’est achevée le 17/07/2023 et rien de plus récent n’a été constaté.
Cette séquence de certificats dessine une période d’activité allant de la fin 2020 à l’été 2023 au plus tard, puis un silence complet. Le nom ayant depuis quitté le fichier des enregistrements, toute infrastructure éventuellement associée à ce domaine ne peut plus être interrogée par les voies habituelles.
L’historique complet des données d’enregistrement de ce domaine est consultable via la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
Face au nom sans tiret, une page de protection de marque
Le nom dreyfuscorporation.com, sans trait d’union, est celui que la fiche FINMA citait expressément. Ce nom a été enregistré le 10/06/2019 et son dossier est tenu par un bureau d’enregistrement dont l’activité principale est la protection de marques, MarkMonitor. Sept serveurs de noms dédiés, numérotés de ns1 à ns7.markmonitor.com, lui sont assignés. Toute suppression, tout transfert et toute mise à jour du dossier sont bloqués. Le dernier changement enregistré remonte au 04/08/2021 et l’échéance déclarée est fixée au 10/06/2028.
Ce nom ne sert aujourd’hui qu’une page indiquant qu’il est enregistré et protégé par MarkMonitor. Cette configuration suggère qu’un titulaire légitime a sécurisé ce nom pour prévenir toute réutilisation abusive, sans pour autant l’exploiter comme site actif.
Les fichiers de listes que l’AMF tient à jour ont été relus le 23/09/2026 pour ce dossier, synthèse comprise : aucune entrée ne reprend ce nom. La CySEC ne mentionne pas davantage cette entité sur sa propre liste d’avertissements, et aucune société liée à ce nom n’a été retrouvée au registre des sociétés du Royaume-Uni. Ces absences correspondent au relevé effectué à cette date et ne constituent en aucun cas une attestation de régularité.
D’autres vitrines actives au même moment suivaient un schéma comparable. Notre analyse de bearbull-patrimoine.com documente une usurpation d’identité de société de gestion apparue à la même période. Notre dossier consacré à goldwinmarket.com retrace quant à lui une escroquerie dont le préjudice dépassait les 100 millions d’euros.
Dans les archives, une vitrine italienne de 2022
Des copies publiques conservées entre décembre 2021 et mai 2022 montrent une vitrine profondément remaniée par rapport à ce que notre article de novembre 2020 décrivait. Le contenu y est rédigé en italien sous l’intitulé « Secrets & Security » et propose des systèmes de sécurité, des bases de données chiffrées ainsi que des conseils en crypto-investissements.
Nos copies ne montrent pas la version française de 2020. La transition vers un contenu italophone, combinée au recours à une autorité de certification italienne pour l’ensemble des quatre certificats relevés, suggère une réorientation délibérée du public visé au cours de l’année 2021.
Ces captures permettent d’établir que la vitrine a connu au moins deux états distincts : une première version en français présentée comme société financière, puis une version en italien centrée sur la sécurité et les crypto-actifs. Ce qu’elles ne permettent pas d’établir, en revanche, c’est l’identité des opérateurs, leur localisation réelle ou l’ampleur des sollicitations effectuées depuis cette seconde version.
Réunir les pièces utiles avant tout dépôt de plainte
Toute personne ayant effectué des virements vers une entité se présentant sous le nom « Dreyfus Corporation », en invoquant une adresse à Zoug, un cadre légal bahamien et une marque qui ne lui appartenait pas, dispose d’éléments factuels solides pour appuyer une démarche judiciaire. La priorité est de rassembler la séquence complète des échanges : courriels, messages, documents contractuels et relevés d’opérations retranscrivant chaque ordre donné.
Il est ensuite utile d’interroger par écrit l’établissement bancaire ou le prestataire de paiement qui a exécuté les virements, afin d’obtenir la traçabilité des fonds et de conserver toute réponse reçue. Cette démarche peut s’avérer décisive lors d’une procédure.
Pour comprendre comment construire un dossier pénal dans ce type d’affaire et quelles infractions peuvent être caractérisées, notre guide sur les étapes concrètes pour porter plainte en matière de faux investissement détaille la procédure à suivre.
Un jugement rendu à Troyes a récemment sanctionné les auteurs d’une escroquerie à l’investissement et permis aux personnes trompées d’obtenir réparation. La décision adresse aussi un reproche à l’établissement qui avait laissé filer les ordres de virement sans réagir. Maître Goce Novakov, avocat dont l’ordre professionnel est celui de Paris, expose la portée de cette décision pour ceux qui ont eu affaire à un faux courtier.
Les questions qui reviennent sur ce dossier de 2020
Oui. La fiche publiée le 18 novembre 2020, qui mentionne l’adresse Baarerstrasse 135 à Zoug et précise que l’entité n’est pas inscrite au registre du commerce suisse, répondait encore lors de notre contrôle du 23/09/2026.
Non. Au 23/09/2026, l’interrogation du fichier des enregistrements en .com n’apporte plus rien pour ce nom, et celui-ci ne résout plus. Le dernier certificat relevé avait expiré le 17/07/2023.
Conservez l’intégralité des échanges écrits et des relevés de virements, interrogez par écrit l’établissement qui a exécuté les paiements et rapprochez-vous d’un avocat pour évaluer les fondements d’un dépôt de plainte pour escroquerie.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 23/09/2026


