Sommaire
- Le registre des .ai ne connaît plus ce nom
- Domiciliée aux îles Marshall, la société affichée reste invérifiable
- La supervision invoquée provenait d’un organisme non étatique
- Les certificats techniques s’interrompent fin décembre 2022
- Plus de cinq mille adresses copiées sur la période d’activité
- Ce que les relevés bancaires permettent encore de tracer
- Les trois questions que ce nom continue de soulever
Le registre des .ai ne connaît plus ce nom
Le 23 septembre 2026, la consultation du fichier du registre des .ai au nom de umarkets.ai rend une réponse vide. La base qui fait autorité pour cette extension ne contient plus aucune ligne à cette entrée : le titulaire n’apparaît plus, le bureau d’enregistrement n’est plus indiqué, les dates de création comme d’échéance ne s’affichent plus. Deux autres noms en .ai interrogés dans la même minute ont, eux, livré l’ensemble de ces éléments. Une défaillance de l’outil consulté est donc écartée : c’est bien ce nom qui manque, et lui seul.
L’absence ne s’arrête pas au registre. Ni umarkets.ai ni la variante www.umarkets.ai ne se résolvent aujourd’hui. Ce nom n’est plus rattaché à une machine, à un serveur de noms ni à une boîte de messagerie. Les deux plans sur lesquels une plateforme existe techniquement, l’enregistrement et la résolution, sont donc vides en même temps.
La conséquence est brutale pour qui cherche à comprendre ce qui s’est passé : plus rien ne permet d’identifier un exploitant. Il n’y a plus de titulaire à interroger, plus de prestataire de registre à solliciter, plus de fenêtre de validité à opposer à un tiers. L’article que nous avions publié le 8 novembre 2020 relevait l’absence de mentions légales et une implantation revendiquée à Saint-Vincent-et-les-Grenadines ; il posait alors des questions qui conservaient un destinataire. Ces questions n’ont aujourd’hui plus personne à qui être adressées.
Un autre dossier de plateforme de trading que nous avons documenté, celui de goldwinmarket.com, dont le nom ne figure plus non plus au fichier des enregistrements, illustre la même mécanique : lorsque les données d’enregistrement disparaissent, la reconstitution de l’exploitant devient très largement hors de portée des victimes comme de nos propres recherches.
Seule la fiche WHOIS complète sur DomainTools reste consultable au sujet de ce nom.
Dernière mise à jour : 23/09/2026
Domiciliée aux îles Marshall, la société affichée reste invérifiable
Les copies conservées de la page d’accueil portent, en pied de page, l’identité que la plateforme revendiquait : PROMETHEUS LTD, enregistrée sous le numéro 103490, présentée comme un établissement de services financiers actif en dehors de l’Union européenne. Cette dénomination et ce numéro sont la seule identité d’exploitant que le site ait jamais exposée.
L’avertissement sur les risques repris par le site fixe l’adresse déclarée à Majuro, dans la République des îles Marshall. Le même texte précise que les mesures d’intervention de l’ESMA ne s’appliquent pas aux clients de cette société. La plateforme écartait donc elle-même, noir sur blanc, le cadre protecteur européen, tout en s’adressant à un public francophone et européen.
Un détail du bas de page mérite d’être signalé. La mention attribuant l’exploitation du site renvoie à une image, et non à un texte : le fichier porte le nom TS-Software, sans qu’aucune dénomination sociale en clair ne soit écrite à côté. L’identité de l’exploitant reposait ainsi sur un logo, dans une zone que peu de visiteurs lisent, pour une société dont aucun des registres que nous avons consultés ne restitue la trace.
Nos vérifications du 23 septembre 2026 ont en effet porté sur le registre des sociétés britannique, qui ne remonte aucune dénomination approchante, et sur l’autorité chypriote, qui ne mentionne pas davantage ce nom. La société affichée n’est donc vérifiable nulle part par les voies publiques que nous pouvons emprunter.
La supervision invoquée provenait d’un organisme non étatique
Le même avertissement place l’activité sous la supervision d’un organisme désigné sous le sigle IFMRRC, en citant un numéro de certificat. Cette référence n’est celle d’aucune autorité publique figurant parmi celles que nous avons consultées. Le site produisait d’ailleurs lui-même ses arguments de sérieux : la présentation de la plateforme technique affirmait que ses certificats étaient délivrés par son propre fournisseur, présenté comme agréé par une association professionnelle. Autrement dit, la garantie mise en avant provenait de la partie intéressée.
Nous avons interrogé, le 23 septembre 2026, l’export consolidé des listes tenues par l’Autorité des marchés financiers et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, qui comptait 3 460 entrées ce jour-là, ainsi que la liste de l’autorité chypriote. Aucune de ces listes ne reprend umarkets.ai. Ce relevé a été complété par la lecture des listes de mise en garde publiées par l’AMF, qui n’y font apparaître aucune entrée à ce nom.
Cette absence n’est pas un certificat de conformité : elle indique uniquement qu’à la date de nos recherches, aucune autorité n’avait porté ce nom sur une liste de mise en garde. Une plateforme qui se place volontairement hors du champ européen, qui ne publie aucune dénomination sociale en clair et qui revendique la supervision d’un organisme privé réunit précisément le profil d’une entité qui n’a jamais eu à répondre devant un régulateur.
Le sort du domaine est lui aussi documenté ailleurs. Notre mise à jour consacrée au gel du domaine de thalerassets décrit la même séquence : une vitrine de trading outillée, puis un nom qui cesse d’être exploité sans qu’aucune autorité ne se soit prononcée.
Les certificats techniques s’interrompent fin décembre 2022
Les journaux publics d’émission de certificats rendent, pour ce nom et pour ses sous-domaines, 106 certificats distincts émis entre le 15 août 2020 et le 27 décembre 2022. Trois autorités d’émission se partagent cette chronologie : Cloudflare, Let’s Encrypt et Google Trust Services. La régularité des renouvellements montre une infrastructure entretenue sans interruption pendant près de deux ans et demi.
Les noms couverts dessinent une organisation complète. Le domaine lui-même et sa variante www, un certificat générique valable pour tous les sous-domaines, puis une série de serveurs dédiés : cps, informer, news, media-news, unity, script et wgt-srv0. Deux environnements de test apparaissent également, sous les noms test-mynew et qa2-myaccountnew, ce qui suppose une équipe de développement structurée et des mises en production régulières. Un hébergement de messagerie complet est attesté sous unity, avec les accès techniques associés.
Le dernier certificat émis pour le domaine porte la date du 27 décembre 2022. Rien ne suit. La chronologie établit donc une chose et n’en établit pas une autre : elle démontre que la plateforme a été activement outillée jusqu’à cette date, elle ne dit pas quand l’exploitation a cessé. La fin des émissions peut correspondre à un arrêt, à un transfert vers une autre infrastructure ou à un abandon de ce nom au profit d’une autre adresse.
Plus de cinq mille adresses copiées sur la période d’activité
Les copies conservées de ce site couvrent la période du 26 septembre 2020 au 15 septembre 2022, et portent sur plus de cinq mille adresses distinctes : pages de présentation, rubriques de formation, calculateurs, calendrier économique, pages de documentation juridique. Le site existait en cinq langues, anglais, espagnol, portugais, russe et allemand, et proposait les mécanismes commerciaux classiques du secteur : bonus de bienvenue de 30 %, assurance annoncée sur les profits, trading du bitcoin, calendrier des publications de résultats.
La lecture de ces copies permet de décrire la base technique. Il s’agissait d’une installation WordPress, avec un thème portant le nom de la marque et des modules spécialisés : calendrier de résultats de sociétés, espace de formation des traders, module de formulaires de contact. Les fichiers de médias remontent à 2018, ce qui situe la mise en service de cette installation bien avant l’article de 2020. La plateforme de trading mise en avant était l’outil xCritical, également proposé dans ses versions mobiles, aux côtés des terminaux MetaTrader.
Cette description technique a une valeur précise dans ce dossier : elle montre que umarkets.ai n’a jamais été une simple page de façade, mais un dispositif commercial complet, outillé, traduit, entretenu pendant des années, et pourtant construit autour d’une société que rien ne permet de vérifier. La vitrine était soignée ; l’identité de celui qui la tenait ne l’était pas.
L’entretien qui suit a été accordé par Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate inscrite au barreau de Paris. Elle y examine la mise en cause des auteurs de faux investissements devant les juridictions pénales, les arrestations et les mises en examen que de telles affaires peuvent provoquer, ainsi que les voies encore accessibles aux personnes trompées.
Ce que les relevés bancaires permettent encore de tracer
La première étape, pour quiconque a versé de l’argent à la suite d’un contact avec umarkets.ai, consiste à reconstituer la nature exacte des opérations. Un virement bancaire, un paiement par carte et un transfert en cryptomonnaies ne relèvent pas des mêmes procédures ni des mêmes délais. Sur une plateforme de trading, les versements sont souvent fractionnés, complétés par des dépôts successifs présentés comme des conditions d’accès à des stratégies ou à des bonus.
Les pièces à collecter sont ensuite les mêmes dans presque tous les cas : relevés du compte utilisé pour les envois, confirmations de virement, captures des échanges avec les interlocuteurs, courriels d’ouverture de compte, justificatifs des retraits refusés. Ces documents comptent d’autant plus ici que le nom du site n’existe plus : ils constituent souvent la seule trace exploitable de la relation.
La piste bancaire mérite une attention particulière. L’établissement qui a reçu les fonds, puis celui qui les a transférés vers un compte étranger, sont identifiables à partir des relevés. Une réclamation adressée à la banque qui a exécuté les virements, ou une demande de restitution lorsque la fraude est caractérisée, peut encore aboutir des années après les faits, à condition d’être engagée avec les pièces adéquates et dans les délais applicables.
Le dépôt d’une plainte reste possible même sans exploitant identifiable. Les services d’enquête peuvent remonter des flux financiers par des moyens que nos recherches documentaires ne permettent pas de mobiliser. Notre page consacrée à la plainte pour faux investissement détaille les étapes concrètes d’une telle démarche.
Les trois questions que ce nom continue de soulever
Aucune identité vérifiable. Le registre .ai ne connaît plus ce nom et celui-ci ne se résout vers aucune machine. La plateforme affichait une société dénommée PROMETHEUS LTD, enregistrée sous le numéro 103490 et domiciliée aux îles Marshall, mais cette société n’est retrouvée ni au registre britannique ni auprès de l’autorité chypriote. Aucune autorité française n’a publié d’avertissement nominatif sur ce nom.
Parce que la société affichée se présentait comme un établissement actif hors de l’Union européenne et plaçait son activité sous la supervision d’un organisme privé, en citant un numéro de certificat. Ce texte écartait explicitement l’application des mesures de protection destinées aux clients européens, alors que le site était proposé en français et dans quatre autres langues. Un tel avertissement, lu avant tout versement, doit suffire à suspendre la relation.
Oui. Que le nom ait cessé d’être exploité et qu’aucun exploitant ne soit aujourd’hui identifiable ne ferme pas les voies de droit. La démarche commence par la reconstitution précise des opérations, puis par la collecte des pièces bancaires correspondantes, l’interpellation de l’établissement qui a reçu les fonds et le dépôt d’une plainte. Sur les flux financiers, les enquêteurs peuvent avancer par des moyens qui échappent à nos recherches documentaires.
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Article réécrit le 23/09/2026


