Sommaire
- La liste Forex de l’AMF et une inscription datée du 4 octobre 2021
- Rien ne subsiste de l’enregistrement de ce nom
- Un registre polonais revendiqué, treize langues et la plateforme MT4
- Des témoignages puisés dans les banques d’images
- Après l’alerte, un nom passé de vitrine en page d’attente
- Les relevés et les messages à conserver côté victime
- Les points que l’on nous demande d’éclaircir
La liste Forex de l’AMF et une inscription datée du 4 octobre 2021
Le 4 octobre 2021, l’AMF inscrivait litegap.com/fr sur sa liste noire des offres de Forex non autorisées, sous le libellé « Forex », plaçant ainsi cette vitrine de trading parmi les adresses que le régulateur français considère comme présentant un risque pour les épargnants. Cette inscription constitue le point de départ du dossier BrokerDefense, et elle reste le fait le plus lourd à retenir sur ce nom.
Ce même 4 octobre 2021, plusieurs autres adresses ont été publiées dans la même liste, au même titre et le même jour : parmi elles figuraient nitrocapitals.com, igmholdings.com et eu-trade4u.com. Il s’agit d’un fait de calendrier, que nos recherches ont établi sans qu’il soit possible d’en tirer une quelconque conclusion sur un opérateur commun à ces noms.
L’article que BrokerDefense avait publié le 13 octobre 2021 citait déjà cette inscription comme élément central. La réécriture du présent dossier ajoute un fait nouveau, absent en 2021 : le nom de domaine lui-même ne figure plus au fichier des enregistrements en .com. L’interrogation de ce fichier retourne la mention « No match for LITEGAP.COM ». La même requête, appliquée à d’autres noms enregistrés, produit bien une fiche complète, ce qui confirme que l’absence n’est pas un défaut du service mais bien une absence propre à ce nom. Le titulaire ne peut donc plus être identifié par cette voie, et le nom est susceptible d’être repris par n’importe quelle personne ou entité qui en ferait la demande.
Les relevés conservés ne laissent qu’un seul point de contrôle accessible aujourd’hui : la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
Dernière mise à jour : 20/09/2026
Rien ne subsiste de l’enregistrement de ce nom
Outre l’absence au fichier des enregistrements en .com, nos vérifications montrent que le nom ne résout plus dans le système d’adressage : aucun enregistrement d’adresse numérique n’est attaché à ce nom, aucun serveur de messagerie, aucun serveur de noms. Aucun résolveur, quelle que soit sa localisation, ne retourne de réponse pour ce nom.
Nos recherches ont par ailleurs confirmé qu’aucune société immatriculée au Royaume-Uni ne porte ce nom, et que le nom n’apparaît pas sur la liste noire de la commission chypriote (CySEC). Aucune fiche de réputation tierce ne subsiste non plus pour ce nom à la date de la présente réécriture. La vitrine a donc quitté toute visibilité publique identifiable, sans que la situation des personnes qui y ont versé des fonds s’en trouve simplifiée pour autant.
Un registre polonais revendiqué, treize langues et la plateforme MT4
La copie publique conservée de la version française du site, telle qu’elle se présentait au 1er octobre 2021, fournit un ensemble de détails qui méritent d’être consignés. Le titre de la page affichait, en anglais, la formule « Your finances grow with us » placée sous le nom de la marque, tandis que la méta-description, elle aussi rédigée en anglais, évoquait la croissance de l’épargne et l’usage de la plateforme MT4. Ce choix de rédiger les balises d’indexation dans une langue différente de celle du public ciblé constituait une première incohérence relevée dès notre analyse technique de 2021.
La navigation proposait des entrées classiques pour ce type de vitrine : Comptes Forex, Plateforme, Android, Paiements, Partenariat d’affiliation, FAQ, À notre propos, Nous contacter, Mentions légales, Conditions de Service, Politique de cookies, Politique de confidentialité et Conditions d’utilisation. Une entrée intitulée « Registre KRS » renvoyait à un registre de sociétés polonais. Nos investigations n’ont jamais permis d’identifier une société réelle derrière cette mention : les mentions légales et les conditions d’utilisation ne livraient pas de numéro d’immatriculation exploitable, et la page des conditions menait à un document rédigé dans une autre langue que le français.
Le site était proposé en treize langues : chinois simplifié, français, coréen, japonais, tchèque, anglais, espagnol, russe, portugais, polonais, italien, allemand et arabe. Cette couverture géographique très large, combinée à l’absence d’identité juridique vérifiable, est un trait récurrent des vitrines de trading de ce type, tel que notre première enquête du 27 août 2021, consacrée aux faux témoignages et à l’absence d’identité de litegap.com, l’avait déjà mis en évidence.
Les promesses affichées suivaient un schéma connu : « Maximisez vos revenus avec la plateforme de trading super simple de Lite Gap » ; un parcours présenté comme « Notre processus simple en 3 étapes : S’inscrire / Trader / Gagner » ; « Une plateforme de trading de renommée mondiale » ; « 5 types de comptes faits pour vous » ; « Compatible pour bureau et Android » ; « Tradez dans votre langue ». La plateforme MT4 était explicitement mentionnée comme support technique. D’après nos investigations, le site reposait sur WordPress avec un thème développé spécifiquement, une extension multilingue et une extension de plateforme de trading, un formulaire de contact, ainsi que des sous-domaines dédiés aux fenêtres publicitaires et à la mesure d’audience. Les ressources graphiques téléversées portaient des dates de février et mars 2021, et les polices employées comprenaient une fonte cyrillique, plusieurs indices d’un gabarit fabriqué hors de France.
Des témoignages puisés dans les banques d’images
La vitrine présentait des témoignages de clients supposés. L’un d’eux, attribué à un « vendeur » prénommé Tomas Mata, affirmait avoir doublé ses revenus et acheté une maison grâce à la plateforme. Les enquêtes menées en 2021 ont établi que les photographies illustrant ces témoignages provenaient de banques d’images accessibles sur le web : aucune personne réelle ne se trouvait derrière ces visages ni ces noms.
Le site affichait également les logos de PayPal, Amazon, Apple, Nike, Allianz, Siemens, Tesla et Visa, présentés comme partenaires ou références. Nos recherches n’ont trouvé aucun lien entre l’un quelconque de ces groupes et la vitrine litegap.com. La présence de ces marques constituait un élément de mise en scène destiné à accréditer une légitimité que les faits ne confirment pas. L’ensemble de ces éléments avait été documenté dans notre première enquête sur les faux témoignages et l’identité secrète de litegap.com, publiée le 27 août 2021.
Après l’alerte, un nom passé de vitrine en page d’attente
Les copies publiques conservées de l’adresse racine permettent de retracer l’évolution du nom après l’inscription du régulateur. En décembre 2021 puis en août 2022, l’adresse ne servait plus qu’une page publicitaire, sans aucun contenu lié à la plateforme de trading. En février 2023, une page annonçant que le nom était proposé à l’achat avait pris la place. À partir de mai 2024, une page de quelques centaines d’octets redirigeait vers un sous-domaine. En mars et avril 2025, un court script renvoyait vers un chemin interne. La vitrine de trading, elle, n’a jamais été remise en service.
Les journaux publics de certificats indiquent que des certificats ont été émis sans interruption de février 2021 jusqu’à un dernier certificat daté du 26 mars 2025, d’une validité courant jusqu’au 26 mars 2026, au bénéfice de noms couvrant l’adresse principale, sa variante en www, une adresse de messagerie et un joker. Le nom est donc resté entretenu techniquement pendant près de quatre ans et demi après l’inscription du régulateur, sans que la plateforme soit jamais remise à disposition. Aucun certificat ne porte d’autre marque, et le nom n’est rattaché à aucune autre exploitation identifiable.
À titre de fait de calendrier, on rappelle que nitrocapitals.com figurait dans la même publication du régulateur le 4 octobre 2021. Notre article du 14 octobre 2021 consacré à nitrocapitals.com retrace le fonctionnement de cette autre vitrine inscrite le même jour sur la liste Forex de l’AMF.
Les relevés et les messages à conserver côté victime
Ceux qui ont confié de l’argent à litegap.com pendant la période d’activité de la vitrine ont souvent été démarchés par des interlocuteurs se présentant comme des gestionnaires de compte, communiquant par messagerie instantanée, courrier électronique ou SMS. Ces échanges constituent une pièce centrale dans tout dossier visant à obtenir réparation : il convient de les réunir intégralement, en conservant les en-têtes des courriels et les métadonnées des messages lorsqu’ils sont accessibles.
Les relevés bancaires couvrant la totalité de la période des versements, les ordres de virement et l’identification de leur bénéficiaire, les captures d’écran de l’espace client tel qu’il se présentait au moment des opérations, ainsi que le récapitulatif de ce qui a été promis oralement ou par écrit constituent l’ensemble documentaire à réunir en priorité. Chaque document doit être daté et conservé dans son format d’origine.
La responsabilité de la banque qui a reçu les fonds peut, selon les circonstances, être engagée au titre de son obligation de vigilance : un établissement de crédit qui a traité des virements vers un bénéficiaire dont le profil de risque aurait dû susciter des vérifications peut se trouver exposé à une mise en cause pour manquement à ce devoir. Cette piste mérite d’être examinée avec un conseil juridique.
Maître Goce Novakov, avocat dont la pratique est rattachée à Paris au titre du barreau, revient dans l’entretien ci-dessous sur une victoire judiciaire obtenue à Paris pour des personnes trompées par une plateforme de trading, sur les conditions dans lesquelles l’indemnisation des victimes a pu être obtenue, et sur la condamnation d’un établissement bancaire pour avoir manqué à son obligation de vigilance.
Les personnes qui ont confié des fonds à litegap.com étaient dans leur grande majorité des épargnants démarchés, ayant versé des sommes sur une vitrine présentée comme une plateforme MT4 gérée par des professionnels. Que ce nom ait quitté le fichier des enregistrements en .com ne met pas fin à leurs droits : la procédure ouverte devant le juge pénal reste l’une des voies disponibles, et BrokerDefense propose une lecture préalable du dossier avant toute démarche.
Les points que l’on nous demande d’éclaircir
Non, au sens juridique. Le retrait de la fiche de ce nom du registre des .com signifie que le titulaire initial ne peut plus être identifié par cette voie, et que la plateforme ne peut plus être atteinte à cette adresse. Cela ne supprime pas les faits qui se sont produits, ni les droits qui en découlent. Les voies de recours pénales et civiles restent ouvertes, à condition de disposer des documents retraçant les versements et les échanges avec les interlocuteurs de la plateforme.
L’inscription sur la liste noire des offres de Forex non autorisées de l’Autorité des marchés financiers signifie que le régulateur français a jugé que cette adresse proposait des services d’investissement sans y être habilitée sur le territoire français. Il ne s’agit pas d’une condamnation judiciaire, mais d’une mise en garde publique opposable : toute personne qui a versé des fonds après cette date disposait d’une information officielle sur le caractère non autorisé de l’offre. L’inscription reste consultable sur le site du régulateur et peut être produite dans un dossier de réclamation ou de plainte.
Oui. Un nom qui ne figure plus au fichier des enregistrements en .com est disponible à l’enregistrement pour toute personne ou entité qui en ferait la demande. Cela signifie qu’une nouvelle vitrine pourrait être mise en place sous ce nom sans lien avec les opérateurs d’origine. L’inscription de l’AMF porte sur l’adresse litegap.com/fr telle qu’elle existait en 2021 : si le nom devait être repris pour une exploitation nouvelle, les personnes qui le découvriraient devraient vérifier si cette exploitation fait l’objet d’un agrément, sans se fier à l’historique connu du nom.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 20/09/2026



1 Comment
Bonjour, comme beaucoup de personnes j’ai été moi-même victime de cette escroquerie! j’y ai laissé 2250 euros et le must dans tout a c’est que que la police n’a pas voulu enregistrer ma plainte puisqu’elle a considéré que j’avais
consenti les transactions de mon plein gré sans savoir au final que j’étais tombé dans un piège!
Existe t-il un recours possible pour démanteler ce réseau et surtout récupérer mon pseudo investissement?
Cdlt,
Eric Bultieaux