Donner & Reuschel arnaque : les copies du nom ont disparu

Ce qui reste de l’affaire de 2021 : une banque, aucune adresse

En septembre 2021, ce site documentait le clonage de l’identité de la banque privée allemande Donner & Reuschel : une équipe utilisait le nom de cet établissement pour démarcher des épargnants français et leur proposer des placements qui n’existaient pas. Nos relevés menés le 20 septembre 2026 établissent que les deux adresses qui portaient ce montage, à savoir dr-privatemanagement.com pour la vitrine et dr-gestionprivees.com pour la messagerie, ne répondent plus sur le réseau, et le fichier des noms en « .com » n’en garde aucune trace. Ce contrôle a été conduit contre un nom enregistré du même fichier, qui répond : une défaillance du fichier lui-même est donc écartée. Côté copies, plus rien ; côté établissement copié, une maison fondée en 1798 dont le site officiel répond toujours.

La disparition de ces adresses s’inscrit dans un schéma que nos enquêtes rencontrent régulièrement. En mai 2025, nous avons consacré un dossier à un portail bâti sur le nom d’une banque allemande, portail qui a lui aussi cessé d’être servi depuis.

En juillet 2026, un autre dossier portait sur un nom qui empruntait la marque d’un gestionnaire d’actifs allemand, sur le même ressort d’emprunt d’une enseigne reconnue.

Chaque dossier a été instruit pour lui-même, et rien n’établit qu’un même exploitant se trouve derrière plusieurs d’entre eux. Leur rapprochement n’a d’autre objet que de montrer à quel point les noms d’établissements allemands servent de caution dans ce genre de démarchage.

Dernière mise à jour : 20/09/2026

Un nom d’emprunt, deux fixes français et un compte à créditer en Italie

L’alerte publiée en septembre 2021 décrivait un interlocuteur se présentant sous le nom d’emprunt « Vincent Delatre ». Ce nom est celui qui apparaît dans la correspondance reçue par les personnes sollicitées ; nos constats n’établissent aucun lien entre lui et une personne réellement identifiée. Les messages envoyés provenaient d’une adresse construite sur le nom de domaine qui servait de messagerie, soit [email protected] selon la logique prénom-point-nom appliquée à ce domaine.

Deux numéros de téléphone fixes français étaient diffusés en parallèle : le 01 87 21 11 79 et le 03 67 75 01 30. Ces numéros étaient communiqués aux personnes contactées en 2021 ; depuis lors, ils peuvent avoir été réattribués à d’autres abonnés sans lien avec ce dossier. Il serait donc inexact de les présenter comme des lignes encore actives liées à cette opération.

La consigne transmise aux personnes démarchées était d’effectuer des virements vers un compte bancaire domicilié en Italie, tenu auprès d’un établissement du groupe Crédit Agricole en Italie. Cet établissement n’est mis en cause d’aucune manière : il était simplement la banque où le compte à créditer avait été ouvert. Ce point mérite d’être dit clairement, car la confusion entre l’établissement victime d’un usage abusif de ses services et les auteurs d’un montage frauduleux est fréquente.

Ce choix de domiciliation révèle à lui seul la fragilité du discours tenu aux épargnants : un établissement privé allemand n’a aucune raison de faire ouvrir un compte en Italie pour encaisser les fonds de ses clients français. L’écart entre la promesse et la mécanique de collecte est l’un des signaux les plus nets de ce type de montage.

Coordonnées de contact diffusées aux épargnants en 2021.
Les coordonnées de contact diffusées aux épargnants en 2021, telles que l’alerte d’origine les rapportait.

Septembre 2021 : ce que l’alerte d’origine reprochait à ces adresses

L’enquête publiée en septembre 2021 relevait d’abord un écart difficilement explicable entre l’ancienneté de l’établissement copié et la jeunesse des adresses employées. Donner & Reuschel est une maison fondée en 1798 ; les adresses dr-privatemanagement.com et dr-gestionprivees.com n’avaient, au moment de l’alerte, que quelques mois ou quelques trimestres d’existence. Cet écart est l’une des premières choses qu’un épargnant attentif peut repérer avant d’engager le moindre virement.

L’alerte soulignait ensuite que les placements présentés étaient décrits comme émis ou garantis par la banque, dont le nom servait de caution. Cette mécanique, qui consiste à habiller une structure sans légitimité des attributs d’un établissement reconnu, se retrouve dans d’autres affaires que nous avons instruites : notre dossier de 2024 consacré à une identité de société détournée dans la gestion de patrimoine montre comment le même ressort peut être activé avec une enseigne de taille plus modeste.

Rien ne relie la banque Donner & Reuschel à cette opération : elle est la première victime de l’emprunt de son nom. Son site officiel, donner-reuschel.de, répond toujours et présente l’établissement comme actif depuis 1798, ainsi que nos vérifications du 20 septembre 2026 le confirment. Aucun produit, aucune page de ce site n’est cité ici : seule la continuité de l’établissement importe, par contraste avec la disparition des adresses qui ont usurpé son identité.

Aucun des noms de ce dossier sur les listes publiées par l’autorité

Pour offrir un placement en France, un intermédiaire doit être en mesure de prouver son rattachement à une autorité de tutelle. Cette obligation ne dépend ni de la qualité de la présentation, ni du sérieux apparent des pièces transmises. Un interlocuteur qui n’existe que dans des messages, signant du nom d’emprunt « Vincent Delatre », reste en dehors de ce cadre.

L’Autorité des marchés financiers publie la liste des sites qu’elle n’autorise pas. Cette liste a été parcourue une nouvelle fois le 20 septembre 2026 : aucun des noms employés dans cette affaire n’y apparaît. Ne pas y trouver un nom ne vaut pas certificat de régularité ; l’y trouver constitue en revanche un signal immédiat.

Face à une sollicitation qu’on n’a pas provoquée, trois contrôles restent ouverts à quiconque : chercher le nom de l’interlocuteur dans les fichiers du régulateur, lui demander son numéro d’immatriculation, et confronter l’offre annoncée aux publications de l’établissement dont on lui prête l’autorité. Quelques minutes suffisent souvent à faire apparaître une incohérence.

Reconnaître un nom d’emprunt avant de virer des fonds

Un nom d’emprunt se glisse dans une relation présentée comme bancaire avec une facilité déconcertante. Un prénom, un nom de famille, un titre de conseiller en gestion privée, une adresse de courriel qui reproduit la logique de l’établissement copié : l’ensemble forme une apparence suffisamment cohérente pour que la méfiance ne s’éveille pas spontanément, surtout lorsque les documents joints sont soignés et que la correspondance est régulière.

Plusieurs points restent pourtant vérifiables. La prestation annoncée apparaît-elle sur les pages que l’établissement copié publie lui-même ? L’interlocuteur existe-t-il ailleurs que dans les courriels reçus, par exemple dans un annuaire professionnel accessible publiquement ? Le compte à créditer se trouve-t-il bien dans le pays où l’établissement annoncé est domicilié ? Ici, aucune de ces trois questions ne trouvait de réponse satisfaisante : l’offre n’était portée par aucun canal officiel de Donner & Reuschel, le nom d’emprunt « Vincent Delatre » n’existait que dans les messages reçus, et le compte à créditer était domicilié en Italie pour un établissement présenté comme allemand.

Donner & Reuschel n’a aucun lien avec cette opération et n’en porte aucune responsabilité. La banque a été utilisée comme décor sans qu’elle ait eu connaissance ni part dans le montage. Rappeler ce point est utile pour éviter que la méfiance légitime envers les auteurs du démarchage ne rejaillisse sur un établissement qui en est lui-même la première victime.

Documents à rassembler après un virement vers un compte étranger

Si un virement a été effectué vers le compte indiqué dans les courriels signés du nom d’emprunt « Vincent Delatre », plusieurs pièces conservent toute leur valeur malgré la disparition des adresses : les courriels échangés, dans leur intégralité et avec leurs en-têtes techniques, l’ordre de virement tel qu’il a été passé auprès de la banque de l’épargnant, l’avis d’opération correspondant, et le relevé de compte qui porte le débit. Tout document transmis par l’interlocuteur, qu’il s’agisse d’une convention, d’une plaquette ou d’un relevé de situation fictif, complète utilement ce dossier.

L’ordre de virement lui-même contient des informations précieuses : il désigne la banque où les fonds ont été crédités, le numéro du compte bénéficiaire et, dans certains cas, le nom sous lequel ce compte a été ouvert. Ces éléments permettent à un établissement financier ou à une autorité de retracer l’opération, même longtemps après qu’elle a été exécutée. La disparition de dr-privatemanagement.com et de dr-gestionprivees.com ne fait pas disparaître ces pièces.

Ces éléments constituent la base d’un signalement formel. Pour comprendre les démarches qu’il est possible d’engager à partir de ces documents, la page consacrée aux recours pénaux et aux modalités de dépôt de plainte récapitule la procédure ouverte aux personnes trompées.

Maître Julie Younes, avocate inscrite au barreau dont Paris est le siège, s’est exprimée sur les voies ouvertes aux personnes qui ont subi un préjudice financier à la suite d’un démarchage frauduleux : recouvrement des sommes dues, litiges financiers, indemnisation des victimes, recours amiables et judiciaires sont au cœur de son intervention.

Les points sur lesquels on nous interroge

La banque Donner & Reuschel est-elle impliquée dans les offres de placement proposées sous son nom en 2021 ?

Non. Donner & Reuschel est un établissement bancaire fondé en 1798, dont le site officiel répond toujours. L’établissement n’est pour rien dans le démarchage décrit ici : son nom a été emprunté sans son accord pour donner une apparence de légitimité à de faux placements. Elle est elle-même victime de cet usage abusif de son identité.

Les adresses dr-privatemanagement.com et dr-gestionprivees.com sont-elles encore accessibles aujourd’hui ?

Non. Nos relevés menés le 20 septembre 2026 établissent que ces deux adresses ne répondent plus, et qu’aucune des deux n’est plus enregistrée dans le fichier du « .com ». Une vérification portant sur un autre nom de ce fichier a bien abouti, ce qui exclut une panne du fichier. Les deux adresses ont disparu sans laisser de trace accessible.

Quelles pièces peuvent encore être utiles si un virement a été effectué vers le compte indiqué dans ces messages ?

Les courriels échangés avec l’interlocuteur se présentant sous le nom d’emprunt « Vincent Delatre », l’ordre de virement passé, l’avis d’opération correspondant et le relevé de compte qui montre le débit constituent les pièces essentielles. Tout document remis par cet interlocuteur, comme une convention ou une plaquette de présentation, complète ce dossier. Ces éléments restent exploitables même après la disparition des adresses et peuvent servir de base à un signalement ou à une démarche judiciaire.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 20/09/2026

1 Comment

  1. Bard dit :

    J’ai investi 117500 euros avec le site unibail france l’argent à été viré sur un compte séquestre à mon nom à la banque Raiffeisen en Croatie. Quand j’ai su qu’il y avait usurpation d’identité, j’ai demandé le retour de mes fonds sans résultat

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